L’exposition F’murrr — Formula Bula 14

Le programme de Formula Bula comporte de nombreuses expositions. Généralement elles sont sans grand intérêt et peu développées, surtout celles situées à Censier, et c’était pire à l’époque du Point éphémère. J’ai d’ailleurs exprimé mon opinion quelque peu négative et tranchée à la directrice ajointe (sans savoir qui elle était), présente pour recevoir le public en cette journée du patrimoine. C’était moins vrai l’année dernière et je peux dire que n’est pas le cas de l’une d’entre-elles cette année, celle située dans la salle René Capitan de la Mairie de Paris du 5e arrondissement. Il s’agit d’un espace proposant très régulièrement des expositions, y compris de bandes dessinées, notamment dans le cadre du feu festival « 5 en bulles ».

C’est ainsi qu’en 2014, a-yin et moi avons pu voir une belle exposition consacrée à Jean-Claude Mézière et voir de nombreuses planches originales de Valérian et Laureline. Nous avons pu voir aussi celle consacrée à Fred en 2016. Par contre, j’ai zappé celle de 2015 (Margerin, que j’apprécie pourtant), je n’ai pas été intéressé par celles consacrées à Boucq (2017), Cabanes (2018), Varennes (2019). En 2020 et 2021, la manifestation n’a pas eu lieu du fait des restrictions liées au COVID. Si le festival a repris en 2022, c’était sans avoir d’exposition dans la salle Capitan. Il y en a eu en 2023 et 2024, mais elle étaient thématiques (« décalée et humoristique » en 2023, « retour sur dix années du festival » en 2024) et réunissaient surtout des autrices et auteurs provenant de La Boite à bulles, des Éditions Fei, ainsi que Jeanne Puchol. J’avoue ne pas y être allé, ni à l’une, ni à l’autre. Depuis, « 5 en bulles » n’est plus organisé par l’association des commerçants « 5 sur 5 ».

Grace à Formula Bula, nous assistons donc au retour de la bande dessinée à la Marie du 5e. Retour gagnant, il faut le dire, étant donné le nombre de pièces proposées. Entre les planches originales du Génie des alpages (principalement des tomes les moins anciens), les carnets de F’murrr ainsi que de nombreux dessins et plusieurs illustrations, il y a de quoi voir. La sténographie est aérée, et occupe les deux niveaux. Voici donc un petit aperçu de ce qui est proposé…

Rez-de-chaussée

L’espace est bien éclairé, un peu trop même, car les nombreux reflets empêchent de prendre en photo une grande partie des planches exposées. Les planches originales montrent bien à quel point F’murrr était un excellent dessinateur, au trait « riche et vivant » (dixit a-yin). Elles montrent aussi à quel point son humour est souvent incompréhensible, tellement il est décalé. C’est ce qui fait son charme.

S’il y a différentes sortes de thématiques apposées à chaque espace, elles ne semblent pas si évidentes (ou je n’ai pas été assez attentif aux similitudes). Il faut dire que les cartels sont assez indigents, laissant la part belle à l’imagination et aux flâneries des visiteuses et visiteurs. Le grand plus de l’exposition, surtout au rez-de chaussée, est apporté par la présence de nombreux carnets (il y en a 101, ils ont été numérisés et seront prochainement accessibles par Internet) qui montrent d’autres facettes de l’auteur. Il y a aussi plusieurs illustrations qui apportent une variété bien appréciable. En effet, comme déjà dit, il n’y a quasiment que des planches du Génie des alpages, ce qui manque de variété. Il faut aussi dire que les derniers tomes sont loin d’être les meilleurs.

Mezzanine

À elle seule, la mezzanine vaut le déplacement grâce à ses deux tables (une sous forme de vitrine et une sur tréteaux) bourrées d’illustrations et de dessins. Les planches originales sont présentes en nombre. Là aussi, ne comptons pas trop sur les cartels pour en apprendre énormément sur F’murrr, et prenons à la place le temps d’admirer cette production pléthorique et variée.

J’avoue avoir été surpris par la dernière table où on s’aperçoit que F’murrr a réalisé de nombreuses cartes du nouvel an chinois et que le Japon était une source d’intérêt pour lui. Il œuvrait pourtant dans les années 1970 à 1990, bien avant que le manga soit connu des dessinateurs francophones, à quelques exceptions près. C’est là que je regrette un peu de ne pas être allé voir cet été l’exposition Hi – Yo, c’est l’écho à Strasbourg qui proposait une approche plus chronologique et variée. Surtout que, sans être un grand fan de l’auteur, j’ai acheté au fil des ans quasiment tout ce qui est sorti en album, y compris Spirella, mangeuse d’écureuils sorti chez un éditeur un peu confidentiel. Il y a d’ailleurs une volonté manifeste de ne pas montrer le versant paillard de F’murrr dans la présente exposition. Amatrices et amateurs des filles dénudées de l’auteur, passez votre chemin, il n’y a rien à voir !

Comme je l’ai dit et répété lorsque j’ai vu ses baleines : F’murrr les dessine aussi bien que Daisuke Igarahi 🙂

L’exposition se termine sur un poème doux-amer, et je dois dire que c’est bien vu.

Le catalogue

Un petit livret de 28 pages pompeusement appelé catalogue (mais vendu seulement 5 €) vient compléter l’exposition. Il regroupe la majeure partie des cartels (celui sur les 101 carnets est absent) et propose une iconographie reprenant plusieurs pages des carnets et quelques illustrations. C’est une excellente idée. Néanmoins, proposer plus de pages, des textes un peu travaillés présentant de façon un peu plus approfondie l’œuvre de F’murrr et quelques reproductions de planches originales n’auraient pas été de refus, quitte à le vendre 10 ou 15 €.

Détails de l’exposition

« Si je fais ce métier, c’est parce que c’est une activité que je peux exercer sans avoir plein de gens autour de moi, et rêver un peu. » F’murrr

Une traversée de l’univers absurde, poétique et profondément humaniste du Génie des Alpages. L’exposition révèle toute la richesse de l’œuvre de F’murrr, maître du non-sens et observateur critique du monde.

Du 17 septembre au 09 octobre 2026
Horaires : du lundi au dimanche de 10h00 à 17h00, le jeudi ouvert de 10h00 à 19h00
Mairie du 5e arrondissement
Salle Capitan
21 place du Panthéon
Paris 5e

Réimp’ !

Voilà, Réimp’ ! c’est fini… Avec la sortie du tome 20 au mois d’août, une autre série, excellente mais au succès public très relatif, s’est achevée en ce qui me concerne. Pour marquer le coup, voici un petit texte sur ce dernier opus. En effet, je me suis régalé tout au long des cinq années de la publication du titre en francophonie et ça valait bien un billet WordPress.

Nous suivons tout au long des vingt tomes les débuts puis la vie professionnelle de Kokoro, dite « l’oursonne », une ex-judokate de haut niveau, dans son métier d’éditrice de manga. C’est ainsi qu’elle découvre au fil des chapitres les différents métiers qui cohabitent au sein d’un magazine de prépublication, de l’éditorial à la distribution en passant par le commercial. Surtout, elle apprend à gérer des mangaka, leur travail, leurs doutes, leurs ambitions, leurs qualités et leurs défauts. Elle va aussi apprendre le fonctionnement des librairies, et de tout ce qui fait la chaine du livre au Japon. D’autres aspects de la culture manga sont aussi abordés, comme celui de l’adaptation en animé des séries à succès, de la traduction pour le marché international, de l’évolution de la consommation des loisirs du lectorat, etc. Il est amusant de voir l’évolution de la série au fil du temps, tant graphiquement que scénaristiquement depuis les premiers chapitres jusqu’au dernier qui se conclue de façon satisfaisante, même si cette fin est assez ouverte. Les protagonistes vont continuer à vivre et aller de l’avant…

Réimp’ ! est un manga seinen signé Naoko Mazda (son autre nom de plume est Naoko Matsuda) qui a été prépublié durant onze années, entre novembre 2012 et août 2023, dans le magazine Monthly! Spirits des éditions Shogakukan. Son succès a été tel qu’il a remporté en 2014 le prix du meilleur manga de métier du journal Shimbun Nikkei et en janvier 2017 le Prix Shogakukan du meilleur manga de l’année passée. Il a aussi été adapté en drama en 2016.

Naoko Mazda est devenue autrice assez tardivement, à l’âge de 27 ans. Elle est née en janvier 1969 dans la préfecture de Nagasaki. À la différence de nombre de ses collègues, elle n’a pas fait d’école d’art et n’est pas allée plus loin que l’équivalent du lycée en France. En effet, elle est diplômée de la Nagasaki Nihon University Junior and Senior High School. Elle a déménagé ensuite à Tokyo pour devenir l’assistante de la shôjo mangaka Toshie Kihara, rôle qu’elle a exercé pendant sept ans. C’est dans le magazine Chorus qu’elle prend son envol en 1996. Elle reste longtemps fidèle à Shueisha. Sa dernière série en date, Higôhô Romance (Kiss, 2023-2025, Kodansha) s’est achevée et compte trois volumes. Elle ne semble pas avoir commencé une autre œuvre mais nul doute qu’elle y travaille même si ça n’apparait pas sur son fil Twitter. Son mari est essayiste et critique manga et sa sœur est la rédactrice en chef de la revue manga web Comic Essay Theatre, un supplément au magazine littéraire Da Vinci de Media Factory (qui va cesser de paraitre à la fin de l’année).

Espérons que nous aurons encore la chance de lire des titres de l’autrice, surtout les plus récents, malgré le semi-échec de Réimp’ ! et remercions Glénat pour leur travail sur un manga qui s’est révélé, de bout en bout, passionnant et instructif. En attendant, je vous incite à aller lire l’excellente interview de l’autrice par Valentin Paquot sur le site L’Internaute. Dans le même thème, je suis passé à la lecture de Kore Kaite Shine publié en français chez Panini. C’est différent, moins bon par certains aspects mais tout à fait lisible.

La cinq cent cinquième !

Fin aout, notre petit groupe parisien de Mangaversien·ne·s a visité l’exposition de bandes dessinées CLING ! à la Monnaie de Paris. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans la vénérable institution sise quai de Conti. Il s’agissait de Woman House. Notons que CLING ! est, en ce qui me concerne, la cinq cent cinquième exposition mangaversienne ! Pour marquer le coup, voici un petit compte-rendu abondamment illustré et agrémenté d’une galerie photo proposant un complément visuel au présent billet. En tout, 46 photos vous sont proposées.

L’exposition était organisée autour de huit archétypes et elle était composée de douze salles de taille et d’intérêt variable. Étant soutenue par la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, je m’inquiétais d’un manque d’originalité concernant les planches exposées, ayant visité au fil des ans de nombreuses manifestations présentant les réserves de la structure angoumoisine. Heureusement, il n’en a rien été, les planches, illustrations et autres documents provenant d’autres sources la plupart du temps. En fait, c’est le fonds des imprimés qui a fourni de nombreux ouvrages (livres ou magazines). S’il y avait plusieurs pièces provenant de la superbe collection de MEL Publisher, d’autres, américaines, provenait du « stock » de 9e Art Référence, ce qui m’a permis de comprendre pourquoi la galerie du 9e art propose chaque année une exposition « American Classics » présentant à chaque fois de superbes pièces, variées et d’époques diverses. De nombreuses collections d’auteur ou privées ont permis à CLING ! d’être une exposition vraiment intéressante.

Voyage dans une pièce

Il s’agissait d’une petite salle « interrogeant la mesure de l’univers » autour de la bande dessinée éponyme tirée de la série américaine Brick Bradford (1937, dessin Clarence Gray et scénario William Ritt). Heureusement qu’il y avait aussi du Schuiten, du Chaland et du Franquin pour bien lancer l’exposition. J’avais déjà eu l’occasion de voir la planche de l’Atomium, source de souvenirs pour moi.

Introduction des archétypes

L’impressionnant salon Guillaume Dupré accueillait d’immenses kakemonos suspendus ainsi que des espaces de lectures de bandes dessinées. Sympa, mais beaucoup d’espace perdu. De plus, en matière d’impact, ça ne valait pas l’araignée géante de Louise Bourgeois à l’occasion de Woman House ou l’assemblage de boules de verre de James Lee Byars vu lors d’À pied d’œuvre(s).

Aventurières & aventuriers

Celle salle présentait les trois thèmes chers à Thierry Groensteen : principalement l’aventure et le dépaysement, le merveilleux étant représenté uniquement par la superbe peinture d’un dragon par Adrien Smith. Proposant vingt-cinq pièces d’exception, c’était l’occasion d’admirer des planches de Lucky Luke, de la période pré-Gosciny, celle que je préfère. Le Spirit, Mandrake le magicien, le Fantôme du Bengale, Brick Bradford, etc. étaient présents grâce à des strips d’époque. Ajoutez à cela une planche de Blueberry, du Barbe-Noire, et même une planche de La Nouvelle île au trésor datant de 1947 d’Osamu Tezuka, on peut dire que les commissaires de l’exposition ne se fichaient pas de nous. Impressionnant !

Voleuses & voleurs

Ce n’était pas la salle la plus intéressante à mes yeux, et de loin. Beaucoup de planches issues de l’école dite « de Marcinelle », sauf que je n’ai jamais été fan des productions du Journal de Spirou. Franquin, Peyo, Roba, etc. m’ont toujours laissé de marbre. Les Rapetou étaient représentés par Don Rosa dont je n’aime pas le trait que je trouve infiniment moins bon que celui de Carl Barks. Heureusement, il y avait à nouveau du Will Eisner. Le « mur » de 29 cartes à gratter composant une histoire complète de Thomas Ott faisait son petit effet.

Épargnantes & épargnants

Là aussi, du Roba et du Peyo. Il y avait surtout beaucoup de pièces de monnaie à l’effigie de personnages de BD. Il y avait aussi de nombreuses tirelires meublant la partie courbe de la pièce. Amusant… Il y avait surtout du Caran d’Ache, trois strips d’Ernie Bushmiller (Nancy) et Uderzo avec Asterix chez les Helvètes avec le dessin de la couverture et une planche hilarante (j’ai raté la photo). L’un d’entre nous (Pierre) était bien content de revoir du Yves Chaland.

Marginales & marginaux

Voilà une salle qui apportait un peu de variété mais que j’ai un peu oublié de photographier. Martin Branner (Winnie Winkle) côtoyait Edika, Franquin, Gotlib, Pichard… mais aussi Vuilllemain et Gilbert Shelton (The Freaks Brothers). Pour mon plus grand plaisir, il y avait aussi trois planches de Fabrice Neaud. Un superbe parcmètre trônait contre un mur, au milieu de la salle, me rappelant celui de l’exposition Le monde de Franquin à la Cité des Sciences et de l’industrie de Paris en 2005.

Milliardaires

C’est sous le regard d’un Elon particulièrement haineux (Nicolas de Crécy ne l’a pas raté pour notre plus grand plaisir) que la salle dédiée à la richesse proposait une dizaine de planches et illustrations mettant particulièrement en valeur Picsou. La présence de deux planches de Carl Barks issues d’un des ses meilleurs récits faisait plaisir à voir, même si le lien avec le thème était très ténu. J’ai particulièrement apprécié le panneau composé de 25 numéros de Picsou Magazine dont j’ai un certain nombre (mais pas en aussi bon état).

Joueuses & joueurs

Dans une salle dédiée à un Monopoly géant revisité par Coco, ce sont, entre autres, de très belles planches de Lucky Luke qui nous attendaient, avec l’incontournable Pat Poker de Morris, mais aussi avec les cousins Dalton à l’occasion d’une mémorable partie de cartes les opposant à Lucky Luke. Nous avons pu aussi voir la couverture d’un numéro de la série Batman mettant en avant Double Face ainsi qu’une illustration de ce dernier par Brian Bolland.

Faussaires

Voilà une salle qui remettait en valeur Yves Chaland par le biais de du jeu de société adapté de sa bande dessinée Le Testament de Godefroid de Bouillon. Deux planches du titre l’accompagnaient par cette occasion. Il y avait aussi deux de ses faux billets, un à l’effigie de Charles Trenet, l’autre à celle de Léon Zitrone. Il était aussi possible d’admirer une nouvelle planche de Mandrake le magicien. Surtout, il y avait du manga avec la projection d’un extrait du Château de Cagliostro de Hayako Miyazaki, d’une illustration couleur de Monkey Punch (Lupin III) et de quelques planches de Yûchi Yokoyama (XXXe siècle, récit issu de cases inutilisées pour Plaza).

Alchimistes

Une fois passée une petite pièce où le robot Mikki (voir la photo dans la galerie dédiée) semblait compter les pièces sur lesquelles il était assis, la visite se terminait par une dernière salle dédiée à l’alchimie, celle qui change le plomb en or ou celle de la pierre philosophale. L’occasion nous était ainsi donnée de voir, entre autres, du Pratt, du Moebius, du Mézières, du Druillet, à nouveau du Peyo mais aussi une planche de Hal Foster et les trois premiers volumes de Promethea d’Alan Moore parus en français chez Semic .

Le passage vers la boutique permettait de voir les originaux des archétypes, bien plus petits que les représentations que l’on avait pu voir dans les salles précédentes. La boutique proposait nombre de bandes dessinées, certaines n’ayant pas un rapport direct avec les originaux exposés. Bien entendu, diverses figurines, goodies en tout genre, et l’incontournable catalogue (vendu à un prix correct) étaient proposés aux visiteurs sur le départ. À l’arrivée, voilà une exposition intéressante par son approche, proposant bien plus de variété que prévue. Une bonne visite, confirmant mon impression de qualité des manifestations proposées par la Monnaie de Paris.

Akari

Akari, la lumière du verre

Akari

Fumiyo Kagari, artisan vitrailliste qui a sa petite renommée, a vu sa vie basculer avec le décès de son épouse. Il n’a plus le goût à créer et à continuer de vivre comme avant, lui qui est au crépuscule de sa carrière. Un soir, il rencontre une jeune fille devant chez lui et pense qu’il s’agit de sa petite-fille dont il n’a plus de nouvelles depuis des années, étant fâché avec son fils. Akari semble perdue et en proie à des difficultés de logement. Sans la questionner, il lui propose de l’héberger pendant quelques temps. Le travail du verre et la création de vitraux vont permettre à ces deux êtres en perdition de trouver un nouvel élan, la motivation de continuer à vivre et, surtout, de créer. Malheureusement, un lourd secret bientôt révélé viendra tout gâcher.

J’avais raté cette excellente bande dessinée lors de sa sortie (y compris la chronique de Tachan), oubliant de suivre à l’époque les conseils de ma « conscience manga », toujours avisée. Cette dernière a donc décidé que ça ferait un excellent cadeau d’anniversaire et, comme d’habitude, elle avait totalement raison. Marco Kohinata, l’autrice, nous propose là une histoire poignante mais sans misérabilisme. Les (un peu moins de) 240 pages se lisent d’une traite, tant la narration est fluide malgré la présence de nombreuses analepses. Il est impossible de rester insensible à ce que vivent Fumiyo et Akari et nous voulons savoir ce qu’il va leur advenir, ce qui nous fait tourner les pages sans pouvoir s’arrêter.

De plus, nous apprenons quelques détails sur le métier de vitrailliste et de l’art de créer de la beauté avec des morceaux de verre. En effet, le propre grand-père de la mangaka a exercé cette activité, le manga permet de lui rendre un bel hommage. Le thème de la séparation, que ça soit par la mort ou par l’éloignement, est l’autre thème central du récit. La postface de l’autrice permet de comprendre que cette dernière s’est manifestement basée sur sa propre expérience familiale et d’étudiante en beaux-arts.

Si le manga est si facile à lire malgré des thèmes assez durs, c’est grâce à des personnages bien construits, d’excellents dialogues et une narration fluide. Celle-ci l’est grâce à un dessin personnel très réussi proposant différents rendus graphiques selon les besoins. Les pages muettes sont nombreuses et superbes. Les trois exemples donnés ci-dessus illustrent bien les présents propos. Le noir n’est pas utilisé pour les analepses mais plutôt pour rendre une ambiance. Les retours dans le passé se distinguent de l’instant présent grâce à un trait plus charbonneux, plutôt gris que noir. C’est beau, il n’y a rien à dire de plus !

Marco Kohinata travaille depuis 2015 en indépendante, proposant ses services d’illustrations (web, presse, livre), d’animatrice et exerçant aussi en tant que mangaka. Sans surprise, ses outils sont Photoshop, Procreate et Clip Studio. Elle a réalisé quatre mangas, tous des one-shots, trois sont sortis chez Shôgakukan. Ils ont été prépubliés dans Big Comics (Artiste wa Hana o Fumanai entre 2015 et 2017, Boku no Wasuremono en 2017 puis Hei no Naka no Biyôshitsu en 2019). Akari a été prépublié en 2022 dans le magazine Web Comiplex de l’éditeur Heros Inc. Elle a aussi publié deux recueils d’illustrations et dessine pour des romans. L’autrice est très discrète sur elle-même, tout en communiquant sur les réseaux sociaux. Elle vend aussi en ligne certaines de ses créations. Elle montre une autre façon de vivre de son art, celle issue du monde numérique. Très talentueuse, elle a été distinguée pour une de ses couvertures de roman, pour un de ses courts-métrages d’animation et pour deux de ses mangas.

Autrice : Marco Kohinata
Traducteur : Adrien Blouët
Éditeur : Le Lézard Noir
Prix : 19,00 €
Format : 16,50 x 23,50 cm
Nombre de pages : 240
Reliure : Broché
Couverture : Souple avec rabats
EAN : 9782353484256
Date de sortie : Décembre 2025

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Designs

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Designs

C’est en avril 2026 que le dernier tome de Designs est sorti. Ainsi s’achevait une série dont on a longtemps cru qu’on ne pourrait jamais en lire la fin du fait de la mise en redressement judiciaire de Noeve Grafx. Celui-ci est intervenu en septembre 2024 (la cessation de paiement datant du mois d’aout), ce qui a bloqué de nombreuses sorties pendant de nombreux mois. La branche manga ayant été reprise par IDP mi 2025, les sorties ont pu reprendre à un rythme soutenu. Néanmoins, le tome 4 était censé être sorti en avril 2024, durant la période de turbulences précédant la chute de l’éditeur. Nulle librairie l’ayant reçu, nulle lectrice et nul lecteur n’ayant pu le lire, Designs était tombé dans les limbes jusqu’à l’annonce en 2025 de la future sortie de l’ultime volume. Mais… et le tome 4 ? Et bien, il est disponible mais sans avoir été distribué. Il faut donc le commander, par exemple à Pulp BD rue Dante à Paris, sur le site de l’éditeur ou sur un site de vente en ligne comme la FNAC. Cependant, il ne faut pas être pressé du fait des délais de livraison. C’est ce que certains et une certaine d’entre nous avons fait il y a quelques semaines avant la parution du dernier opus.

Le manga

Dans un futur très proche, profitant de financements étatiques (notamment dans le domaine militaire et spatial), des généticiens ont réussi à créer de nombreuses formes de « HA » (Humanized Animals). Ce sont des chimères, des êtres hybrides mêlant de l’ADN humain à celui d’animaux tels que panthères, grenouilles, dauphins, oiseaux, éléphants, etc. En attendant d’être utilisés pour la conquête spatiale, certains « modèles » dont le « design » est approprié, servent de mercenaires sur différents théâtres d’opération. En effet, ces recherches ont un but précis : doter l’humanité de capacités d’adaptation variées afin de survivre dans des environnements hostiles. Ils sont aussi secrètement testés lors de missions militaires ou pour effectuer des assassinats, grâce à leurs sens sur-développés et leurs capacités physiques hors normes.

Néanmoins, au sein de la richissime compagnie qui gère ces différents projets, il existe de profondes divergences, des jalousies et des rivalités, ce qui pourrait nuire à leur réussite. Le récit suit plusieurs de ces hybrides (comme « Le Maître », une HA de grenouille ou un groupe de « dauphins », sorte de tueurs à gage d’une incroyable efficacité). Parallèlement, nous suivons aussi plusieurs scientifiques et leurs commanditaires qui essayent toutes et tous à orienter ces expériences à leur profit, selon leurs convictions sur ce que doit être l’humanité. Pour l’un d’entre eux, cela doit déboucher sur le transhumanisme.

Comme à son habitude, Daisuke Igarashi mélange de nombreux thèmes dans son histoire. La bioéthique avec les manipulations sur le vivant où l’on considère les animaux et les hybrides comme de simples outils ou des « designs » brevetés afin de faire toujours plus de profits, en est le principal fil rouge. Les HA possèdent des capacités animales primaires (la chasse, la perception augmentée de l’environnement, l’absence de morale humaine) tout en ayant une conscience. Il y a aussi le risque que ces créations échappent à leurs créateurs. Le transhumanisme est un autre sujet en montrant comment les frontières peuvent être brouillées entre l’être humain et l’animal et comment l’un peut s’améliorer grâce à l’autre. L’auteur cherche ainsi à créer un malaise et une réflexion sur ces questions, d’autant plus qu’il présente les forces de la nature comme étant bien au-dessus de celles des humains, surtout lorsque ces derniers cherchent à imiter une technologie perfectionnée par l’évolution pour forcer leur complexion.

Le récit est assez difficile à suivre du fait des nombreuses alternances entre les différents et nombreux protagonistes, ainsi qu’aux multiples enjeux développés au fil des pages. Il est préférable d’avoir une lecture rapprochée des cinq volumes de la série, surtout pour les tomes 2 à 4. Une relecture de l’ensemble, ce que votre serviteur a fait une fois qu’il ait refermé un cinquième et dernier opus très orienté action, permet de mieux apprécier le propos de l’auteur en n’étant plus perdu entre les différents personnages et sur qui fait quoi, pour quelle raison. On s’aperçoit ainsi que le tome 5 répond à la première partie du manga de façon magistrale. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le tout premier chapitre est à l’origine une histoire courte autonome, ce qui lui confère une tonalité un peu différente de la suite du manga.

Graphiquement, Daisuke Igarashi est à son meilleur. Son dessin, dynamique, lâché tout en restant travaillé et précis propose souvent de superbes doubles pages. Il réussit à rendre les effets de vitesse des nombreuses scènes d’action tout en gardant une grande lisibilité à ses planches. Il réussit aussi à représenter la nature, que ça soit les plantes, les matières et les animaux, avec une précision presque naturaliste, ce qui confère à celle-ci une certaine beauté sans que l’ensemble soit figé. C’est magistral et fascinant. L’auteur scotche ainsi lectrices et lecteurs à son œuvre malgré un récit demandant beaucoup d’attention pour réussir, plus ou moins bien, à le suivre. Par ailleurs, pour avoir un avis détaillé sur chaque tome, je vous renvoie une nouvelle fois à un billet de Tachan.

L’auteur

Daisuke Igarashi démarre sa carrière professionnelle en 1994 après avoir remporté en 1993 un concours du magazine Monthly Afternoon (Kodansha). Il se fait remarquer, notamment grâce à un style graphique reconnaissable et des histoires mélangeant fantastique et vie quotidienne. Le recueil Hanashippanashi (publié en français en 2005 et 2006 chez Sakka) reprends plusieurs récits réalisés entre 1994 et 1996.

Néanmoins, sa carrière ne décolle pas et il part vivre à la campagne, devenant à la fois un fermier cherchant l’autosuffisance et un auteur de manga. Cette expérience qui dure plus de trois ans est relatée sous la forme d’une fiction (nous suivons une jeune femme qui a quitté la ville pour la campagne) dans le diptyque Petite forêt (Sakka, 2008), prépubliée au Japon entre 2002 et 2005 et adaptée plus tard pour le cinéma au Japon puis en Corée. Une réédition en un tome a été proposée en 2024 par Delcourt. Parallèlement, il publie dans IKKI (Shogakukan) un autre dytique. Sorcières (Sakka, 2007, réédité en 2025 par Delcourt) est composé d’histoires courtes mettant en scène des femmes connectées aux forces mystiques de la nature. Ce titre permet à l’auteur de remporter en 2004 un prix d’excellence au Japan Media Arts Festival.  

Il est invité au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en janvier 2008, ce qui permet au public francophone de découvrir un auteur attachant proposant une autre vision du manga, grâce à un propos explorant la relation entre les êtres humains, la nature et un certain syncrétisme. J’ai eu l’occasion de le croiser à cette occasion avec mon compère mangaversien Tanuki et de recevoir de ses mains une jolie petite illustration couleur en guise de carte de visite. Vous pouvez retrouver ici la retranscription de cette rencontre organisée au Manga Building.

Sa carrière prend une autre dimension avec sa première série longue Les Enfants de la mer, prépubliée entre 2006 et 2011 dans IKKI. Il gagne à nouveau en 2009 un prix d’excellence du Japan Media Arts Festival. Reprenant la recette utilisée avec Sorcières mais dans le cadre d’un récit plus long, l’auteur mélange cette fois biologie marine, mysticisme et cosmologie dans un récit parfois difficile à suivre, surtout vers la fin, mais magnifiquement mis en valeur par un dessin très travaillé et d’une grande vivacité. Son chef-d’œuvre avec Designs, incontestablement. Cette série en 5 tomes a été publiée en français par Sarbacane entre 2014 et 2016 et réédité par Delcourt entre 2022 et 2024. Le fameux Studio 4°C en a réalisé une version animée en 2019.

SARU est le fruit d’un récit collaboratif avec le romancier Kotaro Isaka, chacun revisitant la légende du Roi Singe, sous la forme d’un manga (IKKI Comics, publication directe en deux tomes en 2010) pour le premier, d’un roman pour le second. Il s’agit d’un dytique disponible en français chez Sarbacane publié en un tome unique en 2015, que j’ai trouvé assez illisible tant il verse dans l’ésotérisme (Nostradamus y est convoqué) et manque d’une structure interne solide. Autre œuvre présentant que peu d’intérêt à moins d’être un fan inconditionnel : Le petit monde de Kabocha, (Rue de Sèvres, 2024) qui se situe dans la veine de Petite forêt mais sans en avoir la portée, tant la vie du chat du mangaka est inintéressante. Le titre a été prépublié dans un magazine animalier de l’éditeur Takeshobo entre 2003 et 2007.

Après Designs, Daisuke Igarashi a abandonné la science-fiction pour revenir à la vie fascinante des chats, cette fois dans la ville de Kamakura où l’auteur est installé depuis de nombreuses années. La série Kamakura Bakeneko Club est prépubliée dans le manga pour jeunes femmes BE·LOVE (Kodansha). Elle a débuté en 2022 et elle est toujours en cours (3 tomes pour l’instant, sortis entre fin 2023 et fin 2025). Delcourt va en proposer une version française, le tome 1 devant sortir début juillet 2026 à l’occasion de Japan Expo où l’auteur est invité.

Pour être complet, citons deux titres non traduits chez nous et ne proposant vraisemblablement que peu d’intérêt : Henshin neko no pana (prépublication web en 2008 sur Mi Chao!, Kodansha) mettant en scène un chat pouvant se transformer en n’importe quoi et Kyō no anī mo uto, prépublié irrégulièrement dans le magazine Hibana (Shogakukan) entre 2015 et 2017. On y suit le quotidien de deux enfants, frère et sœur. Réalisés tout en couleur, ces deux mangas ne semblent pas être sortis en volume relié. Il y a aussi de nombreuses histoires courtes, publiées généralement chez Kodansha, dont certaines sont présentes en recueil tel que Sora to bi tamashi (Kodansha, 2002) ou Umwelt Igarashi Daisuke sakuhinshû (Kodansha, 2017).

Designs

Jimbōchō Sisters

Avec la sortie du sixième et dernier tome, il est plus que temps d’écrire un billet au sujet de cette série si plaisante à lire. Pré-publiée au Japon dans le magazine Grand Jump (Shueisha) entre 2021 et 2022, elle a été publiée en français par Mangetsu entre le mois d’avril 2024 à celui de 2026, soit un délai moyen de sortie de quatre mois, ce qui a donné un rythme plutôt soutenu (même s’il a fallu attendre un peu le dernier opus). Pourtant, les ventes n’ont pas dû être faramineuses (sans être pour autant catastrophiques, heureusement). Il faut dire qu’une série où il ne passe rien, ou si peu, est réservée aux lectrices et lecteurs fans de tranches de vie banales. Bravo donc à l’éditeur et merci !

Tout au long des six tomes, nous suivons la vie des trois sœurs Karakida qui ont emménagé dans le quartier tokyoïte des bouquinistes, Jimbôchô. En effet, leur père qui vit et travaille aux USA, a hérité de la célèbre librairie d’occasion familiale et il a été décidé en commun de reprendre l’activité plutôt que de se séparer d’un lieu emblématique et chargé d’histoire. Toutes les trois viennent s’y installer (elles ont perdu leur mère il y a bien longtemps), à l’étage comme il se doit. Ichika, l’ainée, ayant un travail stable, Minoru, la petite dernière étant encore lycéenne, c’est donc à Tsugumi que revient la lourde tâche d’assurer la gestion de l’établissement, de faire le tri dans un stock énorme et bordélique, d’apprendre ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas afin de ne pas acheter n’importe quoi ou de vendre à vil prix. Heureusement qu’elle aime les livres sous toutes ses formes. Elle semble donc faite pour se métier, si dur (et parfois physique) qu’il soit.

Si les premiers tomes se focalisent sur le métier de libraire d’occasion et sur les librairies de Jimbôchô, le récit s’oriente ensuite de plus en plus vers les peines de cœur des trois sœurs et l’impossibilité de communiquer ses propre sentiments envers l’être aimé. Elles ne sont pas les seules à être dans ce cas-là. Cela semble même concerner une bonne partie de leur entourage. Il y a Azusawa, le mystérieux libraire voisin que Tsugumi a connu alors qu’elle était gamine, ces deux-là étant incapables de reconnaître leurs sentiments réciproques. Il y a aussi Shun, l’ami de jeunesse d’Ichika, qui a le béguin pour elle mais qui n’ose l’avouer, sachant que celle-ci est toujours amoureuse de Tsuzuki qui, lui, est fasciné par Fujiyoshi mais sans jamais avoir voulu faire le premier pas à l’époque où il et elle étaient collègues, alors qu’il s’agit, même encore, d’un amour partagé. Il y a enfin Mana, victime d’une relation toxique avec un garçon, qui ne semble pas voir l’inclinaison que Minoru a envers elle, alors que Ryôta, un camarade de lycée, en pince pour cette dernière, mais sans se faire d’illusion sur ses chances vu l’inclinaison sentimentale de la cadette des sœurs Karakida. Voir les protagonistes de l’histoire se débattrent avec leurs sentiments pendant autant de pages pourraient finir par lasser, mas c’est tellement bien raconté, avec un récit superbement porté par le délicat dessin de Kei Toume, que l’on aurait bien aimé avoir un ou deux tomes supplémentaires pour avoir une fin un peu moins ouverte. Par ailleurs, pour avoir un avis plus détaillé sur chaque tome de la série, je vous conseille de lire le billet de Tachan.

Kei Toume est une autrice dont je suis très fan, qui est publiée en francophonie depuis une trentaine d’année et que je suis depuis ses débuts chez nous. Sa série (rapidement interrompue par Glénat avec l’arrêt de la collection Kameha) Kuro gane (deux tomes sur dix en comptant Kurogane-kai) voit son premier opus paraître en 1996. Elle nous revient par le biais d’Akata/Delcourt à partir de 2003 avec l’excellent mais trop long Sing Yesterday for me (onze tomes, en cours de réédition depuis 2025). C’est au tour, chez le même éditeur, des Lamentations de l’agneau (sept tomes entre 2005 et 2006), suivi par mon petit chouchou, Les Mystères de Taisho (quatre tomes entre 2006 et 2013). Taïfu Comics en profite pour sortir en 2005 deux compilations d’histoires courtes avec Zéro et Déviances. Nous avons eu aussi Luno en 2009, chez Kana. Alors que nous pouvions nous attendre à la publication d’Acony… plus rien pendant pratiquement dix ans. À ma plus grande joie, c’est à partir de 2024 que la mangaka revient en force avec deux nouvelles séries : Jimbôchô Sisters (sa dernière en date, prépubliée dans Grand Jump, Shueisha, entre 2021 et 2025) puis Mahoromi : Chroniques architecturales de l’espace temps au Lézard Noir (quatre tomes entre 2025 et 2026, prépublication irrégulière entre 2011 et 2015 dans Big Comic Spirit chez Shogakukan).

Kei Toume est née en avril 1970 dans la préfecture de Kanagawa (au Sud de Tokyo). Après avoir fait des études d’arts, elle débute avec des histoires courtes dans le défunt mensuel Comic Burger (Gentosha Comics) après avoir reçu une mention honorable en 1992 au concours de débutants organisé par le magazine. Notons qu’elle a eu aussi un prix en 1993 pour une histoire courte qui deviendra le début de Kuro gane, chez l’éditeur Kodansha, ce qui lui a permis d’avoir très rapidement deux séries seinen en cours : Les Lamentations de l’agneau chez le premier et Kuro gane chez le second. Si elle reste fidèle aux deux éditeurs de ses débuts, elle a eu aussi l’occasion de publier chez Square Enix (Shônen Gangan), Shueisha (divers magazines seinen tels que Business Jump ou Young Jump) et Shogakukan (Big Comic Spirit). Cependant, sa relative lenteur de production (elle travaille sans assistant, sauf à ses débuts où elle en avait un) et son irrégularité font que sa bibliographie, composée principalement de séries courtes et de one-shots, est peu relativement peu fournie pour une carrière de plus de trente années. L’autrice a aussi publié une dizaine d’art books dans les années 2000-2010. Il reste toutefois cinq-six séries (comptant entre trois et six volumes) qu’il serait possible de proposer en français. L’espoir est-il permis de les avoir ? L’avenir nous le dira, en espérant ne pas avoir à attendre dix nouvelles années…

Alva, le fantastique venu du froid

Alva est une jeune cambrioleuse, du genre monte-en-l’air. En effet, elle n’a pas son pareil pour grimper sur tout ce qui est vertical, même en l’absence de prises évidentes. Afin d’y faire entrer ses acolytes, elle s’infiltre dans l’appartement d’un vieil homme qui a eu le tort de se vanter de détenir de nombreuses pépites d’or. Bien mal leur en prend car ils vont alors libérer une puissante entité qui y est retenue prisonnière. En fait, c’était elle qui produisait l’or… Elle profite de sa liberté retrouvée pour se venger de son geôlier mais aussi sur ses libérateurs, sans distinction, à l’exception d’Alva en qui elle reconnaît des racines locales anciennes et de Mini, le guetteur tout surpris d’avoir survécu à un tel déchainement de violence. Cette fuite ayant été tout sauf discrète, cela réveille une ancienne organisation, dénommée les Artisans. Cette dernière va se mettre à traquer ce qui se révèle être une ancestrale sorcière, ainsi que les deux rescapé·e·s de la petite bande de voleurs à l’origine de tout ce remue-ménage. Une longue course poursuite s’engage alors dans une Scandinavie hivernale, la survie de tout un ancien peuple pouvant dépendre des origines d’Alva, orpheline de parents inconnus comme de bien entendu…

Afin de retrouver la trace de sa mère, Alva a dû se rendre dans le Sud, en plein désert libyen. Ses recherches, peu productives, sont interrompues lorsqu’un groupe lourdement armé et dirigé par une femme très âgée mais manifestement très riche, vient s’en prendre à leur voisin, un vieil excentrique. Leur objectif est rapidement atteint : récupérer une fleur de Lazare, un artefact capable de réveiller les morts. En effet, cet homme discret était en réalité un djinn et, avant de mourir, il a transmis une partie de ses pouvoirs à Mini. Celui-ci n’a pas d’autre solution que se lancer dans une quête qui est de récupérer la fleur et empêcher ainsi un massacre. Un peu contre son gré, Alva choisi de le suivre pour l’aider et les voilà reparti pour le Danemark. Cependant, alors qu’on a comme guide une chèvre haram, que l’on doit franchir la mer méditerranée tout en étant pressé par le temps, voilà une entreprise qui n’a rien de simple et pouvant même être très dangereuse. Heureusement, une organisation européenne secrète, le Comité de surveillance, a décidé d’agir mais elle ne pourra le faire qu’une fois notre duo arrivé en Italie…

Aksel Studsgarth est danois, il travaille depuis plusieurs années dans l’industrie du cinéma et de l’animation, principalement comme manager ou superviseur. Cependant, depuis quelques temps, il se présente comme comic writer. En effet, il a écrit le scénario de la trilogie d’Alva, composée pour l’instant de Dans la nuit, puis d’Odyssée, le troisième et dernier tome n’étant pas encore annoncé. Il s’agit d’une création originale publiée par Glénat. Le premier tome est sorti en 2023, le deuxième mi-2025. Cette bande dessinée est mise en image par Daniel Hansen, un Suédois qui vit en Chine où il a fondé une famille, ce qui ne l’empêche pas de voyager à travers le monde entier pour participer à tel ou tel projet en tant que directeur artistique ou illustrateur. La traduction (à partir de l’anglais ?) de Philippe Touboul (connu pour être le co-fondateur et l’ancien gérant de la regrettée librairie Arkham) et l’adaptation graphique de Fred Urek (Petit Fred au département manga des Éditions Delcourt pour celles et ceux qui se souviennent de l’époque Akata) semblent sans reproche, signe de la qualité de leur travail.

Il résulte de cette collaboration un roman graphique efficace (une première bande dessinée pour les deux auteurs), mélangeant thriller, magie et folklore. Cela donne un aspect fantastique et horrifique à une histoire qui aurait pu n’être que policière à lire les premières pages. En tout cas, tout au long du premier tome, le récit fonce à cent à l’heure vers sa conclusion, et on ne s’ennuie pas un instant à la lecture des (més)aventures d’Alva et de Mini. Le deuxième opus, plus long, met un peu plus de temps à déployer toute la verve de ses créateurs. Le dessin en niveau de gris et la narration de Daniel Hansen font merveille, notamment lors de nombreuses double pages de toute beauté, souvent muettes. Les auteurs semblent bien s’amusent à créer des organisations secrètes plus loufoques les unes que les autres, malgré leur extrême dangerosité. L’utilisation des mythologies scandinaves puis islamiques sont savoureuses, les deux étant ici réinventées, à l’exemple des sorcières svartedal ou de la fleur de Lazare. Il faut toutefois ne pas être allergique aux massacres, souvent gratuits, qui parsèment régulièrement les pages des deux ouvrages. Il n’y a rien d’étonnant à cela, le récit que nous proposent les deux Scandinaves repose sur une actualité mondiale toujours plus chaotique, brutale et sanguinaire, où il est de plus en plus difficile de distinguer le camp du bien de celui du mal, à l’image du Comité de surveillance aux méthodes plus que contestables.

La fin de chaque tome appelle une suite même si les arcs narratifs y trouvent leur conclusion. En effet, comme tout bon thriller qui se respecte, nous refermons à chaque fois l’ouvrage sur une scène proposant un cliffhanger. Il ne reste plus qu’à espérer que le titre réussisse à trouver son public, la sortie d’Odyssée étant passée totalement inaperçue en juillet 2025 (à commencer pour votre serviteur), ce qui peut laisser craindre une annulation pure et simple du dernier opus. Espérons aussi qu’il soit publié en Allemagne et en Suède après une sortie au Danemark l’année dernière (ces marchés sont proches les uns des autres) car on veut pouvoir lire l’année prochaine la conclusion de cette histoire à la fois haletante et par moment si déjantée ! Pour l’instant, aucune information va dans un sens ou dans l’autre, nous laissant dans l’attente…

Auteurs : Aksel Studsgarth (scénario) et Daniel Hansen (dessin)
Traducteur : Philippe Touboul
Éditeur : Glénat

Alva dans la nuit
Prix : 24,50 €
Format : 19,8 x 26,6 cm
Nombre de pages : 264
Couverture : Cartonnée
EAN : 9782344056196
Date de sortie : Septembre 2023

Alva Odyssée
Prix : 27 €
Format : 19,8 x 26,6 cm
Nombre de pages : 320
Couverture : Cartonnée
EAN : 9782344065822
Date de sortie : Juillet 2025

Hongkong, citée déchue

Il y a presque trente ans, le gouvernement britannique rétrocédait sa colonie hongkongaise à la République Populaire de Chine continentale. Elle devenait alors une Région Administrative Spéciale devant bénéficier jusqu’en 2047 d’une grande autonomie politique, économique et sociale par rapport au reste du continent. Néanmoins, mi-2020, l’application de la loi sur la sécurité nationale a fait perdre en grande partie cette relative indépendance, surtout suite aux nombreuses arrestations d’opposants qui ont suivi. Toutefois, cette perte d’autonomie n’était pas nouvelle, le Mouvement des parapluies en 2014 ayant échoué à inverser une tendance à un autoritarisme venu de Chine et à sauvegarder la démocratie hongkongaise, permettant ainsi plusieurs interventions plus ou moins directes du PCC dans la vie politique de Hong Kong.

La bande dessinée Hong Kong, citée déchue est un patchwork de créations de Kwong-shing Lau assemblées dans un livre édité à Taïwan (Gaea Books, 2020). L’auteur, alors âgé de 30 ans, revient surtout sur les années 2019-2020, marquées par le nombreuses manifestations contre une modification de la loi d’extradition par le gouvernement de Hong Kong. Ces protestations sont durement réprimées jusqu’à ce que tout cesse du fait de la pandémie de COVID-19. Après deux avant-propos de l’éditeur puis de l’auteur, le livre débute par un court chapitre autobiographique qui nous amène au cœur du sujet : « Hongkong, 2019 ». Sur une vingtaine de planches, divisées en doubles pages avec un texte sur celle de gauche, Kwong-shing Lau aborde autant de thèmes mettant en scène les atteintes à la démocratie et aux violentes répressions dont sont victimes les manifestants et opposants à la mainmise du Continent sur l’ancienne colonie anglaise.

« Hongkong, 2028 » est une série de quatorze planches construites sur le même modèle que « Hongkong, 2019 » (avec donc un texte sur la page de gauche). Elles ont été publiées dans un important journal en 2019. Kwong-shing Lau imagine un futur proche marqué par la surveillance, la propagande et la résistance. Ensuite, avec une trentaine de pages muettes, l’auteur nous montre sa vision de la pandémie, de ses effets sur les mouvements de la résistance à la Chine continentale et sur le choc que la maladie a provoqué à Hong Kong. Il en tire ensuite une conclusion sur quinze pages que la ville s’appelle désormais Xiang Gang, c’est-à-dire, son nom prononcé en mandarin et non en cantonais. Enfin, le récit Flashback : génération perdue vient clore l’ouvrage. Cette histoire de quatorze pages a été publiée dans le magazine taïwanais Monsoon vol. 4 de Slowork Publishing (publication bien connue des visiteurs de SoBD ou d’Angoulême). Elle se déroule en 2014, lors de la « révolution des parapluies ».

Kwong-shing Lau est né à Hong Kong mais a passé une grande partie de sa jeunesse au Japon (il était un grand amateur de shônen manga). Son retour en Chine s’est mal passé, étant considéré comme japonais et non chinois. Ce n’est qu’une fois qu’il a pu venir dans sa ville natale qu’il a trouvé un monde ouvert. Kwong-shing Lau n’est pas inconnu du public francophone : il a eu une œuvre publiée en 2020 chez Patayo : Fantaisie ordinaire. Il a aussi participé à l’ouvrage collectif Led Zeppelin en bandes dessinées paru en 2024 aux éditions petit à petit. Il a fait partie de la délégation hongkongaise au Festival d’Angoulême en 2017 et en 2020. Il est même venu en simple visiteur en 2019 (pour avoir plus de temps à lui), fasciné par la bande dessinée européenne et américaine, lui qui connaissait surtout le manga. Il découvre ainsi des artistes comme Chris Ware, Richard McGuire mais aussi l’illustratrice Claire Malary. Il était aussi très intéressé par la façon dont la bande dessinée japonaise est intégrée dans des séries comme Les Légendaires ou Lastman.

Hong Kong, citée déchue est une œuvre exigeante, très intéressante au-delà de son propos politique. Le travail de mise en page, la variété dans la narration, en font une lecture attrayante. Son dessin, de grande qualité et basé sur de nombreux traits de crayon, fait notamment penser à celui, en moins lâché, de 61chi, une artiste taïwanaise (ROOM, Éditions H, 2021) ou à celui, en plus maîtrisé et sans les couleurs, de Pei-hsiu Chen, autre taïwanaise (Somnolences, ‎Actes Sud, 2021). Les amatrices et amateurs de bandes dessinées asiatiques différentes du manga auraient tort de rater cette publication, tout comme les deux titres taïwanais cités précédemment. Ce sont là de précieux témoignages de la diversité du 9ème art de par le monde. Cette diversité est accessible en français grâce notamment aux efforts des délégations hongkongaises ou taïwanaises depuis de nombreuses années en tenant de jolis stands au festival d’Angoulême (entre autres) afin de présenter une sélection de ce qui se fait de mieux dans leurs pays respectifs.

Auteur : Kwong-shing Lau
Traducteur : Bertrand Speller
Éditeur : Rue de l’échiquier
Prix : 24,90 €
Format : 17 x 24 cm
Nombre de pages : 280
Couverture : Souple avec rabats
EAN : 9782374252964
Date de sortie : Octobre 2021

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Je remercie Manuka pour sa relecture et ses corrections. La photo du quartier Tsim Sha Tsui à Hong Kong a été prise en 2024 par a-yin, les photos des deux stands Hong Kong Comics ont été prises en 2017 et 2019 au festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême par moi-même.

FIBD 53, le Fauve poignardé

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême n’a pas eu lieu. C’est la deuxième fois que cela se produit après janvier 2021 en raison de la pandémie de COVID. Cependant, le virus qui a empêché la manifestation de se tenir cette année est d’une autre nature, plus humaine, celle de la bêtise. Comme l’a si bien défini Heidi Kastner pour des affaires d’une toute autre nature, « la stupidité, ce n’est pas d’être incapable de calculer cinq fois douze, mais d’entreprendre une action dommageable pour tout le monde ». C’est ce qu’il s’est passé suite à diverses décisions. Il y a eu les différents appels à boycott d’autrices et d’auteurs de bande dessinée. Il y a aussi eu l’opportunisme des éditeurs (pouvant faire ainsi des économies ou rêvant d’une manifestation désormais à leur main) et des pouvoir publics. Il y a encore eu la mauvaise gestion de la crise par 9e Art+. Mais il y a surtout eu la responsabilité de l’Association du FIBD, cette dernière ayant eu tout faux dans ses choix et décisions. Le résultat est un immense gâchis, une perte énorme (plus de trois millions d’euros à ce qu’il paraît) pour les acteurs économiques locaux, par exemple les hôtels et restaurants, ainsi que pour de nombreux prestataires (sécurité, événementiel, etc.) dont certains risquent fort, en cette période difficile, de ne pas pouvoir s’en relever si leur situation était déjà délicate.

Même s’il n’est pas représentatif, nous pouvons prendre le cas de la petite équipe de Mangaversien·ne·s, soit quatre personnes venant à Angoulême de Paris, spécialement pour le festival. Si je n’ai pas une idée précise des dépenses de Tanuki ou de Gemini, elles ne devaient pas être négligeables avec les repas pris dans différents restaurants de la ville (une dizaine, au moins, pour les deux), la location d’un logement pour le second (au moins deux nuitées) et tous les achats effectués pendant le festival. En ce qui me concerne, avec a-yin, notre budget était proche, voire au-dessus, de 1 000 euros à nous deux pour trois jours et demi (parfois un peu plus, parfois un peu moins, selon la programmation), entre la chambre d’hôtel du côté de Cognac (l’Ibis Style était deux fois plus cher sur Angoulême que son homologue — ex-Mercure — sur Châteaubernard pendant le festival), la dizaine de repas en restaurants, quelques bières, le plein d’essence pour rentrer sur Paris (n’oublions pas les plus de 100 euros d’autoroute, les frais kilométriques et le plein aller mais tout cela ne concerne pas la Région), tous les achats effectués dans les bulles, principalement Manga et Nouveau monde (a-yin a tendance à se lâcher dans ces circonstances, elle devient très dépensière). Il y avait aussi les catalogues des expositions de 9e Art+, souvent au nombre de deux (à multiplier par trois), achetés sur les stands de l’Association du festival. Et encore, nous n’avions pas à payer notre badge, étant privilégié·e·s sur ce point. Ce week-end, il n’y aura que Tanuki pour avoir fait le déplacement, deux jours et demi au lieu de cinq (oui, ça a toujours été le plus assidu d’entre nous) et même s’il est assez dépensier pour des fanzines, ça ne compensera en rien l’absence des trois autres membres de l’équipe. Et ce ne sont pas les quelques centaines de milliers d’euros reversés aux acteurs locaux par la mairie et le département, sans oublier les autrices et auteurs venus profiter de cette « manne », qui compenseront les pertes liées à l’absence du festival. En plus, pour ne pas aider, le temps a été assez maussade pendant toute la durée de la manifestation (on est en janvier, après-tout).

Ajoutons qu’il n’y a peu de chances qu’il y ait une édition du FIBD en 2027, le maire d’Angoulême, qui n’a jamais eu de bonnes relations avec 9e Art+, ayant décidé de prendre la main sur l’événement en écartant l’association historique pour mettre à la place une autre structure, créée suite à une précédente crise qui a eu lieu en 2017. Il en résultera (ou non) une autre manifestation, ayant un autre nom, décernant d’autres prix que les Fauves et à une date pour l’instant indéterminée, pouvant se dérouler entre janvier et mars (plutôt mars). C’est ainsi que l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), sous le contrôle des pouvoirs publics (mairie, département, région, ministère) doit choisir un nouvel organisateur d’ici mi-avril. Sachant qu’il est impossible trouver des financements conséquents en aussi peu de temps, surtout en ces temps économiquement incertains, on peut craindre que la manifestation de 2027, si elle a lieu, soit « cheap » et nous propose un recul de trente ans quant à sa programmation. On verra bien… du moins si la transparence promise est là car n’oublions pas que le monde culturel et le monde politique reposent beaucoup sur le copinage et que les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient…

Néanmoins, lors d’une conférence de presse tenue par 9e Art+ jeudi matin1, Franck Bondoux a manifesté un désir de compromis, même si les médias n’ont retenu que le point le plus frappant, le plus « buzzable » (comme d’habitude depuis le début de « l’affaire »). Ce qu’il faut réellement retenir de l’heure et demi de la conférence de presse, c’est qu’une action en référé pour bloquer l’ADBDA (qui agirait en dehors de sa mission) est en cours. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’abord de bloquer la mise en place d’une édition en 2027 qui écarterait (en refusant toute discussion) l’Association du FIBD et 9e Art+. En effet, l’ADBDA chercherait à monter une manifestation copie quasi-conforme au FIBD. Il s’agit aussi de remettre au « centre du jeu » l’Association du FIBD pour les éditions suivantes. La demande d’une réparation des préjudices commis ne serait remise éventuellement sur le tapis que dans un second temps, en cas d’absence d’accord. Une façon de résoudre la crise pour 2027 serait de respecter les conventions passées, et pour 2028, si le futur organisateur veut bien racheter les actifs de 9e Art+ et embaucher son personnel qui pourrait ainsi faire profiter de son expertise, il y aurait moyen de trouver un terrain d’entente. Sinon, les actions en justice ne pourraient que se multiplier tant les éditeurs que les pouvoirs locaux en place semblent fautifs dans l’annulation de l’édition 2026. Un dépôt de bilan de 9e Art+ n’est pas à écarter avec l’entrée en jeu d’un administrateur judiciaire qui aurait pour mission de récupérer un maximum d’argent (il est là pour ça) pour les créanciers lésés (et pour lui-même). Et là, les pouvoirs publics locaux, à commencer par la mairie, auraient de quoi s’inquiéter (en fait non, c’est de l’argent public, les décideurs publics s’en fichent, ce n’est pas le leur). N’oublions pas les élections municipales à venir, histoire de compliquer encore un peu plus l’ensemble. Après, on ne peut faire que des supputations. Pour avoir des idées plus claires, il faudrait avoir accès aux conventions, aux contrats, aux comptes, etc.

Je rejoins Heidi Kastner quand elle estime que les réseaux sociaux ont permis à la bêtise d’avoir un pouvoir de nuisance sans commune mesure avec les décennies précédentes : avant, la stupidité restait cantonnée à un entourage restreint, seuls des médias puissants (presse puis télévision) pouvaient la diffuser auprès du plus grand nombre. Depuis quelques années, « il est possible, quelle que soit sa position, de trouver des personnes partageant les mêmes idées et de se sentir fort au sein du groupe ». Cela a entrainé une radicalisation certaine, amplifiée par le système des bulles des réseaux sociaux avec leurs algorithmes privilégiant l’émotion sur la réflexion. De plus, militantisme et positions extrêmes ne sont pas compatibles avec une analyse poussée des événements et de leurs conséquences, la preuve en ayant été malheureusement donnée à cette occasion. Surtout, maintenant, il n’est plus possible d’être neutre : si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. L’exclusion du groupe, quel qu’il soit, est désormais une pratique généralisée, y compris par celles et ceux qui se déclament inclusifs. La bêtise et la haine sont partout dorénavant, et de mon point de vue, il n’y a plus de « gentils » mais que des « méchants »…

C’est exactement ce qui s’est passé avec la fronde de quelques autrices qui ont été suivies rapidement par le reste de la profession, situation amplifiée par une presse sentant la possibilité de faire du papier facilement, buzzant bien. Tout ce petit monde a préféré s’en prendre à un bouc émissaire plutôt que de réfléchir aux nombreux problèmes posés et de cibler les véritables responsables de la précarité financière de cette « profession »2, de la mentalité assez rétrograde qui y règne encore, surtout en salon et festival, etc. Les reproches des autrices et des auteurs, que l’on peut estimer légitimes pour un certain nombre (d’autres étant ridicules), n’étaient pas à adresser à l’organisateur du festival mais à leurs éditeurs et à leurs pairs. Sauf que s’en prendre à ceux qui vous « nourrissent » (même mal), c’est risquer un retour de bâton. Il ne faut pas oublier qu’il y a surtout un problème structurel de surproduction de bandes dessinées, avec un trop grand nombre de personnes voulant vivre de leur « art » pour un marché du loisir culturel en contraction et en pleine mutation, qui migre vers d’autres modes de consommation, dans une société toujours orientée vers un consumérisme débridé, instantané et une recherche du plaisir avant tout. Et en ces temps de dépenses publiques excessives, la réponse n’est certainement pas dans encore plus de subventions comme réclamé par de nombreuses personnes.

Bah ! L’avenir proche nous dira ce qu’il aura résulté de cette « révolution ». Je crains que rien de bon n’en sortira et que tout le monde aura perdu. Pour ma part, je n’y perds que mes « vacances d’hiver », tant la dernière semaine de janvier me permettait de couper avec le quotidien. De très nombreuses personnes y perdent bien plus, malheureusement.

En attendant, un Grand Off* a eu lieu, à la programmation en trompe-l’œil tant elle nous a été vendue avec grandiloquence pour un contenu réel assez vide et surtout d’une grande banalité de mon point de vue de Parisien qui profite sur la capitale de nombreuses activités similaires tout au long de l’année. Un membre de notre délégation habituelle de Mangaversien·ne·s était sur place deux jours et demi, jeudi après-midi, vendredi et samedi, ce qui me permet de proposer ici une sélection de dix-huit photos montrant divers lieux et animations. Tanuki a toujours été fan du Off et même du Off du off (les fanzines et les créations paraBD intellos, il adore), ce qui permet de donner ici une idée des animations de cette année. C’est quelqu’un qui a connu le festival bien avant moi, qui est plus ouvert d’esprit, qui est venu avec un a priori favorable. Les jeudi et vendredi, notamment en soirée, ont été « calmes », on était très loin de la foule drainée par le FIBD. Au moins, comme l’a dit Tanuki : « c’est plus facile de profiter des restos et des bars ». Je ne suis pas certain que les commerçants du plateau soient aussi positifs au moment de faire leurs comptes. Disons qu’il fallait prévoir une journée pour tout faire cette année, là où trois jours ne suffisaient pas pour le FIBD.

Sans surprise, le seul lieu à peu près digne d’intérêt du Grand Off* se trouvait du côté de la Cité. Pas pour le village des éditeurs situé dans les anciens Studios Paradis qui semble avoir été peu fréquenté, même le samedi, mais pour les expositions et animations jeunesse présentes. Outre celles de la Cité (« Signé Bretécher » et « En slip et contre tout »), les expositions plus ou moins montées à la hâte n’étaient pas inintéressantes, à commencer par « Le train fantôme de Stéphane Blanquet » (qui va durer jusqu’à mi-2026). Il y avait d’ailleurs pas mal de monde pour cette dernière. Notons aussi, sur le plateau, la belle file d’attente pour la bande dessinée Isabelle d’Angoulême (Glénat), le côté local a certainement joué à fond et a dû permettre à la librairie Cosmopolite d’avoir l’impression que le Festival avait bien lieu. Car le reste du temps, ça ne semble pas avoir été très folichon niveau fréquentation. Certes, le résultat n’est pas si mal pour « un truc monté en vitesse avec les bonnes volontés du coin », comme me l’a fait remarquer Tanuki.

Notre correspondant local, Manuka, a fait un petit tour du Grand Off* le vendredi. Sa conclusion sur la fréquentation est la suivante : Pas grand monde dans les rues, ou plutôt le monde d’un vendredi « normal ». Pour l’Église Saint-Martial, du monde comme en festival. Au Lieu Unique3, du monde, mais peut-être autant d’exposants en goguette que de visiteurs. Librairie Cosmopolite, longue file d’attente pour certains auteurs, rien pour d’autres, donc on pouvait circuler. Espace Franquin, ça faisait bizarre de voir les salles reléguées au rôle de stands d’éditeurs ou de « dédicaceurs ». Le Pavillon Unesco, un peu de monde. Manuka serait bien passé par la Cité mais il a eu la flemme d’aller se garer dans les environs, d’autant qu’il commençait à se faire tard. Il n’y est pas retourné le lendemain, ayant d’autres engagements. Étant un local passé en coup de vent, et ayant pris l’événement pour ce qu’il était, un off sans son festival, il se refuse d’avoir un avis négatif. Tout au plus constate-t-il qu’évidemment, en l’absence d’animations dans les rues, l’émulsion et l’émulation entre les diverses initiatives a eu du mal à se faire.

Surfant sur la manifestation alternative mise en place à Angoulême, diverses structures ont mis en place les « Fêtes interconnectées de la BD 2026 ». En ce qui concerne Paris, c’est à Ground Control qu’il fallait aller pour rencontrer des éditeurs indépendants et suivre quelques tables rondes militantes. Un duo de Mangaversien·ne·s (a-yin et moi) s’y est rendu le samedi après-midi, surtout pour les rencontres, ce qui ne nous a pas empêché d’acheter des livres, tant les tentations sont multiples. La fréquentation était assez faible, il a fallu attendre 16-17 heures pour qu’il commence à y avoir un peu de monde (rien à voir avec la foule des deux Paris Beer Festival que j’ai eu l’occasion de visiter). Cela m’a permis aussi de croiser quelques connaissances. À leur file d’attente, on voyait qui étaient les auteurs vedettes ce samedi : David B. à la table de l’Association, et Boulet à celle d’Exemplaire. Pour le reste, c’était là aussi, le bon plan pour les chasseurs et chasseuses de dédicaces. À mon corps défendant, j’en ai profité pour en demander une à Edmond Baudoin, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici malgré de nombreuses occasions depuis 2003 (je sais, je suis inexcusable tant la personne est charmante et est un dessinateur hors pair). J’ai maintenant un gros pavé à lire 🙂 .

Outre une partie des éditeurs indépendants habitués à la Bulle du Nouveau monde du FIBD, il y avait une poignée d’alternatifs et de fanzines. Parmi les principaux, il y avait L’Association, Cornélius, çà et là, 2042 (ex-2024), Exemplaire, La Cafetière, Les Rêveurs, FLBLB, Rue de l’échiquier, etc. Les trois tables-rondes suivies étaient vraiment intéressantes, très bien animées, même si une autrice (invitée de dernière minute en remplacement d’un désistement) était assez énervante par ses interventions enfonçant des portes ouvertes. Heureusement, Lisa Mandel (Exemplaire) et Simon Liberman (2042) étaient dans le concret et le pratique. Leur double casquette autrice/éditrice et auteur/éditeur leur a certainement permis de mieux comprendre la complexité de la chaîne du livre et de proposer des pistes pour aider à sortir d’une certaine précarité financière.

En conclusion, en osant une comparaison footballistique, la première division des éditeurs étaient absents, quelques représentant·e·s étant invité·e·s ici ou là par des librairies comme Cosmopolite. Une partie de la deuxième division était à Ground Control, avec quelques structures issues du troisième échelon. Le reste se trouvait à Angoulême avec les amateurs. La fréquentation du tout ressemblait plus à ce que l’on peut voir dans les innombrables manifestations BD à travers la France tout au long de l’année, bien loin du grand raout de fin janvier ou même des grands festivals comme ceux d’Amiens, Blois ou Saint-Malo. Bref, aucun intérêt en dehors de voir sur les réseaux sociaux (en tout cas, dans les bulles dont je fais partie) des centaines de messages d’auto-congratulation et de réécriture médiatique masquant plus ou moins bien une réalité pourtant évidente dès le début…

Je remercie Manuka pour ses corrections, ses ajouts et précieuses remarques. Les photos du Grand Off* ont été prises par Tanuki, celles à Gound Control par moi-même (sauf celle de la dédicace qui a été prise par a-yin). Les textes et photos sont © Mangaverse / Éditions H. Le photogramme de la conférence de presse de 9e Art+ est © La Charente Libre. Le Fauve est © Lewis Trondheim / 9e Art+. Le « fauve assassiné » et l’illustration « Les réseaux sociaux sont nuisibles » ont été générés à l’aide d’Adobe Firefly 5 (je sais, les IA génératives, c’est le Mal mais, de toute façon, l’informatique est une invention du démon).

  1. La Charente Libre propose de visionner l’enregistrement complet de la conférence de presse sur FaceBook. ↩︎
  2. Oui, « profession », entre guillemets, tant la réalité d’un auteur ou d’une autrice n’est pas celle d’un ou une autre. Cette profession n’en est pas une pour nombre d’auteurs et autrices, puisqu’elle ne leur permet pas d’en vivre. La bande dessinée est une profession pour une chaîne d’individus (allant de l’auteur à l’éditeur au distributeur et au libraire) mais ce n’est pas une profession pour chaque individu de cette chaîne (certains auteurs et autrices, voire certains éditeurs). ↩︎
  3. Lieu Unique qui démontre que le Grand Off* ne respecte pas totalement ses engagements, comme le montre le témoignage d’un auteur sur sa page FaceBook. ↩︎

Manga. Tout un art ! Petit bilan 2025, les expos BD

La visite de l’exposition Manga. Tout un art ! et de son petit compte rendu me donne l’occasion de dresser ensuite un petit bilan des expos BD faites en 2025. L’année prochaine, celles-ci devrait être en forte diminution du fait de l’absence du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Cependant, chaque chose en son temps, intéressons nous à 2025 dans ce dernier billet de l’année.

Manga. Tout un art !

Dernière exposition de l’année pour notre petit groupe de mangaversien·ne·s. Sa visite s’est organisée un peu au dernier moment entre moi, Taliesin et Tanuki suite à une remarque de ce dernier. Il s’agissait d’une animation organisée avec l’INALCO un jeudi soir, mais celle-ci était très mal expliquée : médiation, oui, mais sous quelle forme exactement ? En fait, il s’agissait d’une nocturne à entrée libre (uniquement pour l’exposition temporaire, les permanentes étaient fermées). Bon plan : on pouvait visiter gratuitement l’exposition entre 18h00 et 22h00 (21h45 en réalité) avec une dizaine d’étudiant·e·s qui présentaient les œuvres des différentes salles. Cerise sur le gâteau, comme prévu et à la différence d’un premier dimanche du mois (gratuit), il n’y avait pratiquement personne.

Le but de l’exposition (tel que présenté dans le dossier de presse) est de montrer que le manga n’est pas qu’une industrie du divertissement mais aussi un art dont les racines plongent dans l’histoire complexe du pays en rapprochant bande dessinée et art japonais ancien, des statues bouddhiques aux estampes en passant par le théâtre, la littérature et les croyances ancestrales. But atteint ? Oui pour la partie Japon ancien, pas trop pour le manga. Étant donné que Didier Pasamonik est le co-commissaire pour la partie bande dessinée, cela est tout sauf une surprise tant il n’y connait pas grand-chose… La scénographie est déséquilibrée, il y a des manques importants, notamment dans les cartels, ainsi que quelques confusions, le propos est parcellaire et très grand publique (ce qui est normal pour ce dernier point). Néanmoins, c’est l’occasion de voir des planches originales de manga, ce qui n’est pas fréquent, surtout hors festival d’Angoulême.

L’exposition principale, située au sous-sol, est composée de huit espaces dédiés à un thème différent. Disons que c’est plutôt intéressant jusqu’à celui consacré à Shigeru Mizuki et qu’après c’est assez raté. On a ainsi l’occasion de voir pour commencer des revues de la fin du 19e et du début du 20e siècle, puis une rapide présentation du kamishibai, une série de planches originales de Norakuro, une salle dédiée à Osamu Tezuka (avec des originaux de Princesse Saphir et d’Astro, le petit robot, entre autres), une autre consacrée au gekiga avec de nombreuses planches d’Hiroshi Hirata, accompagnées de quelques belles pièces de Shitaro Sanpei, Kojima Goseki, Kazuo Kamimura, Yoshiharu Tsuge (merci à MEL qui a une bien belle collection et qui nous permet de la voir). Enfin, la dernière montre des yokai de Shigeru Mizuki grâce à un prêt d’originaux de sa fondation (tout comme Tezuka Prod. et Ryoko Ikeda qui en ont envoyé du Japon pour les espaces les concernant).

La partie shôjo manga est scandaleusement minuscule et centrée uniquement sur deux autrices dont il y avait quelques originaux (La Rose de Versailles de Ryoko Ikeda et des planches de Kaze Kaoru). En plus, le médiateur de cette salle était nul, à la différence de celui sur Tezuka. La partie shônen manga est trop étalée le long du couloir courbe avec peu de reproductions, quasiment aucunes planches originales en dehors de Fairy Tale, se concentrant uniquement sur quelques titres à succès (dont Dragon Ball, One Piece, Naruto, Demon Slayer) avec une mise en parallèle avec le folklore chinois et japonais. Cette mise en parallèle, intéressante, aurait pu se trouver dans un espace plus resserré. Le seinen manga est ramené à sa seule dimension apocalyptique avec Akira et L’Attaque des titans. Un petit focus sur Hiroshima avec des planches de Gen aux pieds nus est heureusement présent, mais avec le seinen manga. Passons sur la dernière salle, consacrée à la mode, sans intérêt si ce n’est de rigoler devant certaines tenues tant elles sont ridicules.

Avant les mangas

Située au deuxième étage dans la rotonde, cette partie de l’exposition est consacrée à des œuvres proposant des caractéristiques que l’on retrouve dans les mangas telle que le mélange texte et image, dessins dynamiques, des thèmes tels que l’humour, l’aventure, le fantastique, etc. L’essor commercial de l’édition est ici mis en avant avec l’exposition de nombreux ouvrages d’époque, généralement imprimés en noir et blanc sur un papier de qualité médiocre.

Sur la partie extérieure de la rotonde, des rouleaux illustrés sont proposés à la lecture en plus des nombreuses illustrations accrochées aux murs. Dans la partie intérieure, ce sont de nombreux livres qui sont mis en valeur. C’est toujours intéressant d’en voir, et surtout de constater la qualité graphiques des illustrations, surtout quand on connait les méthodes d’impression de l’époque. Clairement la partie la plus intéressante et la plus impressionnante à nos yeux. Des récits s’étirant sur plusieurs tomes sont proposés au public de l’époque, qui est friand de littérature dite populaire. Il est donné de voir un exemplaire de la Manga de Hokusai, ainsi que de Kawanabe Kyôsai. Ici, « manga » signifie « caricature » et non « bande dessinée ».

Sous la grande vague

À côté de la rotonde, le musée a pris l’habitude de proposer une petite exposition, souvent de photographies. Actuellement, l’endroit propose de voir l’estampe Sous la vague au large de Kanagawa de Katsushika Hokusai qui fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji.

La salle est toute petite, il ne faut pas être en nombre si on veut en profiter. Il y a quelques illustrations et planches de BD dont une de Moebius qui rendent hommage à fameuse l’estampe. Du fait de la fermeture du Musée, nous n’y sommes pas restés longtemps et n’avons pas pu profiter de la vidéo projetée sur un écran géant qui « invite à un voyage poétique et immersif au cœur de cette œuvre iconique » (dixit le dossier de presse). Pas grave, j’ai eu le temps de prendre en photo Taliesin devant l’estampe, continuant ainsi une tradition vieille de plus de 15 ans 🙂 .

Le catalogue

Si l’exposition principale est plus que perfectible au niveau de son contenu, ce n’est heureusement pas le cas du catalogue. Constitué d’un grand nombre de courts chapitres, chacun abordant un thème précis, ils sont écrits par des spécialistes, la plupart étant des universitaires. Il est rédigé dans un français facile à lire et les pages se tournent avec plaisir tant l’essai de vulgarisation est réussi. Il est richement illustré même s’il manque des reproductions de planches originales et que certains textes n’ont aucune iconographie. Au moins, Moto Hagio, Rumiko Takahashi et Mitsuru Adachi ne sont pas ignorés malgré l’absence de visuels de leurs créations.

Le papier est mat, agréable et le tout est bien imprimé dans une couverture souple tout à fait réussie. Le seul bémol que je pourrai faire est que le prix est un peu excessif, un montant de trente euros me semble être plus juste pour une telle fabrication. Cependant, cela a dû permettre une meilleure rémunération des autrices et auteurs des textes (enfin, je l’espère). Je conseille donc son achat même si on n’a pas l’occasion d’aller voir l’exposition, qui est assez dispensable, il faut l’avouer.

Bilan 2025 des expos BD

L’exposition Manga. Tout un art ! est donc venue clore une année d’expositions. Si on compare avec les années précédentes, leur nombre est en recul alors que je m’attendais à une augmentation. En ce qui concerne les bandes dessinées il y en a eu 13 en 2025 (19 en 2024), cela avait commencé fin janvier à la galerie Achetez de l’art puis au festival d’Angoulême pour se terminer en ce mois de décembre à Guimet. Voici un petit tableau récapitulatif :

TypeNombre d’expositions
Arts10
BD-Comics-Manga-Illustration13
Culture Asiatique1
Culture autres régions2
Divers1
Musique1
Histoire2
Total 30

Soit 16 en Musées, 4 en Espaces culturels / Fondations & instituts / Maisons de la culture, 8 en Galeries et 2 en Autres lieux.

Pour retracer cette année, voici une petite sélection de photos. Elle montre l’importance du festival d’Angoulême en matière de qualité et d’intérêt, expositions qui seront absentes à notre programme en 2026. J’y ai ajouté celles qui n’ont duré que le temps de la manifestation concernée et qui ne sont donc pas comptabilisées dans le tableau ci-dessus.

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Festival BD (Formula Bula, SoBD)

Galeries (Achetez de l’art, Galerie du 9ème art et Galerie Martel)

Soit Shin Zero à la Galerie Achetez de l’Art, Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et Plus loin, la nouvelle Science-Fiction au Musée de la bande dessinée, Superman. Le héros aux mille-et-une vies à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, Posy Simmonds. Herself au Musée d’Angoulême, L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama à L’Hôtel Saint-Simon, Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées à l’Espace Franquin, Aline Kominsky-Crumb. Le Plein d’amour à Césure, Le Musée éphémère d’Anne Simon, La BD chilienne contemporaine à la Halle des Blanc-Manteaux, American Classics XI à la Galerie du 9ème art, Adrian Tomine à la Galerie Martel, Kabuki – Guilherme Petreca, Soli Deo Gloria – Edouard Cour puis Silent Jenny – Mathieu Bablet à la Galerie Achetez de l’Art.

La suite l’année prochaine… On verra bien ce qu’il sera possible de faire.