L’instant nostalgie : AVRIL 2006

Retour à une photo « de carte postale » à la qualité relative. Il faut dire que le mois d’avril n’est pas la meilleure période de l’année pour avoir une belle lumière. J’aurai pu attendre un autre mois pour poster une photo plus ensoleillée. En effet, je suis allé souvent à Genève entre 2004 et 2009 pour voir deux jeunes mangaversiennes. Cependant, une fois l’une trop prise par ses cours en pharmacologie et l’autre étant venue poursuivre ses études à Paris après Genève et Oxford, je n’ai plus réellement eu de raison de faire les 550 kilomètres (6 heures de voiture) nécessaires, même si ce passage était systématiquement combiné avec une venue à Annecy et/ou Lyon. Je prévois de poster une ou deux autres prises de vue genevoises, au moins lorsqu’on sera sur l’année 2009.

La photo

Genève — Vue du lac et de son fameux jet d’eau à partir des Pâquis — Canon PowerShot A75

Les anecdotes

Ces cinq années m’ont permis de visiter à fond Genève et d’être un touriste aguerris. J’étais même un client régulier de la librairie BD L’Oreille Cassée (elle existe toujours). C’est comme ça que j’ai pu acheter La Ville de José Roosevelt, sa première bande dessinée à la diffusion plutôt confidentielle. Par contre, impossible de me souvenir si c’est à l’occasion de ce passage ou d’un précédent. Un événement dont je me souviens bien, c’est d’avoir voulu passer avec Cammyn de l’autre côté de la jetée arrosée par le jet d’eau un soir d’octobre 2004. Je peux vous dire que ça mouille, on s’est retrouvé détrempé comme on ne l’a jamais été en un instant. Pas très malin mais très amusant… Genève est aussi la capitale de la haute horlogerie, c’est donc tout naturellement qu’il y avait un musée dédié aux montres et au temps qui passe. La Cité du temps venait juste d’ouvrir quand je suis allé la visiter en compagnie de beanie_xz. Il faut désormais aller à Bienne (qui se réclame aussi comme étant la capitale mondiale de l’horlogerie) mais le lieu propose toujours sa collection de montres Swatch ainsi que des expositions et diverses activités.

La photo bonus

Genève — Exposition Nivarox et Breguet à La Cité du Temps — Canon PowerShot A75

Jimbōchō Sisters

Avec la sortie du sixième et dernier tome, il est plus que temps d’écrire un billet au sujet de cette série si plaisante à lire. Pré-publiée au Japon dans le magazine Grand Jump (Shueisha) entre 2021 et 2022, elle a été publiée en français par Mangetsu entre le mois d’avril 2024 à celui de 2026, soit un délai moyen de sortie de quatre mois, ce qui a donné un rythme plutôt soutenu (même s’il a fallu attendre un peu le dernier opus). Pourtant, les ventes n’ont pas dû être faramineuses (sans être pour autant catastrophiques, heureusement). Il faut dire qu’une série où il ne passe rien, ou si peu, est réservée aux lectrices et lecteurs fans de tranches de vie banales. Bravo donc à l’éditeur et merci !

Tout au long des six tomes, nous suivons la vie des trois sœurs Karakida qui ont emménagé dans le quartier tokyoïte des bouquinistes, Jimbôchô. En effet, leur père qui vit et travaille aux USA, a hérité de la célèbre librairie d’occasion familiale et il a été décidé en commun de reprendre l’activité plutôt que de se séparer d’un lieu emblématique et chargé d’histoire. Toutes les trois viennent s’y installer (elles ont perdu leur mère il y a bien longtemps), à l’étage comme il se doit. Ichika, l’ainée, ayant un travail stable, Minoru, la petite dernière étant encore lycéenne, c’est donc à Tsugumi que revient la lourde tâche d’assurer la gestion de l’établissement, de faire le tri dans un stock énorme et bordélique, d’apprendre ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas afin de ne pas acheter n’importe quoi ou de vendre à vil prix. Heureusement qu’elle aime les livres sous toutes ses formes. Elle semble donc faite pour se métier, si dur (et parfois physique) qu’il soit.

Si les premiers tomes se focalisent sur le métier de libraire d’occasion et sur les librairies de Jimbôchô, le récit s’oriente ensuite de plus en plus vers les peines de cœur des trois sœurs et l’impossibilité de communiquer ses propre sentiments envers l’être aimé. Elles ne sont pas les seules à être dans ce cas-là. Cela semble même concerner une bonne partie de leur entourage. Il y a Azusawa, le mystérieux libraire voisin que Tsugumi a connu alors qu’elle était gamine, ces deux-là étant incapables de reconnaître leurs sentiments réciproques. Il y a aussi Shun, l’ami de jeunesse d’Ichika, qui a le béguin pour elle mais qui n’ose l’avouer, sachant que celle-ci est toujours amoureuse de Tsuzuki qui, lui, est fasciné par Fujiyoshi mais sans jamais avoir voulu faire le premier pas à l’époque où il et elle étaient collègues, alors qu’il s’agit, même encore, d’un amour partagé. Il y a enfin Mana, victime d’une relation toxique avec un garçon, qui ne semble pas voir l’inclinaison que Minoru a envers elle, alors que Ryôta, un camarade de lycée, en pince pour cette dernière, mais sans se faire d’illusion sur ses chances vu l’inclinaison sentimentale de la cadette des sœurs Karakida. Voir les protagonistes de l’histoire se débattrent avec leurs sentiments pendant autant de pages pourraient finir par lasser, mas c’est tellement bien raconté, avec un récit superbement porté par le délicat dessin de Kei Toume, que l’on aurait bien aimé avoir un ou deux tomes supplémentaires pour avoir une fin un peu moins ouverte. Par ailleurs, pour avoir un avis plus détaillé sur chaque tome de la série, je vous conseille de lire le billet de Tachan.

Kei Toume est une autrice dont je suis très fan, qui est publiée en francophonie depuis une trentaine d’année et que je suis depuis ses débuts chez nous. Sa série (rapidement interrompue par Glénat avec l’arrêt de la collection Kameha) Kuro gane (deux tomes sur dix en comptant Kurogane-kai) voit son premier opus paraître en 1996. Elle nous revient par le biais d’Akata/Delcourt à partir de 2003 avec l’excellent mais trop long Sing Yesterday for me (onze tomes, en cours de réédition depuis 2025). C’est au tour, chez le même éditeur, des Lamentations de l’agneau (sept tomes entre 2005 et 2006), suivi par mon petit chouchou, Les Mystères de Taisho (quatre tomes entre 2006 et 2013). Taïfu Comics en profite pour sortir en 2005 deux compilations d’histoires courtes avec Zéro et Déviances. Nous avons eu aussi Luno en 2009, chez Kana. Alors que nous pouvions nous attendre à la publication d’Acony… plus rien pendant pratiquement dix ans. À ma plus grande joie, c’est à partir de 2024 que la mangaka revient en force avec deux nouvelles séries : Jimbôchô Sisters (sa dernière en date, prépubliée dans Grand Jump, Shueisha, entre 2021 et 2025) puis Mahoromi : Chroniques architecturales de l’espace temps au Lézard Noir (quatre tomes entre 2025 et 2026, prépublication irrégulière entre 2011 et 2015 dans Big Comic Spirit chez Shogakukan).

Kei Toume est née en avril 1970 dans la préfecture de Kanagawa (au Sud de Tokyo). Après avoir fait des études d’arts, elle débute avec des histoires courtes dans le défunt mensuel Comic Burger (Gentosha Comics) après avoir reçu une mention honorable en 1992 au concours de débutants organisé par le magazine. Notons qu’elle a eu aussi un prix en 1993 pour une histoire courte qui deviendra le début de Kuro gane, chez l’éditeur Kodansha, ce qui lui a permis d’avoir très rapidement deux séries seinen en cours : Les Lamentations de l’agneau chez le premier et Kuro gane chez le second. Si elle reste fidèle aux deux éditeurs de ses débuts, elle a eu aussi l’occasion de publier chez Square Enix (Shônen Gangan), Shueisha (divers magazines seinen tels que Business Jump ou Young Jump) et Shogakukan (Big Comic Spirit). Cependant, sa relative lenteur de production (elle travaille sans assistant, sauf à ses débuts où elle en avait un) et son irrégularité font que sa bibliographie, composée principalement de séries courtes et de one-shots, est peu relativement peu fournie pour une carrière de plus de trente années. L’autrice a aussi publié une dizaine d’art books dans les années 2000-2010. Il reste toutefois cinq-six séries (comptant entre trois et six volumes) qu’il serait possible de proposer en français. L’espoir est-il permis de les avoir ? L’avenir nous le dira, en espérant ne pas avoir à attendre dix nouvelles années…

L’instant nostalgie : MARS 2007

Malgré son total insuccès (attendu), je poursuis mon projet « L’instant nostalgie ». Je ne sais pas combien de temps je supporterai un tel bide, mais pour l’instant, allons-y ! N’ayant aucune photo intéressante sur le mois de mars 2006, j’ai dû sauter une année. Il s’agit d’une activité non-mangaversienne mais je n’en suis pas si loin tant le projet Web Mangavoraces des Éditions Akata reposait sur la participation de nombreuses bonnes volontés venues de Mangaverse, à commencer par Morgan, notre webmistress.

La photo

Roissy-en-France — Aéroport CDG — Canon EOS 350D

L’anecdote

Dominique Véret, alors directeur éditorial manga pour les Éditions Delcourt et dirigeant d’Akata, voulait mettre en avant un de ses titres préférés, Amer Béton de Tayou Matsumoto. Il l’avait édité une première fois à l’époque où il officiait chez Tonkam, entre 1996 et 1997. À l’occasion de la sortie en France (en mai 2007) du film éponyme réalisé par Michael Arias au sein du studio d’animation japonais Studio 4°C et de la publication de la version intégrale du manga (en avril 2007), une rapide rencontre avait été organisée entre Dom et Michael, avec la présence de Caf’, responsable de la partie manga au sein du magazine Coyote Mag. Pour ma part, je faisais fonction de « taxi » et de photographe avant de devenir le rédacteur en chef d’un dossier mis en ligne sur Mangavoraces (et de voir à cette occasion le film en avant première, lors d’une projection presse). Michael Arias était entre deux avions, arrivant d’un festival en Corée du Sud (si je me souviens bien) et repartant pour un autre festival (je ne sais plus où). L’espace restreint d’un coin de bar dans le terminal 2 ne m’avait pas permis de trouver de bons angles de prise de vue. De plus, la faible luminosité m’avait obligé à utiliser le flash intégré (je n’avais pas encore investi dans un Speedlight) et je n’avais pas encore pris l’habitude d’enregistrer mes photos en RAW. Bref, cette photo souffre de nombreux défauts, mais elle matérialise ce qui reste un excellent souvenir. Nous voyons ici Dominique Véret présenter une version en cours de finalisation de l’intégrale, discuter des différences entre les deux médiums et questionner le réalisateur sur sa vision de l’histoire.

Le site bonus

Pas de photo mais un site bonus : le dossier Amer Béton.

Le cinéma hongkongais : John Woo

Actuellement, un petit cinéma parisien propose, dans le cadre d’une rétrospective du cinéma hongkongais d’avant la rétrocession, plusieurs films réalisés dans les années 1980-90 par John Woo. Lors du programme « Portrait de Hong Kong » au Forum des Images, je n’avais pas pu voir d’œuvres du réalisateur / producteur / scénariste cantonais célèbre pour ses films d’action (une histoire de droits bloqués). J’ai donc eu l’occasion ce samedi de combler ce petit manque dans ma culture naissante des films hongkongais. J’avais le choix entre deux alternatives, voir avec le mangaversien Tanuki Le Syndicat du crime (avec Chow Yun-fat), référence dans la filmographie de John Woo, ou voir avec la mangaversienne a-Yin le moins connu Une Balle dans la tête (avec Tony Leung). Il est aisé de deviner quel a été mon choix malgré un horaire peu pratique (projection à 11h45 pour un film d’une durée de plus de deux heures).

Une balle dans la tête se passe à la fin des années 1960 à Hong Kong puis au Vietnam, pendant la guerre à laquelle ce dernier a donné son nom. Nous y suivons trois amis d’enfance qui se sont juré que rien ne les séparerait. Ils vivent au jour le jour, n’ayant aucune situation stable et peu de perspectives d’avenir. Ben (Tony Leung) réussit pourtant à se marier, tout en n’ayant pas les moyens de payer le banquet. Malheureusement, c’est le début d’une véritable descente aux enfers : Frank (Jacky Cheung) se fait agresser par une bande rivale alors qu’il avait avec lui l’argent de la fête, empruntée à un usurier. Il a réussi à éviter le vol mais s’en sort blessé à la tête. Une vengeance s’impose, ce qui débouche sur la mort du responsable de la blessure. Voilà notre trio obligé de fuir Hong Kong pour le Vietnam, aidé par une de leurs connaissances, trafiquant et contrebandier. Paul (Waise Lee) accompagne ses deux camarades, y voyant une façon de sortir de la vie de misère qui lui est promise.

Arrivés à Saïgon avec de nombreux produits de contrebande, les trois amis découvrent une ville sans foi ni loi, à l’image de l’armée qui se montre sans pitié envers les Vietnamiens, alors qu’ils sont du même bord. Leurs valises étant détruites lors d’un attentat provoqué par un jeune militant pro-Vietcong, il leur faut absolument trouver une autre façon de vivre dans la capitale du Sud Vietnam. En faisant la connaissance de Luke (Simon Yam), un homme de main / tueur au service (apparemment) d’un des patrons du crime local (celui même à qui ils devaient remettre leur marchandise), ils entrevoient une solution à leurs galères. Malheureusement, ils vont surtout découvrir l’horreur de la guerre et plonger de plus en plus profondément dans l’abject…

Avant que je me rende au cinéma, j’ai été briefé par manu_fred, un autre mangaversien ayant vu le film et assez bon connaisseur de l’œuvre de John Woo. Je savais ainsi un peu à quoi m’attendre avec ce dernier, sur sa tendance au mélodrame lourdingue et à l’exagération dans le jeu d’acteur, notamment lors de certaines scènes d’amitié virile. Heureusement, il n’en est rien avec Une balle dans la tête (ou si peu). Il en résulte un film efficace, qui sait aller au delà du cinéma de genre. Le propos est intéressant : il ne s’agit pas d’un simple film d’action, même si les scènes de fusillades grandiloquentes sont nombreuses. S’il n’est pas représentatif de la filmographie du réalisateur, il est désormais considéré comme un de ses chefs-d’œuvre alors qu’il n’avait pas rencontré un grand succès lors de sa sortie en salle.

En effet, le long-métrage est ancré dans l’histoire de Hong Kong, notamment en nous montrant des scènes de révoltes étudiantes pro-communistes durement réprimées par les forces de l’ordre. Il en est de même avec le Vietnam, dont la guerre a fait perdre toute humanité à une partie de la population, à commencer par l’armée, qu’elle soit du Sud ou du Nord. La situation de Sally Yen (Yolinda Yan) n’est pas sans rappeler la prostitution des « maisons de chanteuses » au Vietnam. Il y a aussi une allusion assez claire aux événements de la place de Tiananmen qui s’étaient déroulés l’année précédant la réalisation du film, lors de la répression d’une manifestation pacifiste vietnamienne qui se déroule sur un pont où Ben et Sally avaient prévu de se rencontrer. Il s’agit donc d’une excellente surprise en ce qui me concerne. Néanmoins, il faudra que j’aille voir une autre œuvre de John Woo pour avoir une meilleure idée de ses films de gangsters.

Titre original : 喋血街頭 (Die xue jie tou)
Titre international : Bullet in the Head

Pays : Hong Kong
Sortie cinéma : 1990
Réalisateur : John Woo
Scénario : Janet Chun, Patrick Leung et John Woo
Production : Catherine Lau, Patrick Leung et John Woo
Musique : James Wong et Romeo Díaz
Durée : 2h11

Bande annonce disponible
Bientôt en Blu-Ray 4K (mi-mai 2026)

Merci à Manuka pour sa précieuse relecture.

Alva, le fantastique venu du froid

Alva est une jeune cambrioleuse, du genre monte-en-l’air. En effet, elle n’a pas son pareil pour grimper sur tout ce qui est vertical, même en l’absence de prises évidentes. Afin d’y faire entrer ses acolytes, elle s’infiltre dans l’appartement d’un vieil homme qui a eu le tort de se vanter de détenir de nombreuses pépites d’or. Bien mal leur en prend car ils vont alors libérer une puissante entité qui y est retenue prisonnière. En fait, c’était elle qui produisait l’or… Elle profite de sa liberté retrouvée pour se venger de son geôlier mais aussi sur ses libérateurs, sans distinction, à l’exception d’Alva en qui elle reconnaît des racines locales anciennes et de Mini, le guetteur tout surpris d’avoir survécu à un tel déchainement de violence. Cette fuite ayant été tout sauf discrète, cela réveille une ancienne organisation, dénommée les Artisans. Cette dernière va se mettre à traquer ce qui se révèle être une ancestrale sorcière, ainsi que les deux rescapé·e·s de la petite bande de voleurs à l’origine de tout ce remue-ménage. Une longue course poursuite s’engage alors dans une Scandinavie hivernale, la survie de tout un ancien peuple pouvant dépendre des origines d’Alva, orpheline de parents inconnus comme de bien entendu…

Afin de retrouver la trace de sa mère, Alva a dû se rendre dans le Sud, en plein désert libyen. Ses recherches, peu productives, sont interrompues lorsqu’un groupe lourdement armé et dirigé par une femme très âgée mais manifestement très riche, vient s’en prendre à leur voisin, un vieil excentrique. Leur objectif est rapidement atteint : récupérer une fleur de Lazare, un artefact capable de réveiller les morts. En effet, cet homme discret était en réalité un djinn et, avant de mourir, il a transmis une partie de ses pouvoirs à Mini. Celui-ci n’a pas d’autre solution que se lancer dans une quête qui est de récupérer la fleur et empêcher ainsi un massacre. Un peu contre son gré, Alva choisi de le suivre pour l’aider et les voilà reparti pour le Danemark. Cependant, alors qu’on a comme guide une chèvre haram, que l’on doit franchir la mer méditerranée tout en étant pressé par le temps, voilà une entreprise qui n’a rien de simple et pouvant même être très dangereuse. Heureusement, une organisation européenne secrète, le Comité de surveillance, a décidé d’agir mais elle ne pourra le faire qu’une fois notre duo arrivé en Italie…

Aksel Studsgarth est danois, il travaille depuis plusieurs années dans l’industrie du cinéma et de l’animation, principalement comme manager ou superviseur. Cependant, depuis quelques temps, il se présente comme comic writer. En effet, il a écrit le scénario de la trilogie d’Alva, composée pour l’instant de Dans la nuit, puis d’Odyssée, le troisième et dernier tome n’étant pas encore annoncé. Il s’agit d’une création originale publiée par Glénat. Le premier tome est sorti en 2023, le deuxième mi-2025. Cette bande dessinée est mise en image par Daniel Hansen, un Suédois qui vit en Chine où il a fondé une famille, ce qui ne l’empêche pas de voyager à travers le monde entier pour participer à tel ou tel projet en tant que directeur artistique ou illustrateur. La traduction (à partir de l’anglais ?) de Philippe Touboul (connu pour être le co-fondateur et l’ancien gérant de la regrettée librairie Arkham) et l’adaptation graphique de Fred Urek (Petit Fred au département manga des Éditions Delcourt pour celles et ceux qui se souviennent de l’époque Akata) semblent sans reproche, signe de la qualité de leur travail.

Il résulte de cette collaboration un roman graphique efficace (une première bande dessinée pour les deux auteurs), mélangeant thriller, magie et folklore. Cela donne un aspect fantastique et horrifique à une histoire qui aurait pu n’être que policière à lire les premières pages. En tout cas, tout au long du premier tome, le récit fonce à cent à l’heure vers sa conclusion, et on ne s’ennuie pas un instant à la lecture des (més)aventures d’Alva et de Mini. Le deuxième opus, plus long, met un peu plus de temps à déployer toute la verve de ses créateurs. Le dessin en niveau de gris et la narration de Daniel Hansen font merveille, notamment lors de nombreuses double pages de toute beauté, souvent muettes. Les auteurs semblent bien s’amusent à créer des organisations secrètes plus loufoques les unes que les autres, malgré leur extrême dangerosité. L’utilisation des mythologies scandinaves puis islamiques sont savoureuses, les deux étant ici réinventées, à l’exemple des sorcières svartedal ou de la fleur de Lazare. Il faut toutefois ne pas être allergique aux massacres, souvent gratuits, qui parsèment régulièrement les pages des deux ouvrages. Il n’y a rien d’étonnant à cela, le récit que nous proposent les deux Scandinaves repose sur une actualité mondiale toujours plus chaotique, brutale et sanguinaire, où il est de plus en plus difficile de distinguer le camp du bien de celui du mal, à l’image du Comité de surveillance aux méthodes plus que contestables.

La fin de chaque tome appelle une suite même si les arcs narratifs y trouvent leur conclusion. En effet, comme tout bon thriller qui se respecte, nous refermons à chaque fois l’ouvrage sur une scène proposant un cliffhanger. Il ne reste plus qu’à espérer que le titre réussisse à trouver son public, la sortie d’Odyssée étant passée totalement inaperçue en juillet 2025 (à commencer pour votre serviteur), ce qui peut laisser craindre une annulation pure et simple du dernier opus. Espérons aussi qu’il soit publié en Allemagne et en Suède après une sortie au Danemark l’année dernière (ces marchés sont proches les uns des autres) car on veut pouvoir lire l’année prochaine la conclusion de cette histoire à la fois haletante et par moment si déjantée ! Pour l’instant, aucune information va dans un sens ou dans l’autre, nous laissant dans l’attente…

Auteurs : Aksel Studsgarth (scénario) et Daniel Hansen (dessin)
Traducteur : Philippe Touboul
Éditeur : Glénat

Alva dans la nuit
Prix : 24,50 €
Format : 19,8 x 26,6 cm
Nombre de pages : 264
Couverture : Cartonnée
EAN : 9782344056196
Date de sortie : Septembre 2023

Alva Odyssée
Prix : 27 €
Format : 19,8 x 26,6 cm
Nombre de pages : 320
Couverture : Cartonnée
EAN : 9782344065822
Date de sortie : Juillet 2025

L’instant nostalgie : FÉVRIER 2006

Poursuivant ce projet nostalgique, je m’attaque donc à février 2006. Ce mois a été surtout marqué par un week-end passé à Strasbourg et dans les environs alsaciens afin d’y rencontrer les mangaversiens et la mangaversienne du coin. C’était mon deuxième passage dans une capitale alsacienne que je fréquentais très régulièrement une grosse quinzaine d’années auparavant, pendant mon service militaire à Offenbourg en RFA (ça existait encore à l’époque). En effet, je ne rentrais pas sur la région parisienne toutes les semaines, bien au contraire. En tant qu’officier (aspirant puis sous-lieutenant), j’étais logé en secteur civil et j’avais toute liberté pour organiser mes week-end.

La photo

Strasbourg — Vue sur le quartier de La Petite France à partir du Barrage Vauban — Canon PowerShot A75

L’anecdote

Arrivé avec Pitite Kourai le vendredi soir sur le tard à l’hôtel, nous sommes allés directement manger dans le restaurant de la zone hôtelière. Erreur de ma part ? Difficile à dire, mais en attendant le plat principal, j’ai voulu manger un petit pain (pas un dampfnüdel mais un de boulangerie, à la croute bien épaisse). Mal m’en a pris car en le croquant, je me suis cassé une molaire. Plus exactement, elle s’est fendue en deux… Je peux vous dire que ça fait mal et qu’il a fallu que je traine cette douleur lancinante pendant quelques jours avant que mon dentiste puisse arracher les deux moitiés. Cependant, cela ne m’a pas empêché d’apprécier cette petite balade dans l’Est de la France, étant en excellente compagnie.

La photo bonus

Au restaurant, avec de la Fisher Doreleï — Photo par Pitite Kourai — Canon PowerShot A75

Hongkong, citée déchue

Il y a presque trente ans, le gouvernement britannique rétrocédait sa colonie hongkongaise à la République Populaire de Chine continentale. Elle devenait alors une Région Administrative Spéciale devant bénéficier jusqu’en 2047 d’une grande autonomie politique, économique et sociale par rapport au reste du continent. Néanmoins, mi-2020, l’application de la loi sur la sécurité nationale a fait perdre en grande partie cette relative indépendance, surtout suite aux nombreuses arrestations d’opposants qui ont suivi. Toutefois, cette perte d’autonomie n’était pas nouvelle, le Mouvement des parapluies en 2014 ayant échoué à inverser une tendance à un autoritarisme venu de Chine et à sauvegarder la démocratie hongkongaise, permettant ainsi plusieurs interventions plus ou moins directes du PCC dans la vie politique de Hong Kong.

La bande dessinée Hong Kong, citée déchue est un patchwork de créations de Kwong-shing Lau assemblées dans un livre édité à Taïwan (Gaea Books, 2020). L’auteur, alors âgé de 30 ans, revient surtout sur les années 2019-2020, marquées par le nombreuses manifestations contre une modification de la loi d’extradition par le gouvernement de Hong Kong. Ces protestations sont durement réprimées jusqu’à ce que tout cesse du fait de la pandémie de COVID-19. Après deux avant-propos de l’éditeur puis de l’auteur, le livre débute par un court chapitre autobiographique qui nous amène au cœur du sujet : « Hongkong, 2019 ». Sur une vingtaine de planches, divisées en doubles pages avec un texte sur celle de gauche, Kwong-shing Lau aborde autant de thèmes mettant en scène les atteintes à la démocratie et aux violentes répressions dont sont victimes les manifestants et opposants à la mainmise du Continent sur l’ancienne colonie anglaise.

« Hongkong, 2028 » est une série de quatorze planches construites sur le même modèle que « Hongkong, 2019 » (avec donc un texte sur la page de gauche). Elles ont été publiées dans un important journal en 2019. Kwong-shing Lau imagine un futur proche marqué par la surveillance, la propagande et la résistance. Ensuite, avec une trentaine de pages muettes, l’auteur nous montre sa vision de la pandémie, de ses effets sur les mouvements de la résistance à la Chine continentale et sur le choc que la maladie a provoqué à Hong Kong. Il en tire ensuite une conclusion sur quinze pages que la ville s’appelle désormais Xiang Gang, c’est-à-dire, son nom prononcé en mandarin et non en cantonais. Enfin, le récit Flashback : génération perdue vient clore l’ouvrage. Cette histoire de quatorze pages a été publiée dans le magazine taïwanais Monsoon vol. 4 de Slowork Publishing (publication bien connue des visiteurs de SoBD ou d’Angoulême). Elle se déroule en 2014, lors de la « révolution des parapluies ».

Kwong-shing Lau est né à Hong Kong mais a passé une grande partie de sa jeunesse au Japon (il était un grand amateur de shônen manga). Son retour en Chine s’est mal passé, étant considéré comme japonais et non chinois. Ce n’est qu’une fois qu’il a pu venir dans sa ville natale qu’il a trouvé un monde ouvert. Kwong-shing Lau n’est pas inconnu du public francophone : il a eu une œuvre publiée en 2020 chez Patayo : Fantaisie ordinaire. Il a aussi participé à l’ouvrage collectif Led Zeppelin en bandes dessinées paru en 2024 aux éditions petit à petit. Il a fait partie de la délégation hongkongaise au Festival d’Angoulême en 2017 et en 2020. Il est même venu en simple visiteur en 2019 (pour avoir plus de temps à lui), fasciné par la bande dessinée européenne et américaine, lui qui connaissait surtout le manga. Il découvre ainsi des artistes comme Chris Ware, Richard McGuire mais aussi l’illustratrice Claire Malary. Il était aussi très intéressé par la façon dont la bande dessinée japonaise est intégrée dans des séries comme Les Légendaires ou Lastman.

Hong Kong, citée déchue est une œuvre exigeante, très intéressante au-delà de son propos politique. Le travail de mise en page, la variété dans la narration, en font une lecture attrayante. Son dessin, de grande qualité et basé sur de nombreux traits de crayon, fait notamment penser à celui, en moins lâché, de 61chi, une artiste taïwanaise (ROOM, Éditions H, 2021) ou à celui, en plus maîtrisé et sans les couleurs, de Pei-hsiu Chen, autre taïwanaise (Somnolences, ‎Actes Sud, 2021). Les amatrices et amateurs de bandes dessinées asiatiques différentes du manga auraient tort de rater cette publication, tout comme les deux titres taïwanais cités précédemment. Ce sont là de précieux témoignages de la diversité du 9ème art de par le monde. Cette diversité est accessible en français grâce notamment aux efforts des délégations hongkongaises ou taïwanaises depuis de nombreuses années en tenant de jolis stands au festival d’Angoulême (entre autres) afin de présenter une sélection de ce qui se fait de mieux dans leurs pays respectifs.

Auteur : Kwong-shing Lau
Traducteur : Bertrand Speller
Éditeur : Rue de l’échiquier
Prix : 24,90 €
Format : 17 x 24 cm
Nombre de pages : 280
Couverture : Souple avec rabats
EAN : 9782374252964
Date de sortie : Octobre 2021

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Je remercie Manuka pour sa relecture et ses corrections. La photo du quartier Tsim Sha Tsui à Hong Kong a été prise en 2024 par a-yin, les photos des deux stands Hong Kong Comics ont été prises en 2017 et 2019 au festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême par moi-même.

FIBD 53, le Fauve poignardé

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême n’a pas eu lieu. C’est la deuxième fois que cela se produit après janvier 2021 en raison de la pandémie de COVID. Cependant, le virus qui a empêché la manifestation de se tenir cette année est d’une autre nature, plus humaine, celle de la bêtise. Comme l’a si bien défini Heidi Kastner pour des affaires d’une toute autre nature, « la stupidité, ce n’est pas d’être incapable de calculer cinq fois douze, mais d’entreprendre une action dommageable pour tout le monde ». C’est ce qu’il s’est passé suite à diverses décisions. Il y a eu les différents appels à boycott d’autrices et d’auteurs de bande dessinée. Il y a aussi eu l’opportunisme des éditeurs (pouvant faire ainsi des économies ou rêvant d’une manifestation désormais à leur main) et des pouvoir publics. Il y a encore eu la mauvaise gestion de la crise par 9e Art+. Mais il y a surtout eu la responsabilité de l’Association du FIBD, cette dernière ayant eu tout faux dans ses choix et décisions. Le résultat est un immense gâchis, une perte énorme (plus de trois millions d’euros à ce qu’il paraît) pour les acteurs économiques locaux, par exemple les hôtels et restaurants, ainsi que pour de nombreux prestataires (sécurité, événementiel, etc.) dont certains risquent fort, en cette période difficile, de ne pas pouvoir s’en relever si leur situation était déjà délicate.

Même s’il n’est pas représentatif, nous pouvons prendre le cas de la petite équipe de Mangaversien·ne·s, soit quatre personnes venant à Angoulême de Paris, spécialement pour le festival. Si je n’ai pas une idée précise des dépenses de Tanuki ou de Gemini, elles ne devaient pas être négligeables avec les repas pris dans différents restaurants de la ville (une dizaine, au moins, pour les deux), la location d’un logement pour le second (au moins deux nuitées) et tous les achats effectués pendant le festival. En ce qui me concerne, avec a-yin, notre budget était proche, voire au-dessus, de 1 000 euros à nous deux pour trois jours et demi (parfois un peu plus, parfois un peu moins, selon la programmation), entre la chambre d’hôtel du côté de Cognac (l’Ibis Style était deux fois plus cher sur Angoulême que son homologue — ex-Mercure — sur Châteaubernard pendant le festival), la dizaine de repas en restaurants, quelques bières, le plein d’essence pour rentrer sur Paris (n’oublions pas les plus de 100 euros d’autoroute, les frais kilométriques et le plein aller mais tout cela ne concerne pas la Région), tous les achats effectués dans les bulles, principalement Manga et Nouveau monde (a-yin a tendance à se lâcher dans ces circonstances, elle devient très dépensière). Il y avait aussi les catalogues des expositions de 9e Art+, souvent au nombre de deux (à multiplier par trois), achetés sur les stands de l’Association du festival. Et encore, nous n’avions pas à payer notre badge, étant privilégié·e·s sur ce point. Ce week-end, il n’y aura que Tanuki pour avoir fait le déplacement, deux jours et demi au lieu de cinq (oui, ça a toujours été le plus assidu d’entre nous) et même s’il est assez dépensier pour des fanzines, ça ne compensera en rien l’absence des trois autres membres de l’équipe. Et ce ne sont pas les quelques centaines de milliers d’euros reversés aux acteurs locaux par la mairie et le département, sans oublier les autrices et auteurs venus profiter de cette « manne », qui compenseront les pertes liées à l’absence du festival. En plus, pour ne pas aider, le temps a été assez maussade pendant toute la durée de la manifestation (on est en janvier, après-tout).

Ajoutons qu’il n’y a peu de chances qu’il y ait une édition du FIBD en 2027, le maire d’Angoulême, qui n’a jamais eu de bonnes relations avec 9e Art+, ayant décidé de prendre la main sur l’événement en écartant l’association historique pour mettre à la place une autre structure, créée suite à une précédente crise qui a eu lieu en 2017. Il en résultera (ou non) une autre manifestation, ayant un autre nom, décernant d’autres prix que les Fauves et à une date pour l’instant indéterminée, pouvant se dérouler entre janvier et mars (plutôt mars). C’est ainsi que l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), sous le contrôle des pouvoirs publics (mairie, département, région, ministère) doit choisir un nouvel organisateur d’ici mi-avril. Sachant qu’il est impossible trouver des financements conséquents en aussi peu de temps, surtout en ces temps économiquement incertains, on peut craindre que la manifestation de 2027, si elle a lieu, soit « cheap » et nous propose un recul de trente ans quant à sa programmation. On verra bien… du moins si la transparence promise est là car n’oublions pas que le monde culturel et le monde politique reposent beaucoup sur le copinage et que les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient…

Néanmoins, lors d’une conférence de presse tenue par 9e Art+ jeudi matin1, Franck Bondoux a manifesté un désir de compromis, même si les médias n’ont retenu que le point le plus frappant, le plus « buzzable » (comme d’habitude depuis le début de « l’affaire »). Ce qu’il faut réellement retenir de l’heure et demi de la conférence de presse, c’est qu’une action en référé pour bloquer l’ADBDA (qui agirait en dehors de sa mission) est en cours. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’abord de bloquer la mise en place d’une édition en 2027 qui écarterait (en refusant toute discussion) l’Association du FIBD et 9e Art+. En effet, l’ADBDA chercherait à monter une manifestation copie quasi-conforme au FIBD. Il s’agit aussi de remettre au « centre du jeu » l’Association du FIBD pour les éditions suivantes. La demande d’une réparation des préjudices commis ne serait remise éventuellement sur le tapis que dans un second temps, en cas d’absence d’accord. Une façon de résoudre la crise pour 2027 serait de respecter les conventions passées, et pour 2028, si le futur organisateur veut bien racheter les actifs de 9e Art+ et embaucher son personnel qui pourrait ainsi faire profiter de son expertise, il y aurait moyen de trouver un terrain d’entente. Sinon, les actions en justice ne pourraient que se multiplier tant les éditeurs que les pouvoirs locaux en place semblent fautifs dans l’annulation de l’édition 2026. Un dépôt de bilan de 9e Art+ n’est pas à écarter avec l’entrée en jeu d’un administrateur judiciaire qui aurait pour mission de récupérer un maximum d’argent (il est là pour ça) pour les créanciers lésés (et pour lui-même). Et là, les pouvoirs publics locaux, à commencer par la mairie, auraient de quoi s’inquiéter (en fait non, c’est de l’argent public, les décideurs publics s’en fichent, ce n’est pas le leur). N’oublions pas les élections municipales à venir, histoire de compliquer encore un peu plus l’ensemble. Après, on ne peut faire que des supputations. Pour avoir des idées plus claires, il faudrait avoir accès aux conventions, aux contrats, aux comptes, etc.

Je rejoins Heidi Kastner quand elle estime que les réseaux sociaux ont permis à la bêtise d’avoir un pouvoir de nuisance sans commune mesure avec les décennies précédentes : avant, la stupidité restait cantonnée à un entourage restreint, seuls des médias puissants (presse puis télévision) pouvaient la diffuser auprès du plus grand nombre. Depuis quelques années, « il est possible, quelle que soit sa position, de trouver des personnes partageant les mêmes idées et de se sentir fort au sein du groupe ». Cela a entrainé une radicalisation certaine, amplifiée par le système des bulles des réseaux sociaux avec leurs algorithmes privilégiant l’émotion sur la réflexion. De plus, militantisme et positions extrêmes ne sont pas compatibles avec une analyse poussée des événements et de leurs conséquences, la preuve en ayant été malheureusement donnée à cette occasion. Surtout, maintenant, il n’est plus possible d’être neutre : si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. L’exclusion du groupe, quel qu’il soit, est désormais une pratique généralisée, y compris par celles et ceux qui se déclament inclusifs. La bêtise et la haine sont partout dorénavant, et de mon point de vue, il n’y a plus de « gentils » mais que des « méchants »…

C’est exactement ce qui s’est passé avec la fronde de quelques autrices qui ont été suivies rapidement par le reste de la profession, situation amplifiée par une presse sentant la possibilité de faire du papier facilement, buzzant bien. Tout ce petit monde a préféré s’en prendre à un bouc émissaire plutôt que de réfléchir aux nombreux problèmes posés et de cibler les véritables responsables de la précarité financière de cette « profession »2, de la mentalité assez rétrograde qui y règne encore, surtout en salon et festival, etc. Les reproches des autrices et des auteurs, que l’on peut estimer légitimes pour un certain nombre (d’autres étant ridicules), n’étaient pas à adresser à l’organisateur du festival mais à leurs éditeurs et à leurs pairs. Sauf que s’en prendre à ceux qui vous « nourrissent » (même mal), c’est risquer un retour de bâton. Il ne faut pas oublier qu’il y a surtout un problème structurel de surproduction de bandes dessinées, avec un trop grand nombre de personnes voulant vivre de leur « art » pour un marché du loisir culturel en contraction et en pleine mutation, qui migre vers d’autres modes de consommation, dans une société toujours orientée vers un consumérisme débridé, instantané et une recherche du plaisir avant tout. Et en ces temps de dépenses publiques excessives, la réponse n’est certainement pas dans encore plus de subventions comme réclamé par de nombreuses personnes.

Bah ! L’avenir proche nous dira ce qu’il aura résulté de cette « révolution ». Je crains que rien de bon n’en sortira et que tout le monde aura perdu. Pour ma part, je n’y perds que mes « vacances d’hiver », tant la dernière semaine de janvier me permettait de couper avec le quotidien. De très nombreuses personnes y perdent bien plus, malheureusement.

En attendant, un Grand Off* a eu lieu, à la programmation en trompe-l’œil tant elle nous a été vendue avec grandiloquence pour un contenu réel assez vide et surtout d’une grande banalité de mon point de vue de Parisien qui profite sur la capitale de nombreuses activités similaires tout au long de l’année. Un membre de notre délégation habituelle de Mangaversien·ne·s était sur place deux jours et demi, jeudi après-midi, vendredi et samedi, ce qui me permet de proposer ici une sélection de dix-huit photos montrant divers lieux et animations. Tanuki a toujours été fan du Off et même du Off du off (les fanzines et les créations paraBD intellos, il adore), ce qui permet de donner ici une idée des animations de cette année. C’est quelqu’un qui a connu le festival bien avant moi, qui est plus ouvert d’esprit, qui est venu avec un a priori favorable. Les jeudi et vendredi, notamment en soirée, ont été « calmes », on était très loin de la foule drainée par le FIBD. Au moins, comme l’a dit Tanuki : « c’est plus facile de profiter des restos et des bars ». Je ne suis pas certain que les commerçants du plateau soient aussi positifs au moment de faire leurs comptes. Disons qu’il fallait prévoir une journée pour tout faire cette année, là où trois jours ne suffisaient pas pour le FIBD.

Sans surprise, le seul lieu à peu près digne d’intérêt du Grand Off* se trouvait du côté de la Cité. Pas pour le village des éditeurs situé dans les anciens Studios Paradis qui semble avoir été peu fréquenté, même le samedi, mais pour les expositions et animations jeunesse présentes. Outre celles de la Cité (« Signé Bretécher » et « En slip et contre tout »), les expositions plus ou moins montées à la hâte n’étaient pas inintéressantes, à commencer par « Le train fantôme de Stéphane Blanquet » (qui va durer jusqu’à mi-2026). Il y avait d’ailleurs pas mal de monde pour cette dernière. Notons aussi, sur le plateau, la belle file d’attente pour la bande dessinée Isabelle d’Angoulême (Glénat), le côté local a certainement joué à fond et a dû permettre à la librairie Cosmopolite d’avoir l’impression que le Festival avait bien lieu. Car le reste du temps, ça ne semble pas avoir été très folichon niveau fréquentation. Certes, le résultat n’est pas si mal pour « un truc monté en vitesse avec les bonnes volontés du coin », comme me l’a fait remarquer Tanuki.

Notre correspondant local, Manuka, a fait un petit tour du Grand Off* le vendredi. Sa conclusion sur la fréquentation est la suivante : Pas grand monde dans les rues, ou plutôt le monde d’un vendredi « normal ». Pour l’Église Saint-Martial, du monde comme en festival. Au Lieu Unique3, du monde, mais peut-être autant d’exposants en goguette que de visiteurs. Librairie Cosmopolite, longue file d’attente pour certains auteurs, rien pour d’autres, donc on pouvait circuler. Espace Franquin, ça faisait bizarre de voir les salles reléguées au rôle de stands d’éditeurs ou de « dédicaceurs ». Le Pavillon Unesco, un peu de monde. Manuka serait bien passé par la Cité mais il a eu la flemme d’aller se garer dans les environs, d’autant qu’il commençait à se faire tard. Il n’y est pas retourné le lendemain, ayant d’autres engagements. Étant un local passé en coup de vent, et ayant pris l’événement pour ce qu’il était, un off sans son festival, il se refuse d’avoir un avis négatif. Tout au plus constate-t-il qu’évidemment, en l’absence d’animations dans les rues, l’émulsion et l’émulation entre les diverses initiatives a eu du mal à se faire.

Surfant sur la manifestation alternative mise en place à Angoulême, diverses structures ont mis en place les « Fêtes interconnectées de la BD 2026 ». En ce qui concerne Paris, c’est à Ground Control qu’il fallait aller pour rencontrer des éditeurs indépendants et suivre quelques tables rondes militantes. Un duo de Mangaversien·ne·s (a-yin et moi) s’y est rendu le samedi après-midi, surtout pour les rencontres, ce qui ne nous a pas empêché d’acheter des livres, tant les tentations sont multiples. La fréquentation était assez faible, il a fallu attendre 16-17 heures pour qu’il commence à y avoir un peu de monde (rien à voir avec la foule des deux Paris Beer Festival que j’ai eu l’occasion de visiter). Cela m’a permis aussi de croiser quelques connaissances. À leur file d’attente, on voyait qui étaient les auteurs vedettes ce samedi : David B. à la table de l’Association, et Boulet à celle d’Exemplaire. Pour le reste, c’était là aussi, le bon plan pour les chasseurs et chasseuses de dédicaces. À mon corps défendant, j’en ai profité pour en demander une à Edmond Baudoin, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici malgré de nombreuses occasions depuis 2003 (je sais, je suis inexcusable tant la personne est charmante et est un dessinateur hors pair). J’ai maintenant un gros pavé à lire 🙂 .

Outre une partie des éditeurs indépendants habitués à la Bulle du Nouveau monde du FIBD, il y avait une poignée d’alternatifs et de fanzines. Parmi les principaux, il y avait L’Association, Cornélius, çà et là, 2042 (ex-2024), Exemplaire, La Cafetière, Les Rêveurs, FLBLB, Rue de l’échiquier, etc. Les trois tables-rondes suivies étaient vraiment intéressantes, très bien animées, même si une autrice (invitée de dernière minute en remplacement d’un désistement) était assez énervante par ses interventions enfonçant des portes ouvertes. Heureusement, Lisa Mandel (Exemplaire) et Simon Liberman (2042) étaient dans le concret et le pratique. Leur double casquette autrice/éditrice et auteur/éditeur leur a certainement permis de mieux comprendre la complexité de la chaîne du livre et de proposer des pistes pour aider à sortir d’une certaine précarité financière.

En conclusion, en osant une comparaison footballistique, la première division des éditeurs étaient absents, quelques représentant·e·s étant invité·e·s ici ou là par des librairies comme Cosmopolite. Une partie de la deuxième division était à Ground Control, avec quelques structures issues du troisième échelon. Le reste se trouvait à Angoulême avec les amateurs. La fréquentation du tout ressemblait plus à ce que l’on peut voir dans les innombrables manifestations BD à travers la France tout au long de l’année, bien loin du grand raout de fin janvier ou même des grands festivals comme ceux d’Amiens, Blois ou Saint-Malo. Bref, aucun intérêt en dehors de voir sur les réseaux sociaux (en tout cas, dans les bulles dont je fais partie) des centaines de messages d’auto-congratulation et de réécriture médiatique masquant plus ou moins bien une réalité pourtant évidente dès le début…

Je remercie Manuka pour ses corrections, ses ajouts et précieuses remarques. Les photos du Grand Off* ont été prises par Tanuki, celles à Gound Control par moi-même (sauf celle de la dédicace qui a été prise par a-yin). Les textes et photos sont © Mangaverse / Éditions H. Le photogramme de la conférence de presse de 9e Art+ est © La Charente Libre. Le Fauve est © Lewis Trondheim / 9e Art+. Le « fauve assassiné » et l’illustration « Les réseaux sociaux sont nuisibles » ont été générés à l’aide d’Adobe Firefly 5 (je sais, les IA génératives, c’est le Mal mais, de toute façon, l’informatique est une invention du démon).

  1. La Charente Libre propose de visionner l’enregistrement complet de la conférence de presse sur FaceBook. ↩︎
  2. Oui, « profession », entre guillemets, tant la réalité d’un auteur ou d’une autrice n’est pas celle d’un ou une autre. Cette profession n’en est pas une pour nombre d’auteurs et autrices, puisqu’elle ne leur permet pas d’en vivre. La bande dessinée est une profession pour une chaîne d’individus (allant de l’auteur à l’éditeur au distributeur et au libraire) mais ce n’est pas une profession pour chaque individu de cette chaîne (certains auteurs et autrices, voire certains éditeurs). ↩︎
  3. Lieu Unique qui démontre que le Grand Off* ne respecte pas totalement ses engagements, comme le montre le témoignage d’un auteur sur sa page FaceBook. ↩︎

L’instant nostalgie : JANVIER 2006

Pendant longtemps, je n’ai eu aucune nostalgie envers les années passées. Pourtant, depuis la fin de l’année dernière, je me suis aperçu que je passais pas mal de temps à revenir sur mes archives photos, revenant par le souvenir des années en arrière, quand tout allait mieux dans un monde qui ne se délitait pas aussi vite qu’actuellement. En postant après des années d’inactivité des photos sur mon Instagram, j’ai eu l’idée de matérialiser cette nostalgie sous la forme d’un projet personnel : poster tous les mois une de mes photos préférées prises à la même époque, vingt ans auparavant. Ces photos seront toutes liées à la communauté mangaversienne, et je pense qu’on s’apercevra rapidement que je suis assez monomaniaque. Peut-être pas autant que a-yin, ceci dit, ha ha !

La photo

FIBD 2006

Angoulême — Trente-troisième Festival International de la Bande Dessinée — Canon PowerShot A75

L’anecdote

Cette photo a été prise lors de notre montée du bâtiment Castro, où nous avions déjeuné, un peu avant 14 heures. La neige commençait à s’accumuler, comme nous pouvons le voir..

Il s’agissait de mon deuxième véritable festival d’Angoulême (c’est-à-dire sur plusieurs jours), mon premier en tant que badgé presse et mon invitée était Sakumoyo. Elle venait juste d’avoir son permis de conduire et je lui avais laissé le volant pendant les quatre jours pour qu’elle s’entraine (sauf le vendredi matin pour circuler dans Angoulême même, étant donné la circulation un peu infernale).

Le samedi après-midi, la neige s’est mise à tomber tellement drue que j’ai décidé vers 16 heures qu’il fallait rentrer à l’hôtel sans plus tarder. Étant logé à 45 kilomètres de là, il y avait de la route à faire. De plus, la deux fois deux-voies n’était pas aussi développée que maintenant, avec une sacrée côte à monter à Fléac. Heureusement, nous étions garés en bas, rue de Bordeaux. Les rues en pente d’Angoulême sont vraiment redoutables à certains endroits. Bien entendu, j’ai conduit pour rentrer sur Cognac.

La photo bonus

N141 un peu avant Jarnac — Autoportrait de Sakumoyo — Canon PowerShot A75

Manga. Tout un art ! Petit bilan 2025, les expos BD

La visite de l’exposition Manga. Tout un art ! et de son petit compte rendu me donne l’occasion de dresser ensuite un petit bilan des expos BD faites en 2025. L’année prochaine, celles-ci devrait être en forte diminution du fait de l’absence du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Cependant, chaque chose en son temps, intéressons nous à 2025 dans ce dernier billet de l’année.

Manga. Tout un art !

Dernière exposition de l’année pour notre petit groupe de mangaversien·ne·s. Sa visite s’est organisée un peu au dernier moment entre moi, Taliesin et Tanuki suite à une remarque de ce dernier. Il s’agissait d’une animation organisée avec l’INALCO un jeudi soir, mais celle-ci était très mal expliquée : médiation, oui, mais sous quelle forme exactement ? En fait, il s’agissait d’une nocturne à entrée libre (uniquement pour l’exposition temporaire, les permanentes étaient fermées). Bon plan : on pouvait visiter gratuitement l’exposition entre 18h00 et 22h00 (21h45 en réalité) avec une dizaine d’étudiant·e·s qui présentaient les œuvres des différentes salles. Cerise sur le gâteau, comme prévu et à la différence d’un premier dimanche du mois (gratuit), il n’y avait pratiquement personne.

Le but de l’exposition (tel que présenté dans le dossier de presse) est de montrer que le manga n’est pas qu’une industrie du divertissement mais aussi un art dont les racines plongent dans l’histoire complexe du pays en rapprochant bande dessinée et art japonais ancien, des statues bouddhiques aux estampes en passant par le théâtre, la littérature et les croyances ancestrales. But atteint ? Oui pour la partie Japon ancien, pas trop pour le manga. Étant donné que Didier Pasamonik est le co-commissaire pour la partie bande dessinée, cela est tout sauf une surprise tant il n’y connait pas grand-chose… La scénographie est déséquilibrée, il y a des manques importants, notamment dans les cartels, ainsi que quelques confusions, le propos est parcellaire et très grand publique (ce qui est normal pour ce dernier point). Néanmoins, c’est l’occasion de voir des planches originales de manga, ce qui n’est pas fréquent, surtout hors festival d’Angoulême.

L’exposition principale, située au sous-sol, est composée de huit espaces dédiés à un thème différent. Disons que c’est plutôt intéressant jusqu’à celui consacré à Shigeru Mizuki et qu’après c’est assez raté. On a ainsi l’occasion de voir pour commencer des revues de la fin du 19e et du début du 20e siècle, puis une rapide présentation du kamishibai, une série de planches originales de Norakuro, une salle dédiée à Osamu Tezuka (avec des originaux de Princesse Saphir et d’Astro, le petit robot, entre autres), une autre consacrée au gekiga avec de nombreuses planches d’Hiroshi Hirata, accompagnées de quelques belles pièces de Shitaro Sanpei, Kojima Goseki, Kazuo Kamimura, Yoshiharu Tsuge (merci à MEL qui a une bien belle collection et qui nous permet de la voir). Enfin, la dernière montre des yokai de Shigeru Mizuki grâce à un prêt d’originaux de sa fondation (tout comme Tezuka Prod. et Ryoko Ikeda qui en ont envoyé du Japon pour les espaces les concernant).

La partie shôjo manga est scandaleusement minuscule et centrée uniquement sur deux autrices dont il y avait quelques originaux (La Rose de Versailles de Ryoko Ikeda et des planches de Kaze Kaoru). En plus, le médiateur de cette salle était nul, à la différence de celui sur Tezuka. La partie shônen manga est trop étalée le long du couloir courbe avec peu de reproductions, quasiment aucunes planches originales en dehors de Fairy Tale, se concentrant uniquement sur quelques titres à succès (dont Dragon Ball, One Piece, Naruto, Demon Slayer) avec une mise en parallèle avec le folklore chinois et japonais. Cette mise en parallèle, intéressante, aurait pu se trouver dans un espace plus resserré. Le seinen manga est ramené à sa seule dimension apocalyptique avec Akira et L’Attaque des titans. Un petit focus sur Hiroshima avec des planches de Gen aux pieds nus est heureusement présent, mais avec le seinen manga. Passons sur la dernière salle, consacrée à la mode, sans intérêt si ce n’est de rigoler devant certaines tenues tant elles sont ridicules.

Avant les mangas

Située au deuxième étage dans la rotonde, cette partie de l’exposition est consacrée à des œuvres proposant des caractéristiques que l’on retrouve dans les mangas telle que le mélange texte et image, dessins dynamiques, des thèmes tels que l’humour, l’aventure, le fantastique, etc. L’essor commercial de l’édition est ici mis en avant avec l’exposition de nombreux ouvrages d’époque, généralement imprimés en noir et blanc sur un papier de qualité médiocre.

Sur la partie extérieure de la rotonde, des rouleaux illustrés sont proposés à la lecture en plus des nombreuses illustrations accrochées aux murs. Dans la partie intérieure, ce sont de nombreux livres qui sont mis en valeur. C’est toujours intéressant d’en voir, et surtout de constater la qualité graphiques des illustrations, surtout quand on connait les méthodes d’impression de l’époque. Clairement la partie la plus intéressante et la plus impressionnante à nos yeux. Des récits s’étirant sur plusieurs tomes sont proposés au public de l’époque, qui est friand de littérature dite populaire. Il est donné de voir un exemplaire de la Manga de Hokusai, ainsi que de Kawanabe Kyôsai. Ici, « manga » signifie « caricature » et non « bande dessinée ».

Sous la grande vague

À côté de la rotonde, le musée a pris l’habitude de proposer une petite exposition, souvent de photographies. Actuellement, l’endroit propose de voir l’estampe Sous la vague au large de Kanagawa de Katsushika Hokusai qui fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji.

La salle est toute petite, il ne faut pas être en nombre si on veut en profiter. Il y a quelques illustrations et planches de BD dont une de Moebius qui rendent hommage à fameuse l’estampe. Du fait de la fermeture du Musée, nous n’y sommes pas restés longtemps et n’avons pas pu profiter de la vidéo projetée sur un écran géant qui « invite à un voyage poétique et immersif au cœur de cette œuvre iconique » (dixit le dossier de presse). Pas grave, j’ai eu le temps de prendre en photo Taliesin devant l’estampe, continuant ainsi une tradition vieille de plus de 15 ans 🙂 .

Le catalogue

Si l’exposition principale est plus que perfectible au niveau de son contenu, ce n’est heureusement pas le cas du catalogue. Constitué d’un grand nombre de courts chapitres, chacun abordant un thème précis, ils sont écrits par des spécialistes, la plupart étant des universitaires. Il est rédigé dans un français facile à lire et les pages se tournent avec plaisir tant l’essai de vulgarisation est réussi. Il est richement illustré même s’il manque des reproductions de planches originales et que certains textes n’ont aucune iconographie. Au moins, Moto Hagio, Rumiko Takahashi et Mitsuru Adachi ne sont pas ignorés malgré l’absence de visuels de leurs créations.

Le papier est mat, agréable et le tout est bien imprimé dans une couverture souple tout à fait réussie. Le seul bémol que je pourrai faire est que le prix est un peu excessif, un montant de trente euros me semble être plus juste pour une telle fabrication. Cependant, cela a dû permettre une meilleure rémunération des autrices et auteurs des textes (enfin, je l’espère). Je conseille donc son achat même si on n’a pas l’occasion d’aller voir l’exposition, qui est assez dispensable, il faut l’avouer.

Bilan 2025 des expos BD

L’exposition Manga. Tout un art ! est donc venue clore une année d’expositions. Si on compare avec les années précédentes, leur nombre est en recul alors que je m’attendais à une augmentation. En ce qui concerne les bandes dessinées il y en a eu 13 en 2025 (19 en 2024), cela avait commencé fin janvier à la galerie Achetez de l’art puis au festival d’Angoulême pour se terminer en ce mois de décembre à Guimet. Voici un petit tableau récapitulatif :

TypeNombre d’expositions
Arts10
BD-Comics-Manga-Illustration13
Culture Asiatique1
Culture autres régions2
Divers1
Musique1
Histoire2
Total 30

Soit 16 en Musées, 4 en Espaces culturels / Fondations & instituts / Maisons de la culture, 8 en Galeries et 2 en Autres lieux.

Pour retracer cette année, voici une petite sélection de photos. Elle montre l’importance du festival d’Angoulême en matière de qualité et d’intérêt, expositions qui seront absentes à notre programme en 2026. J’y ai ajouté celles qui n’ont duré que le temps de la manifestation concernée et qui ne sont donc pas comptabilisées dans le tableau ci-dessus.

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Festival BD (Formula Bula, SoBD)

Galeries (Achetez de l’art, Galerie du 9ème art et Galerie Martel)

Soit Shin Zero à la Galerie Achetez de l’Art, Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et Plus loin, la nouvelle Science-Fiction au Musée de la bande dessinée, Superman. Le héros aux mille-et-une vies à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, Posy Simmonds. Herself au Musée d’Angoulême, L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama à L’Hôtel Saint-Simon, Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées à l’Espace Franquin, Aline Kominsky-Crumb. Le Plein d’amour à Césure, Le Musée éphémère d’Anne Simon, La BD chilienne contemporaine à la Halle des Blanc-Manteaux, American Classics XI à la Galerie du 9ème art, Adrian Tomine à la Galerie Martel, Kabuki – Guilherme Petreca, Soli Deo Gloria – Edouard Cour puis Silent Jenny – Mathieu Bablet à la Galerie Achetez de l’Art.

La suite l’année prochaine… On verra bien ce qu’il sera possible de faire.