Croisements — Seiichi Hayashi —

Croisements est une anthologie de neuf histoires courtes représentatives des créations de Seiichi Hayashi entre la fin des années 1960 et le début de la décennie suivante. Six sont issues de Garo, une de COM, une de Yagyô et une dernière issue d’une revue plus généraliste (Shûkan josei). Il s’agit de la traduction d’un manga sortit en 2021 chez l’éditeur Chikumashobo. L’auteur est surtout connu pour Élégie en rouge disponible en français chez Cornélius. Il s’agit ici de découvrir différentes facettes du mangaka, le cheminement qui l’a amené à créer un chef d’œuvre qui a profondément influencé la jeunesse étudiante de l’époque et précipité (dans le prolongement des créations de Yoshiaru Tsuge) la fin de Kamui Den de Shitaro Sanpei, dépassé par son époque. Il s’agit donc d’un ouvrage d’importance pour qui s’intéresse aux publications de Garo et au manga alternatif des années 1960-70.

Seiichi Hayashi est né en 1945 en Mandchourie, peu avant la défaite japonaise par l’armée soviétique. Il a vécu à Nagano, Chiba, Tokyo. Grâce à des études en design, il est embauché par le studio Toei Animation en 1962, qu’il quitte en 1966 pour rejoindre un an plus tard le studio Knack créé par des anciens de Toei et de Mushi Production (la société d’animation de Tezuka). Il réalise entre 1967 et 1971 trois courts métrages et participe à plusieurs festivals d’animation dont celui de Tokyo. C’est aussi en 1967 qu’il fait ses débuts en tant que mangaka en étant publié par Garo, après avoir essuyé deux refus de la part de Katsuichi Nagai, le rédacteur en chef. Sa troisième tentative est la bonne grâce à un des éditeurs qui pressent tout le potentiel d’Hayashi.

Il publie dans Garo plus ou moins régulièrement, prenant en quelque sorte la suite de Yoshiaru Tsuge (qui a décidé d’arrêter de dessiner durant deux années avant de revenir sur sa décision) en tant qu’auteur représentant une certaine Avant-garde. Il faut rappeler que Garo payait très mal ses auteurs, quand ils étaient payés et qu’il valait mieux avoir une autre activité professionnelle à côté. C’est en 1970 qu’il prépublie dans Garo sa seule histoire longue, Élégie en rouge qui sortira en 1972 chez Seirindo (la maison d’édition de Nagai). Il y a ensuite une réédition au format bunko en 1976 chez Shogakukan, preuve du succès du manga. L’auteur met en image la mentalité d’une partie de la jeunesse de l’époque en proposant une sorte d’auto-fiction. Il s’agit d’une lecture hautement recommandée par votre serviteur. Comme déjà précisé, Croisements inclue des histoires antérieures mais aussi trois courtes nouvelles parues entre 1971 et 1972. Seiichi Hayashi a été aussi le designer de la revue Garo pendant deux années, lui faisant prendre une autre orientation visuelle.

Bien entendu, les neufs récits proposés ne parleront pas de la même façon à tout le monde. Ils se déroulent pendant une période indéterminée, vraisemblablement pendant les ères Taishô et Shôwa. Ils mettent en scène des personnes qui se croisent un instant. Certains récits sont franchement surréalistes, d’autres plutôt oniriques (on pourrait même parler de cauchemar). Il est souvent difficile de comprendre où veut en venir Seiichi Hayashi. C’est le cas de la première histoire, « Gros poisson », qui met en scène un ancien drame familial en nous montrant toute la difficulté pour une femme de vivre seule après un tel événement. Graphiquement, c’est par contre très réussi, avec de beaux contrastes en noir et blanc. « Libellule rouge » est plus direct et met en scène un enfant qui rejette les visites « intéressées » d’un homme à sa mère. La prostitution des femmes est un thème que l’on retrouve aussi avec « Les souliers vernis rouge » mais avec un traitement totalement surréaliste. Cette nouvelle a d’ailleurs été prépubliée dans un magazine féminin et non dans Garo. L’auteur nous dresse aussi trois portraits de femmes abandonnées dans « Taches rouges », « Au fond du trou » (publiée dans COM et proposant un style graphique différent) et « Un cœur rose pâle ».

J’avoue ne pas avoir compris trois histoires. « Les fleurs tombent en ville » présente un récit très décousu où un jeune garçon et son père se moquent d’une gamine attardée. Il y est question aussi de l’inconséquence du père, d’abus sexuel envers des filles, d’un suicide, etc. Il en est de même avec « Le port en fleurs ». C’est un récit très sombre, où le rêve, l’introspection se mêlent à une dure réalité. Enfin, « Fleur du papillon ivre » se passe après la guerre et la perte de la Mandchourie, avec tous les drames que cela a pu créer à l’époque. Je crains qu’il faille avoir de bonnes connaissances de l’histoire et de la société japonaise à cette époque pour voir ce qu’a voulu dire l’auteur. Cette histoire a été publiée dans la revue de manga alternatif Yagyô. L’absence d’une postface (ce qui est habituel chez IMHO) n’aide pas car une mise en contexte et quelques explications n’auraient pas été de refus. C’est donc à chacune et chacun de se faire sa propre lecture et opinion. Il est à noter que le mangaka cite souvent des paroles de chansons à succès de l’époque. En effet, c’est un grand amateur de pop culture.

Seiichi Hayashi, un illustrateur et un designer de renom

Tout en restant très actif dans le monde de l’animation, Seiichi Hayashi s’est distingué par son travail d’illustrateur et de peintre dont un aperçu est proposé sur son site officiel. C’est ainsi qu’il a créé en 1974 le personnage de Koume-chan pour une gamme de bonbons de l’industriel Lotte, réalisé l’affiche et diverses illustrations pour la huitième édition du Festival international du film d’animation d’Hiroshima en 2000. Il a surtout dessiné et peint de nombreuses bijin-ga , que l’on peut retrouver dans plusieurs livres d’art comme Japanese Beauty ressorti en 2015 (il avait été édité plusieurs années auparavant). Ses représentations de jeunes filles sont au début ancrées dans les années 1920 mais il a su les moderniser par la suite. En fait, sa carrière d’illustrateur a commencé dès 1970 avec la parution de Kōhanka : Hayashi Seiichi Picture Story Collection chez Gentosha (réédité en 1989). De nombreux livres d’art ont été édités au fil du temps (jusque dans les années 2010) par Gentosha, Kodansha, Sanrio et bien d’autres. Le mangaka a été remis sur le devant de la scène en 2025 en étant le sujet du numéro 2 de la revue (proposant aussi des goodies) Alternative Comic Salon qui a pour but de célébrer les artistes légendaires de Garo.

Il a bien entendu réalisé des albums illustrés pour enfants, la couverture de nombreux livres et magazines mais aussi de plusieurs pochettes de disque, etc. Il a aussi été responsable de l’animation d’une quinzaine de chansons pour l’émission « Minna no Uta » de la NHK du milieu des années 1970 à 2005. De ce fait, Seiichi Hayashi a bénéficié tout au long de sa carrière de nombreuses expositions, qu’elles soient personnelles ou collectives, et ce dès 1972. Par contre, elles se sont toutes tenues au Japon, sa notoriété en tant qu’artiste n’a pas réussi à dépasser les frontières de l’archipel nippon. Seiichi Hayashi a eu une de ses nouvelles (Hana ni sumu, publiée dans Garo en décembre 1972) adaptée en drama (feuilleton télévisé) en 1976 pour la NHK, une décennie décidément riche en événements pour lui. Cela l’a aussi amené à jouer en 2009 le rôle d’un rédacteur en chef d’une revue manga, fortement inspiré par la vie de Nagai dans un film adaptant plusieurs histoires de Shin’ichi Abe parues dans Garo. Seiichi Hayashi a été un artiste vraiment multidisciplinaire.

Les kashihon, le gekiga et Garo

Au début des années 1950, permettant de contourner le problème du coût d’achat trop élevé des mangas, même quand il s’agit d’akahon (petits livres reliés à très bas prix) ou d’une revue mensuelle, un réseau de librairies de prêt, les kashihonya, connaît un nouvel essor à partir de la région d’Ôsaka, et atteint même le nombre de 300 000 au milieu de la décennie. D’ailleurs, les éditeurs d’akahon se mettent à produire pour les kashihonya afin de se trouver un autre marché que celui, déclinant, du manga populaire à faible prix. Les librairies de prêt diffusent donc leurs propres œuvres (kashihon manga), destinées non pas à être vendues mais louées. Ainsi, toute une série d’auteurs vient de ce circuit de distribution.

C’est en 1957, en réaction aux mangas pour enfant et au style issu des séries d’Osamu Tezuka, qu’un nouveau genre de bande dessinée y fait son apparition. C’est le gekiga, terme inventé par Yoshihiro Tatsumi. Ce nouveau style ne connaît le succès qu’à partir de 1965 mais l’influence du gekiga est immense, jusqu’à faire évoluer profondément l’œuvre de Tezuka, la référence incontournable au Japon. Ce nouveau genre de bande dessinée veut privilégier l’aventure ou dépeindre une certaine réalité de la société, celle de la rude vie des gens du peuple, en les dessinant dans style réaliste (et non pas comique comme dans les story manga, qui s’adressent aux enfants), tout en essayant d’éviter un trop grand manichéisme, notamment en ne cachant pas le côté sombre du personnage principal de l’histoire. Le cinéma néoréaliste européen et le film noir américain, aussi bien au niveau des thèmes que de la narration, influencent fortement les auteurs de gekiga. Ce mouvement naît donc au sein du circuit de distribution des librairies de prêt qui lancent nombre d’auteurs qui marquent l’histoire du manga lorsqu’ils sont ensuite publiés par Garo.

Même si l’économie florissante du début des années 1960 porte un coup fatal au marché de la location de mangas, le public ayant les moyens de les acheter et non plus de les louer, une nouvelle révolution de la bande dessinée japonaise est à nouveau issue de la région d’Ôsaka. C’est pour Kamui Den, la nouvelle série de Shirato Sanpei qui ne veut plus travailler avec les contraintes d’une publication hebdomadaire, que Katsuichi Nagai, ancien membre des kashihonya de Tôkyô devenu éditeur, crée Garo en 1964. Pendant plus de trente ans, le magazine permet à de nombreux auteurs de débuter et de s’exprimer plus librement qu’ils n’auraient pu le faire autrement, enrichissant ainsi considérablement le manga. De nombreux styles ont pu cohabiter comme le gekiga avec Shirato et Tatsumi, le surréalisme et l’expérimentation avec Tsuge puis Hayashi, l’ero-guro avec Maruo, l’heta-uma avec King Terry, etc. En 1998, une scission s’opère au sein de la rédaction et plusieurs éditeurs partent fonder la revue AX, considérée comme l’héritière de Garo. Par ailleurs, la lecture de La révolution Garo de Claude Leblanc (IMHO, 2024) est conseillée pour mieux comprendre les apports et le fonctionnement de la célèbre publication alternative. La revue (désormais) en ligne Neuvième art de la CIBDI propose aussi un historique intéressant quoique écrit en 2004. L’ensemble des couvertures est disponible sur le site d’IMHO.

Grâce à Cornélius, Le Seuil, Picquier, Le Lézard Noir, Atrabile, et même Kana, nous pouvons lire plus d’une vingtaine de mangas issus en tout ou partie de Garo. Je conseille, pour celles et ceux qui voudraient lire des histoires issues du magazine les titres suivants : Shinkirari – Derrière le rideau, la liberté (Murasaki Yamada, Kana, 2024), Élégie en rouge (Seiichi Hayashi, Cornélius, 2010), La Vis (Yoshiharu Tsuge, Cornélius, 2019), Oreillers de laque (Hinako Sugiura, Picquier, 2 tomes en 2006 et 2007), Une bien triste famille (Shin’ichi Abe, Le Seuil, 2006), Poisson en eaux troubles (Susumi Katsumata, Le Lézard Noir, 2013), Nekojiru udon (Nekojiru, IMHO, intégrale sortie en 2022) et Palepoli (Usamaru Furuya, IMHO, 2012). Malheureusement, certains titres sont épuisés et sont devenus difficilement trouvable d’occasion, du moins à un prix correct. À moins d’être japonisant (ce que je ne suis pas), et même comme ça, il est très difficile de savoir ce qui relève d’une prépublication dans Garo, AX (le successeur) ou d’autres magazines des années 1970-80. Il s’agit surtout de courtes histoires compilées plus tard dans des volumes reliés regroupant plusieurs éditeurs d’origine, sans précision la plupart du temps. De plus, il n’est pas possible de se fier aux copyrights car Seirindo publiait des mangas parus dans d’autres revues et Serinkogeisha publie en volume relié des œuvres issues de Garo en plus de celles provenant d’AX. En tout cas, voici une lecture qui s’impose pour qui s’intéresse à la diversité du manga !

Croisements de Seiichi Hayashi
Traduction de Patrick Honnoré

Éditeur : IMHO
Collection : Manga
Date de sortie : 06/03/2026
ISBN : 978-2-36481-102-7
Format : 14,8 X 21 cm, 176 pages, N&B
Reliure : Broché
Couverture : Souple sans rabat
Prix : 14 €

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L’instant nostalgie : AOÛT 2006

Il fut un temps où je faisais des sorties photo, c’est-à-dire que nous nous retrouvions à deux, quatre ou plus pour prendre en photo un lieu. Il y avait eu une première fois début 2005 avec une visite du cimetière du Père-Lachaise. Il y a eu une autre visite photographique de ce même site en 2010. Les rallyes photos organisés à une époque par la FNAC (celle de Parly 2 en l’occurrence) ou de simples visites de quartiers parisiens (comme Javel) ont été d’autres occasions que j’évoquerai peut-être dans le cadre de cette série de souvenirs.

Durant l’été, Minh, une jeune mangaversienne, avait émis le souhait de voir des autruches. Ni une ni deux, j’ai alors organisé une petite visite dans une autrucherie. À l’époque, il fallait aller du côté de Provins pour trouver une ferme ouvrant ses portes aux touristes. Voilà une belle occasion de faire des photos en charmante compagnie que je n’allais sûrement pas laisser passer. Qu’il faille faire plus de 150 kms (78-92-77) pour y aller n’était pas un problème pour moi ni pour ma passagère. À propos de trajets en voiture, quelques années plus tard, nous sommes allés voir un concert d’Olivia Ruiz, là aussi en Seine-et-Marne, mais en moins loin. Et je ne parle pas de nos balades à Bruxelles ou à Genève. Bref, en voilà une qui ne rechignait pas à faire de la route. L’autrucherie a fermé depuis mais une autre a ouvert un peu au dessus de Bussy-Saint-Georges, ce qui est nettement plus facile pour y aller.

La photo

Provins — La photographe photographiée — Canon PowerShot A75

Deux réflexions

Entre 2005 et 2010, j’ai souvent laissé mon appareil réflex numérique à Minh (un 350D puis un 450D) . Elle avait une sensibilité artistique indéniable et son regard photographique état bien supérieur au mien. Du coup, je me contentais d’un petit APN compact. Résultat, j’avais tendance à prendre en photo la photographe plutôt que les environs. Cela avait d’ailleurs tendance à l’agacer dans certaines situations. J’en profite pour m’excuser envers toutes mes victimes. De plus, si je multiplie les prises de vues, c’est que prendre des photos à la volée (non, je n’ai pas dit « volées »), c’est que l’immense majorité des fichiers vont à la corbeille du disque dur car les images sont totalement ratées (très mal cadrées ou floues, sans parler de tous les autres défauts imaginables). L’avantage de ce prêt d’appareil est de devenir aussi un sujet, c’est ainsi que j’ai une petite série de portraits tout à fait réussis dont celui qui se trouve sur ma page Linkedin (mais il commence à dater). Car oui, je mitraille certaines personnes mais je ne rechigne jamais à être fixé sur « pellicule numérique ».

Je ne sais pas si c’est une bonne idée de se réclamer de la démarche de Nobuyoshi Araki. Pour le photographe japonais, il s’agit d’un acte de mémoire, l’appareil photo saisit le passé mais aussi le futur. On fixe un moment, un instant où le temps est stoppé. Pourtant, si on continue à créer ces instants, cela finit par refléter ce qu’est notre vie passée, présente et future. Voilà quelque chose qui me parle. Surtout, les photos de l’artiste ne sont pas le résultat d’une préparation, d’une trop grande conceptualisation et de réglages précis. Prendre une photo est un acte instinctif, le résultat dune impulsion vitale, mémorielle, érotique même. Araki précise qu’il multiplie les déclenchements pour ne garder que quelques photos, ce que j’ai tendance à faire. Après, je dois avouer que je ne suis pas très fan de ses séries de bondage même si quelques tirages parmi ceux que l’on a pu voir à Guimet en 2016 n’étaient pas inintéressants.

La photo bonus

Villiers-Saint-Georges— L’Autrucherie — Canon EOS 350D — Photo par Minh

Arrête de me chauffer, Nagatoro

Cette année, j’ai de nombreuses séries, certaines plutôt longues, qui s’achèvent. Arrête de me chauffer, Nagatoro est l’une d’entre elles. Pourtant, je pensais, suite au dépôt de bilan de Noeve en octobre 2024, qu’on ne pourrait jamais lire la fin de cette amusante comédie romantique lycéenne (idem dans un autre genre avec Designs, une série courte de Daisuke Igarashi). En effet, le rachat de Noeve Grafx (marque, licences et possiblement le stock) par la société IDP a permis la relance des parutions à la rentrée 2025 sans les éditions dites « deluxe » (pour les tomes 9 et 10 en l’occurrence). Ceux-ci apportaient des petits bonus bien sympathiques comme des histoires courtes ou des illustrations hommages de la part d’autre mangaka. Après onze mois d’interruption, ça n’a pas trainé : quatre tomes sont sortis en septembre, quatre autres en décembre, deux en février 2026 et enfin, les deux derniers en mai. La vache ! C’était du violent ! IDP, quoi !

Il s’agit d’un manga qui a été prépublié sur la plateforme « Magazine Pocket » de Kodansha entre fin 2017 et mi 2024. Le site propose d’anciennes séries issues du Shônen Magazine ainsi que des créations originales. Totalisant vingt tomes, le titre a été adapté en animé (deux saisons de douze épisodes, la première en 2021, la seconde en 2023). Néanmoins, Nagatoro a connu une première carrière à succès sur Pixiv entre mi 2011 et fin 2015. On trouve d’ailleurs de nombreux fan-arts de la jeune fille. On en trouve aussi sur Deviant Art, mais le plus souvent, c’est une version nettement moins habillée qui est proposée. Cela provient certainement des couvertures des vingt tomes qui sont parfois assez aguichantes. Il faut toutefois reconnaître qu’elles sont assez représentatives du contenu du manga. Néanmoins, si la sexualisation de l’héroïne y est évidente, cela se retrouve moins dans l’histoire. De plus, le titre français accentue cet effet. Une traduction plus littérale donnerait « Ne jouez pas avec moi, mademoiselle Nagatoro », ce qui a été le choix de la version américaine. Un tel titre aurait alors fait penser à la série Quand Takagi me taquine de Soichiro Yamamoto, série dont Nanashi était suffisamment fan au point d’en saluer la fin sur son compte Twitter/X. En effet, Arrête de me chauffer, Nagatoro n »est pas une série érotique, mais, répétons-le, une comédie romantique lycéenne jouant sur la découverte du sentiment amoureux et de la sexualité, sans pour autant aller bien loin. En effet, l’âge des protagonistes n’étant pas le même, il n’est pas surprenant qu’une tension sexuelle soit ajoutée à la relation sentimentale. Il faudrait peut-être faire une comparaison avec À quoi tu joues, Ayumu ?! mais votre serviteur n’a toujours pas lu cette série, pressentie trop sage (Nobi Nobi vise un public assez jeune). Notons que le présent billet cherche aussi à jouer du même ressort par un choix d’illustrations et d’extraits fortement orienté « male gaze ».

L’auteur, Nanashi (ce qui peut signifier « anonyme »), a longtemps travaillé dans le jeu vidéo en tant que graphiste (y compris 3D) tout en créant des dôjinshi (publications auto-éditées) qu’il vendait aux Comikets d’été et d’hiver. Avec le succès d’Arrête de me chauffer, Nagatoro il a démissionné pour se consacrer entièrement à son manga. Chaque épisode sortait toutes les deux semaines, faisant chacun une vingtaine de pages. Il avait pourtant du mal à tenir le rythme car, pour lui, la création du récit était une étape difficile, plus que de le dessiner ensuite. Travaillant en numérique, il est un peu isolé, loin de Tokyo. Du coup, il ne sait pas trop comment les autres mangaka s’organisent et il fait appel à ses assistants à distance. Il n’a donc pas créé de studio pour l’aider dans son travail. Actuellement, il n’a pas de série en cours et, en 2025, il n’a publié qu’une histoire courte dans une anthologie pour Futabasha.

Noeve Grafx présente ainsi la série : Nagatoro est en seconde. Pleine d’assurance, joueuse, moqueuse, elle se découvre un jour un passe-temps favori : martyriser son « Senpai », lycéen de première timide et mal dans sa peau. Nagatoro taquine, agace, aguiche, joue et parfois perd… mais qu’a-t-elle vraiment derrière la tête. Et si derrière ses moqueries, elle cachait une véritable affection ? Et si finalement, ses farces permettaient à Senpai de s’affirmer ?

Nagatoro (son prénom est un secret) est celle autour de qui tourne le récit. Entourée par une petite bande de copines qui partagent le même enthousiasme, elle est sportive (natation, athlétisme, etc.), plutôt extravertie et moqueuse. Elle taquine et provoque continuellement Naoto Hachiōji (Senpai) dès leur première rencontre. Ce dernier est passionné par le dessin (il fait partie du club du lycée) mais aussi par les mangas. Il est introverti, timide et manque totalement de confiance en lui. Il a été victime de brimades tout au long de sa scolarité, ce qui l’empêche pas de se faire quelques camarades de classe en première. C’est donc un choc entre deux tempéraments totalement différents qui va forcer nos deux ados à évoluer petit à petit, grâce au contact de l’autre.

Dès les premiers chapitres, il est évident que Senpai plait à Nagatoro et que les taquineries de celle-ci sont une manière de communiquer cette attirance de façon détournée. Manifestement intéressée par un comportement à l’opposé du sien, elle cherche à se rapprocher, notamment en passant beaucoup de temps au club de dessin alors qu’elle n’en fait pas partie. C’est l’occasion pour Nanashi, l’auteur, de créer des situations humoristiques tournant autour du sexe. Par contre, il n’y a rien d’explicite, de scabreux, ni d’étalage d’organes sexuels secondaires. Par ailleurs, ces situations s’estompent au fil des tomes, avant un retour par le biais d’un personnage secondaire qui se révèle être plutôt malvenu car n’apportant pas grand-chose au récit et cassant un peu la dynamique de l’histoire. Dans toutes les scènes de nudité, féminine dans la quasi-totalité des situations comme de bien entendu, de petits nuages de vapeur ou des objets viennent cacher ce qu’il y a a cacher. Pour celles et ceux qui seraient intéressé·e·s par des images moins sages, une petite galerie presque NSFW est à votre disposition en haut à droite de ce paragraphe.

Il faut noter que le manga change de narration à partir du tome 10. Si les chapitres sont au début structurés auprès d’une taquinerie de Nagatoro et sont auto-conclusifs, les petites histories tournant autour de nos deux tourtereaux deviennent à suivre sur plusieurs épisodes avant de prendre une structure encore plus classique sous forme d’arcs plus ou moins longs. Surtout, la série devient, sur sa seconde moitié, surtout une comédie romantique tournant autour du sport et des études. C’est un peu comme une œuvre de Mitsuru Adachi, avec un fan service plus présent et plus sexuel, un rythme de narration nettement plus élevé et, bien entendu, un dessin qui n’a rien à voir. Au fil des tomes, il y a même de moins en moins de scènes plus ou moins scabreuses et/ou peu habillées en dehors de quelques courts chapitres bonus. Il faut reconnaître que le titre perd alors une parie de son intérêt, qu’il y a un peu trop de délayage et que quelques chapitres de moins n’auraient pas nuit à la qualité de l’ensemble. Toutefois, le plaisir de retrouver Senpai et surtout Nagatoro, toujours aussi enthousiaste, active et craquante, pousse à en demander toujours plus. Enfin, une véritable fin vient conclure ce qui s’est révélé être un excellent manga, même s’il ne s’adresse pas à tous les publics.

Sexy Cosplay Doll, la fin

Sexy Cosplay Doll, c’est fini

Sexy Cosplay Doll, la fin

Avec la sortie du tome 15, une nouvelle série se termine pour moi cette année. En l’occurrence, que Sexy Cosplay Doll n’ait pas plus duré est une bonne chose, tant le dernier acte s’est révélé poussif. En effet, depuis le début de l’arc « Haniel » (chapitre 86, sur un total de 115 plus quelques bonus), la série se traine. Certes, il s’agit du dernier cosplay (le dixième) qui doit nous amener au climax de la série. Cependant, ajouter une histoire parallèle concernant le mangaka créateur du personnage que doit incarner Marine ne fait qu’ajouter à un délayage de plus en plus manifeste. D’autant plus que l’introduction d’Akira Ogata, la fan revêche, avait, de mon point de vue, affaiblit le récit pendant deux tomes. Le plaisir de retrouver Marine et Wakana n’était donc plus le même qu’aux débuts, en 2019. Bref, il était temps que cela se termine. Néanmoins, ce dernier opus est assez réussi malgré quelques longueurs car il apporte une réelle fin à l’histoire. Quelques chapitres bonus viennent faire du remplissage, mais ils sont plaisants à lire.

Notons qu’il existe un coffret collector (que j’ai bêtement acheté car je suis faible dès que ça concerne Marine) avec ce tome 15, permettant de ranger la série. Il est accompagné d’un jeu de cinq illustrations pouvant être glissées dans un petit cadre photo. Je n’ai pas pu vérifier si les quinze tomes tiennent bien dans le coffret, je ne suis pas allé voir la vidéo YouTube qui hurlait au scandale et je n’ai pas vu d’autre information à ce sujet sur mes bulles de réseaux sociaux. Cela sentait trop le titre « putaclic » et je déteste ça. En effet, je ne retrouve pas mes six premiers volumes. Je soupçonne fortement qu’un de mes neveux les a empruntés lors d’un passage à la maison (j’ai dû donner mon accord pourtant, mais moi et la mémoire). Il va falloir que j’enquête…

Le plus notable pour moi est que mon billet dédié aux trois premiers tomes, écrit il y a plus de six ans, est ma meilleure audience, de loin… et cela ne faiblit pas. Par contre, je me suis toujours demandé (c’est toujours le cas) quelle était la réalité derrière ces statistiques. Sont-ce de vrais gens qui ont réellement lu le texte ? Certainement pas, à voir le peu de « j’aime » ou de commentaires. Je pense qu’une partie des vues proviennent de clics sur des recherches Google grâce au titre même : « Sexy », « Cosplay » et « Doll », c’est quand même un trio de mots clés magiques pour avoir de l’audience. Pourtant, actuellement, ma chronique n’arrive pas dans les dix premières pages de résultat. Je me demande aussi si les recherches se sont maintenues grâce à la sortie de l’animé en 2022 diffusé en francophonie sous son titre international My Dress-Up Darling. J’aurai tendance à penser que non, ou seulement à la marge, du fait de changement de titre. Cependant, la très nette augmentation des visites est concomitante à cette sortie. Quoi qu’il en soit, les personnes ayant cliqué sur la réponse renvoyant à mon site suite à leur requête ont dû être bien déçues d’avoir mon billet sur leur écran (oh la la, toute cette lecture). La série a connu un grand succès mondial, ce qui s’est concrétisé, outre une série d’animation (deux saisons), par un drama, de très nombreuses figurines, des tas de produits dérivés. Tout cet écosystème n’a pu que favoriser mon billet, même si je ne vois pas comment.

Je me suis demandé aussi si ce ne sont pas les « lectures » d’IA qui me permettent d’avoir ces statistiques. Impossible pour moi de le savoir car je n’ai pas envie de passer à la version payante de JetPack (pour les stats) ou de booster mes billets par Blaze. Google Gemini dit me connaître mais écrit pas mal de bêtises à mon sujet et donne une réponse bien générique sur ma chronique de Sexy Cosplay Doll. À part chercher à flatter mon égo, la réponse ne vaut rien. Copilot est moins mauvais dans ses réponses mais ça n’est toujours pas ça et il ne sait même pas que j’ai un site WordPress. Après, j’utilise la version gratuite dans ces deux cas, et je suis une buse en « prompt » vu que je ne fais que très peu usage des IA. GPT-5.4 et Claude Sonnet 5 ne connaissent pas ma chronique et ont eu besoin d’aller sur mon blog pour me répondre. Donc, bon, je n’ai pas l’impression d’être visité / pillé par les IA. Du coup, voici une piste que je dois abandonner.

Le nombre de mes vues restera donc un grand mystère. Pour mes autres « succès » comme ceux portant sur la franchise de jeux vidéo Horizon et ses MODs, ou mes billets sur le manga Le Pavillon des hommes, je comprends mieux, mais là… Ce n’est pas grave. Il suffit de retenir que malgré un titre français (l’original est pire tant il est à rallonge et restrictif sur le contenu) ne présentant pas toute la richesse de ce manga, nous avons là une série qui vaut le coup d’être lue, que je conseille à nouveau fortement, surtout en lecture soutenue car désormais, tous les tomes sont disponibles. Le tome 15 permet en plus de finir sur une bonne note, chose si rare dans le monde du manga.

Sexy Cosplay Doll
Série en 15 tomes parue chez Kana entre octobre 2019 et juillet 2026
De Shinichi Fukuda
Traduit par Aline Kudor

L’instant nostalgie : JUILLET 2007

C’est l’été, les vacances scolaires ont commencé, la vingt-cinquième édition de Japan Expo va avoir lieu dans quelques jours. Cela fait plus de dix ans que je n’y mets plus les pieds et je dois avouer que cela ne me manque pas. Néanmoins, je suis systématiquement allé au Parc des expositions de Paris-Villepinte entre 2006 et 2015 et j’en garde quelques bons souvenirs. J’ai aussi été simple visiteur en 2003 et 2004 lorsque la manifestation avait lieu au CNIT de la Défense.

2006 n’est pas le meilleur « impact » que j’ai pu suivre, celui de 2007 a été bien meilleur. Cela se voit au nombre et à la qualité des photos prises à l’époque. Toutefois, si l’édition 2006 n’était pas très intéressante, j’en ai retenu une : la photo bonus montre le système de transport SK mis en service en 1986. Il s’agit de sa dernière année de fonctionnement. En effet, il était dans un grand état d’abandon en 2007. C’était un système de transport par petites cabines sur rails tractées par câble. C’était rigolo à défaut d’être rapide (on allait aussi vite à pieds).

J’ai donc préféré montrer ici l’entretien avec la bédéaste Ji Di présente en 2007 à l’occasion de la sortie du premier tome de sa série (interrompue au troisième opus en version française) My Way, éditée par l’éditeur Xiao Pan. Cet entretien est toujours disponible sur le site « Des Mangaversien·ne·s à… » pour celles et ceux qui voudraient se souvenir de cette époque disparue.

La photo

Villepinte — Japan Expo — Canon EOS 350D

L’anecdote

J’ai toujours privilégié les entretiens directement dans la langue de l’artiste interviewée, qu’ils soient réalisés oralement comme à Japan Expo ou à l’écrit par mail. Cette habitude, commencée en 2007, a perduré pour les rencontres avec Setona Mizushiro en 2008 et Tôko Kawai en 2011 organisées pour la revue Manga 10 000 images. Pour JiDi, l’entrevue s’était déroulée en mandarin grâce beanie_xz dont il s’agit de la langue natale. Pour Setona Mizushiro, l’entretien avait eu lieu en japonais grâce à mon compère Hadrien de Bats dont la facilité à l’oral a bluffé les professionnels de l’édition présents dans la pièce (je vous confirme que son écrit est lui-aussi excellent). Surtout, ça a vexé l’interprète qui a très mal pris le fait d’être mise à l’écart par notre attitude « Non non, on n’a pas besoin de vous, c’est bon, merci ». Elle a boudé dans son coin tout le long les échanges, ha ha ! Pour Tôko Kawai, c’est Marie-Saskia Raynal, traductrice et parfois interprète au Festival d’Angoulême (notamment pour Range Murata en 2009) qui s’y était collée. Là, ça s’était mieux passé : comme pour JiDi, l’interprète prévu·e était bien content·e de pouvoir se reposer un peu. Pour nous, cela permettait, dans le même temps imparti (souvent d’une petite demi-heure), d’avoir au moins le double d’échanges.

La photo bonus

Villepinte — Parking du Parc des expositions — Canon PowerShot A75

Jim Queen — Déjanté, irrésistible, gai !

Présentation du distributeur : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…

Jim Parfait est le maître du Temple Gym où de nombreux hommes cherchent à avoir le « corps masculin parfait » et où le muscle vaut toutes les peines du monde. Influenceur fitness aux nombreux abonnés, il est le plus digne représentant des « Hercules », ces gym queens qui ne s’épilent pas : leurs muscles sont mis en valeur par le poil. Sa devise est « Reste toi-même, les autres sont déjà pris ». Totalement autocentré, obnubilé par son corps, le monde de Jim s’écroule lorsqu’il contracte une nouvelle IST : l’hétérose. Il va devenir hétéro et perdre tout intérêt envers l’entretien de son corps. Pire, il va s’intéresser au foot, être capable de reconnaître un hors-jeu. Heureusement pour lui, sa best friend forever (BFF), Nina, une médecin lesbienne, a une piste : la chloroqueer, objet de recherche du docteur Ragoult qui s’est retiré du monde hospitalier, étant radié de l’ordre et interdit d’exercer.

Julien est le fils (unique semble-t-il) de la ministre de la Santé, Christine Bayer, une homophobe déclarée. De ce fait, il n’a jamais réussi à révéler son orientation sexuelle. Un jour, il trouve le courage de partir de chez lui pour aller à la rencontre de son amour, Jim. Ne connaissant rien au monde gay et à ses nombreuses sous-communautés, c’est un « Ttwink » au cœur pur qui va rester fidèle à son idole, malgré toutes les horreurs que ce dernier lui a dit lors de leur première rencontre à la Powerboyz, cette fête incontournable du monde de la nuit gay. De nombreux personnages secondaires viennent enrichir l’histoire. Outre Nina, nous faisons la rencontre de Pavel, un cas extrême de Gym Queen, souffre-douleur de Jim. Il y a aussi Glamydia, une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, une « Drag-none » qui va expliquer à Lucien les bases de la culture gay. Robear, ancien amant de notre héros, est un « Bear », ces hommes gros et poilus, souvent assez âgés. Il refuse d’aider Jim dans sa quête, à moins que… Mister Leather et ses puppies est un des antagonistes du film. Il a imaginé une thérapie de conversion afin de soigner les victimes de l’hétérose. Bien entendu, celle-ci ne fonctionne pas et cause de grandes souffrances à ceux qui la subissent. Il y a bien d’autres protagonistes, incarnant tel ou tel aspect de la communauté homosexuelle masculine.

Tout au long de l’heure vingt-cinq du film, les quatre auteurs, Simon Balteaux, Marco Nguyen, tous deux homos, Nicolas Athané et Brice Chevillard, ces deux-là étant hétéros, illustrent avec beaucoup d’humour le monde de la nuit gay, en multipliant les blagues sur l’homonormativité ainsi que son pendant, l’hétéronormativité. C’est un humour souvent assez trash, jamais provocant tout en étant irrévérencieux, avec beaucoup d’autodérision. C’est très rythmé, souvent déjanté, le studio d’animation Bobbypills étant spécialisé dans ce type de créations pour un public ado-adulte. De ce fait, le film est accessible à toutes et à tous, homos comme hétéros, permettant à certains de s’y retrouver ou à d’autres de découvrir une culture très parisienne. On y découvre des lieux importants du Paris gay avec le Bear’s Den, la péniche Rosa Bonheur, le labyrinthe du Louvre, feu le bar Le Central, etc. Il y a une réappropriation ou un détournement des clichés qui fonctionne à chaque fois. En cela, c’est un excellent film.

Un aspect du film pourrait passer un peu inaperçu, alors que c’est une totale réussite. La bande son qui puise ses influences dans les univers techno, house et clubbing, est agrémentée par de nombreux moments chantés proposant une grande variété musicale. En effet, entre le rythmé titre techno « La Reine des Gym Queen », la sirupeuse chanson sur le placard secret de Lucien, l’inénarrable karaoké de « J’irais où tu iras » ou la bouleversante prestation de Glamydia dans « La Dernière des Drag Queens », nous sommes presque en présence d’une comédie musicale. Car, oui, la musique tient une place prépondérante dans la narration. Elle est composée par Kirosen, un duo (Mathieu Rosenzweig et Benjamin Nakache) de compositeurs / producteurs. La Bande Originale du film est disponible sur Spotify, Amazon Music, YouTube, etc.

Cette année, je suis retourné voir des films d’animation en salle, notamment grâce à la programmation plutôt pointue du cinéma Le Méliès à Montreuil (des films de Satoshi Kon et de Mamoru Oshii). Ma bulle de réseaux sociaux étant celle qu’elle est, mon attention a été attirée sur Jim Queen, un film montreuillois, réalisé par Bobbypills, un studio héritier de celui qui a créé les excellents Kassos. La bande annonce étant particulièrement accrocheuse, proposant un humour très irrévérencieux envers les communautés gays, j’ai profité d’une projection complétée par une rencontre avec une (petite) partie de l’équipe dans le cadre du Festival du Film de Fesse dont j’ignorais totalement l’existence et proposé, entre autres, par le très sérieux Forum des Images. Cette édition 2026 se focalisant surtout sur la représentation érotique féminine, je pense que cela nous a valu de voir un court métrage en total décalage avec le reste de la séance. Voir une femme vêtue (si on peut dire) d’un bikini en cotte de maille se masturber de façon explicite sur une épée (rappelant furieusement celle de la légende d’Excalibur) a été plus qu’une surprise. J’ai trouvé ça assez déplacé même si ce n’aurait pas été pour me déplaire dans d’autres circonstances.

La rencontre suivant la projection se déroulait avec un représentant du F.F.F., de Jérémy Gillet, l’acteur doublant Julien et de Matthieu Saghezchi (si j’ai bien compris), responsable des couleurs. Les explications données à cette occasion, complétées par le dossier de presse comprenant un entretien avec les réalisateurs et scénaristes ainsi qu’un autre avec les producteurs, nous apprennent que le film a mis huit ans à se faire, avec des problèmes pour boucler un tour de table devant réunir les cinq millions d’euros nécessaires à son financement. Une telle durée de gestation, alors que le monde changeait, a obligé les auteurs à modifier leur récit sur certains points. Surtout, avec une nouvelle montée de l’homophobie et des crispations nées de revendications de plus en plus vives, la perception que l’on peut avoir du film a changé : d’une comédie brocardant gentiment les stéréotypes gays à destination d’un public LGBTQIA+, une dimension militante, non voulue à l’origine rappelons-le, s’est imposée aux yeux de certaines et certains. Il est fait le reproche d’avoir là aussi invisibilisé les autres minorités non-hétérosexuelles. La presse spécialisée grand public semble y voir systématiquement un film engagé, d’après certains retours que j’ai pu voir ou entendre. Pour ma part, je n’ai rien ressenti de tout cela, les intentions premières sont toujours là et j’ai l’impression qu’il n’y a pas grand-chose de plus, si ce n’est au début un content warning sur le fait que le film se focalise sur la lettre « G ». Disons-le, ce n’est pas un film woke, c’est une comédie déjantée, irrésistible et gaie, malgré quelques passages très durs.

Crédits photos : Bobbypills © 2026 Alex Pilot

Jim Queen est produit et réalisé en 2D numérique par Bobbypills, un studio qui existe depuis 2017 et qui travaille avec notamment Netflix, Crunchyroll, Warner et Ubisoft. Il s’agit de son premier long métrage, étant spécialisé dans les formats cours. Le projet date de 2021, il a été présenté aux financeurs en 2023, rapidement subventionné à hauteur de 75%. Sa concrétisation a été aidée par la venue en coproduction de la société belge Umédia. Enfin, un crowdfunding Ulule a permis de boucler le financement prévisionnel et de compenser la frilosité du monde audio-visuel qui n’a pas voulu investir le moindre euro. De ce fait, pour des raisons de budget un peu trop serré, le scénario a été amputé d’un arc narratif se focalisant sur Nina et son lesbianisme. Ceci dit, cela a permis au film de ne pas se disperser, de rester compact et rythmé de bout en bout. Le film a été présenté en avant-première au Festival de Cannes en mai où il a reçu un accueil plus que chaleureux.

La production de Jim Queen a nécessité le travail de quatre studios : Celui de Bobbypills à Montreuil qui a géré la préproduction, la conception des personnages, les maquettes 3D, tandis que l’antenne située à Angoulême s’est concentrée sur le storyboard et les décors. Il a été fait appel à deux studios externes : Waooh! Studio à Liège en Belgique, et Gao Shan Pictures situé à La Réunion. Ils ont pris en charge l’animation, les effets spéciaux 2D et l’assemblage des différents éléments en un plan unique (le compositing). Les logiciels utilisés sont principalement Toon Boom Storyboard Pro et la suite Adobe Creative dont Animate, Photoshop et After Effects.

Le doublage des personnages du film est très soigné. Seul le nom de Shirley Souagnon m’était connu grâce à ses sketchs vu sur YouTube (ONDAR, Montreux) dans lesquels elle représente la fierté lesbienne. Il faut reconnaitre que tout le monde est parfait et en adéquation avec son rôle. Même s’il n’est pas aussi musclé que Jim dont il prête la voix, Alex Ramirès est un acteur ouvertement gay. Glamydia est doublée par Harald Marlot, une Drag Queen spectaculaire, célèbre dans le milieu sous le nom de Jerrie FK. Cela est même allé parfois plus loin : Le choix de Jérémy Gillet, jeune acteur belge gay, a provoqué des changements dans la représentation de Julien comme on peut le voir avec la « publicité » proposée par l’équipe des Kassos. Les cheveux, à l’origine droits et longs, sont devenus bouclés, ce qui lui va bien mieux.

Lors de la rencontre suivant la projection au Méliès, Jérémy nous a expliqué une difficulté à laquelle il avait dû faire face : les dialogues ont été enregistrés très tôt pendant la réalisation et chaque acteur ou actrice enregistrait dans son coin, avec les autres voix dans un casque. Et il n’avait comme indication visuelle que des formes bâtons sans réel décors, bien loin de ce qu’allait devenir visuellement le film. En effet, cela est courant dans le monde du doublage pour les films d’animation ou pour les jeux vidéo, mais cela peut être déstabilisant pour quelqu’un qui n’y est pas habitué. Quoi qu’il en soit, son jeu est juste et il a chanté merveilleusement « J’irais où tu iras » (en espérant que c’était bien lui).

Cousines lointaines du film, les bandes dessinées sur l’homosexualité et la culture LGBTQIA+ existent depuis de nombreuses années. La découverte du monde de la nuit gay parisienne par un jeune homme ignorant a donc déjà été traitée. Une des plus connues est Bienvenue dans le marais d’Hugues Barthes. Le titre a vieilli car il est paru en 2008 et évoque les années 1980. Il y a aussi le plus confidentiel Les folles nuits de Jonathan de Jean-Paul Jennequin, encore plus ancien car datant de 1997. Les deux œuvres sont semi-autobiographiques, donc bien plus sérieuses. Elles cherchent aussi à être plus didactiques. Il ne faudra donc pas espérer y retrouver l’humour et la démesure de Jim Queen. Néanmoins, pour toute personne intéressée par cette thématique, ce sont deux lectures que je ne peux que conseiller.

Film d’animation Franco-belge, comédie sortie en salle le 17 juin 2026

Jim Queen, un film de Marco Nguyen et Nicolas Athané
Scénario de Simon Balteaux, Marco Nguyen,Nicolas Athané et Brice Chevillard
Musique composée par KIROSEN
Produit par BOBBYPILLS et co-produit par UMEDIA
Direction de l’animation par Stephan Thaler, Julien Licata et Estelle Antonini

Voix françaises
Alex Ramirès : Jim Parfait
Jérémy Gillet : Lucien
Shirley Souagnon : Nina
François Sagat : Pavel
Harald Marlot : Glamydia
Élisabeth Wiener : Christine Bayer
Alexandre Brik : Robear

Six podcasts à écouter

Depuis mon billet dédié à cinq années de podcasts, j’ai continué mes écoutes. Même si cinq années ne sont pas passées, voici six séries qui m’ont particulièrement plu et qu’il faut écouter tant elles sont d’excellente qualité. Ces podcasts sont instructifs et même édifiants à propos de la société française, passée et présente. Je me suis un peu éloigné de France Culture pour m’intéresser à ce que propose Radio France, notamment au travail de Philippe Collin. Durant ces huit derniers mois, j’ai écouté bien d’autres podcasts. La plupart sont intéressants (après tout, je choisis ce que je télécharge) comme cet épisode de Zoom Zoom Zen consacré au quartier du Sentier, ou la série consacrée aux mondes de Jules Verne. Cependant, il fallait bien faire une sélection. Bonne écoute si cela n’a pas déjà été fait !

Alfred Dreyfus, le combat de la République

Connaissant assez mal « L’affaire Dreyfus », comme un peu tout le monde, l’écoute des dix épisodes m’a montré à quel point il ne s’agissait pas d’une erreur judiciaire mais d »une machination rendue possible par l’antisémitisme d’une grande partie des élites et de la population française de l’époque, à commencer par l’Armée et la Presse. Cela nous rappelle que le principe de réussite républicaine, si elle existe bien, se heurte souvent à d’autres réalités.

Léon Blum, une vie héroïque

Cette série, complémentaire à celle concernant Dreyfus, est construite de la même façon : mélange rythmé de narration principale, de dialogues joués par des acteurs et des actrices, d’entretiens avec des spécialistes. Elle met en avant la vie exemplaire de Léon Blum, et nous rappelle à quel point l’extrême droite de la fin du XIXe et du XXe siècle ainsi que le gouvernement de Vichy sont des tâches indélébiles sur le drapeau français.

Racisme, une histoire

Élargissons nos horizons sur la perception de l’autre. Cette série nous permet de mieux appréhender le développement en Occident du racisme, notamment au sein de la société française. De la création de la notion à sa pseudo-justification scientifique en passant par son « utilité » économique, les quatre épisodes devraient être écoutés par l’ensemble de la population francophone, afin de ne plus tomber dans le piège des a priori et de ne plus se faire embobiner par certains discours.

Celles qui lisent

Continuons à élargir notre compréhension de la société française, cette fois grâce au thème de la lecture, mais vu sous son versant féminin. En effet, l’instruction et la lecture dont elle est un corollaire ont pendant longtemps été réservées à une certaine élite masculine. Les huit épisodes proposés nous montrent le lent et difficile développement de la lecture par et pour un public féminin, jusqu’à ce que ce dernier deviennent largement majoritaire. Pourtant, certaines lectures restent méprisées car dites « féminines ».

IA : quels bouleversements pour demain ?

Tournons-nous désormais vers ce qui devient plus qu’une mode et qui risque de détruire nos sociétés occidentales, déjà mal en point. Avec cette série sur l’Intelligence Artificielle, huit questions nous sont posées accompagnées de différents avis et de quelques éléments de réponse. Selon les sensibilités de chacune et chacun, tous les épisodes ne sont pas passionnants mais ils valent le coup d’être écoutés. Tout allant tellement vite dans ce domaine, il ne faut pas trainer avant que les propos qui nous sont ici proposés soient obsolètes, confirmés ou démentis.

L’effet chat

Terminons par un sujet destiné à assurer le succès public de ce billet. « L’Effet chat » est une série, comme son nom l’indique sur les petits félins qui pullulent dans nos villes. De leur domestication à leur nocivité pour la biodiversité, en passant par leur bienfaits sur le moral de leurs maîtresses et maîtres, sans oublier leur succès sur Internet, c’est un tour d’horizon complet qui nous est proposé en huit parties. Vive les chats !

Rendez-vous dans plusieurs mois est donné pour une autre sélection, car nul doute que j’ai encore de nombreuses heures d’écoute qui m’attendent. Et merci à Manuka pour ses corrections.

L’instant nostalgie : JUIN 2006

Retour aux photos touristiques, en France, en Haute-Savoie… Entre 2003 et 2010, je suis allé au Festival International du Film d’Animation d’Annecy en tant que « professionnel ». J’avais l’habitude d’y retrouver Morgan, notre cheffe mangaversienne à toutes et à tous. Elle faisait des comptes-rendus sur son site tellement vivants que ça donnait à tout le monde l’envie d’y aller. Il y avait aussi Eyefire, un mangaversien lyonnais. Après quelques éditions, j’avais pris l’habitude d’avoir des invité·e·s (surtout des invitées) pour leur faire découvrir en vrai la manifestation. C’était mes vacances d’été car j’étais présent plusieurs jours. J’ai arrêté d’y aller par manque d’intérêt : Morgan avait son programme de plus en plus réduit et personnel, on se voyait à peine, Eyefire n’y allait plus, et je n’avais plus personne à inviter (je déteste être seul sur les festivals, conventions, expositions, projections et autres manifestations). Surtout, il y avait de moins en moins de courts métrages (ahhh, les joies du film de 20′ polonais bien déprimant 🙂 ) qui étaient de plus en plus remplacés par des longs métrages, surtout japonais (vous ai-je dit que je déteste, même s’il y a quelques rares exceptions, l’animation japonaise ?). Il n’empêche que ça fait d’excellents souvenirs et pas mal de photos dans ma photothèque.

La photo

Annecy — Palais de l’Isle — Canon EOS 350D

L’anecdote

2006 n’est pas la meilleure édition que j’ai pu suivre, je n’en ai pas de grands souvenirs. Il faut dire que ma présence a été écourtée par le vol de mon PC portable dans la chambre d’hôtel où je l’avais laissé. Du coup, retour précipité à la maison pour changer par sécurité les mots de passe personnels et ceux pour mes accès clients. Inutile de dire que je ne suis jamais retourné dans cet hôtel qui laissait les portes des chambres ouvertes lors du ménage et qui n’a rien pu faire d’autre que me rembourser les nuitées non effectuées (c’est déjà pas mal). Je n’ai pas changé d’assurance mais ça aurait mérité de le faire : pas d’effraction, pas de dédommagement.

La photo bonus

Annecy — Bonlieu — Canon EOS 350D — Photo par Eyefire

De la chanson française sociale (2/2)

S’il y a une certaine logique à ce que j’apprécie Ridan étant assez fan de chanteurs comme Brel ou Renaud, que j’apprécie à ce point Mino est franchement surprenant. J’écoute très peu de hip-hop même si j’ai eu l’occasion d’apprécier certains titres de Deltron 3030 ou de Macklemore auparavant, sans oublier Chinese Man. Cela fait peu pour avoir une idée précise de ce que représente ce genre musical. Et ce n’est pas la lecture de la bande dessinée américaine Hip Hop Family Tree qui m’a permis d’en mieux comprendre la composition, juste d’en voir le développement en tant que mouvement artistique plus global.

Mino

Originaire de Marseille, Mino a commencé à rapper en 1997, à l’âge de 17 ans. Ses apparitions avec Psy4 de la rime et sa présence sur une mixtape de DJ Poska le fait connaître localement et il signe un maxi chez Street Skillz, le label de Soprano. Cela permet la sortie de Bretzel en 2003. Il est invité sur plusieurs projets et compilations. Il en résulte en 2005 un double CD, Rétro perspective, qui regroupe ses différentes créations. C’est en 2007 que sort son premier véritable album, Il était une fois, précédé d’un street album nommé Il était une fois Mino. Il faut attendre 2011 pour avoir un second LP, La 25ème Heure. Même s’il part en tournée avec Soprano à cette occasion, le succès ne semble toujours pas au rendez-vous. En 2014, Mino revient avec un EP, Après On Verra Après. En 2019, il autoproduit un EP, Et cette nuit là… sa dernière « galette ». Depuis, il y a bien eu une participation à une compilation (en 2021) et un single (en 2022), les deux en l’honneur du club de l’Olympique de Marseille (dont il est un grand fan depuis toujours), mais la carrière de Mino semble bien à l’arrêt (site disparu, difficultés pour acheter ses CD, très peu de présence sur sa page Facebook).

Le Maxi Bretzel propose deux titres avec leurs variations a capella et instrumentales. « Bretzel » est du hip hop (d’autant que je sois capable de le juger) rythmé, parfois syncopé et assez original, avec quelques interludes plus musicales tirées de « Tout doucement » de Bibi dont les paroles entrent en résonance avec celles écrites par Mino. Un clip a été réalisé. « De mes nuages » est plus aérien mais plus classique. Le double CD Rétro perspective est totalement introuvable pour qui veut l’écouter de nos jours. Il contient 32 titres proposant généralement un rap assez classique, dont les deux de Bretzel. Il y a aussi une sorte de pré-version que l’on trouve ensuite sous une forme totalement différente sur le premier album. Comme on peut s’en douter, il y a du bon et du moins bon. Au moins, c’est assez varié, notamment pour les instruments. Retenons toutefois « Stalag 13 », « Cri de colère » et surtout « Libertad » qui aurait mérité d’être sur un album au lieu d’une simple compilation (la mixtape Mains pleines de ciment 2), d’autant plus que Soprano y est présent.

Avec Il était une fois, Mino connaît enfin la joie d’avoir un premier album à son nom. Il est d’ailleurs très personnel, très « je ». Notre Marseillais a pris son temps mais il faut reconnaître que le résultat est là. Les 13 titres proposés sont tous excellents et la plupart de mes préférés de l’artiste s’y trouvent. Cela commence fort avec une première perle : « Le Monde me suffit pas ». Travaillé au niveau de l’instrumentation, avec un cœur masculin enlevé, les paroles nous révèlent la difficulté de Mino a être artiste. La deuxième piste est du même niveau avec « Il Était une fois Mino… » dont les paroles très fortes et personnelles ne peuvent que toucher. Avec « On ne lâche rien », l’artiste produit une rengaine positive et entrainante, proposant une autre tonalité aux difficultés de vivre dans les « banlieues », même marseillaises. Nous avons là un véritable air de supporter, ce qui es normal, après tout ! Après deux titres sympathiques, on retrouve le très haut niveau avec « Le Fruit de mon époque ». Cette complainte est ma préférée, tant par des paroles, très critiques envers la France, et malheureusement toujours d’actualité. Suit « Un Homme blessé » qui est pratiquement du même niveau. Magistral ! « Ma Traversée du désert » nous rappelle que Mino a eu un passage à vide et n’arrivait plus à écrire la moindre rime. Citons aussi « Personne est innocent » qui montre que nous sommes tous responsables de l’état actuel de la société française. Enfin, n’oublions la dernière piste : « Quand le cœur en vient aux mains » est mon autre titre préféré de l’auteur. Ici, Mino, en se prenant en exemple, exprime la difficile vie créative d’un artiste de rap proposant des créations personnelles qui ont du mal à trouver leur public, en faisant référence à ses autres productions.

Corroborant certaines de ses paroles sur ses difficultés d’écriture, Mino arrive enfin à sortir son second album en 2011. La 25ème Heure confirme la direction prise par Il était une fois. Avec des orchestrations de plus en plus travaillées, à l’exemple de « Construis ta route », le rappeur persévère et signe. Il continue à nous proposer son univers personnel. Cette fois, il y a ajoute des effets, principalement sur son chant. Vocoder ou Auto-tune, j’avoue ne pas être capable de le deviner. Je ne suis pas certain que ça ait plu au grand public Hip Hop, ceci dit. On retrouve les mêmes recherches musicales, en plus prononcé, avec « Fuck la Crise ». « Mino de France » retrouve le souffle social du premier LP de l’auteur. En effet, il est important d’écouter les paroles, car elles sont les fondations du rap, à la différence de la Pop. Néanmoins, l’absence de compositions aussi entrainantes que dans Il était une fois, malgré un bon départ avec « Man on Fire », fait que j’ai moins accroché, malgré un travail de création manifeste. Je suis incapable de juger de l’originalité de ce que nous propose ici Mino, par manque de culture Hip Hop, mais je crains que l’artiste n’ait pas réussi à toucher au delà d’un cercle restreint de fans inconditionnels, dont je fais partie.

L’EP Après on verra après propose quelques titres intéressants, à commencer par « C’est comme ça qu’ils m’ont connu ». Malheureusement, si c’est du pur Mino, nous sommes dans le même cas qu’avec La 25ème Heure. Les six titres présents sont manifestement dans le prolongement du précédent album. La dernière piste, avec « Brebis égarées », permet de finir assez fort, grâce à un titre « social ». L’artiste commence donc à tourner en rond et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser « Trois ans d’attente pour ça ? Quel dommage ». Il n’en est pas de même avec l’autre EP, après un hiatus de cinq nouvelles années. Et cette nuit Là… contient une jolie perle très personnelle avec « La Corderie » qui bénéficie d’un clip. Nous pouvons même y voir une sorte du chant du cygne. Il y a quatre clips qui viennent soutenir cette sortie dont le visuellement humoristique « Trop con », ce qui est en totale contradiction avec les paroles. Mino y touche le fond. L’avant dernière piste, « Cruelle », lui permet de retrouver de l’allant après deux titres sans intérêt. Il y présente la douleur pour un père d’être privé de son fils par le divorce. La misogynie n’est pas loin à certains moments, mais nous avons là le ressenti du rappeur. Sa carrière en reste là, ce ne sont pas ses deux dernières créations, venant clamer son amour du club de football de Marseille, qui changent quoi que ce soit.

Conclusion

Ayant essayé d’écouter quelques succès de Soprano ou d’autres artistes de la scène marseillaise, je n’ai rien trouvé qui me plaise comme Mino. Dans ce genre musical, en ce qui concerne la France, il n’y a décidément que le groupe d’Aix-en-Provence (la rivalité entre ces deux villes est bien connue) Chinese Man qui a trouvé grâce à mes oreilles. Néanmoins, ces dernières ont pu s’habituer aux spécificités musicales du Rap, ce qui me permet de ne plus le fuir comme à une époque.

Akari

Akari, la lumière du verre

Akari

Fumiyo Kagari, artisan vitrailliste qui a sa petite renommée, a vu sa vie basculer avec le décès de son épouse. Il n’a plus le goût à créer et à continuer de vivre comme avant, lui qui est au crépuscule de sa carrière. Un soir, il rencontre une jeune fille devant chez lui et pense qu’il s’agit de sa petite-fille dont il n’a plus de nouvelles depuis des années, étant fâché avec son fils. Akari semble perdue et en proie à des difficultés de logement. Sans la questionner, il lui propose de l’héberger pendant quelques temps. Le travail du verre et la création de vitraux vont permettre à ces deux êtres en perdition de trouver un nouvel élan, la motivation de continuer à vivre et, surtout, de créer. Malheureusement, un lourd secret bientôt révélé viendra tout gâcher.

J’avais raté cette excellente bande dessinée lors de sa sortie (y compris la chronique de Tachan), oubliant de suivre à l’époque les conseils de ma « conscience manga », toujours avisée. Cette dernière a donc décidé que ça ferait un excellent cadeau d’anniversaire et, comme d’habitude, elle avait totalement raison. Marco Kohinata, l’autrice, nous propose là une histoire poignante mais sans misérabilisme. Les (un peu moins de) 240 pages se lisent d’une traite, tant la narration est fluide malgré la présence de nombreuses analepses. Il est impossible de rester insensible à ce que vivent Fumiyo et Akari et nous voulons savoir ce qu’il va leur advenir, ce qui nous fait tourner les pages sans pouvoir s’arrêter.

De plus, nous apprenons quelques détails sur le métier de vitrailliste et de l’art de créer de la beauté avec des morceaux de verre. En effet, le propre grand-père de la mangaka a exercé cette activité, le manga permet de lui rendre un bel hommage. Le thème de la séparation, que ça soit par la mort ou par l’éloignement, est l’autre thème central du récit. La postface de l’autrice permet de comprendre que cette dernière s’est manifestement basée sur sa propre expérience familiale et d’étudiante en beaux-arts.

Si le manga est si facile à lire malgré des thèmes assez durs, c’est grâce à des personnages bien construits, d’excellents dialogues et une narration fluide. Celle-ci l’est grâce à un dessin personnel très réussi proposant différents rendus graphiques selon les besoins. Les pages muettes sont nombreuses et superbes. Les trois exemples donnés ci-dessus illustrent bien les présents propos. Le noir n’est pas utilisé pour les analepses mais plutôt pour rendre une ambiance. Les retours dans le passé se distinguent de l’instant présent grâce à un trait plus charbonneux, plutôt gris que noir. C’est beau, il n’y a rien à dire de plus !

Marco Kohinata travaille depuis 2015 en indépendante, proposant ses services d’illustrations (web, presse, livre), d’animatrice et exerçant aussi en tant que mangaka. Sans surprise, ses outils sont Photoshop, Procreate et Clip Studio. Elle a réalisé quatre mangas, tous des one-shots, trois sont sortis chez Shôgakukan. Ils ont été prépubliés dans Big Comics (Artiste wa Hana o Fumanai entre 2015 et 2017, Boku no Wasuremono en 2017 puis Hei no Naka no Biyôshitsu en 2019). Akari a été prépublié en 2022 dans le magazine Web Comiplex de l’éditeur Heros Inc. Elle a aussi publié deux recueils d’illustrations et dessine pour des romans. L’autrice est très discrète sur elle-même, tout en communiquant sur les réseaux sociaux. Elle vend aussi en ligne certaines de ses créations. Elle montre une autre façon de vivre de son art, celle issue du monde numérique. Très talentueuse, elle a été distinguée pour une de ses couvertures de roman, pour un de ses courts-métrages d’animation et pour deux de ses mangas.

Autrice : Marco Kohinata
Traducteur : Adrien Blouët
Éditeur : Le Lézard Noir
Prix : 19,00 €
Format : 16,50 x 23,50 cm
Nombre de pages : 240
Reliure : Broché
Couverture : Souple avec rabats
EAN : 9782353484256
Date de sortie : Décembre 2025

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