Horizon Zero Dawn et ses MODs

En grand fan de la licence Horizon et attendant de jouer un jour (plutôt) lointain à Forbidden West, je me suis amusé à regarder différents MODs qui existent pour Zero Dawn. Voici en texte et en images le résultat de ces recherches…

Un MOD ? Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit ici d’une modification non officielle s’appliquant à un jeu vidéo. Il ne faut pas confondre un MOD avec un cheat (ou trainer) comme ceux que l’on peut trouver sur Megagames. Les cheats servent à tricher en cours de jeu, en augmentant en fonction de ses besoins ses réserves d’or, ou de soldats. C’est un utilitaire de ce type que que j’utilise pour le jeu Pathfinder: Wrath of the Righteous, ce qui me prive des succès Steam (mais je n’ai pas le courage d’y jouer honnêtement). Au passage, il faut toujours se méfier des sites de cheats qui peuvent proposer des utilitaires qui vont chercher à pirater votre Windows. Ce n’est pas tant le site qui peut être coupable de tels agissements que les personnes qui les proposent via ces plateformes (qui, de toutes façon, ne font pas de gros efforts contre ce fléaux).

Les mods sont donc des modifications apportées au jeu afin d’enrichir son contenu. Ce sont des créations de fans illégales mais tolérées voire encouragées. Cependant, outre de disposer de beaucoup de temps, il faut surtout maîtriser des logiciels tiers pour cela. Par exemple, pour changer les tenues d’Aloy (notamment pour la dénuder), il faut utiliser des programmes comme Blender avec son extension dédiée à HZD (afin de manipuler les objets 3D du jeu) et Project Decima qui permet d’extraire et de réintégrer ces fameux objets 3D. Il existe d’autres logiciels que l’on peut trouver notamment sur GitHub mais ils sont parfois encore plus difficiles à utiliser, certains étant proposés sans installeur (exemple : HZDCoreEditor qui utilise .net). C’est aux utilisateurs de gérer les programmes sources et d’installer les ressources externes nécessaires, le tout étant livré avec le minimum d’explications. Inutile de dire qu’il faut de la persévérance et des compétences pour arriver à quelque chose de correct tant ce sont des outils complexes. Néanmoins, cela permet aux modders de pratiquer certains outils 3D, de montrer leurs maîtrise, de se faire une carte de visite, voire d’en vivre grâce à Patreon et certains jeux grands publics à très gros succès, si on en croit un article de Numerama.

HDZ et ses MODs

Grâce à ces différents utilitaires et au courage des modders, un certain nombre de MODs sont disponibles et facilement installables. En effet, Decima, le moteur de Horizon Zero Dawn, est assez permissif et il est généralement simple d’ajouter telle ou telle modification proposée sur NexusMOD, le site de référence en la matière. Nous pouvons classer les différents MODs en quatre catégories : gameplay, graphisme, apparence et éditeur de stats (cheat). Il faut à cela ajouter les sauvegardes qui permettent de jouer avec un certain nombre de compétences ou de lieux débloqués mais ce ne sont pas des modifications du jeu à proprement parler. Voyons donc ce que nous propose NexusMOD…

Les modifications relevant du gameplay

Il s’agit de MODs affectant l’équilibre des forces dans le jeu. Il existe une série de modifications qui vont permettre d’avoir plus de ressources, plus d’espace de stockage, des améliorations d’arme ou de tenue plus efficaces. Pour ma partie NG+ (on refait le jeu mais avec quelques objets débloqués et un niveau de difficulté bloqué), j’ai ajouté le double MOD Incarn’s Enhanced Coils qui permet d’avoir facilement des armes et des tenues au maximum de leurs capacités, ce qui rend l’usage de l’armure antique inutile (elle devient même moins performante que n’importe quelle tenue améliorée à 150 ou 200%), ce qui facilite grandement les combats, surtout dans les niveaux les plus difficiles. Il y a d’autres modifications qui permettent d’avoir plus d’espace de stockage et de munitions et de ne pas avoir à gérer ses ressources aussi souvent que la normale.

Il est facile d’installer ces MODs, ils sont fournis sous la forme de fichiers .bin (binaires) à placer dans un dossier précis du jeu (le dossier Packed_DX12). Après, ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas, un MOD peut même planter le jeu au démarrage. Mais dans ce cas, il suffit de supprimer les fichiers coupables, il n’y a rien à désinstaller. En effet, les MODs sont faits pour telle ou telle version du jeu, avant ou après le DLC (une extension officielle qui modifie souvent en profondeur le jeu original). Ils ne sont donc pas toujours compatibles avec les patchs les plus récents. Certains MODs sont mis à jour par leur créateur, mais la plupart du temps, il n’y a pas d’évolution ni de support, ce qui peut se comprendre.

Les modifications relevant de l’aspect visuel

L’aspect visuel d’un jeu est toujours quelque chose de très étudié, surtout quand il s’agit d’un jeu AAA. À ce propos, il est amusant de constater le travail qui a été effectué au fil des ans sur HZD grâce à une vidéo Youtube. Cependant, il y a toujours des personnes qui veulent un affichage qui correspond mieux à leurs goûts. Il y a deux manières de changer visuellement le jeu. La première agit sur le rendu du jeu à l’écran, notamment en modifiant les shaders. Ceux-ci sont des processus de calcul pour, notamment, effectuer le rendu de la luminosité, du contraste et des couleurs des objets 3D affichés. ReShade est un programme qui va effectuer ce travail entre HZD et la carte graphique, permettant de modifier un grand nombre de réglages. Ces derniers sont proposés ensuite sur Internet, par exemple sur le site de ReShade. Les changements sont parfois très subtils, et souvent ne présentent pas beaucoup d’intérêt. Certains vont jusqu’à proposer des shaders et des textures de ReShade modifiés par leur soins. Sans aller jusqu’à là, on peut s’amuser à faire des effets délirants en activant certaines options, ou tout simplement apprécier d’avoir une image un peu plus lumineuse, contrastée ou saturée.

L’autre méthode, autrement plus complexe, consiste à agir sur l’apparence des objets 3D. Il est ainsi possible de changer l’aspect de telle ou de telle tenue, voire la forme de telle ou telle personne ou machine. Cela demande d’extraire les données 3D concernant l’objet à modifier, de faire les modifications puis de les réinjecter dans le jeu. Dans ce cas, Decima Explorer et Blender (déjà évoqués dans ce billet) seront vos amis. Comme il fallait s’en douter, de nombreux MODs permettent de modifier l’aspect ou la tenue de notre héroïne. Les pires sont ceux qui la dénudent plus ou moins totalement ou qui lui font une taille (encore) plus fine, qui effacent les tâches de rousseurs et tous les « défauts » du visage. À l’inverse, une modification permet d’avoir une Aloy plus massive (qui a dit grosse ?). Les plus amusantes permettent de porter une tenue décontractée (un mini short en jean et un top bandeau) ou de porter la combinaison d’Elza Walker. Le programme Aloy’s Adjustment permet de remplacer une tenue par une autre, voire par un autre personnage en générant un fichier .bin qu’il suffira de placer à l’endroit idoine. Il est même possible à n’importe qui de mixer MODs existants et remplacement pour obtenir une Aloy en sous-vêtement et à demi-nue sans savoir utiliser des logiciels à l’ergonomie complexe.

Néanmoins, il faut avoir à l’esprit que ces modifications peuvent entrer en conflit les unes avec les autres, voire faire planter complètement le jeu. Si c’est un simple fichier .bin, il suffit de le supprimer et le problème est résolu. S’il a fallu utiliser Decima Packer, il vaut mieux ne pas avoir oublié de sauvegarder le dossier Packed_DX12 (ou à tout le moins le fichier Initial.bin qui fait ses 16 Go bien tassés).

Tricher, tout simplement…

Comme déjà dit, il faut faire très attention à l’origine des programmes de triche car certains peuvent être « vérolés ». Ceux qui viennent de GitHub ou d’un site comme NexusMOD sont fiables et il faut les privilégier. Le programme Gameplay Tweaks and Cheat Menu est très complet et les options de triche par défaut peut être activées ou désactivées avec un éditeur de texte. Surtout , elles sont accessibles par le biais d’un menu que l’on appelle par une touche du clavier. Ces options vont bien plus loin que de simples améliorations de statistiques ou des munitions / ressources infinies. Il est ainsi possible de changer l’heure du jour, de modifier le temps qu’il fait, etc. Il est possible aussi de désactiver certaines petites animations ou le ralentissement des mouvements lorsque le focus est activé (ça, c’est le côté tweaks). On peut aussi s’amuser avec la « caméra libre » et créer des images originales. Cerise sur le gâteau, ce programme permet d’aller visiter (enfin, quand ça veut bien fonctionner) deux lieux normalement inaccessibles mais qui servent à générer des animations en « temps réel », ces insertions narratives qui rythment l’histoire.

Cependant, tous ces MODs sont réservés à la version PC Windows, Sony ayant (comme tous les fabricants de consoles) verrouillé ses PS4 et 5. On ne bidouille pas sur console ! Il faudra donc attendre un éventuel portage de Forbidden West pour profiter de l’ingéniosité des modders lors des nouvelles aventures d’Aloy.

Pulp Festival 2022, dernière ?

La septième édition du Pulp Festival (il a été annulé en 2020 et 2021) s’est déroulée du 8 au 10 avril avec Lorenzo Mattoti en tête d’affiche. Ce samedi 9 avril, en achetant nos pass expos pour le Pulp Festival, nous avons appris que cela devrait être la dernière édition, Vincent Eches, l’ancien ancien directeur général de la Ferme du Buisson et créateur du Pulp Festival, ayant été nommé directeur général de la Cité Internationale de la Bande dessinée et de l’Image d’Angoulême. Voilà une nouvelle qui nous attriste fortement, ayant pris plaisir à aller tous les ans à Noisiel pour y voir les expositions proposées, et ce, depuis la première édition en 2014. D’ailleurs, la manifestation a fait l’objet d’un billet sur le présent blog et deux mini-sites, un en 2015 et un autre en 2017. Pour cette possible dernière, voici un retour sur les principales expositions qui étaient proposées au public (et qui sont visibles jusqu’à mi-mai).

Mais qu’est-ce que le Pulp Festival ?

La Ferme du Buisson a été créée sur les bases d’une ferme centenaire à la fin du 19e siècle par la famille Meunier, des industriels du chocolat du même nom, qui installent leur chocolaterie dans les années 1850. La ferme est là pour produire des ingrédients nécessaires aux usines, comme le lait, et sert aussi de centre de recherche. En 1960, à la faillite de l’entreprise Meunier, la ferme est rachetée par l’EPA de Marne-la-Vallée pour en faire un centre d’art et de culture qui se met en place durant les années 1970-1980. Depuis 1990, la Ferme du Buisson est une scène nationale à laquelle se sont rattachés par la suite un centre d’art et un cinéma. Lieu d’exposition d’art contemporain et de création, notamment de spectacles relevant des arts du vivant, la Ferme du Buisson organise au fil des années 2000 des événements culturels comme le festival Temps d’images avec la participation d’Arte.

Durant les années 2010, sous l’impulsion de Vincent Eches (arrivé en 2011), la Ferme du Buisson se tourne vers la bande dessinée en lui apportant une vision pluridisciplinaire. Pour cela, l’établissement propose des créations originales mélangeant spectacle du vivant, musique et BD, ainsi que des expositions thématiques qui cherchent à dépasser la simple présentation de planches (souvent prêtées par MEL). Le départ de son directeur vers de nouveaux horizons alors qu’il portait à bout de bras l’organisation du Pulp Festival ouvre donc une période d’incertitudes pour 2023 : aurons-nous une huitième édition ? La Ferme du Buisson pourrait bien se tourner vers d’autres horizons plus en adéquation avec les goûts de la future direction.

Une programmation classique

Comme en 2019, la programmation est organisées autour de deux pôles : les expositions et les spectacles. Les chasseurs de dédicaces ne peuvent pas trouver leur bonheur car les quelques autrices et auteurs sont là avant tout pour discuter de leur art (mais à cette occasion, il y a parfois une petite séance organisée au sein la librairie éphémère). À une seule occasion nous avons assisté à un spectacle, en 2017. C’était de l’art du vivant contemporain, c’était donc très spécial et cela n’a pas eu l’heur de nous plaire, même si c’était une expérience à faire. Nous nous concentrons donc sur les expositions qui sont principalement situées dans quatre lieux : la Piscine, La Halle, l’Abreuvoir et les Écuries (les spectacles sont souvent donnés au Théâtre, au Studio et au Caravansérail). La Médiathèque participe aussi en proposant une mini-exposition et il y a parfois quelque chose à voir au Grenier. Cette année, le Caravansérail est transformé en lieu d’exposition, celle consacrée à Andy Warhol et c’est tant mieux pour nous.

La Halle : Lorenzo Mattotti — Obsessions

Mattotti ! Voilà un auteur que notre trio de mangaversien·ne·s connaissait seulement de nom et de réputation, sans plus. L’occasion était donc belle de mieux connaitre l’Italien par le biais de son travail d’illustrateur et de peintre. Principale exposition de cette édition, il faut reconnaître qu’elle valait le déplacement à Noisiel. Lorenzo Mattotti (représenté par la Galerie Martel) est un auteur de bande dessinée parfait pour le Pulp Festival : il est pluridisciplinaire. Il faut dire qu’avec une carrière de presque cinquante années, il a eu le temps d’explorer différentes voies artistiques. La présente exposition est organisée avec MEL Publisher et FEHL. Il faut dire que Michel-Edouard semble être fan de l’artiste depuis longtemps. Présentant souvent de nombreuses variations sur un même sujet, les peintures et dessins exposées sont superbes. Néanmoins, il faudrait aussi pouvoir voir ses bandes dessinées car ce n’est pas ça qui manque dans la bibliographie de Mattotti. Malheureusement, aucune planche n’est proposée, ce qui occulte cette facette de l’artiste. Par contre, son côté obsessionnel est très bien rendu avec une douzaine de thèmes : l’élégance, l’énergie, l’immensité, l’onirisme, l’aliénation, l’intimité, la solitude, les visages, les paysages, les forêts, le clair-obscur et les métamorphoses. La variété des techniques et des styles, la virtuosité de l’artiste sont tout simplement impressionnantes.

L’Abreuvoir : Catel et Bocquet — Alice Guy, l’étoile oubliée

Après un passage rapide à la médiathèque pour s’apercevoir que les quelques reproductions de Coming In et l’espace Réalité virtuelle ne présentaient que peu d’intérêt, nous voilà en train d’assister à la projection de plusieurs films d’Alice Guy (la plupart de ses réalisations ont été perdues, mais certains films ont survécu dont sa première œuvre) sonorisés par un véritable pianiste, comme à l’époque du cinéma muet. L’exposition est à l’image de la bande dessinée : une forme plan-plan mise au service d’un propos intéressant. En effet, la série de biographies de Catel et Bocquet mettant un coup de projecteurs sur certaines (plus ou moins) oubliées de l’Histoire de France a comme but une lisibilité maximum pour un public peu habitué aux bandes dessinées. Celle consacrée à Alice Guy ne fait pas exception, ce qui n’empêche pas de l’apprécier. Une fois de plus, l’injustice historique faite aux femmes est démontrée, Alice Guy devrait être aussi connue que les Frères Lumière ou Georges Méliès. L’exposition bénéficie d’une jolie scénographie avec de grands panneaux séparant trois grandes zones, une consacrée aux débuts du cinéma avec la reproduction d’une petite salle de projection à l’époque du muet, une deuxième se focalisant sur Alice Guy et la troisième sur les sources iconographiques de Catel.

Le Caravansérail : Typex — Andy Warhol : I’ll Be Your Mirror

Andy Warhol est un artiste (peintre et plasticien) fondamental du Pop art américain et il n’est plus besoin de le présenter. Néanmoins, il a aussi joué un rôle important dans le développement des arts populaires, notamment dans la promotion de la culture hip-hop. Sa capacité à baigner à la fois dans les milieux underground et VIP l’ont placé au centre de la culture américaine durant les années 1960 et 1970. Typex est un auteur hollandais qui a réalisé pendant cinq ans une biographie de Warhol en BD, en adaptant son graphisme et sa narration aux différentes périodes artistiques de l’Américain. Le résultat est exposé ici sous la forme d’extraits (planches originales et reproductions) de l’ouvrage Andy. Un conte de faits disponible chez Casterman. Cette exposition a été créée pour les Rencontres du 9e art d’Aix-en-Provence et aurait dû être proposée en 2020 au Pulp Festival. Covid oblige, il a fallu attendre deux années supplémentaires pour l’avoir ici. Entre-temps, elle a été proposée au Grand Curtius à Liège. Elle est effectivement ludique (on peut entrer sous les applaudissements des artistes et du public), intéressante, esthétique et variée. Il ne reste plus qu’à lire les plus de 560 pages du livre pour se plonger dans une période de bouleversements artistiques aux USA…

La Piscine : Femzine

Habituellement, nous commençons notre visite à la Piscine, cette année n’a pas fait exception. Si ce n’est pas la plus belle des expositions, c’est la plus instructive. Située sur deux étages dans un petit bâtiment situé proche du Théâtre où nous achetons nos billets, Femzine est consacrée à la presse de bande dessinée féminine (et surtout féministe). Après être passé sous un énorme clitoris gonflable rose (et éventuellement mangé une petite confiserie en forme du fameux organe érectile féminin), nous pouvons aller à l’étage où, notamment, Wimmen Comix (une intégrale est sortie en version française), Julie Doucet (Grand Prix du FIBD 2022), l’éphémère revue Ah!Nana sont mises en avant. Une partie importante de l’étage est consacrée à quelques créations et fanzines francophones féministes actuels, étant donné l’absence de publications professionnelles. Neuf autrices (dont Chantal Montellier, Ulli Lust, Florence Dupré-Latour, Fanny Michaélis) ont réalisé autant de couvertures d’un Ah!Nana qui continuerait à paraitre si la censure n’avait pas injustement frappé en 1978. Le retour au rez-de-chaussée permet de trouver un incubazine où visiteuses et visiteurs peuvent participer en réalisant des illustrations. Une petite bibliothèque propose de consulter ouvrages et fanzines féministes. Voilà une exposition intéressante, instructive et édifiante.

Une fois de plus, le Pulp Festival a permis d’apprécier sous diverses formes la bande dessinée durant un après-midi. Il ne reste plus qu’à espérer que la nouvelle direction voudra bien reprendre le flambeau et s’attaquer au fardeau de la lourde organisation d’un festival de bande dessinée qui a su trouver sa place dans notre agenda parisien.

Un souffle féminin dans le seinen manga (2/2)

Voici la fin de la version rédigée de ma conférence donnée au Conservatoire le 19 mars 2022 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. La première partie est consacrée à la définition et à un rapide historique du seinen manga. La seconde se focalise sur la présence des auteures au sein de ces publications principalement destinées à un lectorat masculin adulte.

Quand le manga se féminisait

Durant les années 1960, alors que le miracle économique japonais s’exprime à plein avec le boom Izanagi, les industries culturelles ne sont pas en reste. C’est ainsi que le marché du manga croît prodigieusement. Le passage au rythme hebdomadaire de plusieurs magazines à la fin des années 1950 ainsi que l’apparition de nouveaux titres durant les années 1960 dont le fameux Weekly Shônen Jump, a provoqué un développement économique et éditorial sans précédent de la bande dessinée. Le lancement de ces nouveaux supports oblige les éditeurs à trouver toujours plus d’auteurs pour pouvoir remplir les pages de leurs différents magazines. Cette croissance profite à tous les genres et le shôjo manga est de plus en plus créé par des femmes, les mangaka hommes étant dirigés vers les supports pour garçons. Ils sont donc remplacés par des femmes qui se lancent dans le métier dès la fin de leurs études secondaires. Leur jeune âge permet  ainsi une plus grande proximité des magazines avec leur lectrices. Actuellement, à part quelques rares cas, les magazines destinés à un public féminin ne proposent que des mangaka femmes.

Durant cette évolution, des auteures vont révolutionner le shôjo manga : Hideko Mizuno et quelques autres ont redéfini les contours du genre en proposant des histoires mettant en scènes des relations, souvent sentimentales, entre les garçons et les filles, en y développant la romance et surtout étant ancrées dans la réalité de la société japonaise. Des pionnières comme Moto Hagio et Keiko Takemiya vont élargir considérablement le champ des possibles, notamment en proposant des récits de science-fiction épiques dans des magazines shôjo et même shônen. En effet, la libéralisation des mœurs venue de l’Occident, le vieillissement du lectorat qui a, de ce fait, de nouveaux centres d’intérêt, permettent aux éditeurs d’accompagner leurs lecteurs et leurs lectrices et de proposer des histoires de plus en plus matures. La série Fire !, parue entre 1969 et 1971 dans l’hebdomadaire Seventeen, est l’une des premières séries shôjo à succès avec un protagoniste masculin. C’est également et surtout une histoire dans laquelle la mangaka met en scène la première représentation connue d’une relation sexuelle dans un magazine shôjo d’un grand éditeur — chose pratiquement inconcevable à une époque où la plupart des personnages étaient des préadolescentes. En effet, l’amour, platonique bien entendu, vient à peine de faire son apparition dans le shôjo vers le milieu des années 1960.

La courte série Nous sommes onze a été prépubliée en 1975 dans le mensuel Bessatsu Shôjo Comic. Pour ce récit, Moto Hagio a reçu le prix manga Shôgakukan en 1976, réalisant le doublé avec son autre série à succès, Poe no ichizoku. C’est une sorte de huis-clos spatial où dix postulants à une prestigieuse académie militaire doivent réussir ensemble une épreuve de survie afin de valider leur concours d’entrée. Bénéficiant d’une narration rythmée, l’histoire nous propose du mystère et du suspense, le tout mis en scène dans un environnement grandiose. L’auteure s’intéresse aux différents protagonistes en prenant le temps de les présenter et de leur donner un rôle. Enfin, cerise sur le gâteau, les questions de genres — biologique, psychologique et social — sont évoquées par le biais du personnage de Flore, ce qui apporte une certaine profondeur au récit. Destination Terra de Keiko Takemiya est un autre exemple de récit de science-fiction écrit par une femme. La série est prépubliée dans le magazine Gekkan manga shônen (Asahi Sonorama) entre 1977 et 1980. Ici, l’humanité a dû migrer sur d’autres planètes suite au désastre écologique qui a rendu la Terre inhabitable. Une nouvelle organisation sociale très stricte a été mise en place pour éviter de renouveler les mêmes erreurs. Celle-ci repose sur le contrôle universel. Le héros de l’histoire va comprendre en quoi celui-ci consiste et va lutter pour que l’humanité retrouve la liberté.

Garo

C’est donc par le biais de la science-fiction que les premières incursions des mangaka femmes vont se faire dans les magazines pour garçons, mais le plus souvent de façon épisodique. Cependant, auparavant, grâce à un magazine bien particulier, elles ont eu l’occasion de s’exprimer en dehors du shôjo manga. Garo a été créé en 1964 pour que Shitaro Sampei puisse créer des gekiga sans les contraintes commerciales des hebdomadaires de shônen manga qu’il ne supportait plus. Très rapidement, le magazine s’est ouvert à l’expérimentation et aux créations personnelles. Yoshiaru Tsuge en est un des représentants emblématique. Si la plupart des bandes dessinées proposées par Garo sont réalisées par des hommes, quelques femmes y trouvent une petite place et font même école.

Kuniko Tsurita est la première à être régulièrement publiée dans la revue et une anthologie de ses créations vient de sortir chez Atrabile. Nous sommes là très loin des récits d’aventure ou de romance car la mangaka est résolument en prise avec son époque (du mitant des années 1960 au début des années 1980), ce qui la rattache au courant du gekiga, mais avec un dessin résolument personnel. Autre auteure remarquable : Hinako Sugiura qui a publié durant les années 1980 plusieurs histoires courtes rattachées à son cycle Oreillers de laque. Il s’agit d’une historienne qui faisait aussi du manga en reprenant le style des estampes du « Monde flottant ». Deux tomes sont sortis aux Éditions Philippe Picquier il y a une quinzaine d’années. Être des pionnières ne leur a pas porté chance, les deux femmes étant mortes relativement jeunes (37 ans pour Tsurita, 46 ans pour Sugiura). Notons que Kiriko Nananan a publié dans Garo au début des années 1990 quelques chapitres de Water. N’oublions pas COM, la revue « concurrente » créée en 1967 par Osamu Tezuka, qui propose aussi quelques récits créés par des femmes, la plus importante, outre Hideko Mizuno, étant Masako Yashiro qui sera aussi publiée au début des années 1970 dans le magazine Manga shônen (Asahi Sonorama) avec une courte série de science-fiction, ouvrant peut-être ainsi une porte à Keiko Takemiya et à ses consœurs.

Du ponctuel au succès

En fait, il faut attendre le début des années 1980 pour qu’une série relevant du seinen manga créée par une auteure connaisse un grand succès public. Il s’agit, sans surprise, de Rumiko Takahashi, avec Maison Ikkoku, série prépubliée dans Big Comic Spirit (Shôgakukan) entre 1980 et 1987. L’auteure avait déjà été la première femme à devenir une auteure majeure dans le petit monde masculin du shônen manga avec Lamu — Urusei Yatsura puis avec Ranma ½ (Shûkan Shônen Sunday dans les deux cas, entre 1978 et 1987 puis entre 1987 et 1996). Durant les années 1980 et 1990, de plus en plus de femmes sont publiées dans les magazines pour garçon, la plupart du temps en utilisant un pseudonyme masculin. Cependant, elles restent très largement minoritaires et font généralement des incursions ponctuelles, continuant généralement leur carrière dans le shôjo ou le josei manga (qui est apparu dans les années 1980).

Il faudra attendre les années 2000 pour que des mangas réalisés par des femmes occupent durablement le devant de la scène. Bien entendu, c’est encore dans le shônen manga que cela se passe en premier, avec le studio CLAMP : il y a d’abord Angelic Layer à la fin des années 1990 dans Monthly Shônen Ace (Kadokawa shoten), puis le collectif change de public avec Chobits au début des années 2000, titre prépublié dans Weekly Young Magazine (Kodansha), puis ensuite avec xxxHOLiC (2003-2011, Weekly Young Magazine puis Bessatsu Shônen Magazine). Il y a surtout Hiromu Harakawa. Avec Full Metal Alchemist qui parait dans Monthly Shônen Gangan (Square Enix) entre 2001 et 2010, la mangaka montre qu’à l’instar de Rumiko Takahashi, il est possible pour une femme de faire essentiellement carrière dans les magazines pour garçon. Par contre, Harakawa ne semble pas décidée à faire durablement du seinen manga. À l’inverse, Fumi Yoshinaga, après une belle carrière dans le Boys’ Love et dans le shôjo manga (Antique Bakery et Le Pavillon des hommes), connait depuis quelques années un beau succès avec sa série What Did You Eat Yesterday? prépubliée dans Morning (Kodansha), commencée en 2007 et toujours en cours.

Plus important, il est possible pour une femme de faire carrière en commençant par le seinen manga. Fumiyo Kono débute en 1995 chez Futabasha, éditeur pour lequel elle reste longtemps fidèle. Elle crée de petits bijoux dans Manga Action comme Une longue route, Le Pays des cerisiers, Pour Sanpei, et surtout Dans un recoin de ce monde. Il est même possible de ne faire que du seinen manga, à l’instar de Kaoru Mori. Après avoir commencé comme beaucoup d’auteures avant elle dans le dôjinshi (une sorte de fanzinat), Kaoru Mori débute en 2002 au sein de la revue un peu « arty » Comic Beam (Enterbrain) avec Emma avant de poursuivre dans les différents supports de l’éditeur (Fellows puis Harta) avec Shirley et surtout Bride Stories (depuis 2009). Mieux, il est dorénavant possible de débuter et de connaître immédiatement un important succès public comme nous le montre un duo de femmes, Itsuki Nanao (scénario) et Nekokurage (dessin), avec Les Carnets de l’Apothicaire. La série est l’adaptation en manga d’une série de light novels (roman pour jeunes adultes) du même nom écrit par Natsu Hyūga (possiblement de genre féminin). La bande dessinée est prépubliée depuis 2017 dans Monthly Big Gangan (Square Enix) et a déjà été imprimée au Japon à plus 13 millions d’exemplaires pour seulement neuf tomes. Les éditeurs japonais ont ainsi la preuve que faire appel à des femmes pour leurs magazines destinés à un public essentiellement masculin permet d’avoir des séries à succès, tout en élargissant la base de leur lectorat. Quand aux auteures, elles ont de plus en plus la possibilité d’échapper aux carcans du shôjo ou du josei manga, et ont plus de choix dans le ton de leurs œuvres, dans le genre de récit abordé et dans leur rythme de travail.

Une grande variété

La douzaine de planches montrées ci-après donne un aperçu de la diversité du seinen manga réalisé par des femmes, tel qu’on peut le percevoir en francophonie. Il aurait été possible d’en montrer de nombreuses autres mais il fallait faire un choix. Celui propose toutefois une certaine variété graphique et ce sont toutes des œuvres récentes.

Avec Olympia Kykos, Mari Yamazaki propose une œuvre avec un graphisme et un récit qui sont très typés seinen. La série était prépubliée dans le bimensuel Grand Jump (Shueisha) et totalise sept tomes. Nous voyons ici qu’une mangaka peut faire exactement la même chose qu’un mangaka. Avec Demande à Modigliani (Big Comic Special, Shôgagukan, 5 tomes), nous avons un titre graphiquement plus difficile mais avec un thème typiquement seinen : celui de la vie étudiante. L’originalité vient ici du type d’études, celles que l’on reçoit dans les écoles d’art. Les questions qui tournent autour d’une voie incertaine sont au centre du récit car Ikue Aizawa, une jeune auteure, puise ici dans sa propre expérience. Akane Torikai aborde un thème bien plus difficile dans les huit tomes d’En proie au silence (Morning Two, Kodansha), celui des violences sexistes quotidiennes subies par la population féminine au Japon.

Jun Mayuzuki, qui a conçu une des trois affiches de l’édition 2022 du festival d’Angoulême, est une auteure qui a débuté dans le shôjo manga en 2007. Après la pluie (Big Comic Spirit, Shôgagukan, 10 tomes) est une comédie romantique à succès mettant en scène une lycéenne sportive qui a connu une grave blessure et son patron (elle a un petit boulot de serveuse dans un restaurant) qui est bien plus âgé. Il est aussi question d’une grande différence d’âge dans BL Métamorphose (Comic Newtype, Kadokawa shoten, 5 tomes) de Kaori Tsurutani qui puise dans sa propre expérience pour développer l’histoire d’une vielle dame qui découvre le Boys’ Love et une jeune vendeuse asociale qui rêve de devenir mangaka. Avec A Tail’s Tale (Comic Zenon, Tokuma shoten, 4 tomes), retour à la comédie romantique lycéenne qui propose une ode à la différence. Mizu Sahara est une mangaka qui a débuté dans le dôjinshi avant de connaître une carrière à succès dans le BL sous le nom de plume de Sumomo Yumeka.

Le thriller, le fantastique, la science-fiction, l’horreur et le sexy sont autant de domaines où les femmes excellent. Gift +/- (Manga Goraku, Nihon Bungeisha, 24 tomes, série en cours) est un thriller au dessin très soigné mais classique, mâtiné d’horreur et avec quelques scènes de violences sexuelles non consenties. Le titre s’adresse à un public averti, comme on dit. Yuka Nagate, la mangaka, exerce dans le domaine du seinen manga depuis une quinzaine d’années après avoir débuté dans le Weekly Shônen Magazine de Kodansha et y avoir publié pendant cinq ans. La tonalité de La Lanterne de Nyx est totalement différente. Il s’agit là d’un récit fantastico-historique très calme. Kan Takahama est une auteure connue ici, abondamment publiée y compris avec des créations originales directement destinées à la francophonie. Récit plus ou moins policier et teinté de fantastique, le manga d’Aki Irie, Dans le sens du vent – Nord, Nord-Ouest (Harta, Enterbrain, 5 tomes, série en cours), lui permet d’exprimer pleinement son dessin si soigné et stylisé., ce qui correspond bien à la ligne éditoriale du magazine de prépublication.

Dorohedoro est la série à succès de Q-Hayashida.malgré les vicissitudes qu’elle a connu avec sa prépublication (IKKI puis HiBaNa et enfin Gessan, Shôgakukan, 23 tomes). Mélangeant science-fiction, magie, transformations corporelles ou démembrements divers et humour décalé, l’histoire nous présente un univers divisé en deux. Dans Versailles of the Dead, Kumiko Suekane (qui n’a pas abandonné pour autant sa carrière de dôjinshika) va plus loin dans le gore. Débutée dans le magazine HiBaNa et achevée sur le site web de prépublication Ura Sunday (Shôgakukan, 5 tomes), la série revisite la France du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution française, mais une France en proie aux zombies de toutes sortes. Le royaume est menacé, mais par qui ? Restons sur les costumes avec Sexy Cosplay Doll (Young GanGan, Square Enix, 9 tomes, en cours), mais ceux des animés et jeux vidéo à succès. Il s’agit d’un récit situé dans l’univers du cosplay avec des jeunes filles aux formes (très) développées et pas toujours très habillées. C’est pourtant bien une femme qui, sous couvert d’un nom de plume masculin, Shinichi Fukuda, qui en est la créatrice. Il faut dire qu’elle s’est fait une spécialité des mangas plus ou moins érotiques basés sur des « gros plans culottes et décolletés ».

Après avoir rapidement passé en revue douze mangas montrant l’importance et la qualité des seinen réalisés par des femmes, intéressons-nous à deux auteures emblématiques de ce souffle féminin qui apporte une diversité certaine dans le manga pour homme.

Cuvie, une double carrière

Originaire de Nagoya, vivant à Kyoto, née en juillet 1976, Cuvie (dont le pseudonyme est emprunté au magazine CUTiE) a commencé sa carrière professionnelle en 2001, alors qu’elle était encore étudiante, en publiant de courts récits hentai, après avoir été repérée par ses dôjin. En effet, entre 1997 et 2004, elle animait un cercle qui proposait ses travaux lors des comiket d’été. Elle a la particularité de poursuivre sa carrière d’autrice de manga hentai alors qu’elle produit depuis de nombreuses années des séries plus grand public dans des magazines young pour Akita shoten ou seinen (pour Kodansha). Elle est réputée pour sa grande productivité.

En presque vingt ans d’une carrière toujours en cours d’autrice hentai, elle a publié de nombreux recueils reprenant ses différentes histoires courtes (toutes ne sont d’ailleurs pas compilées) chez de nombreux éditeurs spécialisés tels que Issuya, Fujimi Shuppan, Wanimagazine, etc. Selon les années deux à quatre recueils paraissent, ce qui représente plus d’une trentaine d’ouvrages parus entre 2003 et 2021.

Sa carrière prend une autre dimension en 2005 lorsqu’elle publie Dorothea, le châtiment des sorcières, (six tomes chez Asuka) entre juin 2005 et mars 2008 dans un magazine plus grand public de Fujimi Shobo (une marque de Kadokawa shoten, rien à voir avec Fujimi shuppan), le mensuel Dragon Age qui s’adresse à un public amateur d’héroïnes à (très) forte poitrine. Elle crée aussi pour Akita shoten. D’abord, elle publie en 2007 une série courte dans une des déclinaisons du Young Champion, puis vient ensuite toujours dans le même magazine Nightmare Maker, une comédie érotique qui totalise 6 tomes entre 2008 et 2012. À noter qu’il existe une version ebook non censurée qui nécessite un avertissement aux mineurs. En 2013, Cuvie passe dans Champion RED ichigo pour une autre courte série (un volume publié en 2014) mettant en scène succubes et incubes. Ensuite, en septembre 2013, c’est le début de l’aventure En scène ! dans le magazine principal Champion RED, un titre qui compte 19 tomes et qui est toujours en cours.

Kodansha ouvre ses portes à Cuvie en 2011 qui publie dans le défunt Nemesis la série en trois tomes Kagome no Mura, un récit d’action érotisant qui s’achève en 2013. Ensuite, vient Hitohake no Niji entre 2015 et 2017, à nouveau en trois tomes. Il s’agit cette fois d’un récit fantastico-érotisant autour de la peinture classique occidentale glorifiant la beauté féminine. Dans la foulée, toujours pour le même Nemesis (puis pour Comic Days) Cuvie crée une nouvelle série en trois tomes (2018-2020), mais d’une tonalité totalement différente : Erzsébet, une fiction historique située à la fin du 19e siècle et basée sur l’indépendance de la Hongrie. Elle met en scène une activiste qui va être amenée à rencontrer Sissi, l’impératrice d’Autriche.

Ayako Noda, la nouvelle génération

Ayako Noda a commencé sa carrière professionnelle en 2011 après avoir remporté un concours pour débutants organisé par le magazine IKKI (Shôgakukan). Elle y réalise ensuite sa première série, Le Monde selon Uchu (2 tomes, Casterman), qui est remarquée par la presse généraliste à l’exemple du journal Asahi Shimbun. Parallèlement à ses créations dans le seinen manga, elle crée des Boys’ Love sous le pseudonyme de Niboshiko Arai. Elle publie principalement dans deux magazines spécialisés, Opera (Akaneshinsha) et OnBlue (Shodensha). Il s’agit de récits courts, tel que le demande un genre où les histoires longues sont rares. Elle a publié cinq titres dans Opera et trois dans OnBlue. Actuellement, elle a une série BL qui est prépubliée dans Comic Marginal (Futabasha) : Mugi-kun no mune no uchi dont un tome est sorti en version reliée.

En seinen manga, elle a notamment publié Incandescence (Lézard Noir, 3 tomes) et Double (Lézard Noir, 2 tomes sur 5), ce dernier titre fait d’ailleurs l’objet d’une adaptation en un drama de dix épisodes diffusés sur une chaine de télé numérique. Outre le fait de mener en parallèle une double carrière BL / seinen manga, il est remarquable qu’Ayako Noda ne change pas de style graphique, même si celui-ci évolue avec les années. De plus, elle apporte autant de soin à ses personnages, qu’ils soient pour du BL ou du seinen. Nous sommes loin, notamment pour le BL, d’un style graphique « canon », imposé comme cela a été longtemps le cas chez un éditeur comme Libre shuppan. Dans les deux types de manga, ses histoires sont ancrées dans la réalité japonaise actuelle. Par contre, récit de genre oblige, ses histoires BL intègre des relations charnelles que l’on ne retrouve pas dans ses seinen manga.

Le cas d’Ayako Noda n’est pas unique et elle n’est pas précurseure. Depuis quelques années, plusieurs auteures venues du BL poursuivent de front le même genre de carrière, même si leurs publications grand public prennent plus d’importance du fait de leur plus grande audience. Nous avons évoqués ici le cas de Fumi Yoshinaga, ou de Mizu Sahara, mais il ne faut pas oublier des auteures comme Natsume Ono (Ristorante Paradisio, Gente et Goyô chez Kana) / Basso (Tonari ni vo est censé sortir chez Taifu en 2022), est em (Tango aux Éditions H) ou Asumiko Nakamura dont quelques BL sont disponibles dans la collection Hana chez IDP. Cette dernière est aussi réputée pour ses œuvres seinen comme Utsubora (Manga Erotics f, Ohta Shuppan, 2 tomes) que ses BL comme Dôkûsei (Opera, Akaneshinsha, 1 tome). Il est peut-être là, le véritable souffle féminin dans le seinen manga !

L’univers du manga

ATTENTION : Article en cours de finalisation

Les lundi 7 février et 28 mars, j’ai eu les occasions de donner une conférence présentant manga à des élèves au CDI du lycée Jean Monnet de La Queue lez Yvelines puis à des professeures documentalistes. En voici la version rédigée. Elle porte sur le manga papier, c’est-à-dire sous forme de livre.

Qu’est-ce que le manga ?

Le terme manga fait normalement référence à la bande dessinée japonaise. Pour beaucoup, cela englobe aussi les dessins animés (au Japon, on parlait à une époque de terebi manga même si le terme anime, venu des USA, a pris de l’importance depuis de nombreuses années), les illustrations d’inspiration « manga », le cosplay, etc. c’est-à-dire tout ce que l’on pourrait regrouper dans un ensemble nommé « culture manga ». Au Japon, pour la bande dessinée, on parle d’ailleurs plutôt de komikku (comics). Nous allons ici nous concentrer principalement sur l’aspect livre de l’univers manga.

La prépublication

Si en France, on connaît les mangas principalement sous forme reliée, au Japon, les mangas sortent généralement dans des magazines de prépublication. Une fois qu’il y a assez de chapitres et donc de pages, le manga sort en format relié, c’est-à-dire sous la forme d’un livre (tankobon) comprenant 140 à 220 pages (180 le plus souvent). Certains magazines sont hebdomadaires, d’autres bimensuels, mensuels, trimestriels, voire annuels (les « spéciaux »).

Il existe de nombreux magazines de prépublication (mangashi) et ils visent tous une tranche d’âge et un genre. C’est un marché très segmenté et c’est donc en fonction du public principalement visé que l’on va les classifier. Ceci dit, les magazines papiers sont de plus en plus remplacés par des sites internet de prépublication qui sont plus multi-audiences (par exemple le webzine Ura Sunday). Et comme les classifications japonaises sont assez mal utilisées en France, il vaudrait peut-être mieux les oublier pour s’intéresser plutôt aux types d’histoires proposées, comme le fait un éditeur comme Akata. Néanmoins, étant utilisés par quasiment tout le monde, voici un rappel des principales classifications qui sont faites : shônen, shôjo, seinen, josei mais aussi kodomo, etc.

Il s’agit là de cœurs de cible, le lectorat est plus étendu et les limites des catégories sont parfois assez floues. Les filles ou les adultes peuvent lire du shônen là où on ne verra quasiment aucun garçon lire du shôjo. Il y a aussi de nombreux genres qui sont abordés dans des magazines spécialisés. Ils ont aussi un cœur de cible axé sur le thème qui compte plus que la tranche d’âge et le sexe. Voici quelques exemples de mangas de genre : horreur / fantastique, mah-jong, Gundam (franchise à succès mettant en scène des robots géants) , boys’ love (yaoi), érotisme ou pornographie, lolicon (lolita complex) / moe (mignon), yonkoma (gags en quatre cases), etc.

Tout part donc du magazine de prépublication (sauf rares exceptions comme celle des anthologies). Chaque magazine a un rédacteur en chef qui dirige le mangashi et qui définit la ligne éditoriale. Il y a surtout une équipe d’éditeurs (tantosha), ceux-ci étant chargés de superviser un certain nombre d’auteurs (mangaka). Ce sont les tanto qui vont voir avec chaque auteur·e dont ils ont la charge comment réaliser un chapitre pour le prochain numéro à paraitre. Le rythme de parution du magazine conditionne la taille du chapitre et la fréquence des réunions. Pour un hebdomadaire, l’auteur·e doit produire généralement 16 pages. Pour un bimensuel, on est généralement à 20-30 pages, pour un mensuel, c’est entre 40 et 60 pages.

Les mangaka travaillent rarement seul·e·s, ils ou elles montent un studio et réalisent leur manga en équipe (payée sur les propres revenus des auteur·e·s). Ils ou elles sont généralement assisté·e·s par des personnes (les assistant·e·s) qui vont réaliser des tâches précises (gommer les crayonnés, poser des trames, dessiner telle ou telle partie du décor, etc.). Le nombre d’assistant·e·s est très variable, il dépend du nombre de pages à rendre, des séries en cours. Cela peut aller de un à plus d’une dizaine. Généralement, plus on s’approche de la date de rendu, plus il y a d’assistant·e·s. Dans les années 1970, Osamu Tezuka avait mis en place les 3 × 8 : il avait trois équipes d’assistants qui se relayaient 24 heures sur 24 dans les locaux de l’auteur. Le studio est généralement situé dans un appartement loué pour l’occasion (permettant de dormir sur place en période de bouclage) ou chez l’auteur·e dans une pièce dédiée à cet usage.

Un chapitre est généralement réalisé ainsi : L’auteur·e conçoit le scénario en réalisant un brouillon, une sorte de story-board qu’on appelle le name (namu). Ce brouillon contient les dialogues, les grandes lignes de la mise en page (la narration). Ensuite, l’auteur·e va rencontrer son ou sa tanto pour en discuter, soit dans les bureaux du magazine, soit dans un café. Les tanto peuvent demander des changements (et ne  s’en privent pas), estimant que telle ou telle partie n’est pas assez bonne, donnant ainsi des conseils pour rendre l’histoire plus attractive. Cela peut concerner un point de vue, un enchainement de cases, un dialogue, etc. Une fois que mangaka et tanto sont d’accord sur le chapitre, il est temps de passer au crayonné. C’est l’auteur·e qui s’en occupe et qui dessine toute les pages au crayon. Ensuite, c’est la phase de l’encrage. L’auteur·e peut s’en occuper entièrement ou déléguer une partie plus ou moins importante du dessin à encrer (les décors, les onomatopées, une partie des personnages). Les trames sont généralement posées par les assistant·e·s, tout comme la typographie des dialogues (qui peut aussi être faite par l’imprimeur). Une fois que tout est terminé (généralement juste à temps), les planches sont rendues au tanto qui les remet à l’imprimeur.

Pour un hebdomadaire, cela occupe généralement six jours sur les sept de la semaine. Le dimanche, l’auteur·e peut se reposer. Les assistant·e·s, pour un hebdomadaire, interviennent généralement les trois derniers jours. Mais cela peut varier d’un·e auteur·e à l’autre, selon sa façon de travailler. Créer des histoires pour un mensuel donne plus de temps pour s’organiser, mais il y a souvent plus de planches à produire. Il est à noter que certain·e·s passent d’un magazine hebdomadaire à un mensuel car ils ou elles n’arrivent pas à suivre le rythme ou que cela correspond mieux au récit. Il y a aussi la possibilité de paraitre un numéro sur deux.

Les caractéristiques

Au Japon, le manga est apparu au début des années 1910 pour se transformer à la fin des années 1940 sous l’influence d’Osamu Tezuka puis se développer dans les années 1950-1990, avec une apogée en 1995. Depuis, les magazines de prépublication imprimés sont en déclin continuel  mais, comme déjà indiqué, cette prépublication se développe de plus en plus en ligne. Cependant, l’importance du manga est telle que le chiffre d’affaires japonais dépasse largement l’ensemble des autres marchés de bande dessinée pour tout le reste du monde. Il n’y a donc rien d’étonnant que le manga soit prédominant dans toute l’Asie et qu’il ait autant de succès en Occident (surtout depuis ces dernières années) ou en Afrique.

Il est difficile de caractériser le manga sans faire de généralités tant la bande dessinée japonaise est variée. Néanmoins, un certain nombre de caractéristiques sont relativement communes et associées au manga par le sens commun. La première de ces caractéristiques est certainement le noir et blanc et le petit format qui font ressembler les mangas à nos livres de poche. En effet, pour des raisons historiques de coût de création et de fabrication, le choix du N&B s’est imposé dans le développement des magasines d’après-guerre (avant, ils étaient fréquemment en couleur ou en bi ou trichromie). C’est une grande différence avec, par exemple, des États-Unis où la couleur s’est imposée, y compris dans la presse (pour les sunday). Les trames (mécaniques, c’est-à-dire autocollantes, puis informatiques) ont rapidement permis de donner du volume au dessin en l’absence de couleur. Cette utilisation des trames donne un cachet particulier au dessin qui est spécifique au manga. Il faut dire que les trames sont très variées au Japon et permettent de réaliser de nombreux effets, même si cela ne se voit pas trop sur certaines séries comme Naruto. La taille des mangas reliés est souvent comprise entre A5 (les deluxe) et A6 (les bunko). Le format le plus commun est le B6.

La deuxième est sans aucun doute les « grands yeux » qui peuvent occuper jusqu’à un quart du visage (sourcils compris), surtout chez les personnages féminins. Il ne s’agit pas de ressembler aux Occidentaux comme cela a été trop rapidement affirmé par les détracteurs du manga mais d’appliquer le principe de la néoténie au manga. En bande dessinée, il s’agit de la conservation de certains caractères de l’enfance afin de provoquer un attachement, une attirance inconsciente et abstraite chez les humains, y compris envers les animaux. Un bon exemple est celui du Chat potté dans Shrek 2, qui rappelle le chaton lorsqu’il fait les grand yeux. Utilisée en bande dessinée, cela provoque un sentiment de sympathie, crée une plus forte emprise sur les lecteurs. Walt Disney a énormément utilisé ce principe, vraisemblablement de façon inconsciente, notamment pour distinguer les gentils des méchants et créer une sorte d’attirance envers ses personnages. Mais Disney lui-même n’a rien inventé car on peut trouver des usages de la néoténie dans l’art du XIXe siècle. Au Japon, c’est aussi le succès dans les années 1920 des illustrations de Yumeji Takehisa dont le style a été de nouveau popularisé après-guerre par Jun’Ichi Nakahara qui peut expliquer l’importance des grands yeux dans la culture shôjo. Il ne s’agit donc pas d’une invention d’Osamu Tezuka qui était un grand amateur de Disney et connaisseur de l’imagerie née dans les magazines pour filles. Par son influence sur le style graphique des mangas des années 1950, Tezuka a surtout généralisé le phénomène.

La troisième caractéristique du manga est moins perceptible car elle ressort de la narration et de la mise en page. Pourtant, il s’agit là d’une différence fondamentale avec la bande dessinée franco-belge et le comics. Il y a certes le sens de lecture de la droite vers la gauche mais c’est surtout l’agencement des cases et le rythme de l’action qui sont très différents entre ces trois pays de bandes dessinées. Le rythme de lecture dépend, pour commencer, du nombre de cases par planche. Dans le manga, ce nombre est généralement compris entre quatre et six sur deux ou trois bandes de deux cases. Bien entendu, pour créer des « pages mémorables » ou créer une mise en situation, il est possible de descendre à deux ou trois cases et de jouer sur la notion d’ellipse. Les bandes sont aussi plus ou moins éclatées, surtout dans le shôjo manga, notamment pour donner du dynamisme à la composition, et donc à la narration. Cela permet aussi de retranscrire des émotions comme la confusion. De plus, les chapitres sont courts : 16 pages pour les hebdomadaires, 30 à 60 pour les autres rythmes de prépublication. La construction en feuilleton (que l’on retrouve aussi dans les comics) est liée à cette prépublication en chapitre des mangas.

Enfin, outre l’omniprésence des onomatopées (il en existe même une pour signifier le silence, le fait qu’il ne se passe rien) dans de nombreux mangas (surtout ceux d’action), il y a toute une série de codes graphiques spécifiques au manga qui permettent de faire passer des émotions, mais aussi toute une gamme d’informations sur l’état des personnages. La goutte de gêne, la veine temporale gonflée de colère, les lignes de vitesse, les lignes de tensions, etc. sont des signes qui sont des marqueurs importants dans le manga, même si de nombreux titres japonais ne les utilisent pas, rappelons-le. Cela donne aux auteur·e·s tout un dictionnaire graphique pour dessiner des sentiments, donner des impressions, dynamiser l’action.

La Diversité

La prépublication, chapitre par chapitre, de plusieurs séries en parallèle permet en effet de fournir une grande diversité d’histoires aux lecteurs et lectrices. Quand un mangashi contient plus de 400 pages de mangas, soit une vingtaine de séries, à chaque numéro, il est assez facile de proposer des créations différentes. Il est important, commercialement, de toucher le plus vaste public possible dans le segment visé, ce qui est encore plus vrai depuis le retournement du marché manga qui a eu lieu une vingtaine d’années au Japon. À cela, s’ajoute un système des votes permettant de savoir quelles séries plaisent le plus et surtout celles qui plaisent le moins, ce qui donne la possibilité de prendre des risques : si ça ne trouve pas son public, on arrête et on propose autre chose.

Le marché français, en plus de 25 années d’éditions francophones, a réussi plus ou moins, sauf peut-être pour le shôjo, à représenter cette diversité. Nous allons chercher à illustrer celle-ci par le biais d’une grosse cinquantaine de séries remarquables. Le souci rencontré est que de nombreux titres ne sont plus commercialisés (une licence doit être généralement renouvelée tous les 3 ou 5 ans) et ne sont plus disponibles qu’en occasion ou en bibliothèque. C’est pour cela que certains mangas évoqués ici ne sont plus trouvables en neuf, les librairies ayant dû retourner leurs invendus qui ont été ensuite détruits (quelques éditeurs préfèrent la solderie au pilonnage, ceci dit). Il faut avoir à l’esprit qu’un manga ne se contente pas d’avoir un seul thème mais en mélange plusieurs (deux, trois, voire plus). La classification effectuée ci-après est donc personnelle, subjective, en se faisant à partir du thème considéré comme étant le principal.

L’aventure / action

Ce genre d’histoires est surtout présent dans le shônen manga. Basé sur l’action, l’apprentissage et (souvent) l’humour, avec un récit généralement centré sur un protagoniste masculin (un collégien ou un lycéen le plus souvent) qui peut être entouré d’un groupe de personnages secondaires, la série va proposer une aventure trépidante où il est nécessaire de progresser pour vaincre des ennemis de plus en plus puissants. Cet apprentissage est nécessaire pour atteindre un but, généralement fixé dès le début. Ces récits initiatiques sont merveilleux, dépaysant et rythmés.

Assassination Classroom (shônen) – Gros succès auprès des collégiens qui ne se dément pas malgré que la série soit terminée.

Banana Fish (shôjo) – (à venir)

Les Brigades immunitaires (seinen) – (à venir)

La romance

Les histoires d’amour sont associées aux mangas pour fille. Ce n’est pas faux mais ce n’est certainement pas exact. En fait, depuis la fin des années 1960, il s’agit du thème principal des séries qui sortent dans les magazines shôjo. Avant, il était interdit d’évoquer l’amour, même simplement sentimental. Ceci dit, il y a aussi de la romance dans les mangas pour garçon, même s’il s’agit le plus souvent d’un thème secondaire. Néanmoins, il existe des shônen où la relation amoureuse tient un rôle central dans l’histoire. Dans ce cas, le jeune garçon est maladroit, il ne sait pas aborder les filles qui sont pourtant nombreuses à lui tourner autour. On parle dans ce cas de « harem manga ».

Love, Be loved, Leave, Be left (shôjo) – Basé sur l’incontournable triangle amoureux des romances lycéennes, la série propose plus que la simple problématique de trouver l’amour lorsqu’on est une adolescente. Il y a aussi celle de l’amitié, un thème que l’on trouve plutôt dans les shônen d’aventure. Il y a aussi la nécessité d’être honnête avec les autres et surtout avec soi-même.

Love Hina (shônen) – Le harem manga de référence. Adulé par certains, décriés par d’autres, la série n’a pas laissé indifférent lors de sa publication française. Il faut dire qu’il était précurseur dans le genre. La couverture montre bien qu’il ne s’agit pas ici d’un manga romantique pour fille. En effet, la taille de la poitrine des personnages féminins est un marqueur fort pour distinguer shônen romantique et shôjo.

Blue (josei) – L’amitié entre deux lycéennes se transforme petit à petit en amour où les non-dits tiennent une grande importance dans les relations entre les protagonistes. Le traitement réaliste et subtil des sentiments des jeunes filles était une grande nouveauté dans le paysage francophone lors de sa première parution en 2004.

Science-fiction / Fantastique

La SF et le fantastique sont des genres très prisé au Japon (notamment dans les romans et le cinéma), ce qui se retrouve logiquement dans le manga. Il existe même des magazines de prépublication spécialisés. Cependant, la plupart du temps, il ne s’agit pas du thème principal, surtout dans le shônen. La SF ou le fantastique sont le plus souvent un cadre dans lequel les auteur·e·s vont développer leur histoire. C’est dans le seinen que l’on trouve les œuvres les plus « pures » SF. C’est aussi un genre assez développé dans le shôjo notamment grâce à Moto Hagio, précurseure du genre dans les années 1970 : la longue nouvelle « Nous sommes onze » disponible dans Moto Hagio Anthologie (shôjo) est particulièrement représentative de la SF des années 1970 et a montré que cette voie était possible à nombre des consœurs de la mangaka.

The Ancient Magus Bride (shônen) – (à venir)

Les enfants de la baleine (shôjo) – Présenté comme un seinen par Glénat, il s’agit en réalité d’un shôjo prépublié dans Mystery Bonita. Il est assez habituel que les éditeurs francophones fassent passer des shôjo qui ne sont pas des romances lycéennes pour un autre genre de manga (ici, du seinen), afin de moins mal les vendre. De ce fait, il est possible de lire plus de shôjo manga (et de josei) qu’on pourrait le croire de prime abord. Cependant, cela fausse aussi la perception que l’on peut avoir du manga réalisé par les mangaka femmes ainsi que du genre shôjo (ou josei) en général.

L’Atelier des sorciers (seinen) – (à venir)

Sport / Métier

C’est un des nombreux genres réputés peu vendeur en France. Le héros ou l’héroïne pratique un sport, généralement au lycée et va devoir devenir un·e champion·ne grâce à son entrainement, ses efforts et son courage. Bien entendu, différents obstacles vont surgir durant sa progression. Il y a souvent une intrigue secondaire qui est une romance avec un·e camarade d’école. Les mangas sportifs sont nombreux au Japon. De plus, le sport est à considérer ici au sens large et inclus les jeux de stratégie comme le go ou les échecs. Sous le vocable manga de métier, on regroupe les titres où le personnage principal se découvre des qualités et une vocation pour un métier dans lequel il va s’épanouir grâce à l’apprentissage et en surmontant les embûches semées sur son chemin. En cela, les mangas de métier sont très proches de ceux de sport.

Jumping (shôjo) – Une hikonomori (personne s’isolant de la société, ce qui est souvent liée à une phobie) réussit à vaincre ses peurs et ses complexes grâce aux chevaux et à l’équitation. Chose amusante, la classification est à l’inverse de Chihayafuru (josei mettant en scène une lycéenne) car c’est ici un shôjo alors que la protagoniste est une étudiante. D’ailleurs, même si la démonstration inverse est faite ici, l’âge des personnages donne généralement un indice précieux pour la classification, surtout à la frontière des genres : shônen / young seinen / seinen, ou shôjo / josei.

En scène ! (seinen) – Il s’agit d’un titre s’adressant principalement à un public de jeunes adultes masculins, même si cela pourrait sembler étrange au vu de la couverture rose du premier tome, mettant en valeur une enfant en tutu. Nous apprenons à connaître au fil des chapitres le monde du ballet par le biais des aventures de Kanade, passionnée par la danse. Il faut dire que Cuvie a elle-même connu les mêmes débuts que sa petite héroïne, avec beaucoup moins de succès, il est vrai. Mais la passion pour la danse de l’autrice, et sa connaissance du ballet, transparaît à chaque page.

Une vie au zoo (josei) – Cette courte série montre la difficulté qu’il y a à s’occuper d’animaux : dire qu’on les comprends, qu’on les aime ne suffit pas. Cependant, si on s’accroche à sa vocation et que l’on est sincère, on peut arriver à devenir une soigneuse compétente et à s’épanouir dans son métier.

Société japonaise / tranche de vie

À la différence des BD franco-belge et américaines, le manga grand public propose depuis de nombreuses années des histoires se focalisant sur la vie de tous les jours de personnages « normaux ». On retrouve ce thème dans tous les genres de mangas. Si dans le shônen, il ne s’agit pas du thème général le plus souvent, il est très l’élément central dans de nombreux josei et seinen. Mitsuru Adachi est le spécialiste du shônen mélangeant sport, romance lycéenne et vie de tous les jours, Touch (shônen) étant sa série référence. En centrant son récit sur des personnages ordinaires et les mettant en scène dans leur vie de tous les jours, il sait comme personne ancrer son histoire dans la société japonaise.

Kamakura Diary (shôjo) – Sorte de Touch au féminin, la série propose le même mélange sport / romance / vie de tous les jours. Néanmoins, le récit est moins humoristique et développe des sujets graves comme le handicap, la mort et la difficulté d’établir des relations sincères entre les personnes. Cette gravité des sujets abordés est assez habituelle dans nombre de shôjo.

Éclat(s) d’âme (web) – Kamatani Yuhki est une auteure qui se définit comme étant ni femme (son genre biologique), ni homme, du genre neutre, donc. Son manga parle de la difficulté de s’accepter, surtout à cause du regard des autres, de leur moqueries, voire de leur ostracisation. C’est ainsi que le traitement de la question LGBT+ par la société japonaise est au centre de cette série paraissant sur le web suite à la disparition du magazine HiBana.

Chiisakobé (seinen) – Il d’agit de l’adaptation par Minetarô Mochizuki d’un roman historique écrit il y a une cinquantaine d’année. L’histoire s’y déroulait à l’époque Edo. Le mangaka reprend la trame principale tout en la situant à l’époque actuelle pour actualiser le propos. Ayant été prépublié dans un hebdomadaire, le manga est composé de courts chapitres d’une vingtaine de page, qui se terminent à chaque fois sur une situation marquante donnant envie de poursuivre sa lecture. Les nombreux problèmes de communication entre les personnages sont bien rendus par des cadrages inhabituels, généralement des plans serrés en contre-plongé mettant le lecteur dans la peau de l’un ou de l’autre.

Historique

Tout comme la SF et le Polard, l’Histoire du Japon sert généralement de cadre à des fictions plutôt qu’être le thème principal. Pourtant, les titres dits « historiques » sont profondément enracinés dans l’époque où se déroule le récit et permettent d’avoir un véritable aperçu de la vie au Japon à travers les âges. Il faut aussi savoir que les Japonais ne sont pas très forts en Histoire, surtout que les manuels d’enseignement n’hésitent pas à occulter certains aspects peu glorieux du passé nippon.

Kenshin le vagabond (shônen) – Après la chute des Tokugawa et l’arrivée de l’ère Meiji (fin du 19e  siècle), la vie est difficile pour les samouraïs sans maître ! Manga de samouraï à succès, le titre est la preuve que l’on peut concevoir une histoire pleine d’action tout en restant fidèle au contexte historique de l’époque.

Le Pavillon des hommes (shôjo) – Et si l’Histoire avait effacé le fait que des femmes avaient été shôgun à l’époque des Tokugawa ? Récit féministe avec une déconstruction des préjugés par inversion des rôles des hommes et des femmes au sein de la société japonaise pendant l’époque d’Edo (et par la même occasion, des inégalités actuelles au sein de la société japonaise).

Ayako (seinen) – Il s’agit d’une des œuvres les plus sombres d’Osamu Tezuka, se déroulant dans l’immédiat après seconde guerre mondiale. La série montre les excès du patriarcat qui sévissait alors dans la société semi-féodale persistant dans les campagnes.

Humour

Les mangas d’humour pur sont aussi réputés pour mal se vendre en version française. Il faut dire que l’humour japonais est très 1er degré, très burlesque. Pourtant, les mangas ne sont pas tous basés sur un humour spécifiquement japonais comme l’est le manzai, un système basé sur un duo comique formé par le tsukkomi (le sérieux) et le boke (le personnage fruste, outrancier et désordonné). Si le couple comique (le sérieux et l’idiot) est un classique de l’humour dans tous les pays (Laurel et Hardy, Astérix et Obélix), c’est ici un humour qui repose beaucoup sur les quiproquos et les jeux de mots, ce qui fait que nombre de mangas relevant du genre sont réputés intraduisibles en français.

Dr Slump (shônen) – Un des premiers grands succès d’Akira Toriyama avant DragonBall. C’est un humour basé sur le grand n’importe quoi et l’exagération. C’est aussi assez scatologique, ce qui en fait un titre très japonais. Sa réussite commerciale en France tient sûrement autant à ses qualités qu’au fait qu’il est sorti avant que l’on ne croule sous les sorties.

Magical Girl Boy (josei) – (à venir)

Yotsuba& (seinen) – Il s’agit d’une de ces séries difficiles à classer. À première vue, elle semble s’adresser aux jeunes filles de 10 à 14 ans vu l’apparente légèreté des histoires ainsi que l’âge et le genre de la plupart des protagonistes. Cependant, si on y regarde bien, le titre semble plutôt s’adresser à leur père étant donné que les adolescentes sont rarement passionnées par des petites chroniques de la vie de tous les jours. Et il faut être parent pour s’amuser des bêtises de Yotsuba, tendrement amusantes sur papier alors qu’il serait infernal d’avoir un enfant pareil en réalité.

Monde post-catastrophe ou apocalyptique

Ce genre se distingue de la SF par une ambiance beaucoup plus sombre et une action plus trépidante. En règle générale, une catastrophe s’est produite et les protagonistes doivent survivre, coûte que coûte. La mise en scène de l’angoisse des personnages et la dramatisation du récit sont deux des principales caractéristiques du genre. Il faut aussi avoir à l’esprit que le Japon est situé dans une zone sismique, que les tremblements de terre sont fréquents, tout comme les ouragans et les tsunamis. Les catastrophes comme celles survenues à Kobe ou à Fukushima montrent que ces récits ne sont pas si éloignés de la réalité que vivent les japonais.

L’Attaque des titans (shônen) – (à venir)

Dragon Head (young seinen) – Premier manga du genre à avoir frappé les esprits du lectorat francophone. Dans une sorte d’huis-clos étouffant, trois jeunes lycéens essayent de survivre à une catastrophe qui a ravagé Tokyo et fait déraillé dans un long tunnel le Shinkansen qui les ramenait chez eux d’un voyage scolaire.

Walking Cat (seinen) – (à venir)

Guerre / Policier

La guerre, surtout la Seconde Guerre Mondiale, a frappé les esprits au Japon, la défaite ayant été vécue comme un traumatisme, amplifié par l’horreur de la bombe atomique. Néanmoins, le refus de reconnaître les atrocités commises par l’armée impériale dans toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est est toujours présent, ce qui se retrouve (ou plutôt ne se retrouve pas) dans les mangas traitant du sujet.

Le manga policier est assez développé au Japon, mais ne connais pas le succès chez nous. Que ce soit du thriller, du judiciaire, du crime à élucider, les thèmes sont variés. Il y a quelques années, Soleil Manga a créé une collection comprenant des adaptations mangas dédiées à un auteur de romans policiers à succès au Japon (Hiroshi Mori), mais cela n’a pas fonctionné.

Détective Conan (shônen) – On arrive bientôt au 100ème tome en version française (la parution japonaise a été rattrapée). Il est habituel au Japon que les séries dépassent les 100 volumes, même si ce n’est pas fréquent. Il s’agit d’un manga où un jeune détective doit résoudre des meurtres mystérieux grâce à son génie et malgré son âge.

Don’t Call it Mystery (shôjo) – (à venir)

Peleliu (young seinen) – Peleliu, une petite île perdue dans le Pacifique, a été le lieu d’une grande bataille entre l’armée impériale et les forces américaines. Pourtant, cette île n’a pas eu une grande importance stratégique malgré son aérodrome. Le manga fait  immanquablement penser au film Lettres d’Iwo Jima.

Érotique / Yaoi

Si l’érotisme est souvent présent dans le young seinen, c’est généralement de façon secondaire. Il s’agit de placer très régulièrement des scènes à caractère érotique, généralement sans nudité explicite mais avec une sexualisation exagérée des personnages féminins (par exemple, avec des poitrines surdimensionnées). Cependant, il existe des magazines dédiés, allant du simple érotisme (l’acte sexuel n’est pas explicite) à la pornographie la plus débridée. Et cela n’existe pas que pour le public masculin. Il existe un genre de manga, le yaoi ou boys love, qui met en scène des amours homo-érotiques entre hommes écrit par des femmes à destination d’un public féminin hétérosexuel. Il existe aussi les shôjo dit matures où les relations sexuelles entre homme et femme ne sont pas simplement suggérées.

Virgin Hotel (shôjo) – L’érotisme n’est pas réservé aux garçons, les jeunes filles et les femmes ont  aussi leurs mangas « de cul », pour le dire vulgairement. À une époque pas si lointaine, il existait des magazines ladies comics destinés aux femmes au foyer où le sexe était très présent. S’ils ont disparu, ils ont été en quelque sorte remplacés par les magazines de shôjo dits « matures » (ou « shôjo pouffe » par les détracteurs) qui s’adressent plutôt aux adolescentes.

10Dance (young seinen) – (à venir)

Love Contest (hentai) – (à venir)

Le manfra et la bande dessinée hybride

Depuis son arrivée dans le paysage éditorial de la bande dessinée au milieu des années 1990, le manga n’a pas cessé de prendre de l’importance et de recruter des lectrices et des lecteurs de tout âge. Inévitablement, une partie de ces lectrices et ces lecteurs étaient des personnes passionnées par le dessin et se sont mises à créer des histoires et à les dessiner. Le petit monde du fanzinat a proposé de plus en plus de petits livres aux dessins et aux récits manifestement influencés par les bandes dessinées japonaises. Tout aussi inévitablement, une partie des fanzineuses et fanzineux sont passés professionnels en choisissant entre deux voies : soit créer des œuvres qui ressemblent aux mangas mais qui sont directement publiées par des éditeurs francophones, soit proposer des titres qui ressemblent plus dans la forme à de la BD plus classique, mais en intégrant de nombreuses références, graphiques et/ou narratives venues des productions venues du Japon. C’est cette influence du manga dans la création francophone de bandes dessinées que nous allons voir.

Le manfra

J’ai eu l’occasion de présenter ma définition du manfra à l’occasion d’une conférence sur le sujet donnée à Angoulême et dans un lycée de la Région parisienne afin d’en retracer sa courte histoire, avec ses réussites et ses échecs les plus marquants. Pour simplifier, le manfra est du manga réalisé par des francophones qui rêvent de faire de la bande dessinée à la façon des Japonais. Le terme n’est pas encore « officiel ». Cependant, il se diffuse de plus en plus dans la communauté, même s’il est rejeté par certains acteurs du genre comme Moonkey qui préfère le terme de « manga français ». Nous avons vu les principales caractéristiques du manga dans la première partie du présent dossier. En les appliquant au manfra, cela donne un ouvrage en N&B avec une pagination importante (au moins 160 pages) édité au format poche ou semi-poche (entre A5/B5 et A6/B6). La présence d’une jaquette est indispensable pour beaucoup, même si cela n’est pas obligatoire. Le sens de lecture « à la japonaise » dépend beaucoup du choix des auteur·e·s. Néanmoins, il est illusoire de publier en sens de lecture japonais en espérant une publication au Japon.

Bien entendu, un graphisme plus ou moins copié des mangas shônen ou des shôjo grand public est inévitable (alors que le manga propose une très grande diversité graphique). C’est ainsi que nous rencontrons surtout un dessin assez stylisé et plutôt rond que j’appelle semi-réaliste néoténique (avec des – plus ou moins – grands yeux) ou alors comique de type SD (Super Déformé). La narration, grâce à la pagination importante de l’ouvrage, est aussi d’inspiration manga, c’est-à-dire avec peu d’ellipses et la présence régulière d’enchainements de point de vue à point de vue (d’après l’analyse de Scott Mc Cloud exposée dans L’Art invisible). Il faut aussi une volonté de l’auteur et de l’éditeur de faire du manfra. Car il faut une édition professionnelle diffusée en librairie spécialisée ou en vente en ligne dans ma définition, sinon, on fait du fanzinat. Un certain nombre de petits éditeurs se sont créés au fil du temps pour pouvoir commercialiser sous forme physique le travail de diverses auteur·e·s. E.D Édition en est un bon exemple, même s’il semble ne pas avoir survécu à une distribution par Hachette (un diffuseur/distributeur plus petit aurait été une bien meilleure idée).

Le manfra fait partie d’un plus grand ensemble d’œuvres non asiatiques s’appropriant les codes et la forme du manga. Cet ensemble est appelé « global manga » et concerne principalement les marchés européens et américains. Ceci dit, le global manga se développe aussi en Afrique et au Moyen-Orient, mais nous en ignorons largement son existence. L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis sont des pays producteurs de global manga dont certains titres arrivent jusqu’à nous.

Intéressons-nous maintenant à la jeune histoire du manfra. On en trouve les prémisses en kiosque au mitan des années 1990 (juillet 1994 pour être précis) dans les petits suppléments de Kameha, la revue de prépublication et de rédactionnel sur le manga des éditions Glénat. Cela s’appelait Kameha Kids et proposait de très courtes histoires dessinées dans un « style manga ». Il y a eu aussi le magazine Yoko, proposant à partir de décembre 1995 et jusqu’à fin 1997 des bandes dessinées plus ou moins travaillées à l’influence manga plus qu’évidente (y compris, et peut-être surtout, dans sa facette hentai). Ceci dit, surtout dans le cas de Kameha Kids, on était plus dans le fanzinat que dans de la véritable publication professionnelle. D’ailleurs, le véritable creuset du manfra se trouve dans le petit monde du fanzinat. Le succès du manga à l’époque a donné des envies à certains fans de la génération du Club Dorothée de créer des œuvres similaires. C’est ainsi que toute une séries de fanzines (magazines de fan, des publications amateures) voient le jour durant les années 1990 et 2000. MyCity en est un des exemples les plus célèbres. Ce fanzine a été édité entre 1995 et 2000 (totalisant 19 numéros), sous la direction d’Aurore (connue pour ses affiches réalisées pour Japan Expo et qui est devenue dessinatrice professionnelle de bandes dessinées qu’on pourrait qualifier d’hybrides). Nous pouvons estimer la naissance du manfra à avril 2005 lorsque Pika Éditions prépublie Dys de Moonkey, suivi de près par Dreamland de Reno Lemaire dans son magazine Shônen Collection.

De son côté, Ankama, l’éditeur roubaisien de jeux vidéo propose à partir de 2005 puis surtout à partir de 2007, dans un format proche du manga des déclinaisons BD de son jeu à succès Dofus. Il y a ensuite l’aventure Shogun Mag (entre 2006 et 2008) : les Humanoïdes associés ont la volonté affichée de faire du manga à l’européenne, de mettre en place une prépublication avant de sortir les récits en tomes reliés. Surtout un grand nombre de titres est proposé en même temps. Le premier numéro de Shogun Mag sort en octobre 2006. Il s’agit d’un magazine mensuel de près de 350 pages et contenant une dizaine de séries réalisées sous forme de chapitres à suivre. Le succès n’est pas au rendez-vous. Ankama va le connaître, ce succès, avec Radiant de Tony Valente (débutée en 2013, la série est toujours en cours et compte quinze tomes).

Radiant est une série intéressante à plus d’un titre. Tony Valente a manifestement intégré les codes du manga mais il a réussit à proposer un graphisme personnel plutôt reconnaissable. Certes, le synopsis (invasion du monde du héros par des monstres, apprentissage de la magie, combats, quête à accomplir, etc.) est tout sauf original. Cependant, les personnages sont attachants, l’histoire est bien racontée, le dessin est réussi et les couvertures sont accrocheuses. Le succès est international et l’auteur n’a rien à envier à ses collègues japonais. Le manfra a connu deux autres succès considérables. Néanmoins, ce succès n’est pas dû aux qualités graphiques (plus que relatives) des deux séries concernées mais plutôt à leur origine. Amour Sucré est l’adaptation en manfra du jeu social en ligne Amour Sucré, un jackpot pour l’éditeur Akileos qui avait tenté l’aventure du global manga avant d’arrêter très rapidement devant les ventes catastrophiques de ses premiers titres. Les deux scénaristes sous pseudo ridicule sont français alors que le studio Xian Nu est composée de deux dessinatrices espagnoles. Bien plus intéressante est la démarche de Kevin Tran. Youtubeur de talent et à succès, il s’est lancé dans une sortie d’hommage aux mangas qu’il appréciait lorsqu’il était plus jeune. Ki & Hi (Michel Lafon) réussit l’exploit de rejoindre à partir de 2017 les plus gros succès mangas en France. Fanny Antigny a un dessin très sommaire qui s’améliore au fil des tomes. La célébrité de son scénariste, l’humour survolté et un certain effet de nostalgie expliquent vraisemblablement un succès qui est difficilement compréhensible autrement.

Pour terminer cette partie consacrée au manfra, essayons de réaliser une petite analyse avec Animus d’Antoine Revoy (IMHO). Le présent blog propose par ailleurs une chronique sur ce titre. Comme il y est écrit, l’auteur est un français qui a vécu au Japon plusieurs années et qui est installé aux USA depuis pas mal de temps. Ses influences BD sont donc multiples mais le manga est ici prédominant. Cette séquence de trois planches pose les enjeux dramatiques : la disparition inexpliquée d’enfants dans un quartier de la ville de Tokyo malgré la mobilisation de la police. Ces trois pages sont typiques de la bande japonaise : à chaque fois la première case est une scène d’ensemble, ce qui permet de définir puis de rappeler l’unité de lieu (un commissariat). Ensuite, Antoine Revoy multiplie les points de vue afin de dynamiser une scène qui serait autrement bien statique. Les multiples gros plans servent aussi à dramatiser la séquence et susciter l’émotion. La pagination importante permet de consacrer autant de cases juste pour exposer une situation, là où des récitatifs et des dialogues plus importants auraient été nécessaires dans le cadre d’un récit en 48 pages. Les treize cases se seraient alors retrouvées au nombre d’une dizaine sur une seule page de quatre bandes et de nombreux gros plans auraient sauté. Le dessin rappelle celui de Katsuhiro Otomo en utilisant un style réaliste stylisé et une épaisseur de trait assez uniforme. La suppression des décors dans la quasi totalité des cases n’est pas l’apanage du manga (Gotlib était célèbre pour cela) mais la bande dessinée japonaise, notamment le shôjo manga, s’en est fait une spécialité. Les yeux sont, par contre, dessinés de façon à rendre (et même à grossir) l’effet de pli épicanthal afin de « japoniser » les personnages.

La bande dessinée hybride

L’influence du manga sur la bande dessinée franco-belge ne s’est pas limitée au manfra. Elle peut aussi se retrouver dans la bande dessinée dite alternative ou « indépendante ». Elle est surtout plus visible dans les bons vieux 48CC, du fait d’un dessin manifestement sous influence. Le premier marqueur de cette influence se trouve dans le manifeste de Frédéric Boilet à propos de « La Nouvelle Manga ». Le manifeste, qui date de 2001, n’est pas très intéressant en lui-même. Il est bien trop ethnocentré, un peu trop méprisant envers le manga grand public, et il met plus en évidence les rares influences de la bande dessinée franco-belge sur le manga que l’inverse. Il faut dire qu’au début des années 2000, la bande dessinée asiatique traduite en français n’offre pas encore la diversité actuelle. Néanmoins, Boilet explique bien qu’au Japon, il existe une « bande dessinée du quotidien » qui donne une grande importance à la vie de tous les jours des protagonistes. En fait, l’apport de Frédéric Boilet est plus concret : son label Nouvelle manga s’est retrouvé accolé à deux des premières œuvres françaises manifestement hybrides : L’Immeuble d’en face de Vanyda (La boite à bulles) et Fraise et chocolat d’Aurélia Aurita (Les impressions nouvelles), Bien entendu, plusieurs titres de Frédéric Boilet ont bénéficié aussi du label, notamment L’Épinard de Yukiko (ego comme x), tout comme l’ouvrage collectif Japon (Casterman) qui propose de courtes histoires, notamment de Nicolas de Crécy, Fabrice Neaud, David Prudhomme, François Schuiten et Kan Takahama (il y a aussi des mangaka comme Moyoko Anno, Kazuichi Hanawa, Daisuke Igarashi et Taiyô Matsumoto) et quelques mangas édités en français à l’époque.

Frédéric Boilet, en tant que directeur de collection chez Casterman, permet surtout de faire découvrir en français des josei d’une grande qualité comme Blue de Kiriko Nananan ou All My Darling Daughter de Fumi Yoshinaga, titres qui ont certainement exercés une certaine influence sur de futur·e·s auteur·e·s de bande dessinée franco-belge ou indépendante. un éditeur comme Delcourt a grandement participé au développement du 48 CC qualifié d’« hybride ». Cette forme est apparue un peu avant et s’est développée parallèlement au manfra. Les Légendaires de Patrick Sobral et La Rose écarlate de Patricia Lyfoung en sont les deux meilleurs exemples. N’oublions pas une série comme Sillage de J.D. Morvan et Philippe Buchet où l’influence se fait surtout ressentir au niveau d’une narration adaptée au format 48CC. Il faut dire que les deux auteurs avaient été de l’aventure Nomad, une tentative réussie de Glénat (avec HK de J.D. Morvan et Trantkat) de faire une sorte de manga non-japonais à l’époque du magazine Kameha et des premiers succès du manga dans les années 1990. Bien entendu, d’autres éditeurs spécialisés dans le 48CC ont tenté avec plus ou moins de bonheur de lancer leurs séries. Une des plus récente tentative est proposée par Dargaud avec Sac à Diable de Cédric Mayen et Sandra Cardona. Cette dernière est une dessinatrice espagnole où l’influence du manga est manifeste.

Pour finir, afin d’être un peu plus complet et concret, voici trois comparaisons entre du manga (à gauche), du manfra (au centre) et de la bande dessinée hybride (à droite) issues de ma conférence sur le manfra d’il y a quelques années. Bien entendu, ces classification peuvent sembler un peu artificielles ou discutables, notamment dans un domaine où les exemple et les contre-exemples abondent. Il surtout faut garder à l’esprit que ces distinctions ne doivent être en aucun cas un frein à la curiosité ou au rejet de telle ou telle œuvre parce qu’elle ne serait pas « canonique ». Trop de lectrices et de lecteurs rejettent le manfra car ce n’est pas du « vrai manga » (même si c’est de moins en moins vrai), tout comme de trop nombreux fan de BD franco-belge rejettent les séries où les influences asiatiques sont trop manifestes et restent nostalgiques des années 1950-1970. Toutes sont des bandes dessinées qui peuvent plaire, même si les plus sévères et blasés d’entre nous estiment que la Loi de Sturgeon s’appliquent dans tous les cas… tout en sachant ne pas ériger de barrières et se limiter à tel ou tel genre.

Un souffle féminin dans le seinen manga (1/2)

Ceci est le texte développé de ma conférence donnée au Conservatoire le 19 mars 2022 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. La première partie est consacrée à la définition et à un rapide historique du seinen manga et la seconde se focalise sur la présence des autrices au sein de ces publications principalement destinées à un lectorat masculin adulte.

On parle de quoi ?

Il fut un temps où, au Japon, les hommes concevaient et réalisaient tous les mangas, même ceux destinées aux petites filles. Celles-ci ont grandi et certaines ont désiré créer des bandes dessinées comme celles qui les avaient fait rêver enfant. Au cours des années 1960, elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à prendre une place qui leur revient. Mieux encore, depuis de nombreuses années, elles sont devenues des auteures à succès en créant des mangas à destination d’un public masculin qui se vendent à des millions d’exemplaires. Cette évolution, qui a vu les femmes passer de simples lectrices (quand elles étaient jeunes) à créatrices, y compris dans le manga pour hommes, est le sujet du présent dossier.

Prépublication et classification au Japon

Pour bien cerner notre champ d’étude, il est nécessaire de rappeler rapidement comment le manga est édité au Japon et des classifications qui en découlent. Si en France, on connaît les mangas principalement sous une seule forme, au Japon, les bandes dessinées sortent généralement en premier dans des magazines de prépublication (mangashi). Une fois qu’il y a assez de chapitres (donc de pages), le titre sort en format relié, c’est-à-dire sous la forme d’un livre au format poche ou semi-poche (tankobon) comprenant 140 à 220 pages (180 le plus souvent). Certains magazines sont hebdomadaires, d’autres bimensuels, mensuels, trimestriels, voire annuels (les « spéciaux »). Il existe de nombreux magazines et ils visent tous un lectorat précis. C’est un marché très segmenté et c’est donc en fonction du public principalement ciblé que l’on va les classifier. Ceci dit, les magazines papiers sont de plus en plus remplacés par des sites internet de prépublication qui sont plus multi-audiences (par exemple Ura Sunday de Shôgakukan ). De plus, comme les classifications japonaises sont assez mal utilisées en France, il vaudrait peut-être mieux les oublier pour s’intéresser plutôt aux types d’histoires proposées, comme le fait un éditeur comme Akata. Néanmoins, étant utilisées par quasiment tout le monde, voici un rappel des principales classifications qui sont faites : shônen, shôjo, seinen, josei mais aussi kodomo, etc.

Il s’agit là de cœurs de cible, le lectorat est plus étendu et les limites des catégories sont parfois assez floues. Les filles ou les adultes peuvent lire du shônen là où on ne verra quasiment aucun garçon lire du shôjo manga. Il y a aussi de nombreuses thématiques qui sont abordées dans des magazines spécialisés. Ils ont donc un ciblage axé sur le thème, celui-ci qui comptant plus que la tranche d’âge et le sexe. Voici quelques exemples de mangas de genre : horreur / fantastique / science-fiction, mah-jong, Gundam (franchise à succès mettant en scène des robots géants), boys’ love (yaoi), érotisme ou pornographie (hentai), lolicon (lolita complex) / moe (mignon), yonkoma (gags en quatre cases), etc. Tout part donc du magazine de prépublication (sauf à de rares exceptions près) et une connaissance fine du support permet de se faire une idée précise de son contenu, même si celui-ci est souvent très varié au sein d’un même numéro.

Chaque magazine a un rédacteur en chef qui dirige le mangashi et qui définit la ligne éditoriale. Il y a surtout une équipe d’éditeurs (tantosha), ceux-ci étant chargés de superviser un certain nombre d’auteur·e·s (mangaka). Ce sont les tanto qui vont voir avec chaque auteur·e dont ils ont la charge comment réaliser un chapitre pour le prochain numéro à paraitre. Si leur but premier est de récupérer les planches dans les temps, il est important de rappeler l’importance des tanto sur la tonalité de l’histoire et la mise en scène des péripéties. Cela varie selon la politique du magazine et le caractère des mangaka, mais les tanto peuvent être très directifs comme nous le montrait Mikito Takase (tanto de Makoto Yukimira, l’auteur de Vinland Saga) lors d’une rencontre organisée au Festival d’Angoulême 2010. D’ailleurs, généralement, ce sont les tanto qui ont le dernier mot. De plus, le rythme de parution du magazine conditionne la taille du chapitre et la fréquence des réunions. Les hebdomadaires sont réputés être plus formatés que les mensuels. La série Réimp’ nous montre la vie de la rédaction d’un magazine de prépublication de manga. Le titre, créé par la mangaka Naoko Mazda est prépublié depuis 2012 dans Big Comic Spirit et compte 17 tomes au Japon.

Pour un hebdomadaire, l’auteur·e doit produire généralement 16 pages, ce qui l’oblige à travailler six jours sur sept, dont trois ou quatre journées intenses lors de la production des planches qu’il faut rendre impérativement à temps. Pour un bimensuel, on est généralement à 20-30 pages, pour un mensuel, c’est plutôt entre 40 et 60 pages. Dans quasiment tous les cas, le ou la mangaka fait appel à des assistant·e·s en plus ou moins grand nombre, selon le volume de pages à produire. Il y en a souvent deux à quatre et il peut y avoir une hiérarchie dans l’équipe, liée au type de travail (dessin des décors, pose des trames, gommages, etc.). Ceci étant dit, voyons maintenant plus précisément ce qu’est le seinen manga, ce que le terme recoupe, quand il est apparu et s’est développé.

Un peu de pinaillage

La classification seinen manga peut être considérée comme étant une sorte de fourre-tout où on peut y mettre ce que l’on ne peut pas facilement ranger autre part. De plus, la plupart des magazines vont viser des tranches d’âges différentes, voire des public différents, ce qui apporte une grande diversité. C’est ainsi qu’il est intéressant de distinguer les young seinen des seinen « classiques », des titres « alternatifs » ou ceux « spécialisés », etc. Les young seinen (ce qui signifie jeune jeune, si on traduit les deux mots issus de l’anglais et du japonais) visent principalement un public assez jeune (donc), des post-adolescents et des jeunes adultes (16-20 ans). Le terme « young » est d’ailleurs souvent présent dans le nom du magazine et les couvertures proposent généralement des photos de jeunes filles peu habillées (que l’on appelle des « gravures »). Les Young Magazine (Kodansha), Young Jump (Shueisha), Young Champion (Akita shoten) et Young Gangan (Square Enix) sont les titres les plus connus. Ceux que l’on appelle plus communément « seinen » visent plutôt les étudiants et les salary men, tout comme les alternatifs (mais dont le lectorat est plus féminin). Les titres de Kodansha (Morning, Afternoon, Evening), de Shôgakukan (Big Comic et toutes ses déclinaisons), de Futabasha (Manga Action) sont les plus réputés.

En ce qui concerne les magazines dits « alternatifs » (même si ce terme ne veut rien dire), au contenu souvent plus expérimental, c’est un peu la Bérézina ces dernières années. Garo a été remplacé par Ax au début des années 2000, COM n’a pas survécu aux déboires financiers de Tezuka au début des années 1970, Ikki a été remplacé par HiBaNa en 2014 (dont le lectorat était à 70% féminin) qui s’est arrêté après seulement trois années, Manga erotics f a cessé de paraitre en 2014. Bref, il ne reste que Ax, mais pour combien temps ? Nous reviendrons un peu plus loin sur les cas de Garo et de Manga erotics f.

Il existe aussi toute une série de supports que l’on pourrait considérer comme « spécialisés » dans un genre, un thème, un univers, etc. Il y a des magazines qui ne proposent que des yonkoma (gags en quatre cases), d’autres qui ne proposent que des histoires de mah-jong, etc. Un exemple : Manga Home (Hôbunsha) contient principalement des récits centrés sur la vie domestique et familiale. Le magazine s’adresse à toute la famille, principalement à la « maîtresse de maison ». De nombreuses auteures y officient et, sans surprise, le lectorat est très mixte. Nous pouvons aussi évoquer Lupin III Official Magazine (Futabasha), un trimestriel (passé du papier au web en 2016, arrêté en 2017) qui se consacrait uniquement à la série mettant en scène Lupin III, en proposant surtout des informations sur les produits dérivés et un peu de manga. Newtype (Kadokawa shoten) est un magazine qui se consacre à la science-fiction, à l’animation et aux jeux vidéos. Entre deux articles d’actualités, les mangas qui y sont prépubliés sont souvent liés à des franchises. Il ressemble plus à un magazine tel qu’on le conçoit en occident qu’à un mangashi.

Il y a aussi le cas des magazines érotiques ou pornographiques à destination d’un lectorat adulte et masculin. Sont-ils à classer en seinen ou dans leur propre case ? C’est à chacune et à chacun de se faire son opinion. Un magazine comme Manga erotics f proposait des histoires centrées sur le sexe (de façon parfois très crue ou extrême) mais pas uniquement. Sa ligne éditoriale très libre et variée a permis la publication de nombreux récits expérimentaux ou en décalage avec ce que pourrait laisser penser son titre. De nombreuses auteures y ont proposé leurs œuvres et le lectorat était mixte. Le contenu était varié et il y avait une différence énorme au niveau de la charge érotique et la représentation du sexe. C’était le cas entre les histoires courtes assez extrêmes de Shintaro Kago (inédites en français), des séries courtes comme l’explicite et juvénile La Fille de la plage de Ino Asano (IMHO), les innocents Ristorante Paradisio de Natsume Ono (Kana) et Fleurs bleues de Takako Shimura (Asuka), deux titres réalisés par des femmes, ou l’érotisme léger et stylisé des Enfants de l’araignée de Mario Tamura (Casterman). S’il y a un fétichisme dans Ristorante Paradisio, il s’agit celui des hommes murs à lunettes en uniforme de serveur car le manga suit une jeune femme qui a une relation compliquée avec sa mère qui l’a abandonnée enfant pour aller vivre avec le patron d’un restaurant. Fleurs bleues se situe dans la droite ligne de la culture shôjo shôjetsu initiée dans les années 1920 par l’écrivaine Nobuko Yoshiya qui a créé nombre de romances scolaires platoniques mettant en scène des adolescentes fascinées et attirées par leurs ainées.

Comic Kairakuten de l’éditeur Wanimagazine pose la question clairement de sa classification en seinen manga. Son contenu est très explicite, souvent pornographique, mais ne propose pas vraiment de sexualité plus ou moins déviante comme on a pu l’avoir dans Manga erotics f. C’est de la pornographique classique, explicites et proposant de nombreux gros plans. Le magazine Comic Rin (Akane shinsha qui édite aussi Opera, un magashi Boys’ Love) en est un autre exemple, plus orienté moe, lolicon et même hermaphrodisme. Ce magazine qui est paru entre 2004 et 2012 (en partie remplacé par Comic LO du même éditeur) avait la particularité de compter un nombre important de femmes mangaka, ce qui n’est pas courant pour ce type de support. Pour compliquer le tout, le magazine Young Animal (Hakusensha) propose des histoires très explicites, mais les organes génitaux sont floutés : les hommes comme les femmes ont du brouillard entre les jambes. En fait, peut-être plus que l’interdiction au moins de 18 ans, cette autocensure pourrait être le critère déterminant pour inclure ou exclure telle revue de la classification seinen car les magazines à caractères pornographiques ne manquent pas au Japon. Des collections comme NiHo NiBa (Taifu Comics) ou Hot Manga (IDP) proposent nombre de ces publications en version française.

Une petite histoire du seinen manga

C’est au mitan des années 1950 que le manga grand public visant un public plus âgé fait son apparition. Si la bande dessinée destinée aux adultes existe depuis de nombreuses années dans la presse quotidienne, il faut attendre novembre 1956 et l’arrivée du magazine Weekly Manga Time en tant que supplément d’un autre hebdomadaire de Houbunsha, éditeur qui revendique d’être le premier à avoir mis en place un rythme de sortie hebdomadaire. S’ensuit Weekly Manga Sunday (Jitsugyo no Nihon sha) qui est lancé quelques mois plus tard. Pour info, Hinako Sugiura y publie Miss Hokusai (Picquier) entre 1983 et 1987. Il faut ensuite attendre la fin des années 1960 pour voir apparaitre d’autres magazines seinen avec le lancement du Manga Action Weekly de Futubasha en 1967. Il est suivi un an plus tard par Big Comic de Shôgakukan. Viennent ensuite, entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, plusieurs magasines visant un public plus jeune avec Weekly Young Jump, Young Magazine, etc.

Dans les années 1950 et 1960, les magazines seinen contiennent du rédactionnel et ressemblent un peu aux magazines « de charme pour hommes » tels qu’on les connait ici (genre Lui), mais avec de la bande dessinée qui ressemble graphiquement plutôt au manga de presse. Il s’agit souvent de gags en quelques pages avec un contenu incontestablement misogyne étant donné la représentation des femmes qui est proposée. Feuilleter un ancien numéro de Weekly Manga Time des années 1960 ou 1970 peut être surprenant. La présence de femmes nues (y compris sur une double page qui se déplie) alors qu’il s’agit d’un numéro datant de 1962 est pour le moins… inattendu pour un magazine qu’on imagine de mangas. Comme pour les magazines destinés à un public plus jeune, le rédactionnel est remplacé au fil des années par du manga dont le style se diversifie de plus en plus. Il n’est pas inintéressant de voir l’évolution d’un titre comme Young Comic (Shônen Gaôsha) apparu lui aussi en 1967 et qui glisse au fil des décennies d’une revue pour homme trentenaire ou quadragénaire (son slogan est alors « comic for men ») à un support pour post-adolescents et jeunes adultes. Cette évolution se voit aussi aux couvertures, ici celles de Weekly Manga Time, qui sont tout à fait représentatives des changements éditoriaux des magazines seinen. Cependant, il n’y a toujours aucun doute sur le public visé.

La première partie de la conférence est terminée. La seconde s’attachera à montrer comment, petit à petit, les femmes ont su se faire une place dans cet univers essentiellement masculin. De nombreux exemples permettront de mieux saisir la diversité des titres proposées par des auteures de seinen manga. Enfin, un focus sur deux auteures viendront illustrer l’évolution récente de la carrière des mangaka femmes.

Gleipnir, le lien du sang

Shûichi Kagaya est un lycéen plutôt faible, peureux et sans histoire, jusqu’au jour où il acquiert le pouvoir de se transformer en une sorte de peluche géante très puissante. Celle-ci est plutôt inquiétante avec son gros flingue et ses grandes dents pointues. Pendant quelques temps, il réussi à cacher un changement qu’il rejetait alors de toute ses forces, ne voulant être rien d’autre qu’un adolescent comme tous ses camarades. Cependant, après avoir sauvé une jeune fille d’un incendie criminel grâce à son avatar monstrueux, le voilà entraîné par cette dernière dans une quête qui pourrait lui permettre de comprendre ce qui lui arrive : pourquoi et comment certains humains ont acquis le pouvoir de se changer en phénomène fantastique ?

Claire Aoki, la jeune fille sauvée par Shûichi, étudie dans le même établissement scolaire et il se révèle rapidement que cette rencontre n’est pas si fortuite. Un lien les relie : Erena, la sœur de Claire, est devenue un monstre puis a tué les parents des deux jeunes filles, avant de disparaitre dans la montagne voisine. En peluche-mascotte géante, Shûichi a une énorme fermeture éclair dans le dos. Il s’agit d’une ouverture permettant à Claire de pénétrer à l’intérieur de son corps et d’en prendre le contrôle. Nos deux protagonistes découvrent ensuite qu’au centre de l’énigme qui se présente à eux, se trouvent d’étranges jetons disséminés dans les environs… Après une première rencontre mouvementée avec une inconnue, Shûichi et Claire comprennent à quel point la recherche d’informations sur ce qu’est devenue Erena sera compliquée et risquée. En effet, ces médailles permettant d’obtenir du pouvoir attirent de nombreuses personnes souvent mal intentionnées. En plus, la présence de ces pièces coïncide avec l’apparition de monstres extrêmement dangereux dans les environs.

Shûichi et Claire rejoignent donc un groupe de lycéens peu puissants. Quoique… Une fille de ce groupe, Chihiro Yoshioka, alors qu’elle ne paye pas de mine entre sa jeunesse et son pouvoir a priori inutile, pourrait bien être un atout majeur dans les prochaines confrontations avec les chasseurs de médailles. Sûichi a réalisé que si, seul, il n’était pas très puissant, il n’en est pas de même lorsqu’il fusionne avec certaines personnes. C’est ce qu’il s’est passé avec Yoshioka, et cela leur a permis de survivre à une rencontre avec Erena et ses sbires. Claire a pu ainsi mieux comprendre ce qu’il se passe, quels sont leurs adversaires et quels sont les enjeux. Pourtant, celle-ci ne peut s’empêcher d’être un peu jalouse car elle pensait être celle qui piloterait Sûichi vers la victoire et, ainsi, sauverait le monde. Néanmoins, à force de rencontres et de discussions, petit à petit, la vérité se fait jour : une malédiction s’est abattue sur la ville, et Sûichi devra être celui qui sauvera tout le monde.

Gleipnir est un manga pour post-adolescents et jeunes adultes, ce que l’on qualifie généralement de young seinen. Il est réalisé par Sun Takeda qui a débuté en 2006 avec des comédies romantiques lycéennes plutôt sexy. C’est ainsi qu’il a à son actif deux séries prépubliés chez MediaWorks dans le mensuel Dengeki Maoh, (Kore Kutte Meshi! totalisant trois volumes et Sekainohate de Aimashou, comptant huit tomes). Il passe ensuite chez Hakusensha en créant Haru to Natsu pour différentes déclinaisons du magazine Young Animal. Il s’agit d’une série en cinq tomes où il amplifie le côté érotique du personnage féminin principal. Vu le support de prépublication concerné, cela n’a rien d’étonnant. Enfin, tout en réalisant Gleipnir, le mangaka crée, sur un scénario de Masayuki Kusumi (Mes petits plats facile by Hana chez Komikku), une courte série (2 tomes) plus sérieuse et tournée vers la nourriture et le monde de l’édition manga pour Nihon Bungeisha (dans Manga Goraku puis Web Goraku Egg).

Gleipnir, qui a débuté fin 2015 chez Kodansha, est toujours en cours au Japon, avec une prépublication dans le mensuel Young Magazine the third puis dans Monthly Young Magazine (à ne pas confondre avec la version hebdomadaire) suite à l’arrêt du premier mi-2021. Onze tomes sont sortis au Japon à fin 2021. Un animé de treize épisodes a été proposé à la télévision japonaise en 2020 et il est actuellement rediffusé. Cet animé est disponible chez nous grâce à Wakanim et de nombreux fans attendent une deuxième saison sans que rien ne soit annoncé pour l’instant. Pourtant, le manga se vend plutôt pas mal, l’animé a eu une bonne audience et a eu une bonne réception, il y a assez de tomes parus pour faire une nouvelle saison. Seules les ventes de DVD et de BR semblent avoir été mauvaises d’après un site spécialisé. Au Japon, toute une flopée de goodies (dont des figurines) existent et Claire fait l’objet de quelques cosplay pas toujours très habillés et parfois intéressés. Il y a donc manifestement un public pour le titre.

Sun Takeda nous propose donc une nouvelle histoire lycéenne, mais cette fois sans le moindre humour. En effet, il s’agit ici d’une œuvre très sombre. Néanmoins, le mangaka ne cesse pas pour autant de nous proposer de fréquents plans sur les attributs féminins de plusieurs de ses personnages, à commencer par Claire que l’on voit généralement en sous-vêtement ou dans un maillot de bain moulant très étroitement ses formes quand elle n’est pas totalement nue. Cependant, Gleipnir est bien plus qu’un manga ne proposant que sexe et violence.

Un stéréotype du young seinen

Nous avons avec Gleipnir un titre tout à fait représentatif de ce que l’on appelle le young seinen. Nous avons une histoire basée sur un thème très shônen manga (sauver le monde), avec une quête initiatique où il faut apprendre à maîtriser ses pouvoirs et les amplifier pour battre des ennemis de plus en plus forts (avec des combats grandiloquents), ce qui incombe à un jeune garçon banal (ici un lycéen et non pas un collégien) qui n’a pas ses parents vers lesquels se retourner. Grâce à un groupe qui se constitue autour lui, note jeune héros va réussir à arriver à ses fins. L’amitié, le courage, la ténacité, l’honnêteté sont des qualités particulièrement mises en avant (mais pas vraiment dans Gleipnir). Néanmoins, depuis quelques temps, les shônen manga à succès proposent des personnages plus nuancés, des mondes plus sombres et des ennemis moins monstrueux, ce que l’on peut voir, par exemple, dans Demon Slayer.

Le young seinen vise un public essentiellement masculin âgé de 14 à 20 ans. Généralement, les séries relevant de cette classification proposent un univers beaucoup plus sombre et réaliste, des personnages plus âgés et surtout plus sexuels. Cependant, il ne faut pas oublier que l’on parle là de clichés et que, à l’instar des autres magazines de prépublication, comme le shôjo ou le seinen manga, les contre-exemples abondent. En effet, il y a une réelle diversité à la fois stylistique et thématique dans les mangashi. C’est ainsi que des séries totalement différentes cohabitent au sein d’un même support, à l’exemple de 10 Dance et de Gleipnir dans Young Magazine the third. Certes, depuis l’arrêt de ce dernier, les deux mangas ne sont plus diffusés à l’identique, 10 Dance étant dorénavant prépublié sur le web. Néanmoins, tout du moins dans les œuvres proposées en français, le résultat est rarement intéressant à moins d’être fan des mangas relevant du genre. Après tout, les couvertures des magazines ne cherchent pas à cacher la ligne éditoriale principale… Nous pourrions pourtant objecter que Berserk est prépublié dans Young Animal (Hakushensha), tout comme Peleliu, March comes in like a lion et bien d’autres. Quoique plus dans l’idée que nous pouvons nous faire du young seinen, Gleipnir fait aussi figure d’exception, notamment pour trois raisons.

Un érotisme (pas si) léger

Le fan service est souvent omniprésent dans les mangas relevant du young seinen. Gleipnir propose donc de nombreux plans, voire gros plans, mettant en scène Claire en soutient-gorge et culotte, et ce, dès les premières pages. Dans le tome 2, elle apparait nue à plusieurs reprises (ce qui se reproduira par la suite). Le tome 3 est encore plus gratiné dans le genre. Cependant, nous pouvons nous demander s’il s’agit tout le temps de fan service. Il s’agit aussi de montrer les tourments et pulsions de Sûichi, avec lesquels Claire joue beaucoup, surtout au début. Et il n’est pas le seul… Souvenons-nous que ce type de manga est surtout lu par des ados et des post-ados, qui vont donc être forcément très intéressés par cette dimension du récit. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que Claire (mais aussi Erena et d’autres filles comme Miku Harara) ait de (très) gros seins. Tout au plus, c’est leur forme tombante qui est quelque peu originale, plus « réaliste » que les obus défiants la gravité que l’on a plus l’habitude de voir. Il n’y a pas de silicone dans les poitrines dessinées par Sun Takeda. Mais tout ceci ne va pas bien loin.

La dimension sexuelle du récit est bien plus marquée lors de la pénétration de Claire dans le corps de Sûichi lorsqu’il est transformé en mascotte géante. L’intérieur fait immanquablement penser au vagin, tant par sa couleur rose (sur les couvertures ou illustrations) que par sa texture. De plus, la forme du dos ouvert évoque manifestement une vulve. Enfin, Claire ne dit-elle pas qu’il y fait chaud et humide, qu’elle est ensuite couverte d’un fluide visqueux qui salirait ses vêtements si elle ne se déshabillait pas ? Plus tard dans la série, lorsque Yoshioka prend la place de Claire, les pages sont indéniablement chargées d’une grande tension sexuelle. Cependant, l’auteur insère ces scènes assez naturellement dans son récit, elles ne sont pas vulgaires ou grivoises et ne rabaissent jamais les jeunes filles. La nudité, partielle ou non, est ici « naturelle » et peut se justifier. Tout au long de l’histoire, quelques situations relèvent de l’imagerie sado-maso, mais cela permet surtout d’accentuer le côté glauque du récit.

Une grande noirceur

Les shônen manga devenant plus sombres depuis quelques temps, les young seinen doivent-ils le devenir encore plus ? Nous pourrions le croire tant il y a de la désespérance dans Gleipnir. Il y a d’abord la tentative de suicide de Claire dans le tout premier chapitre. Il y a surtout les longues analepses du tome 6 qui révèle les origines de la situation que vivent les protagonistes de l’histoire. La mort est donc omniprésente dès le début. Claire y songe à longueur de temps, traumatisée par la découverte de ses parents assassinés, mais elle n’est pas la seule. Sûichi a dû s’habituer à la donner et d’autres vivent dans le remord. En effet, la mort ne frappe pas que les « méchants », les innocents peuvent aussi mourir, ayant juste commis l’erreur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Ces « méchants » sont représentés la majeure partie du temps comme des monstres grotesques. En effet, les médailles révèlent les désirs et les penchants les plus enfouis des gens qui cherchent à en profiter, d’où leur aspect souvent repoussant.

Le graphisme, de plus en plus lugubre au fur et à mesure que Claire et Sûichi s’approchent de leur but, présente régulièrement des trames sombres et/ou de grands aplats de noir, notamment pour dessiner la silhouette des monstres. Le visage de Kaito (un camarade de Sûichi) avec des yeux invisibles dans leurs orbites sombres est tout à fait dans le ton que veut donner le mangaka a son récit. La désespérance s’incarne aussi la laideur des chasseurs de médailles. Ceux-ci, devenus pour la plupart monstrueux et difformes, sont souvent pitoyables. Leur égoïsme et leur bassesse transparaissent ainsi. Ils sont aussi des victimes, quoique coupables de leurs agissements. Mourir est leur porte de sortie, leur chemin vers la délivrance. La déréliction n’est jamais loin et cela pèse sur le moral, quelque soit le camp auquel on appartient. Le monde est maudit et seule sa disparition fera disparaître le malheur !

Une violence à deux visages

Trait caractéristique de nombreux mangas relevant de la catégorie du young seinen, la violence est permanente dans Gleipnir. Elle est généralement physique et extrême, elle peut aussi être morale. Dramatisation du récit oblige, Sun Takeda propose de nombreuses situations où la pression exercée par la société japonaise débouche sur la mort. Il y a par exemple ce suicide d’une professeure dont la relation amoureuse avec une de ses élèves (double transgression) a été révélée par la trahison d’une parole donnée. Il y a aussi Madoka, le chef d’une bande de bras-cassés monstrueux qui brise la volonté de ses victimes en exerçant une contrainte psychologique en plus d’un asservissement physique. Cependant, la pire violence que subissent les protagonistes du manga est celle qu’ils exercent sur eux-même, généralement en se reprochant telle réaction, tel choix. C’est parce que la situation à laquelle ils étaient confrontés a évolué, d’après-eux, vers une issue funeste par leur faute. Tout l’enjeu pour ces personnes est alors de dépasser cette aliénation de leur esprit.

Les combats, nombreux, sont violents et leur issue est généralement fatale. Le mangaka n’édulcore par leur résolution et le sang coule. Elle n’est pas stylisée, elle est à l’image du manga : sombre et sans joie car il n’y a pas de victoire à fêter. Gagner signifie seulement de prolonger son calvaire, d’où des luttes à mort qui n’ont que peu de sens. Néanmoins, cette violence reste loin de la réalité, des exactions qui sont commises lors des conflits armés qui sévissent dans de nombreux pays, aussi bien dans un passé récent qu’actuellement. Cependant, au fur et à mesure de la progression de l’histoire, la violence devient de plus en plus irréelle car totalement exagérée. Un récit épique se met alors en place. Les tomes 9 et 10 sont particulièrement frappants, d’autant plus que les exactions sont commises dans un lieu censé être un sanctuaire. L’horreur est alors à son comble !

Le mélange action / horreur / mystère et érotisme fonctionne donc très bien dans Gleipnir. Bien entendu, cela ne plaira pas à tout le monde. Quoi qu’il en soit, l’auteur réussit de nous donner envie de lire les chapitres les uns après les autres, grâce à une bonne gestion des périodes d’action, d’introspection et de révélation. De plus, les combats ne s’éternisent jamais. Le manga propose aussi de nombreux personnages ambivalents et intéressants, dont la plupart sont liés à une entité bien trop puissante et dangereuse pour le bien de toutes et de tous. Néanmoins, nul doute que Claire et Sûichi arriveront à la vaincre lors de la bataille finale dont dépendra l’existence de leur monde. Cette certitude n’empêche absolument pas d’apprécier le chemin pris par les protagonistes pour arriver au bout de leur quête. Et surtout, n’oublions pas qu’il y a une autre puissance derrière tout cela…

Expositions, un (petit) bilan

Après deux années quelques peu contrariées en matière de sorties (plus ou moins) culturelles, voici un petit bilan couvrant les années 2020 et 2021. En effet, entre fermetures sanitaires, jauges et annulations de manifestations liées à la bande dessinée, j’ai retrouvé un rythme similaire à celui d’il y a une dizaine d’années. En effet, avec 12 expositions (sur 6 sites) en 2020 et 12 (sur 10 sites) en 2021, je suis bien loin des 44 expositions (sur 26 sites) visitées en 2019. Cependant, au delà de la quantité, c’est le changement concernant les lieux qui me semble le plus marquant.

Ces deux dernières années ont donc été un peu particulières en matière de visites d’expositions. Il faut dire que les différents confinements et les règles sanitaires mises en place sont à l’origine d’un très net ralentissement de cette activité principalement dominicale. Si la chute de 2020 s’explique par les confinements successifs et les fermetures des musées pendant de longues périodes, l’absence de reprise en 2021 s’explique surtout par une habitude perdue et la nécessité de réserver sa visite, ce qui est une contrainte lorsqu’on ne sait pas si on pourra être présent ou non le jour J. La fermeture du Grand Palais pour de longs travaux de rénovation, une de nos destinations principales, et l’annulation du FIBD d’Angoulême de 2020 n’ont rien arrangé.

Sur la douzaine d’expositions vues en 2020 et 2021, il est intéressant de voir un changement concernant la typologie des lieux. Alors que les musées avaient nos préférences jusqu’à fin 2019 et même début 2020, ce sont les galeries et les bibliothèques qui sont dorénavant privilégiées, généralement le samedi après-midi et non plus le dimanche matin. Surtout, nous nous sommes essentiellement recentrés sur la bande dessinée. Néanmoins, l’année 2022 devrait permettre de reprendre des habitudes perdues avec, pour commencer, La Collection Morozov à la Fondation Vuitton, et une visite prévue pour la mi-février. Ensuite, le FIBD d’Angoulême (qui aura exceptionnellement lieu en mars) devrait relancer « la machine » pour le reste de l’année. En attendant, voici un petit retour sur ces deux dernières années :

2021 : 12 = 5 en galerie – 4 en bibliothèque – 3 en musée et assimilé
2020 : 12 = 1 en galerie – 3 en bibliothèque – 8 en musée et assimilé
Pour rappel :
2019 : 44 = 0 en galerie – 2 en bibliothèque – 51 en musée et assimilé

2020

L’année 2020 commence sur un rythme élevé. De ces deux premiers mois, je retiens surtout Gemito (1852-1929) – Le sculpteur de l’âme napolitaine au Petit Palais dont les sculptures et dessins sont impressionnants de maitrise. Le Festival d’Angoulême (et ses nombreuses expositions) permet, entre autres, de mieux connaître l’œuvre de Wallace Wood et de Calvo (malgré les défauts de scénographie de cette dernière). Puis c’est l’occasion de découvrir un nouvel espace d’exposition à Paris avec l’Institut Giacometti et Giacometti / Sade – Cruels objets du désir. Intéressant. Le mois de mars débute bien avec les planches surréalistes de David B. à la galerie Anne Barrault puis… plus rien. C’est le confinement, c’est la fermeture des espaces culturels. Ce ne sont pas les expositions peu intéressantes, à l’exception de Miniatures. Le disque pour enfants en France (1950 → 1990), proposées par la Médiathèque Françoise Sagan dans le cadre de Formula Bula, festival annulé pour cause de rechute Covid généralisée, qui relèvent un bien pauvre bilan 2020.

2021

En 2021, le rythme n’augmente pas. Si les espaces culturels sont ouverts, les habitudes sont perdues, des réticences à passer de longs moments dans des espaces confinés et les jauges nécessitant des réservations préalables, sans oublier l’annulation du Festival d’Angoulême font qu’il faut attendre l’été pour retrouver le chemin des cimaises. Cela commence doucement à Compiègne avec À la lumière du soleil levant (car j’y suis un des intervenants), puis c’est Uderzo, comme une potion magique au Musée Maillol qui marque réellement cette reprise. Si l’exposition est un peu trop hagiographique (quelle surprise…), elle permet de se rappeler qu’Albert Uderzo était un dessinateur extrêmement doué. S’ensuit Elles font l’abstraction au Centre Pompidou. La manifestation est intéressante du point de vue de l’histoire de l’Art (et de l’effacement des femmes), il y a des pièces vraiment fascinantes, mais elle se révèle un peu trop répétitive et finalement un peu gavante. Cependant, le retour du Covid entraine un nouvel arrêt des expositions du dimanche, ce que ne compensent pas les quelques visites de galeries souvent peu intéressantes ou instructives. Au moins, elles sont gratuites. Pourtant, voir des planches originales de Jean-Claude Mézières à la Galerie du 9ème art ou de José Roosevelt (et de revoir l’auteur à cette occasion) à la galerie Achetez de l’Art est un réel plaisir. Néanmoins, cela fait peu à l’arrivée pour un bilan… Allez, on y croit pour 2022 même si janvier est parti pour un zéro pointé !

Le Pavillon des hommes, fin

Dans le tome 18, la véritable nature du Prince Kazunomiya a rapidement été découverte par Takiyama, le grand intendant et révélée à la shogun Iemochi. Nul doute qu’il s’agisse là d’une manœuvre des partisans de l’expulsion des étrangers. Pourtant, rapidement, il devient certain qu’il ne s’agit pas d’un complot de la maison impériale. Il s’agit d’une substitution faite à l’insu de tout le monde, afin de palier au décès soudain du véritable prince qui s’est apparemment suicidé pour ne pas devoir se rendre à Edo et épouser Iemochi. Chikako se retrouve ainsi confirmée dans son rôle et devient de plus en plus proche d’Iemochi, malgré un caractère capricieux et difficile à supporter pour l’entourage de la shogun. Il faut dire que cette proximité pourrait bien permettre au bakufu de survivre à la crise actuelle en retournant les opinions xénophobes et le court-termisme de l’empereur. Et, qui sait, un enfant pourrait bien survenir suite à l’union de ces deux jeunes gens et assurer ainsi l’avenir des Tokugawa. Malheureusement, la mort d’Iemochi va porter un coup  (que nous savons fatal) à la dynastie au pouvoir : dans le dernier opus de la série, Yoshinobu, un homme égoïste, n’arrive pas résister aux manœuvres militaires et politiques des clans rebelles qui veulent redonner le pouvoir à l’Empereur. Ainsi, la restauration Meiji, avec ses purges et sa réécriture de l’Histoire, fait disparaitre la trace des femmes d’une époque extraordinaire qui a duré plus de 250 années.

Notes du tableau :
(1) Iemitsu n’est considérée que comme un prolongement de son père, elle n’a pas de nom propre à elle. Compte tenu des dates historiques, Fumi Yoshinaga est, par ailleurs, contrainte de la faire mourir jeune.
(2) Issue de la branche Kishû des Tokugawa (donc pas de la lignée principale).
(3) Issu de la branche Hitotsubashi. Le pavillon est rapidement interdit aux hommes, il n’y a plus de Grand Intendant (il occupe les mêmes fonctions aux appartements du shogun mais avec moins de pouvoirs).
(4) Arrivée du Commodore Perry à Uraga en 1853.

Si les volumes 16 et 17 ont étiré le récit de la fin du bafuku, il en a fallu deux autres à Fumi Yoshinaga pour clore son histoire alternative de l’époque d’Edo. Manifestement, la mangaka a eu du mal à se séparer de ses personnages. Mais en cherchant à coller à l’Histoire, il n’était plus possible de continuer. C’est à la fois heureux, le titre gardant ainsi toutes ses qualités, et malheureux, nous ne pouvons plus attendre la suite avec impatience, tant Le Pavillon des hommes se révèle être excellent de bout en bout. Les talents de conteuse de l’autrice sont une fois de plus démontrés. Seule la grande difficulté de reconnaître visuellement ses personnages principaux masculins s’est révélé être un frein à cette lecture. L’autre complication est venue de l’ignorance de l’histoire du Japon, ignorance partagée par la plupart des lectrices et des lecteurs aussi bien en francophonie que dans le Pays du Soleil levant (les Japonais sont réputés pour très mal connaître l’histoire de leur pays). Néanmoins, malgré (ou grâce) à l’absence de notes de bas de page, cela ne diminue en rien le plaisir de lecture tant le récit est solide du point de vue historique, tant les personnages et leurs relations sont bien écrits, même lorsque la romance fait son apparition (ce qui n’arrive pas souvent, il faut le reconnaitre) ou que l’on se perd un peu dans les rapports de force, lorsque le récit aborde les enjeux politiques entre les factions qui se disputent le pouvoir. Magistral ! Après une douzaine d’années, la dernière page est tournée sur une réussite qui n’a malheureusement pas trouvé son public chez nous.

Un propos féministe

Toute la série est irriguée par un réel féminisme qui fait écho aux problèmes actuels que rencontrent les femmes, et pas seulement au Japon. Les premiers tomes montrent que les femmes peuvent tout à fait prendre en charge les responsabilités de chef de famille dévolues habituellement aux hommes. Cependant, ce pouvoir vient s’ajouter aux obligations domestiques. Il est ainsi fait référence aux doubles journées qui incombent aux femmes dans la société actuelle (y compris au Japon) et à la charge mentale qui en découle. Certes, cela ne touche pas les shoguns car elles ont une grande intendante puis un grand intendant, montrant au passage un exemple d’égalité homme-femmes, pour gérer leur vie au quotidien et celle du Pavillon, mais les femmes du peuple, qu’elles soient paysannes ou marchandes, sont concernées par leur vie professionnelle et domestique, comme on peut le voir à l’occasion de plusieurs scènes. De même, le pavillon des hommes est entièrement géré et entretenu par des employés masculins, jusqu’aux tâches les moins valorisées, comme l’est le ménage. D’ailleurs, avec la raréfaction de la population mâle à cause de la variole du tengu, les garçons sont devenues des choses précieuses et fragiles qu’il faut protéger. Leur fonction de reproducteur prime sur tout le reste. Certes, ce dernier point va évoluer par la suite avec le vaccin permettant l’éradication de la maladie (ce qui résonne tout particulièrement en ces temps de Covid-19). L’obligation de descendance qui est faite au shogun, et ainsi de perpétuer la lignée, s’est toujours exercée sur les hommes comme sur les femmes, néanmoins l’absence de fils n’est plus reprochée à la mère. Il en est de même dans les autres couches de la société japonaise de l’époque. Enfin, tout au long de la série, Fumi Yoshinaga s’efforce de montrer que l’intérêt (ou l’inintérêt) pour le pouvoir politique est plus une affaire de caractère que de genre. Elle montre que l’intelligence et la compétence ne dépendent pas du sexe biologique !

S’il en avait déjà été fait mention dans de précédents tomes, le volume 19 montre l’importance des archives, que leur destruction permet de réécrire l’histoire et, ici, d’invisibiliser les femmes en faisant disparaitre leurs contributions historiques à la société dans laquelle elles vivaient. Certes, dans Le Pavillon des hommes, ces contributions ne sont pas artistiques et rarement scientifiques, mais politiques. Cependant, le but est le même : ne pas donner d’exemples qui pourraient remettre en cause l’hégémonie masculine. Fumi Yoshinaga va même plus loin, en montrant que les femmes font un bouc émissaire facile et permettent à des hommes prêts à tout pour ne pas se remettre en cause, ni un passé souvent fantasmé, de cacher leurs propres limites, leur conception erronée des changements qui leur sont imposée, et erreurs qu’ils auraient pu commettre. Un des membres du clan Satsuma, Saigô Takamori, est tout à fait représentatif de cet état d’esprit : les femmes, de par leur nature (et on retrouve là une conception naturaliste des genres), ne sont pas aptes aux affaires politiques et leur présence quasi continue à la tête des Tokugawa est la cause de la corruption et de l’affaiblissement de la société japonaise, de l’impossibilité qui est donné au Japon de résister à l’Occident. Cela n’est pas sans rappeler les discours de certains extrémistes et populistes actuels, ou le mouvement masculiniste. Bien entendu, la mangaka, par ce qui est malheureusement une fiction, démontre l’inverse. Elle rappelle aussi que l’Histoire est écrite par les vainqueurs et qu’elle ne reflète pas la réalité de ce qu’il s’est vraiment passé, que nombre d’hommes et surtout de femmes n’y ont pas la place qu’ils et elles méritent.

Les RPG sur PC ? C’est encore !

Il y a six mois, je parlais d’une pause à venir dans les jeux vidéo, après avoir terminé Pathfinder: Kingmaker. De pause, il n’y en a pas eu réellement, jouant de temps en temps à Titant Quest, un RGP orienté action qui, malgré sa richesse scénaristique et un monde développé, ne me procure aucune addiction. Parfait donc pour passer un peu de temps devant son PC de façon occasionnelle. Cependant, la sortie de Pathfinder: Wrath of the Righteous début septembre m’a fait réellement replonger dans le monde des CRPG en 3D isométrique et dans celui de Golarion.

Cette nouvelle aventure se déroule dans un lieu différent que dans Kingmaker. Basée sur la campagne papier du même nom, Wrath of the Righteous se situe dans le royaume de Sarkoris, proche de la Plaie du Monde, dont la capitale, Kénabres, est tombée sous les coups du seigneur démoniaque Deskari. Bien entendu, tous les espoirs de repousser cette nouvelle invasion de Golarion repose sur nos (pas si frêles) épaules. Tout en reprenant les mêmes mécanismes de jeu que son prédécesseur (exploration du monde en équipe, combats en temps « réel », gestion des conquêtes), ce nouvel opus ajoute une dimension un peu plus stratégique avec des armées qui doivent combattre des armadas de monstres : c’est la « croisade contre le mal ». La partie gestion avait tendance à faire pièce rapportée tout en apportant un peu d’originalité à Kingmaker. Il en est de même dans Wrath of the Righteous. L’ajout des combats entre armées donne malheureusement la même impression et demande pas mal de tactique. Il en résulte un jeu difficile à maîtriser, encore plus que Kingmaker.

J’avoue ne pas être totalement conquis par ce nouveau mélange des genres. N’ayant pas trop de temps et encore moins de courage, j’ai installé dès le début un mod qui permet de changer toutes les statistiques du jeu. J’use et abuse de ce module de triche pour avoir des ressources suffisantes et surtout des armées digne de ce nom. Steam n’aimant pas les tricheurs, je ne gagne aucun succès, tant pis. Heureusement, l’histoire reste toujours appréciable et donne envie de connaître la suite. Il faut dire que là aussi, elle est développée avec de nombreux NPC avec qui interagir. Les compagnonnes et compagnons sont vraiment intéressant·e·s. De plus, les dialogues sont toujours aussi nombreux. Cependant, après avoir passé plus d’une quarantaine d’heure (un tiers du jeu ? moins certainement), j’ai mis Wrath of the Righteous en pause…

En effet, Horizon Zero Dawn est passé par là. J’avais promis à une fan « hardcore » d’acheter la version PC (le jeu est édité par Sony et a été réalisé à l’origine pour la PS4) lorsque qu’une remise de 50% au moins serait proposée par Steam. À l’approche des fêtes de fin d’année, cela n’a pas manqué et j’ai tenu ma promesse. Mal m’en a pris car me voilà captivé par ce RPG qui n’a rien de japonais (il est réalisé par un studio néerlandais). Bénéficiant d’une 3D superbe (pourtant ma GeForce GTX 1050ti est poussée dans ses derniers retranchements et je ne peux pas tout mettre au maximum), d’un monde ouvert (ça change des Kingmaker), de très nombreuses cinématiques et d’un système de combats orienté action, le changement est assez radical. Pourtant, cela fonctionne complètement sur moi !

Dans un monde futuriste et post apocalyptique, l’humanité a perdu la maitrise de la technologie du passé et s’est regroupée en tribus qui s’entendent plus ou moins bien entre elles. Des machines zoomorphes hantent les lieux et elles sont de plus en plus agressives envers les humains qui les chassent pour en recueillir les ressources qu’ils ne sont plus capables de créer par eux même. Lance, arc, fronde sont leurs armes et il est souvent difficile de survivre à la confrontation avec des « animaux » protégés par un blindage et/ou des champs de force, bourrés de technologies comme des lasers, des canons lance-flamme, etc. Heureusement que ces machines sont particulièrement stupides et que l’exploitation de leurs faiblesses alliée à une grande mobilité (ou au contraire, à une furtivité bienvenue) permet de s’en sortir. Ainsi, Aloy (la jeune fille que l’on incarne dans le jeu) va devoir améliorer ses compétences de chasseuse, mais aussi de combattante et même de hackeuse. Surtout, elle est lancée dans une quête qui mélange recherche de ses origines (elle est une orpheline aux parents inconnus), vengeance de sa tribu d’adoption (qui l’a pourtant longtemps traitée en paria), complots à déjouer et compréhension du monde qui l’entoure. Pour cela, elle va devoir arpenter un monde très étendu et varié (surtout avec l’adjonction de l’extension Frozen Wild), affronter de nombreux dangers et rencontrer des personnages plus ou moins hauts en couleurs et pas toujours très recommandables.

D’après les critiques de jeux vidéo, Horizon Zero Dawn ne propose rien de bien original en matière de monde ouvert car on y retrouve de nombreuses influences issues de franchises célèbres comme Assassin’s Creed ou Far Cry. Comme je n’y ai pas joué, ce n’est pas vraiment un souci en ce qui me concerne : tout est nouveau pour moi, que ça soit la recherche de ressources, la fabrication de munitions, de pièges ou de potions, l’amélioration des armes et tenues, la progression dans l’arbre des compétences, la découverte du monde et de sa carte, etc. L’histoire est prenante : le monde original proposé, la richesse des quêtes et les combats épiques contre des machines de plus en plus gigantesques et puissantes font tout le sel du jeu et le rendent incroyablement addictif. Sans oublier le fait que la version PC peut être visuellement sublime si la carte graphique le permet (la version PS4 de base fait un peu son âge, par contre).

En fait, ma plus grosse difficulté est d’arriver à maîtriser le double maniement clavier et souris (j’ai essayé un court instant le gamepad, j’ai arrêté de suite). Ce manque de contrôle est particulièrement prégnant lors des combats où ça va un peu trop vite pour moi et où je perds souvent de vue les ennemis (surtout quand la caméra vous serre d’un peu trop près). Après avoir débuté le jeu en mode histoire (mais là, les combats sont vraiment trop faciles), je suis passé en mode facile et je pense que je vais y rester. En effet, j’ai déjà assez de mal comme ça avec certaines bestioles, surtout depuis que je suis chez les Carja (il faut généralement utiliser les bonnes armes de la bonne façon). Car, il faut le dire, je suis plus une bourrine qu’une tueuse à distance. La subtilité dans les combats, ce n’est pas trop pour moi et les confrontations avec, par exemple, les Dents-de-scie ou les Hautes-pattes, se finissent généralement à la lance. Mais bon, j’y arrive de mieux en mieux à force de combats. Je fais aussi les différents tutoriels, tente les épreuves de chasse, etc. Comme après un peu plus de trente heures de jeu, je n’ai réalisé que 30% de l’aventure en trois semaines (il faut dire que je cherche à faire toutes les quêtes et tâches secondaires), qu’il y a en plus l’extension à faire, je pense que je vais dire « encore » une bonne partie du premier semestre de l’année 2022. Impossible de se plaindre, ceci-dit. Ensuite, étant donné que Horizon Forbiden West ne sortira sur PlayStation qu’en février 2022, il va me falloir ne pas être pressé pour pouvoir acheter la version PC et y jouer (car non, je ne prendrai pas une PS5 et j’attendrai le portage PC et la fin de l’exclusivité).

Festival d’Angoulême : c’est (re)parti !

Ce mardi 23 novembre, la conférence de presse du quarante-neuvième Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême a révélé les différentes sélections et rappelé les différentes réjouissances qui nous attendent pour fin janvier (si le COVID le veut bien). Pendant pas loin de deux heures (cette année, nous avons donc eu droit à une version plutôt longue), les expositions, les spectacles, les temps forts, les partenariats du festival nous ont donné une bonne idée de ce qui nous sera proposé. Voici quelques commentaires à chaud de votre serviteur et (normalement) futur festivalier pour la dix-huitième fois !

Nous avons une fois de plus droit à de belles affiches, montrant bien la diversité de la bande dessinée. Je suis bien content que Jun Mayuzuki ait été sollicitée pour en réaliser une (même si, pour l’instant, je peine à être convaincu par sa nouvelle série). Toutes les trois sont réussies, surtout celle de Chris Ware, le président de cette édition. Comme il y a deux ans, le tote bag presse nous en offrait une version miniature pour le bureau. Mignon…

Cette année, la conférence de presse a eu lieu au Palais de la Porte Dorée, où se trouve dorénavant le musée de l’Histoire de l’immigration. L’auditorium Philippe Dewitte pouvant accueillir près de 200 personnes a fait salle comble. Le musée est partenaire du festival avec la création d’un prix de bande dessinée qui s’intéresse aux œuvres intégrant des thématiques comme celles des migrations, de l’exil, des identités plurielles. La sélection proposée est d’ailleurs intéressante. Elle nous a été proposée après une introduction en musique et en image (avec un dessin réalisé en direct par Fanny Michaëlis, nous rappelant qu’il y a aussi un aquarium tropical dans les lieux) et un (long) discours.

La petite bande de Mangaversien·ne·s qui se retrouve tous les ans pour le raout angoumoisin est surtout intéressée par les expositions, les conférences et les rencontres. Pas de grosses surprises sur ces trois activités : les expositions ont été annoncées en avant-première lors d’une réunion éditeurs qui a eu lieu quelques semaines auparavant et, pour ce qui est du reste, les restrictions sanitaires en vigueur et futures ne permettent pas d’avoir une idée précise de ce qui sera proposé fin janvier. Il va falloir attendre la mise en ligne du heure par heure. Toutefois, en épluchant le dossier de presse, nous pouvons voir qu’il est prévu une masterclass avec Chris Ware le samedi 29/01 à 10 H au Théâtre d’Angoulême. Les autres rencontres organisées sous l’égide du Point ou de Télérama n’ont pas l’heur de m’intéresser (sauf celle avec Blain), je dois avouer. Néanmoins, nul doute que le programme va s’étoffer au fur et à mesure qu’on s’approchera de la fin janvier. Je sais aussi depuis 13 H que je vais avoir un sujet à préparer pour les « conférences et débats du Conservatoire », bénéficiant une fois de plus de la confiance de son organisateur. D’ailleurs, il me tarde de savoir qui seront les autres intervenants et sur quoi ils parleront tant ces conférences font partie de nos animations préférées pendant le festival (même si nous sommes obligés d’en manquer beaucoup).

En ce qui concerne les expositions, cinq m’intéressent tout particulièrement :  « Building Chris Ware » (Espace Franquin),  « René Goscinny scénariste, quel métier ! » (musée d’Angoulême),  « Loo Hui Phang, écrire est un métier » (Espace Franquin),  « Shigeru Mizuki, contes d’une vie fantastique » (musée d’Angoulême) et  « Christophe Blain, dessiner le temps » (Vaisseau Moebius). 9e Art+ aura l’excellente idée de proposer trois catalogues (Ware, Goscinny et Blain) à cette occasion. Les autres dépendront beaucoup du temps disponible dans un emploi du temps surchargé et de leur facilité d’accès (ce qui condamne celle à l’Hôtel Saint Simon). Il faut dire que les expositions du festival ont un niveau de qualité exceptionnel.

Mais venons-en à la compétition officielle (après tout, nous sommes à la conférence de presse pour cela et c’est elle qui fait gloser sur les réseaux sociaux et autres forums dédiés à la BD). Je n’ai globalement rien à redire des catégories Patrimoine (quoique Destination Terra aurait eu sa place mais le titre n’a peut-être pas été proposé par naBan), Polar, Jeunesse (8-12 et 12-14 ans), Eco qui me paraissent proposer des titres de qualité (j’en ai lu quelques uns, j’en ai d’autres dont la lecture est prévue). Je souhaite par contre bon courage aux lectrices et lecteurs du jury du Fauve Lycéen tant la sélection (dix titres pris dans la sélection officielle) me semble éloignée de leurs centres d’intérêt, sans parler d’un certain nombre d’œuvres qui sont assez pointues. Mais bon, je ne suis plus lycéen depuis bien longtemps.

Concernant la sélection officielle, j’avoue une réelle déception en ce qui concerne la bande dessinée asiatique (pour le reste, je n’ai rien à redire, j’en ai lu trop peu, comme tous les ans). Déjà, il n’y a pas assez de mangas (et je ne parle pas des mahua et des manwha qui sont carrément absents) par rapport à la diversités des sorties et à la part de marché prise par la bande dessinée japonaise en 2020 et 2021. Certes, il ne faut pas en sélectionner trop mais là… Sur 46 titres, il n’y en a que 6 ! Vous ne me ferez jamais croire que Kana, Ki-oon, Delcourt (mais bon, dans ce cas, il n’y a quasiment rien de bon chez cet éditeur), voire Kazé ou d’autres n’ont rien proposés de qualité. Y avait-il vraiment besoin de sélectionner le tome 4 de Mauvaise herbe. C’est excellent, j’adore, mais bon, il a déjà été sélectionné par le passé, il a eu sa chance, pas la peine d’insister… C’est surtout la présence de deux VEGA qui m’agace (pourtant, c’est un éditeur qui a toute ma sympathie). Natsume no sake en sélection ? Franchement, il y avait bien d’autres titres à proposer à la place. J’avoue ne pas comprendre comment on peut sélectionner ce titre alors qu’il y a déjà Le Bateau de Thésée de nommé une fois de plus (en 2020, et le fait que j’ai abandonné ces deux séries dès le tome 1 n’est pas étranger à mon petit coup de gueule, j’avoue). Et les quelques retours que j’ai pu avoir d’Une brève histoire du Robo Sapiens me laissent un peu dubitatif quand à sa sélection. Le contenant aurait primé sur le contenu ?

Il faut dire que le manga a le défaut, vis-à-vis d’une sélection, de proposer surtout des séries. Cela représente un handicap rédhibitoire, j’en suis certain (et je suis persuadé que le comité de sélection série n’a pas assez de poids dans le choix final). Quand je pense à tous les titres lus en 2021, je me demande pourquoi il n’y a rien de la collection Life de Kana (& – And ou Entre les lignes par exemple). Don’t Fake Your Smile, Sengo (j’ai réalisé après coup qu’il avait été sélectionné en 2020), Terrarium, Trait pour Trait, Wombs ou même Search and Destroy auraient toute leur place dans la sélection. Du côté des one-shot, citons Nos Meilleures Vies. En fait, les bons choix manga sont en Jeunesse à mes yeux. Après, je dois avouer que cela ne m’empêchera pas d’apprécier (ou non) cette édition. Pour moi, l’intérêt d’Angoulême est dans ses expositions et ses rencontres, je le répète !