
S’il y a une certaine logique à ce que j’apprécie Ridan étant assez fan de chanteurs comme Brel ou Renaud, que j’apprécie à ce point Mino est franchement surprenant. J’écoute très peu de hip-hop même si j’ai eu l’occasion d’apprécier certains titres de Deltron 3030 ou de Macklemore auparavant, sans oublier Chinese Man. Cela fait peu pour avoir une idée précise de ce que représente ce genre musical. Et ce n’est pas la lecture de la bande dessinée américaine Hip Hop Family Tree qui m’a permis d’en mieux comprendre la composition, juste d’en voir le développement en tant que mouvement artistique plus global.
Mino
Originaire de Marseille, Mino a commencé à rapper en 1997, à l’âge de 17 ans. Ses apparitions avec Psy4 de la rime et sa présence sur une mixtape de DJ Poska le fait connaître localement et il signe un maxi chez Street Skillz, le label de Soprano. Cela permet la sortie de Bretzel en 2003. Il est invité sur plusieurs projets et compilations. Il en résulte en 2005 un double CD, Rétro perspective, qui regroupe ses différentes créations. C’est en 2007 que sort son premier véritable album, Il était une fois, précédé d’un street album nommé Il était une fois Mino. Il faut attendre 2011 pour avoir un second LP, La 25ème Heure. Même s’il part en tournée avec Soprano à cette occasion, le succès ne semble toujours pas au rendez-vous. En 2014, Mino revient avec un EP, Après On Verra Après. En 2019, il autoproduit un EP, Et cette nuit là… sa dernière « galette ». Depuis, il y a bien eu une participation à une compilation (en 2021) et un single (en 2022), les deux en l’honneur du club de l’Olympique de Marseille (dont il est un grand fan depuis toujours), mais la carrière de Mino semble bien à l’arrêt (site disparu, difficultés pour acheter ses CD, très peu de présence sur sa page Facebook).

Le Maxi Bretzel propose deux titres avec leurs variations a capella et instrumentales. « Bretzel » est du hip hop (d’autant que je sois capable de le juger) rythmé, parfois syncopé et assez original, avec quelques interludes plus musicales tirées de « Tout doucement » de Bibi dont les paroles entrent en résonance avec celles écrites par Mino. Un clip a été réalisé. « De mes nuages » est plus aérien mais plus classique. Le double CD Rétro perspective est totalement introuvable pour qui veut l’écouter de nos jours. Il contient 32 titres proposant généralement un rap assez classique, dont les deux de Bretzel. Il y a aussi une sorte de pré-version que l’on trouve ensuite sous une forme totalement différente sur le premier album. Comme on peut s’en douter, il y a du bon et du moins bon. Au moins, c’est assez varié, notamment pour les instruments. Retenons toutefois « Stalag 13 », « Cri de colère » et surtout « Libertad » qui aurait mérité d’être sur un album au lieu d’une simple compilation (la mixtape Mains pleines de ciment 2), d’autant plus que Soprano y est présent.

Avec Il était une fois, Mino connaît enfin la joie d’avoir un premier album à son nom. Il est d’ailleurs très personnel, très « je ». Notre Marseillais a pris son temps mais il faut reconnaître que le résultat est là. Les 13 titres proposés sont tous excellents et la plupart de mes préférés de l’artiste s’y trouvent. Cela commence fort avec une première perle : « Le Monde me suffit pas ». Travaillé au niveau de l’instrumentation, avec un cœur masculin enlevé, les paroles nous révèlent la difficulté de Mino a être artiste. La deuxième piste est du même niveau avec « Il Était une fois Mino… » dont les paroles très fortes et personnelles ne peuvent que toucher. Avec « On ne lâche rien », l’artiste produit une rengaine positive et entrainante, proposant une autre tonalité aux difficultés de vivre dans les « banlieues », même marseillaises. Nous avons là un véritable air de supporter, ce qui es normal, après tout ! Après deux titres sympathiques, on retrouve le très haut niveau avec « Le Fruit de mon époque ». Cette complainte est ma préférée, tant par des paroles, très critiques envers la France, et malheureusement toujours d’actualité. Suit « Un Homme blessé » qui est pratiquement du même niveau. Magistral ! « Ma Traversée du désert » nous rappelle que Mino a eu un passage à vide et n’arrivait plus à écrire la moindre rime. Citons aussi « Personne est innocent » qui montre que nous sommes tous responsables de l’état actuel de la société française. Enfin, n’oublions la dernière piste : « Quand le cœur en vient aux mains » est mon autre titre préféré de l’auteur. Ici, Mino, en se prenant en exemple, exprime la difficile vie créative d’un artiste de rap proposant des créations personnelles qui ont du mal à trouver leur public, en faisant référence à ses autres productions.

Corroborant certaines de ses paroles sur ses difficultés d’écriture, Mino arrive enfin à sortir son second album en 2011. La 25ème Heure confirme la direction prise par Il était une fois. Avec des orchestrations de plus en plus travaillées, à l’exemple de « Construis ta route », le rappeur persévère et signe. Il continue à nous proposer son univers personnel. Cette fois, il y a ajoute des effets, principalement sur son chant. Vocoder ou Auto-tune, j’avoue ne pas être capable de le deviner. Je ne suis pas certain que ça ait plu au grand public Hip Hop, ceci dit. On retrouve les mêmes recherches musicales, en plus prononcé, avec « Fuck la Crise ». « Mino de France » retrouve le souffle social du premier LP de l’auteur. En effet, il est important d’écouter les paroles, car elles sont les fondations du rap, à la différence de la Pop. Néanmoins, l’absence de compositions aussi entrainantes que dans Il était une fois, malgré un bon départ avec « Man on Fire », fait que j’ai moins accroché, malgré un travail de création manifeste. Je suis incapable de juger de l’originalité de ce que nous propose ici Mino, par manque de culture Hip Hop, mais je crains que l’artiste n’ait pas réussi à toucher au delà d’un cercle restreint de fans inconditionnels, dont je fais partie.

L’EP Après on verra après propose quelques titres intéressants, à commencer par « C’est comme ça qu’ils m’ont connu ». Malheureusement, si c’est du pur Mino, nous sommes dans le même cas qu’avec La 25ème Heure. Les six titres présents sont manifestement dans le prolongement du précédent album. La dernière piste, avec « Brebis égarées », permet de finir assez fort, grâce à un titre « social ». L’artiste commence donc à tourner en rond et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser « Trois ans d’attente pour ça ? Quel dommage ». Il n’en est pas de même avec l’autre EP, après un hiatus de cinq nouvelles années. Et cette nuit Là… contient une jolie perle très personnelle avec « La Corderie » qui bénéficie d’un clip. Nous pouvons même y voir une sorte du chant du cygne. Il y a quatre clips qui viennent soutenir cette sortie dont le visuellement humoristique « Trop con », ce qui est en totale contradiction avec les paroles. Mino y touche le fond. L’avant dernière piste, « Cruelle », lui permet de retrouver de l’allant après deux titres sans intérêt. Il y présente la douleur pour un père d’être privé de son fils par le divorce. La misogynie n’est pas loin à certains moments, mais nous avons là le ressenti du rappeur. Sa carrière en reste là, ce ne sont pas ses deux dernières créations, venant clamer son amour du club de football de Marseille, qui changent quoi que ce soit.
Conclusion
Ayant essayé d’écouter quelques succès de Soprano ou d’autres artistes de la scène marseillaise, je n’ai rien trouvé qui me plaise comme Mino. Dans ce genre musical, en ce qui concerne la France, il n’y a décidément que le groupe d’Aix-en-Provence (la rivalité entre ces deux villes est bien connue) Chinese Man qui a trouvé grâce à mes oreilles. Néanmoins, ces dernières ont pu s’habituer aux spécificités musicales du Rap, ce qui me permet de ne plus le fuir comme à une époque.
