
Cela faisait très longtemps que je n’avais pas vu autant de films dans une période aussi ramassée. C’est que les « images qui bougent » et moi, ça fait deux depuis pas mal d’années… Il faut remonter à ma dernière venue au Festival International du Film d’Animation d’Annecy en 2010. Motivé par la participation en avril-mai d’une partie de mes petit·e·s camarades mangaversien·ne·s au programme Portrait de Hong Kong au Forum des Images à Paris, j’ai fini par prendre aussi ma carte d’abonné pour pouvoir assister à quelques séances. À l’arrivée, parmi les soixante-quinze films proposés, j’en ai pu voir une dizaine et me faire une idée plus précise de ce que représente la diversité des films estampillés HK dont j’ignorais à peu près tout. Voici donc un petit compte-rendu de ces différents visionnages, complétés par trois rencontres auxquelles j’ai assisté, plus pour passer le temps vu l’horaire tardif de certaines projections.
D’après le dossier de presse, Portrait de Hong Kong avait pour but de nous montrer un cinéma qui n’existe plus, notamment celui des films d’action de la Nouvelle Vague des années 1980-1990 (par exemple ceux de Tsui Hark, Johnnie To et Ringo Lam). Ces hommes ne dédaignaient pas de porter un message politique, ce qui a causé la disparition de ce type d’œuvres du fait de la censure qui s’est développée au fil du temps après la rétrocession de 1997 (annoncée en 1984). Le réalisateur Wong Kar-wai en est un autre exemple, plus récent. Il a été aussi proposé quatre films contemporains, inédits, et une flopée d’autres qui ne sont liés au cycle que par son invité d’honneur : Christophe Gans. La semaine qui lui a été dédiée n’a entrainé qu’inintérêt (quasi) total en ce qui me concerne.
Filatures

Si, à l’origine, je ne devais voir que ChungKing Express sur le conseil de a-yin, j’ai décidé au dernier moment fin mai d’aller passer une partie de mon dimanche à aller voir avec deux camarades mangaversien·ne·s le film Filatures sans réelle idée de ce qui était proposé. Du coup, l’abonnement au cycle au lieu de payer une place à chaque fois s’est imposé tant il serait rapide de l’amortir. Le film, simple à suivre, efficace, bien rythmé, plutôt réaliste, montrant un coin de Hong Hong populaire après la rétrocession, avec un duo intéressant (Kate Tsui en débutante et Simon Yam en mentor bourru) opposé à un criminel intelligent (Tony Leung, mais un autre : Kai-fai, pas Chiu-wain le seul et unique vrai Tony Leung), s’est révélé être très plaisant à voir même avec une fin un peu facile. Une bonne façon de rentrer dans le cycle.
Chungking Express

C’était donc une bonne idée de commencer par Filatures car Chungking Express n’a pas été aussi simple à appréhender. Avec un grand usage de la caméra portée à l’épaule et tourné en pleine rue en nous plongeant immédiatement sans explication dans l’histoire, avec deux romances indépendantes dont le lien est ténu, pour ne pas dire inexistant, j’ai eu du mal à apprécier les deux parties du film (surtout la première). En point positif, en ce qui me concerne, il n’y a guère à retenir que les images de deux quartiers de Hong Kong des années 1990 et l’actrice Faye Wong (mais Tony Leung fait un bien joli policier, surtout quand il est en uniforme). C’est peu pour un film qui est considéré comme un des meilleurs issus du cinéma hongkongais… Heureusement qu’un spécialiste du cinéma asiatique (Frédéric Monvoisin, un chercheur) était là pour nous donner, après la séance, quelques explications et clés de compréhension sur ce qui nous avait été proposé. Intéressant !
Hong Kong 1941

Ayant à rentabiliser un certain abonnement en juin, j’étais curieux de voir le point de vue hongkongais de l’arrivée des Japonais dans l’île en décembre 1941. Mal m’en a pris tant le film était à la limite de l’irregardable : surjoué au-delà de toute caricature, présence d’un triangle amoureux non-crédible, méchants très méchants, situations peu plausibles, etc. Rien n’allait si ce n’est de nous montrer la collaboration (souvent par intérêt personnel) d’un peuple pris en otage par la duplicité d’une armée occupante cruelle. Pour moi, il y avait aussi la possibilité voir Chow Yun-fat jeune. Projeté tardivement (21h) en plein milieu de semaine, c’était une belle erreur de ma part d’y être allé et mes deux camarades mangaversiennes ont d’ailleurs pensé un peu la même chose tant c’était s’imposer beaucoup de fatigue pour pas grand-chose.
Far Far Away

Place au cinéma actuel avec deux films très récents vu lors d’un week-end de juin. Far Far Away est une romance centrée sur Hau (joué par le peu connu Kaki Sham), un informaticien plutôt introverti et timide. On le suit à travers différentes relations (généralement courtes et platoniques) avec des filles vivant dans différents lieux de Hong Kong, généralement dans les « nouveaux territoires » ou les petites îles aux alentours. L’intérêt de ce film est de voir un autre Hong Kong, plus marin, plus champêtre aussi, sans immeubles anciens plus ou moins délabrés et tours modernes immenses. J’avoue n’avoir accroché au récit qu’avec la dernière partie (heureusement la plus longue), lorsque Melanie (Jennifer Yu) teste les sentiments de son placide amoureux. Ceci dit, amatrices et amateurs de coups de foudre et de déclarations fougueuses, passez votre chemin, le film explore le sentiment amoureux sous son aspect pratique, plus que romantique.
The Way We Keep Dancing

À la différence de Far Far Away, nous n’étions plus que deux dimanche pour The Way We Keep Dancing, un film mettant en avant la culture hip-hop de Hong Kong, son utilisation commerciale et la disparition des friches industrielles de Kowloon. Celles-ci avaient donné un lieu aux artistes de tout genre pour développer leur art : danse, musique, graphe, etc. La critique de l’évolution de ce fameux quartier, faisant aussi penser à la transformation de Kwun Tong, est ici transparente. Sans conteste, il s’agit là de mon film préféré sur les dix vu lors du cycle. Les personnages sont bien définis, la difficulté de vivre de leur art et leurs dilemmes aussi. Les actrices et acteurs sont toutes et tous excellents, mentions particulières à Cherry Ngan (l’actrice montante), Babyjohn Choi (le youtubeur à succès) et Heyo (le rappeur).
Time and Tide

Il manquait un film d’action dans mon programme et, malgré l’heure tardive de sa projection, étant à Paris un vendredi, j’en ai profité pour aller voir Time and Tide, à la réputation flatteuse. D’ailleurs, nous étions nombreux dans la salle, et notre petit groupe comptait cette fois sept personnes (avec le renfort de plusieurs non-mangaversiens). Efficace à défaut d’être crédible, et avec des plans et des cadrages impressionnants, le film a permis de passer un très bon moment de détente même si le récit est souvent confus et les motivations des personnages ne sont pas toujours claires.
The Happenings

Film de remplacement (la projection de l’inédit Intruder ayant été annulée au dernier moment), c’est le plus mauvais film (quoique Hong Kong 1941…) que j’ai pu voir lors de ces « portraits » de Hong Kong. Les personnages sont tous détestables par leur stupidité (y compris les flics), le film contient plusieurs scènes homophobes et transphobes, le sexisme est omniprésent et la bande son, criarde et au volume trop fort, cassait les oreilles. Bref, le film avait tout faux et j’en connais une qui a bien regretté d’être venue le voir. Pour ma part, je n’ai que pu me réjouir de la fin tragique de la plupart des protagonistes. Il faut dire que je n’avais pris mon ticket que pour passer le temps avant de pouvoir voir le film suivant.
Viva Erotica

Un réalisateur de films que l’on pourrait définir comme étant des « œuvres exigeantes » ne connait que des échecs commerciaux. Sa carrière risque donc de s’arrêter là s’il n’accepte pas de tourner un « catégorie III », c’est-à-dire un film interdit aux moins de 18 ans (soit en raison de scènes sexuellement explicites, ou offensantes, ou à la violence / l’horreur extrême). Il s’agit ici de réaliser un film érotique avec la petite amie du producteur, une actrice taïwanaise débutante qui joue extrêmement mal. Viva erotica est une comédie, une métafiction, et même une parodie du cinéma hongkongais avec d’innombrables références et clins d’œil qui nous ont échappé à moi et à Tanuki. Heureusement qu’a-yin nous a donné quelques explications et informations après la projection (sachant que beaucoup ont dû lui échapper). Bénéficiant d’un humour plutôt subtil, de scènes oniriques et de quelques plans sur la très belle poitrine dénudée de Shu Qi (la fameuse taïwanaise… que j’ai pu voir par ailleurs dans Le Transporteur de Luc Besson il y a quelques années), nous avons pu passer un excellent moment de cinéma.
La 36e Chambre de Shaolin

Le cinéma hongkongais, c’est aussi les « films de kung-fu » et j’ai donc attendu la dernière journée pour aller voir ce genre, centré sur les arts martiaux. Après tout, j’aimais bien suivre la série bien nommée étant gamin, celle avec David Carradine. Je n’allais donc pas rater un film-référence !Comme prévu, je l’ai trouvé ridicule, certaines scènes en devenant comique (mais je ne pense pas que c’était le but du réalisateur). Néanmoins, malgré les invraisemblances, le jeu limité et artificiel des acteurs (pas de femme ou si peu dans cette histoire), je n’ai pas vu passer le temps trop lentement, les 1h55 se sont révélées supportables. J’ai bien fait de faire l’effort de voir ce film, ça m’a conforté dans l’idée que les films de la Shaw Brothers ne sont pas pour moi.
The Grandmaster

Dans la foulée, j’ai préféré voir The Grandmaster à Limbo pour des raisons très terre à terre (l’horaire de projection), et aussi parce qu’il parait que c’est un excellent film de kung-fu, mais moderne, celui-là. Ah ? C’est vrai pour le côté moderne, aussi bien pour le rythme dans les combats (qu’ils étaient lents, ceux de La 36e Chambre de Shaolin) que pour la qualité des images ou du jeux des acteurs et actrices (j’aurai aimé plus de Tony Leung et moins de Zhang Ziyi, ceci dit). Mais où était l’histoire ? Avec un récit bien trop décousu et de nombreuses longueurs n’apportant rien, je me suis ennuyé la plupart du temps. Qu’elles ont été longues, les 123 minutes de la projection… La malédiction de la salle 500, sans doute. L’autre gros reproche, c’est que la production n’a pas jugé bon d’investir dans le maquillage des personnages principaux qui passent plus de vingt années à travers de nombreuses vicissitudes, entre plusieurs combats d’arts martiaux, l’invasion japonaise (mal traitée) en 1937-39, la guerre civile (inexistante à l’écran) qui a suivi, sans prendre une ride ou du poids. Bref, j’ai trouvé le film très mauvais et ça m’a confirmé que j’ai bien un problème avec Wong Kar-wai et sa conception du cinéma. Un manque certain de références culturelles peut-être ? Mais bon, je ne regrette pas ce choix, j’ai ainsi amélioré ma connaissance du cinéma hongkongais (relativement) récent et j’ai vu ce que pouvait donner un film cofinancé par la Chine continentale.
Les rencontres



Il n’y a pas grand-chose à dire sur les trois rencontres auxquelles j’ai assisté, j’y suis allé plus pour passer le temps avant la projection des films prévus que par réel intérêt. L’assistance était d’ailleurs très clairsemée pour les deux premières. La table ronde « Hong Kong 2024 : quel avenir pour les artistes ? » n’était pas inintéressante mais convenue et prévisible. Les témoignages de Lok Kan Cheung (une artiste du vivant, réfugiée politique en France, notamment organisatrice via CUBE [C3] du Festival des arts hongkongais d’Annecy) et de Justin Wong (dessinateur réfugié à Londres, dont une BD est disponible en français) confirmait ce que l’on peut penser de la censure imposée par la Chine continentale depuis plusieurs années. La « rencontre BD Golden Path. Ma vie de cascadeuse de Baptiste Pagani » était certes très bien animée par Xavier Guilbert (comme toujours) mais ni l’œuvre ni l’artiste ne m’intéressaient…
Au moins, le temps est passé assez rapidement lors de ces deux rencontres. Car le pire était à venir, même si je m’y attendais. Le « cours de cinéma par Fabien Gaffez (directeur artistique du Forum des images) » intitulé « Esthétique de la rétrocession (leurs années sauvages) » était une purge tant les sur-interprétations des films allant jusqu’au ridicule, le langage ampoulé, et les certitudes assénées par l’animateur étaient totalement inintéressantes. Mais bon, c’est ça la critique cinéma : quelques idées noyées dans une masse de bullshit ! Et ça a duré 2h30 au lieu des 1h50 « promises » ! Heureusement qu’il y avait de nombreux extraits de films pour aider à passer le temps. Vu l’heure, j’aurai mieux fait d’aller au resto mais je déteste y être seul. Et comme mes deux camarades mangaversien·ne·s préféraient assister à la conférence…
À l’arrivée, je ne regrette pas d’avoir changé d’avis et d’avoir suivi plutôt assidument le programme de juin alors que j’avais boudé les mois d’avril et mai (sans rater grand-chose à mon goût, aidé par un système de double date de diffusion). Cependant, je ne vais pas enquiller avec la rétrospective de « La Shaw Brothers et le kung-fu » à la Cinémathèque, faut pas déconner, hein ! 🙂
