De la chanson française sociale (2/2)

S’il y a une certaine logique à ce que j’apprécie Ridan étant assez fan de chanteurs comme Brel ou Renaud, que j’apprécie à ce point Mino est franchement surprenant. J’écoute très peu de hip-hop même si j’ai eu l’occasion d’apprécier certains titres de Deltron 3030 ou de Macklemore auparavant, sans oublier Chinese Man. Cela fait peu pour avoir une idée précise de ce que représente ce genre musical. Et ce n’est pas la lecture de la bande dessinée américaine Hip Hop Family Tree qui m’a permis d’en mieux comprendre la composition, juste d’en voir le développement en tant que mouvement artistique plus global.

Mino

Originaire de Marseille, Mino a commencé à rapper en 1997, à l’âge de 17 ans. Ses apparitions avec Psy4 de la rime et sa présence sur une mixtape de DJ Poska le fait connaître localement et il signe un maxi chez Street Skillz, le label de Soprano. Cela permet la sortie de Bretzel en 2003. Il est invité sur plusieurs projets et compilations. Il en résulte en 2005 un double CD, Rétro perspective, qui regroupe ses différentes créations. C’est en 2007 que sort son premier véritable album, Il était une fois, précédé d’un street album nommé Il était une fois Mino. Il faut attendre 2011 pour avoir un second LP, La 25ème Heure. Même s’il part en tournée avec Soprano à cette occasion, le succès ne semble toujours pas au rendez-vous. En 2014, Mino revient avec un EP, Après On Verra Après. En 2019, il autoproduit un EP, Et cette nuit là… sa dernière « galette ». Depuis, il y a bien eu une participation à une compilation (en 2021) et un single (en 2022), les deux en l’honneur du club de l’Olympique de Marseille (dont il est un grand fan depuis toujours), mais la carrière de Mino semble bien à l’arrêt (site disparu, difficultés pour acheter ses CD, très peu de présence sur sa page Facebook).

Le Maxi Bretzel propose deux titres avec leurs variations a capella et instrumentales. « Bretzel » est du hip hop (d’autant que je sois capable de le juger) rythmé, parfois syncopé et assez original, avec quelques interludes plus musicales tirées de « Tout doucement » de Bibi dont les paroles entrent en résonance avec celles écrites par Mino. Un clip a été réalisé. « De mes nuages » est plus aérien mais plus classique. Le double CD Rétro perspective est totalement introuvable pour qui veut l’écouter de nos jours. Il contient 32 titres proposant généralement un rap assez classique, dont les deux de Bretzel. Il y a aussi une sorte de pré-version que l’on trouve ensuite sous une forme totalement différente sur le premier album. Comme on peut s’en douter, il y a du bon et du moins bon. Au moins, c’est assez varié, notamment pour les instruments. Retenons toutefois « Stalag 13 », « Cri de colère » et surtout « Libertad » qui aurait mérité d’être sur un album au lieu d’une simple compilation (la mixtape Mains pleines de ciment 2), d’autant plus que Soprano y est présent.

Avec Il était une fois, Mino connaît enfin la joie d’avoir un premier album à son nom. Il est d’ailleurs très personnel, très « je ». Notre Marseillais a pris son temps mais il faut reconnaître que le résultat est là. Les 13 titres proposés sont tous excellents et la plupart de mes préférés de l’artiste s’y trouvent. Cela commence fort avec une première perle : « Le Monde me suffit pas ». Travaillé au niveau de l’instrumentation, avec un cœur masculin enlevé, les paroles nous révèlent la difficulté de Mino a être artiste. La deuxième piste est du même niveau avec « Il Était une fois Mino… » dont les paroles très fortes et personnelles ne peuvent que toucher. Avec « On ne lâche rien », l’artiste produit une rengaine positive et entrainante, proposant une autre tonalité aux difficultés de vivre dans les « banlieues », même marseillaises. Nous avons là un véritable air de supporter, ce qui es normal, après tout ! Après deux titres sympathiques, on retrouve le très haut niveau avec « Le Fruit de mon époque ». Cette complainte est ma préférée, tant par des paroles, très critiques envers la France, et malheureusement toujours d’actualité. Suit « Un Homme blessé » qui est pratiquement du même niveau. Magistral ! « Ma Traversée du désert » nous rappelle que Mino a eu un passage à vide et n’arrivait plus à écrire la moindre rime. Citons aussi « Personne est innocent » qui montre que nous sommes tous responsables de l’état actuel de la société française. Enfin, n’oublions la dernière piste : « Quand le cœur en vient aux mains » est mon autre titre préféré de l’auteur. Ici, Mino, en se prenant en exemple, exprime la difficile vie créative d’un artiste de rap proposant des créations personnelles qui ont du mal à trouver leur public, en faisant référence à ses autres productions.

Corroborant certaines de ses paroles sur ses difficultés d’écriture, Mino arrive enfin à sortir son second album en 2011. La 25ème Heure confirme la direction prise par Il était une fois. Avec des orchestrations de plus en plus travaillées, à l’exemple de « Construis ta route », le rappeur persévère et signe. Il continue à nous proposer son univers personnel. Cette fois, il y a ajoute des effets, principalement sur son chant. Vocoder ou Auto-tune, j’avoue ne pas être capable de le deviner. Je ne suis pas certain que ça ait plu au grand public Hip Hop, ceci dit. On retrouve les mêmes recherches musicales, en plus prononcé, avec « Fuck la Crise ». « Mino de France » retrouve le souffle social du premier LP de l’auteur. En effet, il est important d’écouter les paroles, car elles sont les fondations du rap, à la différence de la Pop. Néanmoins, l’absence de compositions aussi entrainantes que dans Il était une fois, malgré un bon départ avec « Man on Fire », fait que j’ai moins accroché, malgré un travail de création manifeste. Je suis incapable de juger de l’originalité de ce que nous propose ici Mino, par manque de culture Hip Hop, mais je crains que l’artiste n’ait pas réussi à toucher au delà d’un cercle restreint de fans inconditionnels, dont je fais partie.

L’EP Après on verra après propose quelques titres intéressants, à commencer par « C’est comme ça qu’ils m’ont connu ». Malheureusement, si c’est du pur Mino, nous sommes dans le même cas qu’avec La 25ème Heure. Les six titres présents sont manifestement dans le prolongement du précédent album. La dernière piste, avec « Brebis égarées », permet de finir assez fort, grâce à un titre « social ». L’artiste commence donc à tourner en rond et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser « Trois ans d’attente pour ça ? Quel dommage ». Il n’en est pas de même avec l’autre EP, après un hiatus de cinq nouvelles années. Et cette nuit Là… contient une jolie perle très personnelle avec « La Corderie » qui bénéficie d’un clip. Nous pouvons même y voir une sorte du chant du cygne. Il y a quatre clips qui viennent soutenir cette sortie dont le visuellement humoristique « Trop con », ce qui est en totale contradiction avec les paroles. Mino y touche le fond. L’avant dernière piste, « Cruelle », lui permet de retrouver de l’allant après deux titres sans intérêt. Il y présente la douleur pour un père d’être privé de son fils par le divorce. La misogynie n’est pas loin à certains moments, mais nous avons là le ressenti du rappeur. Sa carrière en reste là, ce ne sont pas ses deux dernières créations, venant clamer son amour du club de football de Marseille, qui changent quoi que ce soit.

Conclusion

Ayant essayé d’écouter quelques succès de Soprano ou d’autres artistes de la scène marseillaise, je n’ai rien trouvé qui me plaise comme Mino. Dans ce genre musical, en ce qui concerne la France, il n’y a décidément que le groupe d’Aix-en-Provence (la rivalité entre ces deux villes est bien connue) Chinese Man qui a trouvé grâce à mes oreilles. Néanmoins, ces dernières ont pu s’habituer aux spécificités musicales du Rap, ce qui me permet de ne plus le fuir comme à une époque.

Akari

Akari, la lumière du verre

Akari

Fumiyo Kagari, artisan vitrailliste qui a sa petite renommée, a vu sa vie basculer avec le décès de son épouse. Il n’a plus le goût à créer et à continuer de vivre comme avant, lui qui est au crépuscule de sa carrière. Un soir, il rencontre une jeune fille devant chez lui et pense qu’il s’agit de sa petite-fille dont il n’a plus de nouvelles depuis des années, étant fâché avec son fils. Akari semble perdue et en proie à des difficultés de logement. Sans la questionner, il lui propose de l’héberger pendant quelques temps. Le travail du verre et la création de vitraux vont permettre à ces deux êtres en perdition de trouver un nouvel élan, la motivation de continuer à vivre et, surtout, de créer. Malheureusement, un lourd secret bientôt révélé viendra tout gâcher.

J’avais raté cette excellente bande dessinée lors de sa sortie (y compris la chronique de Tachan), oubliant de suivre à l’époque les conseils de ma « conscience manga », toujours avisée. Cette dernière a donc décidé que ça ferait un excellent cadeau d’anniversaire et, comme d’habitude, elle avait totalement raison. Marco Kohinata, l’autrice, nous propose là une histoire poignante mais sans misérabilisme. Les (un peu moins de) 240 pages se lisent d’une traite, tant la narration est fluide malgré la présence de nombreuses analepses. Il est impossible de rester insensible à ce que vivent Fumiyo et Akari et nous voulons savoir ce qu’il va leur advenir, ce qui nous fait tourner les pages sans pouvoir s’arrêter.

De plus, nous apprenons quelques détails sur le métier de vitrailliste et de l’art de créer de la beauté avec des morceaux de verre. En effet, le propre grand-père de la mangaka a exercé cette activité, le manga permet de lui rendre un bel hommage. Le thème de la séparation, que ça soit par la mort ou par l’éloignement, est l’autre thème central du récit. La postface de l’autrice permet de comprendre que cette dernière s’est manifestement basée sur sa propre expérience familiale et d’étudiante en beaux-arts.

Si le manga est si facile à lire malgré des thèmes assez durs, c’est grâce à des personnages bien construits, d’excellents dialogues et une narration fluide. Celle-ci l’est grâce à un dessin personnel très réussi proposant différents rendus graphiques selon les besoins. Les pages muettes sont nombreuses et superbes. Les trois exemples donnés ci-dessus illustrent bien les présents propos. Le noir n’est pas utilisé pour les analepses mais plutôt pour rendre une ambiance. Les retours dans le passé se distinguent de l’instant présent grâce à un trait plus charbonneux, plutôt gris que noir. C’est beau, il n’y a rien à dire de plus !

Marco Kohinata travaille depuis 2015 en indépendante, proposant ses services d’illustrations (web, presse, livre), d’animatrice et exerçant aussi en tant que mangaka. Sans surprise, ses outils sont Photoshop, Procreate et Clip Studio. Elle a réalisé quatre mangas, tous des one-shots, trois sont sortis chez Shôgakukan. Ils ont été prépubliés dans Big Comics (Artiste wa Hana o Fumanai entre 2015 et 2017, Boku no Wasuremono en 2017 puis Hei no Naka no Biyôshitsu en 2019). Akari a été prépublié en 2022 dans le magazine Web Comiplex de l’éditeur Heros Inc. Elle a aussi publié deux recueils d’illustrations et dessine pour des romans. L’autrice est très discrète sur elle-même, tout en communiquant sur les réseaux sociaux. Elle vend aussi en ligne certaines de ses créations. Elle montre une autre façon de vivre de son art, celle issue du monde numérique. Très talentueuse, elle a été distinguée pour une de ses couvertures de roman, pour un de ses courts-métrages d’animation et pour deux de ses mangas.

Autrice : Marco Kohinata
Traducteur : Adrien Blouët
Éditeur : Le Lézard Noir
Prix : 19,00 €
Format : 16,50 x 23,50 cm
Nombre de pages : 240
Reliure : Broché
Couverture : Souple avec rabats
EAN : 9782353484256
Date de sortie : Décembre 2025

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De la chanson française sociale (1/2)

Alors que je ne peux pas me passer de musique (je ne supporte pas le silence), je n’ai jamais pu écrire sur cet art et sur mes préférences sonores. Il faut dire qu’il s’agit d’un univers mystérieux que j’essaye de temps en temps de comprendre un peu moins mal. Les raisons sont tellement multiples et les explications tellement complexes que j’ai un peu abandonné. J’en ai retenu que la musique affecte de nombreuses zones de notre cerveau en provoquant des émotions fortes et en activant le centre du plaisir. Cela n’explique pas pourquoi on peut apprécier tel ou tel type de musique et au contraire en rejeter d’autres. Il y a certes le fait de rechercher des schémas reconnaissables (rythme, mélodie), ce qui peut être lié en grande partie à notre environnement social et à notre éducation. Cela pourrait me faire comprendre pourquoi je déteste globalement le jazz, l’imprévisibilité et la complexité de ce genre demandant de développer un goût qui demande à être acquis, tout comme la musique classique. La structure musicale et le rythme plus prévisible de la pop puis du rock, notamment dans sa forme « métal » m’ont bien plus attiré de tout temps. Étant un peu du genre monomaniaque, mais pour éviter toute lassitude, je suis passé petit à petit de la pop au rock puis au hard rock, et enfin au métal en allant toujours vers plus de musique extrême en vieillissant. Et là, j’ai fini par me fixer sur un sous-sous-genre, le métal finlandais, une spécialité de ce pays nordique qui compte la plus forte densité de groupes de métal rapporté au nombre d’habitants. Il est donc possible d’en déduire que je préfère actuellement les modes mineurs aux majeurs et les rythmes plutôt lents, avec une certaine appétence pour le funeral doom (dépressifs s’abstenir). De plus, je n’ai jamais ressenti le besoin de comprendre les paroles. Heureusement car le chant guttural du dark / doom / black est largement inaudible. Il fait plus office d’instrument humain que de texte supporté par une musique.

Cette longue introduction est là pour expliquer à quel point les deux chanteurs dont je vais parler sont loin de mes habitudes et de mes goûts présupposés. Le fait que j’en sois devenu très fan est donc un petit mystère. Le groupe social (plutôt CSP+) dont je fais partie est plutôt branché bandes dessinées (FB, manga, comics, etc.), éventuellement cinéma, mais pas trop musique (nous n’échangeons que très peu sur ce sujet) avec des goûts trop disparates. Entre un qui aime la musique savante, la noise ou le doom drone (là, je le rejoins en partie et il m’a fait découvrir en concert Sun O))) et Earth), un autre qui écoute du punk, une autre qui ne jure que par le rap (mais de la West Coast, le vrai Gangsta rap, car le jour où je l’ai amenée à un concert du groupe de Hip-Hop Chinese Man, ce fut une belle erreur de ma part) ou la cantopop, difficile de trouver des points communs et des sujets de discussion. J’imagine que la découverte de ces deux artistes est liée à mon écoute de FIP dont la programmation musicale plutôt éclectique et pointue, ce qui m’a permis d’accroitre mon univers musical. Néanmoins, qu’est-ce qui a fait que j’ai accroché à ces deux artistes ? Pour Ridan, ça peut se comprendre tant il est rattaché à la chanson française à texte dont j’apprécie certains chanteurs comme Aznavour, Brel ou Renaud. Mais pour Mino ? Après tout, le rap se situe dans le groupe des musiques d’influence afro-américaine que j’ai tendance à rejeter en bloc. Il me faudrait de solides connaissances en musicologie pour analyser les créations de ce dernier. Je ne les ai pas, cela restera donc un mystère. J’ai des notions trop vagues en mélodie, harmonie et rythme, c’est bien dommage. Cependant, ce n’est pas bien grave car cela n’empêche pas d’apprécier (ou non) telle ou telle chanson. C’est juste un frein pour bien réfléchir sur ce sujet, c’est tout…

Ridan

Ridan a été actif entre 2004 (il est alors âgé de 29 ans) et 2012, sa carrière étant interrompue par de graves ennuis de santé. Depuis, il est devenu très discret, postant peu sur sa page Facebook, généralement pour s’indigner à propos de tel ou tel événement ou pour réaffirmer son soutien à LFI. On apprend grâce à un entretien disponible sur le site du Monde que si Ridan est issu de la banlieue, c’est celle des pavillons du 77. Sa famille est certes venue d’Algérie en 1972, mais pas pour travailler en usine ou faire des ménages. S’il a débuté dans le rap (notamment en tant que producteur d’une compilation), c’est dans la chanson à texte qu’il a choisi de s’exprimer. Ses références sont notamment Brassens et Brel. Son premier album, excellent de bout en bout, est récompensé aux Victoires de la chanson en 2005, en tant qu’Album révélation de l’année. Trois autres suivront…

Le Rêve ou la Vie est donc l’album des débuts. Sorti en 2004 chez Sony, c’est une réussite qui contient de nombreuses perles. Travaillé au niveau de l’orchestration, avec des mélodies accrocheuses et des paroles au phrasé charmant, Ridan met en avant des réalités que vivent de nombreuses personnes. « Le Rêve » évoque la différence entre la dure réalité d’une vie d’adulte et les aspirations de l’enfance. « Le Quotidien » nous rappelle à quel point il est impossible dans la vie de tous les jours d’être considéré comme français lorsqu’on est un jeune maghrébin. « L’Agriculteur » dénonce la vie artificielle des grandes villes. « Demain » parle de la difficulté d’être optimiste envers le futur. Il s’agit de titres qui sont malheureusement toujours d’actualité, plus de vingt ans après. « Le Rêve ou la vie » est un instrumental très poétique, empreint de nostalgie. L’album connait une réussite aussi bien publique que critique.

L’Ange de mon démon est sorti en 2007, toujours chez Sony. C’est le plus grand succès public du chanteur, étant certifié disque d’or en un peu plus de sept mois malgré une promotion limitée. Dix nouveaux titres nous sont proposés, tous excellents, dont le premier donne immédiatement le ton : dans « J’en peux plus », Ridan exprime avec une grande douceur sa lassitude envers la société actuelle. L’album contient surtout ses deux titres les plus connus (ils ont fait l’objet de deux clips remarquables). C’est d’ailleurs avec « Ulysse » et son clip onirique que j’ai découvert Ridan. Il s’agit ici d’une adaptation chantée du poème « Heureux qui comme Ulysse » de Joachim du Bellay. Le chanteur y évoque le regret d’avoir quitté sa maison familiale pour les mirages de la ville. L’autre chanson est « Objectif Terre ». Le chanteur dénonce la destruction des ressources naturelles au profit de l’enrichissement de quelque-uns. « Rentre chez toi » nous renvoie au racisme quotidien de la société française, de la nécessité de refuser de subir ce rejet lorsqu’on est issu de couches sociales défavorisées et de se construire soi-même un futur plus souriant.

L’un est l’autre est le dernier album produit par Sony. À nouveau composé de dix titres, il est sorti rapidement, en 2009. Les deux premières pistes ont fait l’objet d’un clip vidéo. Il est dans la lignée des deux autres albums mais globalement en bien moins sombre, plus apaisé. Avec « On est comme on naît », sur un tempo enjoué, Ridan promeut l’acceptation de soi, malgré ce qu’on a pu faire ou vivre dans le passé. « Passe à ton voisin » est l’autre titre phare de l’album, porté par une musique scintillante. Il y est question d’être positif dans la vie pour réaliser ses rêves. Surtout, il faut partager cette attitude avec son entourage. Il y a aussi quelques perles se référant à l’amour comme « Ma petite chipie » ou à l’enfance avec « Le Petit Prince ». Avec « Star minute », Ridan s’amuse à faire du Brassens en dénonçant la starification artificielle, éphémère créée par les médias de l’époque. Il rends ainsi un hommage envers un de ses maîtres.

Madame la République est le quatrième et dernier album de Ridan. Produit par sa société Les Fleurs, le Béton, il sort début 2012 grâce à une distribution par PIAS France. Sa tonalité est bien différente du troisième opus : l’album contient plusieurs titres engagés politiquement, certains étant parlés, deux étant même sans musique. En effet, pour les élections présidentielles, l’artiste s’est déclaré en faveur de LFI et de son chef Jean-Luc Mélanchon. Cela vaut à son disque d’être assimilé par le CSA à une prise de parole en faveur du Front de gauche, ce qui en va limiter drastiquement la diffusion à la radio. Un risque qui avait été pris sciemment comme en témoigne le titre « Madame la République », ardant plaidoyer pour la liberté d’expression, mais portant aussi une dénonciation du racisme ambiant avec la montée de l’extrême-droite et l’existence d’injustices toujours plus nombreuses. Le génial « Ah ! les salauds ! » s’attaque frontalement au FN et bénéficie d’un superbe clip vidéo. « La Comédie humaine » appelle clairement à la révolution sociale. « Le Manège Enchanté » prend la forme d’une comptine revendicatrice appelant à la gréve générale et au Grand Soir. Les autres titres reprennent les thèmes rencontrés dans les précédents albums : racisme, intolérance, bêtise, conformisme, etc.

Conclusion

En écoutant aujourd’hui Ridan, nous réalisons que « non, non rien n’a changé, tout a continué » comme le chantait Bruno Polius au sein du groupe Les Poppys en 1971, même si c’était à propos de la guerre du Vietnam. Actuellement, l’Histoire bégaye et Ridan est malheureusement plus que jamais d’actualité. La seconde partie de ce billet sera consacré au rappeur marseillais Mino et, sans surprise, abordera sous une autre forme, des thèmes assez similaires.

L’instant nostalgie : MAI 2006

Continuons donc mon tour d’Europe francophone… Durant les années 2000, j’ai eu l’occasion d’aller un certain nombre de fois à Bruxelles, la communauté mangaversienne belge étant assez importante à cette époque. Les Judge Fredd, Shun et Marie (pour donner quelques exemples) ont marqué le forum par leurs différents messages. Pour autant, je n’ai joué au touriste qu’à trois ou quatre reprises, avec notamment deux visites à l’Atomium et une au Centre Belge de la Bande Dessinée (en solo dans ce dernier cas, malheureusement).

La photo

Bruxelles — Vue sur Brussels Expo à partir de l’Atomium — Canon PowerShot A75

L’anecdote

Ce n’est qu’à partir de 2006 que j’ai pu visiter l’Atomium, ma première tentative s’étant soldée par un échec. En effet, le célèbre monument bruxellois (avec le Manneken-Pis, vu dès 2003) était fermé depuis mars 2004. Il venait juste de rouvrir, tout neuf. Sa couverture en aluminium, qui avait très mal vieilli, avait été remplacée par des plaques en acier inoxydable du meilleur effet. C’est ce revêtement que l’on peut apprécier sur la photo, prise au niveau de la sphère supérieure.

La photo bonus a été prise en avril 2008 avec un Canon EOS 350D équipé d’un objectif MS Peleng 3.5/8A qui permet de prendre des photos à 180° en 24×36. Ici, du fait d’un capteur APS/C, l’angle n’est plus que de 112,5° et ne permet pas d’inscrire la scène dans un cercle. Ce n’est donc pas une photo dite fish-eye.

La photo bonus

Bruxelles — Un des escalators situés dans les tubes obliques — Canon EOS 350D

Designs

Designs

Designs

C’est en avril 2026 que le dernier tome de Designs est sorti. Ainsi s’achevait une série dont on a longtemps cru qu’on ne pourrait jamais en lire la fin du fait de la mise en redressement judiciaire de Noeve Grafx. Celui-ci est intervenu en septembre 2024 (la cessation de paiement datant du mois d’aout), ce qui a bloqué de nombreuses sorties pendant de nombreux mois. La branche manga ayant été reprise par IDP mi 2025, les sorties ont pu reprendre à un rythme soutenu. Néanmoins, le tome 4 était censé être sorti en avril 2024, durant la période de turbulences précédant la chute de l’éditeur. Nulle librairie l’ayant reçu, nulle lectrice et nul lecteur n’ayant pu le lire, Designs était tombé dans les limbes jusqu’à l’annonce en 2025 de la future sortie de l’ultime volume. Mais… et le tome 4 ? Et bien, il est disponible mais sans avoir été distribué. Il faut donc le commander, par exemple à Pulp BD rue Dante à Paris, sur le site de l’éditeur ou sur un site de vente en ligne comme la FNAC. Cependant, il ne faut pas être pressé du fait des délais de livraison. C’est ce que certains et une certaine d’entre nous avons fait il y a quelques semaines avant la parution du dernier opus.

Le manga

Dans un futur très proche, profitant de financements étatiques (notamment dans le domaine militaire et spatial), des généticiens ont réussi à créer de nombreuses formes de « HA » (Humanized Animals). Ce sont des chimères, des êtres hybrides mêlant de l’ADN humain à celui d’animaux tels que panthères, grenouilles, dauphins, oiseaux, éléphants, etc. En attendant d’être utilisés pour la conquête spatiale, certains « modèles » dont le « design » est approprié, servent de mercenaires sur différents théâtres d’opération. En effet, ces recherches ont un but précis : doter l’humanité de capacités d’adaptation variées afin de survivre dans des environnements hostiles. Ils sont aussi secrètement testés lors de missions militaires ou pour effectuer des assassinats, grâce à leurs sens sur-développés et leurs capacités physiques hors normes.

Néanmoins, au sein de la richissime compagnie qui gère ces différents projets, il existe de profondes divergences, des jalousies et des rivalités, ce qui pourrait nuire à leur réussite. Le récit suit plusieurs de ces hybrides (comme « Le Maître », une HA de grenouille ou un groupe de « dauphins », sorte de tueurs à gage d’une incroyable efficacité). Parallèlement, nous suivons aussi plusieurs scientifiques et leurs commanditaires qui essayent toutes et tous à orienter ces expériences à leur profit, selon leurs convictions sur ce que doit être l’humanité. Pour l’un d’entre eux, cela doit déboucher sur le transhumanisme.

Comme à son habitude, Daisuke Igarashi mélange de nombreux thèmes dans son histoire. La bioéthique avec les manipulations sur le vivant où l’on considère les animaux et les hybrides comme de simples outils ou des « designs » brevetés afin de faire toujours plus de profits, en est le principal fil rouge. Les HA possèdent des capacités animales primaires (la chasse, la perception augmentée de l’environnement, l’absence de morale humaine) tout en ayant une conscience. Il y a aussi le risque que ces créations échappent à leurs créateurs. Le transhumanisme est un autre sujet en montrant comment les frontières peuvent être brouillées entre l’être humain et l’animal et comment l’un peut s’améliorer grâce à l’autre. L’auteur cherche ainsi à créer un malaise et une réflexion sur ces questions, d’autant plus qu’il présente les forces de la nature comme étant bien au-dessus de celles des humains, surtout lorsque ces derniers cherchent à imiter une technologie perfectionnée par l’évolution pour forcer leur complexion.

Le récit est assez difficile à suivre du fait des nombreuses alternances entre les différents et nombreux protagonistes, ainsi qu’aux multiples enjeux développés au fil des pages. Il est préférable d’avoir une lecture rapprochée des cinq volumes de la série, surtout pour les tomes 2 à 4. Une relecture de l’ensemble, ce que votre serviteur a fait une fois qu’il ait refermé un cinquième et dernier opus très orienté action, permet de mieux apprécier le propos de l’auteur en n’étant plus perdu entre les différents personnages et sur qui fait quoi, pour quelle raison. On s’aperçoit ainsi que le tome 5 répond à la première partie du manga de façon magistrale. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le tout premier chapitre est à l’origine une histoire courte autonome, ce qui lui confère une tonalité un peu différente de la suite du manga.

Graphiquement, Daisuke Igarashi est à son meilleur. Son dessin, dynamique, lâché tout en restant travaillé et précis propose souvent de superbes doubles pages. Il réussit à rendre les effets de vitesse des nombreuses scènes d’action tout en gardant une grande lisibilité à ses planches. Il réussit aussi à représenter la nature, que ça soit les plantes, les matières et les animaux, avec une précision presque naturaliste, ce qui confère à celle-ci une certaine beauté sans que l’ensemble soit figé. C’est magistral et fascinant. L’auteur scotche ainsi lectrices et lecteurs à son œuvre malgré un récit demandant beaucoup d’attention pour réussir, plus ou moins bien, à le suivre. Par ailleurs, pour avoir un avis détaillé sur chaque tome, je vous renvoie une nouvelle fois à un billet de Tachan.

L’auteur

Daisuke Igarashi démarre sa carrière professionnelle en 1994 après avoir remporté en 1993 un concours du magazine Monthly Afternoon (Kodansha). Il se fait remarquer, notamment grâce à un style graphique reconnaissable et des histoires mélangeant fantastique et vie quotidienne. Le recueil Hanashippanashi (publié en français en 2005 et 2006 chez Sakka) reprends plusieurs récits réalisés entre 1994 et 1996.

Néanmoins, sa carrière ne décolle pas et il part vivre à la campagne, devenant à la fois un fermier cherchant l’autosuffisance et un auteur de manga. Cette expérience qui dure plus de trois ans est relatée sous la forme d’une fiction (nous suivons une jeune femme qui a quitté la ville pour la campagne) dans le diptyque Petite forêt (Sakka, 2008), prépubliée au Japon entre 2002 et 2005 et adaptée plus tard pour le cinéma au Japon puis en Corée. Une réédition en un tome a été proposée en 2024 par Delcourt. Parallèlement, il publie dans IKKI (Shogakukan) un autre dytique. Sorcières (Sakka, 2007, réédité en 2025 par Delcourt) est composé d’histoires courtes mettant en scène des femmes connectées aux forces mystiques de la nature. Ce titre permet à l’auteur de remporter en 2004 un prix d’excellence au Japan Media Arts Festival.  

Il est invité au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en janvier 2008, ce qui permet au public francophone de découvrir un auteur attachant proposant une autre vision du manga, grâce à un propos explorant la relation entre les êtres humains, la nature et un certain syncrétisme. J’ai eu l’occasion de le croiser à cette occasion avec mon compère mangaversien Tanuki et de recevoir de ses mains une jolie petite illustration couleur en guise de carte de visite. Vous pouvez retrouver ici la retranscription de cette rencontre organisée au Manga Building.

Sa carrière prend une autre dimension avec sa première série longue Les Enfants de la mer, prépubliée entre 2006 et 2011 dans IKKI. Il gagne à nouveau en 2009 un prix d’excellence du Japan Media Arts Festival. Reprenant la recette utilisée avec Sorcières mais dans le cadre d’un récit plus long, l’auteur mélange cette fois biologie marine, mysticisme et cosmologie dans un récit parfois difficile à suivre, surtout vers la fin, mais magnifiquement mis en valeur par un dessin très travaillé et d’une grande vivacité. Son chef-d’œuvre avec Designs, incontestablement. Cette série en 5 tomes a été publiée en français par Sarbacane entre 2014 et 2016 et réédité par Delcourt entre 2022 et 2024. Le fameux Studio 4°C en a réalisé une version animée en 2019.

SARU est le fruit d’un récit collaboratif avec le romancier Kotaro Isaka, chacun revisitant la légende du Roi Singe, sous la forme d’un manga (IKKI Comics, publication directe en deux tomes en 2010) pour le premier, d’un roman pour le second. Il s’agit d’un dytique disponible en français chez Sarbacane publié en un tome unique en 2015, que j’ai trouvé assez illisible tant il verse dans l’ésotérisme (Nostradamus y est convoqué) et manque d’une structure interne solide. Autre œuvre présentant que peu d’intérêt à moins d’être un fan inconditionnel : Le petit monde de Kabocha, (Rue de Sèvres, 2024) qui se situe dans la veine de Petite forêt mais sans en avoir la portée, tant la vie du chat du mangaka est inintéressante. Le titre a été prépublié dans un magazine animalier de l’éditeur Takeshobo entre 2003 et 2007.

Après Designs, Daisuke Igarashi a abandonné la science-fiction pour revenir à la vie fascinante des chats, cette fois dans la ville de Kamakura où l’auteur est installé depuis de nombreuses années. La série Kamakura Bakeneko Club est prépubliée dans le manga pour jeunes femmes BE·LOVE (Kodansha). Elle a débuté en 2022 et elle est toujours en cours (3 tomes pour l’instant, sortis entre fin 2023 et fin 2025). Delcourt va en proposer une version française, le tome 1 devant sortir début juillet 2026 à l’occasion de Japan Expo où l’auteur est invité.

Pour être complet, citons deux titres non traduits chez nous et ne proposant vraisemblablement que peu d’intérêt : Henshin neko no pana (prépublication web en 2008 sur Mi Chao!, Kodansha) mettant en scène un chat pouvant se transformer en n’importe quoi et Kyō no anī mo uto, prépublié irrégulièrement dans le magazine Hibana (Shogakukan) entre 2015 et 2017. On y suit le quotidien de deux enfants, frère et sœur. Réalisés tout en couleur, ces deux mangas ne semblent pas être sortis en volume relié. Il y a aussi de nombreuses histoires courtes, publiées généralement chez Kodansha, dont certaines sont présentes en recueil tel que Sora to bi tamashi (Kodansha, 2002) ou Umwelt Igarashi Daisuke sakuhinshû (Kodansha, 2017).

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