Un souffle féminin dans le seinen manga (2/2)

Voici la fin de la version rédigée de ma conférence donnée au Conservatoire le 19 mars 2022 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. La première partie est consacrée à la définition et à un rapide historique du seinen manga. La seconde se focalise sur la présence des auteures au sein de ces publications principalement destinées à un lectorat masculin adulte.

Quand le manga se féminisait

Durant les années 1960, alors que le miracle économique japonais s’exprime à plein avec le boom Izanagi, les industries culturelles ne sont pas en reste. C’est ainsi que le marché du manga croît prodigieusement. Le passage au rythme hebdomadaire de plusieurs magazines à la fin des années 1950 ainsi que l’apparition de nouveaux titres durant les années 1960 dont le fameux Weekly Shônen Jump, a provoqué un développement économique et éditorial sans précédent de la bande dessinée. Le lancement de ces nouveaux supports oblige les éditeurs à trouver toujours plus d’auteurs pour pouvoir remplir les pages de leurs différents magazines. Cette croissance profite à tous les genres et le shôjo manga est de plus en plus créé par des femmes, les mangaka hommes étant dirigés vers les supports pour garçons. Ils sont donc remplacés par des femmes qui se lancent dans le métier dès la fin de leurs études secondaires. Leur jeune âge permet  ainsi une plus grande proximité des magazines avec leur lectrices. Actuellement, à part quelques rares cas, les magazines destinés à un public féminin ne proposent que des mangaka femmes.

Durant cette évolution, des auteures vont révolutionner le shôjo manga : Hideko Mizuno et quelques autres ont redéfini les contours du genre en proposant des histoires mettant en scènes des relations, souvent sentimentales, entre les garçons et les filles, en y développant la romance et surtout étant ancrées dans la réalité de la société japonaise. Des pionnières comme Moto Hagio et Keiko Takemiya vont élargir considérablement le champ des possibles, notamment en proposant des récits de science-fiction épiques dans des magazines shôjo et même shônen. En effet, la libéralisation des mœurs venue de l’Occident, le vieillissement du lectorat qui a, de ce fait, de nouveaux centres d’intérêt, permettent aux éditeurs d’accompagner leurs lecteurs et leurs lectrices et de proposer des histoires de plus en plus matures. La série Fire !, parue entre 1969 et 1971 dans l’hebdomadaire Seventeen, est l’une des premières séries shôjo à succès avec un protagoniste masculin. C’est également et surtout une histoire dans laquelle la mangaka met en scène la première représentation connue d’une relation sexuelle dans un magazine shôjo d’un grand éditeur — chose pratiquement inconcevable à une époque où la plupart des personnages étaient des préadolescentes. En effet, l’amour, platonique bien entendu, vient à peine de faire son apparition dans le shôjo vers le milieu des années 1960.

La courte série Nous sommes onze a été prépubliée en 1975 dans le mensuel Bessatsu Shôjo Comic. Pour ce récit, Moto Hagio a reçu le prix manga Shôgakukan en 1976, réalisant le doublé avec son autre série à succès, Poe no ichizoku. C’est une sorte de huis-clos spatial où dix postulants à une prestigieuse académie militaire doivent réussir ensemble une épreuve de survie afin de valider leur concours d’entrée. Bénéficiant d’une narration rythmée, l’histoire nous propose du mystère et du suspense, le tout mis en scène dans un environnement grandiose. L’auteure s’intéresse aux différents protagonistes en prenant le temps de les présenter et de leur donner un rôle. Enfin, cerise sur le gâteau, les questions de genres — biologique, psychologique et social — sont évoquées par le biais du personnage de Flore, ce qui apporte une certaine profondeur au récit. Destination Terra de Keiko Takemiya est un autre exemple de récit de science-fiction écrit par une femme. La série est prépubliée dans le magazine Gekkan manga shônen (Asahi Sonorama) entre 1977 et 1980. Ici, l’humanité a dû migrer sur d’autres planètes suite au désastre écologique qui a rendu la Terre inhabitable. Une nouvelle organisation sociale très stricte a été mise en place pour éviter de renouveler les mêmes erreurs. Celle-ci repose sur le contrôle universel. Le héros de l’histoire va comprendre en quoi celui-ci consiste et va lutter pour que l’humanité retrouve la liberté.

Garo

C’est donc par le biais de la science-fiction que les premières incursions des mangaka femmes vont se faire dans les magazines pour garçons, mais le plus souvent de façon épisodique. Cependant, auparavant, grâce à un magazine bien particulier, elles ont eu l’occasion de s’exprimer en dehors du shôjo manga. Garo a été créé en 1964 pour que Shitaro Sampei puisse créer des gekiga sans les contraintes commerciales des hebdomadaires de shônen manga qu’il ne supportait plus. Très rapidement, le magazine s’est ouvert à l’expérimentation et aux créations personnelles. Yoshiaru Tsuge en est un des représentants emblématique. Si la plupart des bandes dessinées proposées par Garo sont réalisées par des hommes, quelques femmes y trouvent une petite place et font même école.

Kuniko Tsurita est la première à être régulièrement publiée dans la revue et une anthologie de ses créations vient de sortir chez Atrabile. Nous sommes là très loin des récits d’aventure ou de romance car la mangaka est résolument en prise avec son époque (du mitant des années 1960 au début des années 1980), ce qui la rattache au courant du gekiga, mais avec un dessin résolument personnel. Autre auteure remarquable : Hinako Sugiura qui a publié durant les années 1980 plusieurs histoires courtes rattachées à son cycle Oreillers de laque. Il s’agit d’une historienne qui faisait aussi du manga en reprenant le style des estampes du « Monde flottant ». Deux tomes sont sortis aux Éditions Philippe Picquier il y a une quinzaine d’années. Être des pionnières ne leur a pas porté chance, les deux femmes étant mortes relativement jeunes (37 ans pour Tsurita, 46 ans pour Sugiura). Notons que Kiriko Nananan a publié dans Garo au début des années 1990 quelques chapitres de Water. N’oublions pas COM, la revue « concurrente » créée en 1967 par Osamu Tezuka, qui propose aussi quelques récits créés par des femmes, la plus importante, outre Hideko Mizuno, étant Masako Yashiro qui sera aussi publiée au début des années 1970 dans le magazine Manga shônen (Asahi Sonorama) avec une courte série de science-fiction, ouvrant peut-être ainsi une porte à Keiko Takemiya et à ses consœurs.

Du ponctuel au succès

En fait, il faut attendre le début des années 1980 pour qu’une série relevant du seinen manga créée par une auteure connaisse un grand succès public. Il s’agit, sans surprise, de Rumiko Takahashi, avec Maison Ikkoku, série prépubliée dans Big Comic Spirit (Shôgakukan) entre 1980 et 1987. L’auteure avait déjà été la première femme à devenir une auteure majeure dans le petit monde masculin du shônen manga avec Lamu — Urusei Yatsura puis avec Ranma ½ (Shûkan Shônen Sunday dans les deux cas, entre 1978 et 1987 puis entre 1987 et 1996). Durant les années 1980 et 1990, de plus en plus de femmes sont publiées dans les magazines pour garçon, la plupart du temps en utilisant un pseudonyme masculin. Cependant, elles restent très largement minoritaires et font généralement des incursions ponctuelles, continuant généralement leur carrière dans le shôjo ou le josei manga (qui est apparu dans les années 1980).

Il faudra attendre les années 2000 pour que des mangas réalisés par des femmes occupent durablement le devant de la scène. Bien entendu, c’est encore dans le shônen manga que cela se passe en premier, avec le studio CLAMP : il y a d’abord Angelic Layer à la fin des années 1990 dans Monthly Shônen Ace (Kadokawa shoten), puis le collectif change de public avec Chobits au début des années 2000, titre prépublié dans Weekly Young Magazine (Kodansha), puis ensuite avec xxxHOLiC (2003-2011, Weekly Young Magazine puis Bessatsu Shônen Magazine). Il y a surtout Hiromu Harakawa. Avec Full Metal Alchemist qui parait dans Monthly Shônen Gangan (Square Enix) entre 2001 et 2010, la mangaka montre qu’à l’instar de Rumiko Takahashi, il est possible pour une femme de faire essentiellement carrière dans les magazines pour garçon. Par contre, Harakawa ne semble pas décidée à faire durablement du seinen manga. À l’inverse, Fumi Yoshinaga, après une belle carrière dans le Boys’ Love et dans le shôjo manga (Antique Bakery et Le Pavillon des hommes), connait depuis quelques années un beau succès avec sa série What Did You Eat Yesterday? prépubliée dans Morning (Kodansha), commencée en 2007 et toujours en cours.

Plus important, il est possible pour une femme de faire carrière en commençant par le seinen manga. Fumiyo Kono débute en 1995 chez Futabasha, éditeur pour lequel elle reste longtemps fidèle. Elle crée de petits bijoux dans Manga Action comme Une longue route, Le Pays des cerisiers, Pour Sanpei, et surtout Dans un recoin de ce monde. Il est même possible de ne faire que du seinen manga, à l’instar de Kaoru Mori. Après avoir commencé comme beaucoup d’auteures avant elle dans le dôjinshi (une sorte de fanzinat), Kaoru Mori débute en 2002 au sein de la revue un peu « arty » Comic Beam (Enterbrain) avec Emma avant de poursuivre dans les différents supports de l’éditeur (Fellows puis Harta) avec Shirley et surtout Bride Stories (depuis 2009). Mieux, il est dorénavant possible de débuter et de connaître immédiatement un important succès public comme nous le montre un duo de femmes, Itsuki Nanao (scénario) et Nekokurage (dessin), avec Les Carnets de l’Apothicaire. La série est l’adaptation en manga d’une série de light novels (roman pour jeunes adultes) du même nom écrit par Natsu Hyūga (possiblement de genre féminin). La bande dessinée est prépubliée depuis 2017 dans Monthly Big Gangan (Square Enix) et a déjà été imprimée au Japon à plus 13 millions d’exemplaires pour seulement neuf tomes. Les éditeurs japonais ont ainsi la preuve que faire appel à des femmes pour leurs magazines destinés à un public essentiellement masculin permet d’avoir des séries à succès, tout en élargissant la base de leur lectorat. Quand aux auteures, elles ont de plus en plus la possibilité d’échapper aux carcans du shôjo ou du josei manga, et ont plus de choix dans le ton de leurs œuvres, dans le genre de récit abordé et dans leur rythme de travail.

Une grande variété

La douzaine de planches montrées ci-après donne un aperçu de la diversité du seinen manga réalisé par des femmes, tel qu’on peut le percevoir en francophonie. Il aurait été possible d’en montrer de nombreuses autres mais il fallait faire un choix. Celui propose toutefois une certaine variété graphique et ce sont toutes des œuvres récentes.

Avec Olympia Kykos, Mari Yamazaki propose une œuvre avec un graphisme et un récit qui sont très typés seinen. La série était prépubliée dans le bimensuel Grand Jump (Shueisha) et totalise sept tomes. Nous voyons ici qu’une mangaka peut faire exactement la même chose qu’un mangaka. Avec Demande à Modigliani (Big Comic Special, Shôgagukan, 5 tomes), nous avons un titre graphiquement plus difficile mais avec un thème typiquement seinen : celui de la vie étudiante. L’originalité vient ici du type d’études, celles que l’on reçoit dans les écoles d’art. Les questions qui tournent autour d’une voie incertaine sont au centre du récit car Ikue Aizawa, une jeune auteure, puise ici dans sa propre expérience. Akane Torikai aborde un thème bien plus difficile dans les huit tomes d’En proie au silence (Morning Two, Kodansha), celui des violences sexistes quotidiennes subies par la population féminine au Japon.

Jun Mayuzuki, qui a conçu une des trois affiches de l’édition 2022 du festival d’Angoulême, est une auteure qui a débuté dans le shôjo manga en 2007. Après la pluie (Big Comic Spirit, Shôgagukan, 10 tomes) est une comédie romantique à succès mettant en scène une lycéenne sportive qui a connu une grave blessure et son patron (elle a un petit boulot de serveuse dans un restaurant) qui est bien plus âgé. Il est aussi question d’une grande différence d’âge dans BL Métamorphose (Comic Newtype, Kadokawa shoten, 5 tomes) de Kaori Tsurutani qui puise dans sa propre expérience pour développer l’histoire d’une vielle dame qui découvre le Boys’ Love et une jeune vendeuse asociale qui rêve de devenir mangaka. Avec A Tail’s Tale (Comic Zenon, Tokuma shoten, 4 tomes), retour à la comédie romantique lycéenne qui propose une ode à la différence. Mizu Sahara est une mangaka qui a débuté dans le dôjinshi avant de connaître une carrière à succès dans le BL sous le nom de plume de Sumomo Yumeka.

Le thriller, le fantastique, la science-fiction, l’horreur et le sexy sont autant de domaines où les femmes excellent. Gift +/- (Manga Goraku, Nihon Bungeisha, 24 tomes, série en cours) est un thriller au dessin très soigné mais classique, mâtiné d’horreur et avec quelques scènes de violences sexuelles non consenties. Le titre s’adresse à un public averti, comme on dit. Yuka Nagate, la mangaka, exerce dans le domaine du seinen manga depuis une quinzaine d’années après avoir débuté dans le Weekly Shônen Magazine de Kodansha et y avoir publié pendant cinq ans. La tonalité de La Lanterne de Nyx est totalement différente. Il s’agit là d’un récit fantastico-historique très calme. Kan Takahama est une auteure connue ici, abondamment publiée y compris avec des créations originales directement destinées à la francophonie. Récit plus ou moins policier et teinté de fantastique, le manga d’Aki Irie, Dans le sens du vent – Nord, Nord-Ouest (Harta, Enterbrain, 5 tomes, série en cours), lui permet d’exprimer pleinement son dessin si soigné et stylisé., ce qui correspond bien à la ligne éditoriale du magazine de prépublication.

Dorohedoro est la série à succès de Q-Hayashida.malgré les vicissitudes qu’elle a connu avec sa prépublication (IKKI puis HiBaNa et enfin Gessan, Shôgakukan, 23 tomes). Mélangeant science-fiction, magie, transformations corporelles ou démembrements divers et humour décalé, l’histoire nous présente un univers divisé en deux. Dans Versailles of the Dead, Kumiko Suekane (qui n’a pas abandonné pour autant sa carrière de dôjinshika) va plus loin dans le gore. Débutée dans le magazine HiBaNa et achevée sur le site web de prépublication Ura Sunday (Shôgakukan, 5 tomes), la série revisite la France du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution française, mais une France en proie aux zombies de toutes sortes. Le royaume est menacé, mais par qui ? Restons sur les costumes avec Sexy Cosplay Doll (Young GanGan, Square Enix, 9 tomes, en cours), mais ceux des animés et jeux vidéo à succès. Il s’agit d’un récit situé dans l’univers du cosplay avec des jeunes filles aux formes (très) développées et pas toujours très habillées. C’est pourtant bien une femme qui, sous couvert d’un nom de plume masculin, Shinichi Fukuda, qui en est la créatrice. Il faut dire qu’elle s’est fait une spécialité des mangas plus ou moins érotiques basés sur des « gros plans culottes et décolletés ».

Après avoir rapidement passé en revue douze mangas montrant l’importance et la qualité des seinen réalisés par des femmes, intéressons-nous à deux auteures emblématiques de ce souffle féminin qui apporte une diversité certaine dans le manga pour homme.

Cuvie, une double carrière

Originaire de Nagoya, vivant à Kyoto, née en juillet 1976, Cuvie (dont le pseudonyme est emprunté au magazine CUTiE) a commencé sa carrière professionnelle en 2001, alors qu’elle était encore étudiante, en publiant de courts récits hentai, après avoir été repérée par ses dôjin. En effet, entre 1997 et 2004, elle animait un cercle qui proposait ses travaux lors des comiket d’été. Elle a la particularité de poursuivre sa carrière d’autrice de manga hentai alors qu’elle produit depuis de nombreuses années des séries plus grand public dans des magazines young pour Akita shoten ou seinen (pour Kodansha). Elle est réputée pour sa grande productivité.

En presque vingt ans d’une carrière toujours en cours d’autrice hentai, elle a publié de nombreux recueils reprenant ses différentes histoires courtes (toutes ne sont d’ailleurs pas compilées) chez de nombreux éditeurs spécialisés tels que Issuya, Fujimi Shuppan, Wanimagazine, etc. Selon les années deux à quatre recueils paraissent, ce qui représente plus d’une trentaine d’ouvrages parus entre 2003 et 2021.

Sa carrière prend une autre dimension en 2005 lorsqu’elle publie Dorothea, le châtiment des sorcières, (six tomes chez Asuka) entre juin 2005 et mars 2008 dans un magazine plus grand public de Fujimi Shobo (une marque de Kadokawa shoten, rien à voir avec Fujimi shuppan), le mensuel Dragon Age qui s’adresse à un public amateur d’héroïnes à (très) forte poitrine. Elle crée aussi pour Akita shoten. D’abord, elle publie en 2007 une série courte dans une des déclinaisons du Young Champion, puis vient ensuite toujours dans le même magazine Nightmare Maker, une comédie érotique qui totalise 6 tomes entre 2008 et 2012. À noter qu’il existe une version ebook non censurée qui nécessite un avertissement aux mineurs. En 2013, Cuvie passe dans Champion RED ichigo pour une autre courte série (un volume publié en 2014) mettant en scène succubes et incubes. Ensuite, en septembre 2013, c’est le début de l’aventure En scène ! dans le magazine principal Champion RED, un titre qui compte 19 tomes et qui est toujours en cours.

Kodansha ouvre ses portes à Cuvie en 2011 qui publie dans le défunt Nemesis la série en trois tomes Kagome no Mura, un récit d’action érotisant qui s’achève en 2013. Ensuite, vient Hitohake no Niji entre 2015 et 2017, à nouveau en trois tomes. Il s’agit cette fois d’un récit fantastico-érotisant autour de la peinture classique occidentale glorifiant la beauté féminine. Dans la foulée, toujours pour le même Nemesis (puis pour Comic Days) Cuvie crée une nouvelle série en trois tomes (2018-2020), mais d’une tonalité totalement différente : Erzsébet, une fiction historique située à la fin du 19e siècle et basée sur l’indépendance de la Hongrie. Elle met en scène une activiste qui va être amenée à rencontrer Sissi, l’impératrice d’Autriche.

Ayako Noda, la nouvelle génération

Ayako Noda a commencé sa carrière professionnelle en 2011 après avoir remporté un concours pour débutants organisé par le magazine IKKI (Shôgakukan). Elle y réalise ensuite sa première série, Le Monde selon Uchu (2 tomes, Casterman), qui est remarquée par la presse généraliste à l’exemple du journal Asahi Shimbun. Parallèlement à ses créations dans le seinen manga, elle crée des Boys’ Love sous le pseudonyme de Niboshiko Arai. Elle publie principalement dans deux magazines spécialisés, Opera (Akaneshinsha) et OnBlue (Shodensha). Il s’agit de récits courts, tel que le demande un genre où les histoires longues sont rares. Elle a publié cinq titres dans Opera et trois dans OnBlue. Actuellement, elle a une série BL qui est prépubliée dans Comic Marginal (Futabasha) : Mugi-kun no mune no uchi dont un tome est sorti en version reliée.

En seinen manga, elle a notamment publié Incandescence (Lézard Noir, 3 tomes) et Double (Lézard Noir, 2 tomes sur 5), ce dernier titre fait d’ailleurs l’objet d’une adaptation en un drama de dix épisodes diffusés sur une chaine de télé numérique. Outre le fait de mener en parallèle une double carrière BL / seinen manga, il est remarquable qu’Ayako Noda ne change pas de style graphique, même si celui-ci évolue avec les années. De plus, elle apporte autant de soin à ses personnages, qu’ils soient pour du BL ou du seinen. Nous sommes loin, notamment pour le BL, d’un style graphique « canon », imposé comme cela a été longtemps le cas chez un éditeur comme Libre shuppan. Dans les deux types de manga, ses histoires sont ancrées dans la réalité japonaise actuelle. Par contre, récit de genre oblige, ses histoires BL intègre des relations charnelles que l’on ne retrouve pas dans ses seinen manga.

Le cas d’Ayako Noda n’est pas unique et elle n’est pas précurseure. Depuis quelques années, plusieurs auteures venues du BL poursuivent de front le même genre de carrière, même si leurs publications grand public prennent plus d’importance du fait de leur plus grande audience. Nous avons évoqués ici le cas de Fumi Yoshinaga, ou de Mizu Sahara, mais il ne faut pas oublier des auteures comme Natsume Ono (Ristorante Paradisio, Gente et Goyô chez Kana) / Basso (Tonari ni vo est censé sortir chez Taifu en 2022), est em (Tango aux Éditions H) ou Asumiko Nakamura dont quelques BL sont disponibles dans la collection Hana chez IDP. Cette dernière est aussi réputée pour ses œuvres seinen comme Utsubora (Manga Erotics f, Ohta Shuppan, 2 tomes) que ses BL comme Dôkûsei (Opera, Akaneshinsha, 1 tome). Il est peut-être là, le véritable souffle féminin dans le seinen manga !

Un souffle féminin dans le seinen manga (1/2)

Ceci est le texte développé de ma conférence donnée au Conservatoire le 19 mars 2022 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. La première partie est consacrée à la définition et à un rapide historique du seinen manga et la seconde se focalise sur la présence des autrices au sein de ces publications principalement destinées à un lectorat masculin adulte.

On parle de quoi ?

Il fut un temps où, au Japon, les hommes concevaient et réalisaient tous les mangas, même ceux destinées aux petites filles. Celles-ci ont grandi et certaines ont désiré créer des bandes dessinées comme celles qui les avaient fait rêver enfant. Au cours des années 1960, elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à prendre une place qui leur revient. Mieux encore, depuis de nombreuses années, elles sont devenues des auteures à succès en créant des mangas à destination d’un public masculin qui se vendent à des millions d’exemplaires. Cette évolution, qui a vu les femmes passer de simples lectrices (quand elles étaient jeunes) à créatrices, y compris dans le manga pour hommes, est le sujet du présent dossier.

Prépublication et classification au Japon

Pour bien cerner notre champ d’étude, il est nécessaire de rappeler rapidement comment le manga est édité au Japon et des classifications qui en découlent. Si en France, on connaît les mangas principalement sous une seule forme, au Japon, les bandes dessinées sortent généralement en premier dans des magazines de prépublication (mangashi). Une fois qu’il y a assez de chapitres (donc de pages), le titre sort en format relié, c’est-à-dire sous la forme d’un livre au format poche ou semi-poche (tankobon) comprenant 140 à 220 pages (180 le plus souvent). Certains magazines sont hebdomadaires, d’autres bimensuels, mensuels, trimestriels, voire annuels (les « spéciaux »). Il existe de nombreux magazines et ils visent tous un lectorat précis. C’est un marché très segmenté et c’est donc en fonction du public principalement ciblé que l’on va les classifier. Ceci dit, les magazines papiers sont de plus en plus remplacés par des sites internet de prépublication qui sont plus multi-audiences (par exemple Ura Sunday de Shôgakukan ). De plus, comme les classifications japonaises sont assez mal utilisées en France, il vaudrait peut-être mieux les oublier pour s’intéresser plutôt aux types d’histoires proposées, comme le fait un éditeur comme Akata. Néanmoins, étant utilisées par quasiment tout le monde, voici un rappel des principales classifications qui sont faites : shônen, shôjo, seinen, josei mais aussi kodomo, etc.

Il s’agit là de cœurs de cible, le lectorat est plus étendu et les limites des catégories sont parfois assez floues. Les filles ou les adultes peuvent lire du shônen là où on ne verra quasiment aucun garçon lire du shôjo manga. Il y a aussi de nombreuses thématiques qui sont abordées dans des magazines spécialisés. Ils ont donc un ciblage axé sur le thème, celui-ci qui comptant plus que la tranche d’âge et le sexe. Voici quelques exemples de mangas de genre : horreur / fantastique / science-fiction, mah-jong, Gundam (franchise à succès mettant en scène des robots géants), boys’ love (yaoi), érotisme ou pornographie (hentai), lolicon (lolita complex) / moe (mignon), yonkoma (gags en quatre cases), etc. Tout part donc du magazine de prépublication (sauf à de rares exceptions près) et une connaissance fine du support permet de se faire une idée précise de son contenu, même si celui-ci est souvent très varié au sein d’un même numéro.

Chaque magazine a un rédacteur en chef qui dirige le mangashi et qui définit la ligne éditoriale. Il y a surtout une équipe d’éditeurs (tantosha), ceux-ci étant chargés de superviser un certain nombre d’auteur·e·s (mangaka). Ce sont les tanto qui vont voir avec chaque auteur·e dont ils ont la charge comment réaliser un chapitre pour le prochain numéro à paraitre. Si leur but premier est de récupérer les planches dans les temps, il est important de rappeler l’importance des tanto sur la tonalité de l’histoire et la mise en scène des péripéties. Cela varie selon la politique du magazine et le caractère des mangaka, mais les tanto peuvent être très directifs comme nous le montrait Mikito Takase (tanto de Makoto Yukimira, l’auteur de Vinland Saga) lors d’une rencontre organisée au Festival d’Angoulême 2010. D’ailleurs, généralement, ce sont les tanto qui ont le dernier mot. De plus, le rythme de parution du magazine conditionne la taille du chapitre et la fréquence des réunions. Les hebdomadaires sont réputés être plus formatés que les mensuels. La série Réimp’ nous montre la vie de la rédaction d’un magazine de prépublication de manga. Le titre, créé par la mangaka Naoko Mazda est prépublié depuis 2012 dans Big Comic Spirit et compte 17 tomes au Japon.

Pour un hebdomadaire, l’auteur·e doit produire généralement 16 pages, ce qui l’oblige à travailler six jours sur sept, dont trois ou quatre journées intenses lors de la production des planches qu’il faut rendre impérativement à temps. Pour un bimensuel, on est généralement à 20-30 pages, pour un mensuel, c’est plutôt entre 40 et 60 pages. Dans quasiment tous les cas, le ou la mangaka fait appel à des assistant·e·s en plus ou moins grand nombre, selon le volume de pages à produire. Il y en a souvent deux à quatre et il peut y avoir une hiérarchie dans l’équipe, liée au type de travail (dessin des décors, pose des trames, gommages, etc.). Ceci étant dit, voyons maintenant plus précisément ce qu’est le seinen manga, ce que le terme recoupe, quand il est apparu et s’est développé.

Un peu de pinaillage

La classification seinen manga peut être considérée comme étant une sorte de fourre-tout où on peut y mettre ce que l’on ne peut pas facilement ranger autre part. De plus, la plupart des magazines vont viser des tranches d’âges différentes, voire des public différents, ce qui apporte une grande diversité. C’est ainsi qu’il est intéressant de distinguer les young seinen des seinen « classiques », des titres « alternatifs » ou ceux « spécialisés », etc. Les young seinen (ce qui signifie jeune jeune, si on traduit les deux mots issus de l’anglais et du japonais) visent principalement un public assez jeune (donc), des post-adolescents et des jeunes adultes (16-20 ans). Le terme « young » est d’ailleurs souvent présent dans le nom du magazine et les couvertures proposent généralement des photos de jeunes filles peu habillées (que l’on appelle des « gravures »). Les Young Magazine (Kodansha), Young Jump (Shueisha), Young Champion (Akita shoten) et Young Gangan (Square Enix) sont les titres les plus connus. Ceux que l’on appelle plus communément « seinen » visent plutôt les étudiants et les salary men, tout comme les alternatifs (mais dont le lectorat est plus féminin). Les titres de Kodansha (Morning, Afternoon, Evening), de Shôgakukan (Big Comic et toutes ses déclinaisons), de Futabasha (Manga Action) sont les plus réputés.

En ce qui concerne les magazines dits « alternatifs » (même si ce terme ne veut rien dire), au contenu souvent plus expérimental, c’est un peu la Bérézina ces dernières années. Garo a été remplacé par Ax au début des années 2000, COM n’a pas survécu aux déboires financiers de Tezuka au début des années 1970, Ikki a été remplacé par HiBaNa en 2014 (dont le lectorat était à 70% féminin) qui s’est arrêté après seulement trois années, Manga erotics f a cessé de paraitre en 2014. Bref, il ne reste que Ax, mais pour combien temps ? Nous reviendrons un peu plus loin sur les cas de Garo et de Manga erotics f.

Il existe aussi toute une série de supports que l’on pourrait considérer comme « spécialisés » dans un genre, un thème, un univers, etc. Il y a des magazines qui ne proposent que des yonkoma (gags en quatre cases), d’autres qui ne proposent que des histoires de mah-jong, etc. Un exemple : Manga Home (Hôbunsha) contient principalement des récits centrés sur la vie domestique et familiale. Le magazine s’adresse à toute la famille, principalement à la « maîtresse de maison ». De nombreuses auteures y officient et, sans surprise, le lectorat est très mixte. Nous pouvons aussi évoquer Lupin III Official Magazine (Futabasha), un trimestriel (passé du papier au web en 2016, arrêté en 2017) qui se consacrait uniquement à la série mettant en scène Lupin III, en proposant surtout des informations sur les produits dérivés et un peu de manga. Newtype (Kadokawa shoten) est un magazine qui se consacre à la science-fiction, à l’animation et aux jeux vidéos. Entre deux articles d’actualités, les mangas qui y sont prépubliés sont souvent liés à des franchises. Il ressemble plus à un magazine tel qu’on le conçoit en occident qu’à un mangashi.

Il y a aussi le cas des magazines érotiques ou pornographiques à destination d’un lectorat adulte et masculin. Sont-ils à classer en seinen ou dans leur propre case ? C’est à chacune et à chacun de se faire son opinion. Un magazine comme Manga erotics f proposait des histoires centrées sur le sexe (de façon parfois très crue ou extrême) mais pas uniquement. Sa ligne éditoriale très libre et variée a permis la publication de nombreux récits expérimentaux ou en décalage avec ce que pourrait laisser penser son titre. De nombreuses auteures y ont proposé leurs œuvres et le lectorat était mixte. Le contenu était varié et il y avait une différence énorme au niveau de la charge érotique et la représentation du sexe. C’était le cas entre les histoires courtes assez extrêmes de Shintaro Kago (inédites en français), des séries courtes comme l’explicite et juvénile La Fille de la plage de Ino Asano (IMHO), les innocents Ristorante Paradisio de Natsume Ono (Kana) et Fleurs bleues de Takako Shimura (Asuka), deux titres réalisés par des femmes, ou l’érotisme léger et stylisé des Enfants de l’araignée de Mario Tamura (Casterman). S’il y a un fétichisme dans Ristorante Paradisio, il s’agit celui des hommes murs à lunettes en uniforme de serveur car le manga suit une jeune femme qui a une relation compliquée avec sa mère qui l’a abandonnée enfant pour aller vivre avec le patron d’un restaurant. Fleurs bleues se situe dans la droite ligne de la culture shôjo shôjetsu initiée dans les années 1920 par l’écrivaine Nobuko Yoshiya qui a créé nombre de romances scolaires platoniques mettant en scène des adolescentes fascinées et attirées par leurs ainées.

Comic Kairakuten de l’éditeur Wanimagazine pose la question clairement de sa classification en seinen manga. Son contenu est très explicite, souvent pornographique, mais ne propose pas vraiment de sexualité plus ou moins déviante comme on a pu l’avoir dans Manga erotics f. C’est de la pornographique classique, explicites et proposant de nombreux gros plans. Le magazine Comic Rin (Akane shinsha qui édite aussi Opera, un magashi Boys’ Love) en est un autre exemple, plus orienté moe, lolicon et même hermaphrodisme. Ce magazine qui est paru entre 2004 et 2012 (en partie remplacé par Comic LO du même éditeur) avait la particularité de compter un nombre important de femmes mangaka, ce qui n’est pas courant pour ce type de support. Pour compliquer le tout, le magazine Young Animal (Hakusensha) propose des histoires très explicites, mais les organes génitaux sont floutés : les hommes comme les femmes ont du brouillard entre les jambes. En fait, peut-être plus que l’interdiction au moins de 18 ans, cette autocensure pourrait être le critère déterminant pour inclure ou exclure telle revue de la classification seinen car les magazines à caractères pornographiques ne manquent pas au Japon. Des collections comme NiHo NiBa (Taifu Comics) ou Hot Manga (IDP) proposent nombre de ces publications en version française.

Une petite histoire du seinen manga

C’est au mitan des années 1950 que le manga grand public visant un public plus âgé fait son apparition. Si la bande dessinée destinée aux adultes existe depuis de nombreuses années dans la presse quotidienne, il faut attendre novembre 1956 et l’arrivée du magazine Weekly Manga Time en tant que supplément d’un autre hebdomadaire de Houbunsha, éditeur qui revendique d’être le premier à avoir mis en place un rythme de sortie hebdomadaire. S’ensuit Weekly Manga Sunday (Jitsugyo no Nihon sha) qui est lancé quelques mois plus tard. Pour info, Hinako Sugiura y publie Miss Hokusai (Picquier) entre 1983 et 1987. Il faut ensuite attendre la fin des années 1960 pour voir apparaitre d’autres magazines seinen avec le lancement du Manga Action Weekly de Futubasha en 1967. Il est suivi un an plus tard par Big Comic de Shôgakukan. Viennent ensuite, entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, plusieurs magasines visant un public plus jeune avec Weekly Young Jump, Young Magazine, etc.

Dans les années 1950 et 1960, les magazines seinen contiennent du rédactionnel et ressemblent un peu aux magazines « de charme pour hommes » tels qu’on les connait ici (genre Lui), mais avec de la bande dessinée qui ressemble graphiquement plutôt au manga de presse. Il s’agit souvent de gags en quelques pages avec un contenu incontestablement misogyne étant donné la représentation des femmes qui est proposée. Feuilleter un ancien numéro de Weekly Manga Time des années 1960 ou 1970 peut être surprenant. La présence de femmes nues (y compris sur une double page qui se déplie) alors qu’il s’agit d’un numéro datant de 1962 est pour le moins… inattendu pour un magazine qu’on imagine de mangas. Comme pour les magazines destinés à un public plus jeune, le rédactionnel est remplacé au fil des années par du manga dont le style se diversifie de plus en plus. Il n’est pas inintéressant de voir l’évolution d’un titre comme Young Comic (Shônen Gaôsha) apparu lui aussi en 1967 et qui glisse au fil des décennies d’une revue pour homme trentenaire ou quadragénaire (son slogan est alors « comic for men ») à un support pour post-adolescents et jeunes adultes. Cette évolution se voit aussi aux couvertures, ici celles de Weekly Manga Time, qui sont tout à fait représentatives des changements éditoriaux des magazines seinen. Cependant, il n’y a toujours aucun doute sur le public visé.

La première partie de la conférence est terminée. La seconde s’attachera à montrer comment, petit à petit, les femmes ont su se faire une place dans cet univers essentiellement masculin. De nombreux exemples permettront de mieux saisir la diversité des titres proposées par des auteures de seinen manga. Enfin, un focus sur deux auteures viendront illustrer l’évolution récente de la carrière des mangaka femmes.

Festival d’Angoulême : c’est (re)parti !

Ce mardi 23 novembre, la conférence de presse du quarante-neuvième Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême a révélé les différentes sélections et rappelé les différentes réjouissances qui nous attendent pour fin janvier (si le COVID le veut bien). Pendant pas loin de deux heures (cette année, nous avons donc eu droit à une version plutôt longue), les expositions, les spectacles, les temps forts, les partenariats du festival nous ont donné une bonne idée de ce qui nous sera proposé. Voici quelques commentaires à chaud de votre serviteur et (normalement) futur festivalier pour la dix-huitième fois !

Nous avons une fois de plus droit à de belles affiches, montrant bien la diversité de la bande dessinée. Je suis bien content que Jun Mayuzuki ait été sollicitée pour en réaliser une (même si, pour l’instant, je peine à être convaincu par sa nouvelle série). Toutes les trois sont réussies, surtout celle de Chris Ware, le président de cette édition. Comme il y a deux ans, le tote bag presse nous en offrait une version miniature pour le bureau. Mignon…

Cette année, la conférence de presse a eu lieu au Palais de la Porte Dorée, où se trouve dorénavant le musée de l’Histoire de l’immigration. L’auditorium Philippe Dewitte pouvant accueillir près de 200 personnes a fait salle comble. Le musée est partenaire du festival avec la création d’un prix de bande dessinée qui s’intéresse aux œuvres intégrant des thématiques comme celles des migrations, de l’exil, des identités plurielles. La sélection proposée est d’ailleurs intéressante. Elle nous a été proposée après une introduction en musique et en image (avec un dessin réalisé en direct par Fanny Michaëlis, nous rappelant qu’il y a aussi un aquarium tropical dans les lieux) et un (long) discours.

La petite bande de Mangaversien·ne·s qui se retrouve tous les ans pour le raout angoumoisin est surtout intéressée par les expositions, les conférences et les rencontres. Pas de grosses surprises sur ces trois activités : les expositions ont été annoncées en avant-première lors d’une réunion éditeurs qui a eu lieu quelques semaines auparavant et, pour ce qui est du reste, les restrictions sanitaires en vigueur et futures ne permettent pas d’avoir une idée précise de ce qui sera proposé fin janvier. Il va falloir attendre la mise en ligne du heure par heure. Toutefois, en épluchant le dossier de presse, nous pouvons voir qu’il est prévu une masterclass avec Chris Ware le samedi 29/01 à 10 H au Théâtre d’Angoulême. Les autres rencontres organisées sous l’égide du Point ou de Télérama n’ont pas l’heur de m’intéresser (sauf celle avec Blain), je dois avouer. Néanmoins, nul doute que le programme va s’étoffer au fur et à mesure qu’on s’approchera de la fin janvier. Je sais aussi depuis 13 H que je vais avoir un sujet à préparer pour les « conférences et débats du Conservatoire », bénéficiant une fois de plus de la confiance de son organisateur. D’ailleurs, il me tarde de savoir qui seront les autres intervenants et sur quoi ils parleront tant ces conférences font partie de nos animations préférées pendant le festival (même si nous sommes obligés d’en manquer beaucoup).

En ce qui concerne les expositions, cinq m’intéressent tout particulièrement :  « Building Chris Ware » (Espace Franquin),  « René Goscinny scénariste, quel métier ! » (musée d’Angoulême),  « Loo Hui Phang, écrire est un métier » (Espace Franquin),  « Shigeru Mizuki, contes d’une vie fantastique » (musée d’Angoulême) et  « Christophe Blain, dessiner le temps » (Vaisseau Moebius). 9e Art+ aura l’excellente idée de proposer trois catalogues (Ware, Goscinny et Blain) à cette occasion. Les autres dépendront beaucoup du temps disponible dans un emploi du temps surchargé et de leur facilité d’accès (ce qui condamne celle à l’Hôtel Saint Simon). Il faut dire que les expositions du festival ont un niveau de qualité exceptionnel.

Mais venons-en à la compétition officielle (après tout, nous sommes à la conférence de presse pour cela et c’est elle qui fait gloser sur les réseaux sociaux et autres forums dédiés à la BD). Je n’ai globalement rien à redire des catégories Patrimoine (quoique Destination Terra aurait eu sa place mais le titre n’a peut-être pas été proposé par naBan), Polar, Jeunesse (8-12 et 12-14 ans), Eco qui me paraissent proposer des titres de qualité (j’en ai lu quelques uns, j’en ai d’autres dont la lecture est prévue). Je souhaite par contre bon courage aux lectrices et lecteurs du jury du Fauve Lycéen tant la sélection (dix titres pris dans la sélection officielle) me semble éloignée de leurs centres d’intérêt, sans parler d’un certain nombre d’œuvres qui sont assez pointues. Mais bon, je ne suis plus lycéen depuis bien longtemps.

Concernant la sélection officielle, j’avoue une réelle déception en ce qui concerne la bande dessinée asiatique (pour le reste, je n’ai rien à redire, j’en ai lu trop peu, comme tous les ans). Déjà, il n’y a pas assez de mangas (et je ne parle pas des mahua et des manwha qui sont carrément absents) par rapport à la diversités des sorties et à la part de marché prise par la bande dessinée japonaise en 2020 et 2021. Certes, il ne faut pas en sélectionner trop mais là… Sur 46 titres, il n’y en a que 6 ! Vous ne me ferez jamais croire que Kana, Ki-oon, Delcourt (mais bon, dans ce cas, il n’y a quasiment rien de bon chez cet éditeur), voire Kazé ou d’autres n’ont rien proposés de qualité. Y avait-il vraiment besoin de sélectionner le tome 4 de Mauvaise herbe. C’est excellent, j’adore, mais bon, il a déjà été sélectionné par le passé, il a eu sa chance, pas la peine d’insister… C’est surtout la présence de deux VEGA qui m’agace (pourtant, c’est un éditeur qui a toute ma sympathie). Natsume no sake en sélection ? Franchement, il y avait bien d’autres titres à proposer à la place. J’avoue ne pas comprendre comment on peut sélectionner ce titre alors qu’il y a déjà Le Bateau de Thésée de nommé une fois de plus (en 2020, et le fait que j’ai abandonné ces deux séries dès le tome 1 n’est pas étranger à mon petit coup de gueule, j’avoue). Et les quelques retours que j’ai pu avoir d’Une brève histoire du Robo Sapiens me laissent un peu dubitatif quand à sa sélection. Le contenant aurait primé sur le contenu ?

Il faut dire que le manga a le défaut, vis-à-vis d’une sélection, de proposer surtout des séries. Cela représente un handicap rédhibitoire, j’en suis certain (et je suis persuadé que le comité de sélection série n’a pas assez de poids dans le choix final). Quand je pense à tous les titres lus en 2021, je me demande pourquoi il n’y a rien de la collection Life de Kana (& – And ou Entre les lignes par exemple). Don’t Fake Your Smile, Sengo (j’ai réalisé après coup qu’il avait été sélectionné en 2020), Terrarium, Trait pour Trait, Wombs ou même Search and Destroy auraient toute leur place dans la sélection. Du côté des one-shot, citons Nos Meilleures Vies. En fait, les bons choix manga sont en Jeunesse à mes yeux. Après, je dois avouer que cela ne m’empêchera pas d’apprécier (ou non) cette édition. Pour moi, l’intérêt d’Angoulême est dans ses expositions et ses rencontres, je le répète !

Une année de bandes dessinées…

Sans être mauvaise, l’année 2018 n’a pas été excellente en termes de lectures BD en ce qui me concerne. La période voulant ça, voici un petit retour sur un an de lectures d’images qui ne bougent pas.

Mon année BD 2018

2018, année morose ? Année de recul, à tout le moins. En effet, après un léger rebond en 2017, la courbe annuelle de mes lectures est repartie à la baisse. Cela est dû surtout, je pense, à mes emprunts en bibliothèque qui ont chuté. J’ai fait un peu le tour de mon lieu habituel et j’ai aussi manqué de temps (et de courage) pour aller régulièrement un peu plus loin, où il y a malheureusement moins de choix (les deux bibliothèques étant tout de même dans les environs des Gobelins, mon point de chute habituel à Paris). Pire, cela fait quatre mois que je n’ai rien emprunté et je n’ai pas encore renouvelé ma carte… De plus, ce ne sont pas les PDF de presse qui ont pris le relais, Kana n’en mettant plus en ligne depuis cet été (changement de stagiaire ?). Quant à ceux que je récupère auprès des autres éditeurs, ils s’accumulent (pour la plupart) sur mon disque dur sans que je les lise.

Car il y a un autre problème, celui de mon enthousiasme. En me basant sur mes bullenotes, je constate qu’il y a peu de sorties qui ont réussi à obtenir des « petits cœurs » en 2018. Pour ce qui est de la BD franco-belge (et assimilée), il y en a quatre dont deux seulement sont des sorties de 2018. Pour les comics books, quatre aussi, pour une seule sortie en 2018. Enfin, onze pour le manga qui me procure le gros de mes lectures BD. Dans ces onze, il y a deux séries (Après la pluie, soit quatre tomes, et March comes in like a lion, pour trois tomes), ce qui fait qu’il n’y a que six titres en réalité. Tout ceci est bien peu.

Par contre, j’ai passé trois excellentes journées au Festival d’Angoulême en janvier et deux très bonnes demi-journées au SoBD. Tout ceci vient atténuer un peu cette impression de lassitude (ce n’est pas la première fois) qui me reste à l’issue de l’analyse de cette année passée. J’avoue que je place beaucoup (trop ?) d’espoirs dans l’édition 2019 pour trouver un nouveau souffle, un nouvel enthousiasme envers le 9e art.

Petit zoom sur mes titres les plus marquants en 2018

Voici en quelques mots les titres qui m’ont le plus marqué durant cette année 2018 :

March comes in like a lion et Après la pluie

Ce sont vraiment les deux titres qui me font le plus vibrer, et de loin, effet amplifié par l’aspect feuilletonnesque habituel des séries mangas. La première se terminera en 2019 alors que la seconde va ralentir pour cause de parution originale rattrapée, sniff…

Kamakura Diary

Il n’y a eu qu’un tome en 2018 mais je ne vais pas me plaindre du fait de l’absence de sortie en 2017. La série s’étant achevée en aout 2018 au Japon (le dernier tankobon est paru en décembre), nous devrions pouvoir lire la fin en 2019. Bref, de mes trois coups de cœurs de l’année, il n’en restera plus qu’un seul à fin 2019, avec un rythme de sortie ralenti. J’ai intérêt à profiter de l’année prochaine car 2020 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

Holiday Junction

Pour qu’un recueil de nouvelles ait des « petits cœurs », il faut qu’il soit excellent de bout en bout, ce qui est le cas ici. Bravo au Lézard Noir pour nous avoir fait découvrir un aussi talentueux auteur.

Le Maître des livres

Le dernier tome est une belle réussite, même si tout se termine un peu trop bien et un peu trop facilement. Néanmoins, les « petits cœurs » sont mérités pour l’ensemble de la série.

On peut constater qu’il n’y a aucun manga d’action, de sport ou d’aventure, pas de SF, pas de fantastique, pas d’historique, rien que de la vie de tous les jours (certes, romancée). Ce n’est pas qu’un Zéro, un Sky-High Survival, un Pavillon des hommes, un Peleliu ou un Sunny Sunny Ann! ne soit pas bon, mais il a manqué à tous ces titres (et bien d’autres) un petit quelque chose.

Dernier point, on peut remarquer qu’en matière de manga, Kana est de loin l’éditeur qui m’intéresse le plus. Sur 78 titres avec une bullenote de 4 ou 5 (sur 5), il y a 33 Kana pour 7 Akata (+9 si on rajoute Princess Jellyfish chez Delcourt) et 6 Lézard Noir. Les autres sont à 2 ou 1.

Cul de Sac

Il s’agit de la seule bande dessinée américaine publiée en 2018 qui m’ait vraiment emballée, sans surprise puisque c’était aussi les « petits cœurs » pour les deux premiers tomes. Et comme l’intégrale est terminée, il faudra trouver autre chose en 2019.

The Shadow Hero, Far Arden et Bêtes de somme

Trois rattrapages qui se sont révélés être plus qu’excellents. Mais entre un one-shot, deux séries en pause (quoique ça bouge un peu aux USA pour Bêtes de somme), ce sont des coups de cœurs sans lendemain. J’ai eu aussi de bonnes surprises avec Étoile du Chagrin (encore un titre en pause), American Born Chinese, Louis Riel – L’Insurgé (des one-shots). Sans la nouveauté Motor Girl (un dernier one-shot pour la route ?), il n’y aurait eu que des « vieilleries ».

Ralph Azham et Tyler Cross  Miami

Année 2018 nettement en recul par rapport à 2017 où cinq nouveautés avaient eu les « bullepetits cœurs » (pour un total de onze). Deux séries très efficaces (un tome 11 et un tome 3) ont donc sauvé une année morose sur le plan de la bande dessinée franco-belge (et assimilée).

La mémoire dans les poches et Le Fantôme de Gaudí

Deux rattrapages (le premier, un tome 3, date de 2017 et l’autre, un tome unique, de 2016). Tout cela fait vraiment peu. J’avais fondé de grands espoirs dans Malaterre, L’Espoir malgré tout et La Princesse et l’Archiduc, mais il a manqué un petit quelque chose à ces trois nouveautés. J’ai par contre été agréablement surpris par deux titres de la collection Sociorama (La Petite mosquée dans la cité et Vacances au Bled), ainsi que par Féministes – Récits militants sur la cause des femmes. Concernant ce recueil, en général je ne suis pas client des publications « militantes », les trouvant assez faibles en intérêt. Ce n’a pas été le cas ici et c’est remarquable. Dans un autre genre (mais alors, vraiment différent), j’ai beaucoup aimé Héroïque fantaisie.

Voilà, on a déjà fait le tour de mes lectures les plus marquantes en 2018. J’avoue ne pas être particulièrement optimiste en 2019, mais on verra bien. En tout cas, ça ne m’empêchera pas d’apprécier la prochaine édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, tant j’ai hâte d’y être étant donné le programme annoncé et la certitude de ne pas être déçu.

Angoulême, retour sur 3 jours intenses (3)

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Troisième et dernier jour au festival. Fatigue accumulée mais programme chargé. C’est pourtant courageux et motivés que nous sommes arrivés à l’Hôtel de Ville, sans encombre et avant 10h. Au programme, récupérer Shermane accompagnée de Monsieur et faire dès le matin un maximum d’expositions « difficiles d’accès » – comprendre celles consacrées à Cosey (du fait de son lieu) et à Tezuka et à Urasawa (du fait de leur popularité). Mais avant cela, et après avoir passé un trop court moment à parler bande dessinée chinoise autour d’un café crème (accompagné de chocolatines) avec Laurent Mélikian, j’ai dû rejoindre Taliesin à l’exposition consacrée à Sonny Liew, que nous n’avions pas eu le temps de voir la veille. L’avantage des expos situées aux caves du Théâtre, c’est qu’elles sont peu fréquentées et faciles d’accès. Le dimanche matin, à l’ouverture, c’est encore plus vrai. Ce qui n’était pas prévu, c’est de voir l’auteur en dédicace en repartant. Bien entendu, nous en avons profité pour nous faire dédicacer deux exemplaires de Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée (pour avoir chacun le nôtre), Taliesin en profitant pour continuer la discussion entamée la veille lors de la Rencontre Internationale.

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Du coup, c’est avec un peu de retard que nous avons récupéré Shermane (le TGV était pratiquement à l’heure) qui a eu ainsi le temps de regarder les panneaux de l’amusante exposition « Le monde selon Titeuf » placée devant l’Hôtel de Ville. Retard qui s’est révélé sur le moment préjudiciable étant donné la file d’attente devant l’Hôtel Saint-Simon pour l’exposition consacrée à Cosey. Alors que Taliesin restait faire la file car elle tenait absolument à voir le travail du Président de l’édition 2018, je suis retourné faire l’exposition Tezuka avec Shermane. J’ai pu ainsi compléter mes photos de planches et de festivaliers ; puis nous avons fait rapidement « Venise sur les pas de Casanova ». Pas très intéressante, je dois dire. Je ne suis pas fan de la peinture de Canaletto (et de ses pairs). Quant aux dessins par huit auteurs de BD inspirés par Venise, ils étaient… peu inspirés, j’ai trouvé. Il y avait pourtant de quoi faire avec la figure de Casanova au lieu de peindre de façon statique la ville ou des femmes nues. Seule la fresque de Kim Jung Gi sortait vraiment du lot.

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Il était alors temps de passer à l’incontournable du dimanche angoumoisin : l’anniversaire (un peu en avance) de Manuka, malheureusement sans Taliesin (à l’espace Franquin) ni Shermane (quelque part dans la ville, avant qu’elle aille sur le stand du Lézard Noir puis à l’Hôtel Saint-Simon). Cette année, c’est Tanuki qui a fait le photographe. J’étais à la remise des cadeaux (je suis persuadé que c’est mieux lorsque c’est Taliesin ou beanie_xz qui officie… Sexisme, quand tu nous tiens, hé hé…) Ce fut aussi l’occasion de découvrir un nouveau et excellent restaurant : Chez H (rien que le nom me donnait envie d’y aller) qui propose une cuisine de « spécialités chinoises, tout à la vapeur, tout fait maison ». Si vous passez dans le coin, je ne peux que vous conseiller d’y faire un tour : c’était très bon . Et le service savait être rapide pour les festivaliers pressés. Après l’intermède anniversaire, il était temps de reprendre le cours des événements. Cela commençait par un dernier passage à la Bulle du Nouveau Monde pour voir Shermane dans une longue file d’attente pour une dédicace de Shinzo Keigo et, pour moi, d’aller rencontrer Lounis Dahmani en dédicace à La Boite à Bulle et lui dire tout le bien que je pensais de Oualou en Algérie, tout en lui demandant un petit dessin, bien entendu. Il ne reste plus qu’à attendre une prochaine aventure du détective privé « français comme Zidane », en projet mais assez peu avancé, il faut le dire.

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Il était alors plus que temps, pour Manuka et moi, d’aller à l’Espace Franquin pour faire les expositions consacrées à Gilles Rochier et à Naoki Urasawa pendant que Taliesin assistait à la conférence de ce dernier dans la salle voisine. Deux belles expositions, sur deux auteurs très différents à la fois dans leurs propos et dans leur dessin. C’est aussi ça le point fort du Festival d’Angoulême : proposer dans un même lieu des œuvres éloignées thématiquement et stylistiquement. C’était l’occasion de recroiser Vlad, le co-commissaire de l’exposition Cosey. J’ai pu lui assurer que Taliesin n’avait pas manqué celle-ci et semblait l’avoir appréciée. Quant à « Tenir le terrain », le résultat était excellent avec à la fois la présentation de l’auteur, de son œuvre (dont je ne connaissais pas tous les aspects, notamment ses travaux en microédition) tout en mettant en lumière la banlieue parisienne. L’exposition Urasawa était, elle aussi, intéressante mais souffrait d’une scénographie un peu trop répétitive, d’explications insuffisantes au début, notamment sur la raison de chapitres entiers présentés sur des murs. En fait, pour comprendre les intentions du mangaka, il fallait avoir regardé la vidéo où il expliquait sa vision du manga. Problème, celle-ci était placée à la fin du parcours. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Taliesin : refaire le parcours après avoir visionné ladite vidéo pour mieux comprendre ce qui nous était présenté et comment. D’ailleurs, elle n’a pas été la seule à vouloir refaire l’expo, nous avons croisés Urasawa qui refaisait un petit tour en ayant l’air de bien s’amuser. Il est prévu d’aller voir très prochainement l’exposition à Paris pour voir comment elle a été adaptée à un autre environnement.

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Mine de rien, il commençait à se faire tard et il allait falloir songer à rentrer car 4h de route allaient nous attendre (6h en réalité entre pause autoroute / diner durant pratiquement une heure et bouchon après le péage de Saint Arnoult sur l’A10). Mais histoire de donner un peu plus de temps à Shermane d’apprécier sa première visite à Angoulême, il a fallu jouer les prolongations, ce qui nous a donné l’occasion d’aller voir les 45 affiches du festival présentées dans le local de l’Association FIBD Angoulême puis de manger une crêpe (Nutella™ pour Taliesin, beurre-sucre pour moi), histoire de prendre des forces avant de partir. Voilà, c’était tout pour cette fois-ci, rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition et une exposition sur l’œuvre de Tayou Matsumoto (le bon, pas l’autre, le mauvais, qui est déjà venu au festival), ce qui nous motive à l’avance.

Et revoilà Angoulême !

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La conférence de presse de la quarante-cinquième édition du Festival International de la Bande dessinée approche ! Elle permettra d’avoir une idée plus précise du programme qui nous sera proposé en janvier 2018 (et accessoirement de connaître la sélection officielle). Et c’est ainsi que votre serviteur réalise qu’il va (sauf accident) participer pour la quinzième fois au grand raout de la BD francophone. En effet, depuis 2004, je suis un festivalier assidu, étant passé au fil du temps du statut de simple visiteur payant à celui de « journaliste » et conférencier. Dernièrement, je me suis demandé ce qui pouvait justifier ou expliquer que je passe plusieurs jours aussi loin de mon domicile, alors que je suis plutôt casanier. Et surtout, pourquoi l’envie est-elle toujours là, alors que je ne vais plus au Festival International du Film d’Animation d’Annecy (8 éditions de 2003 à 2010) ou à Japan Expo (12 éditions de 2003 à 2015) ?

En ce qui concerne l’arrêt de ma fréquentation de ces deux dernières manifestations, la réponse est assez simple : l’évolution de la programmation du FIFA d’Annecy l’amène vers toujours plus de longs métrages, à ma grande contrariété.  Cela a eu raison de ma motivation, d’autant que j’y étais un peu seul la plupart du temps lors des dernières années. Quant à Japan Expo, là encore c’est  simple : je n’y vais plus parce que le programme est sans intérêt ; les copains éditeurs sont trop occupés sur leurs stands ; et surtout, l’organisation a fermé mon compte après m’avoir refusé mes demandes de badges en 2016. Et comme il est hors de question que je paye pour aller dans un supermarché ou que je fasse l’effort de demander un accès presse alors que rien ne m’intéresse…

Toutefois, cela n’explique en rien pourquoi je continue à aller à Angoulême, une petite préfecture sans grand intérêt touristique (à la différence de Saint Malo par exemple) perdue au milieu de nulle part en plein mois de janvier. Comme pour le FIFA d’Annecy en son temps, il s’agit pour moi de prendre de petites vacances de trois à quatre jours où j’oublie tous les soucis professionnels et où je me plonge dans un autre monde, tourbillonnant. En effet, à la différence des autres festivals de bande dessinée que j’ai pu faire, il faut bien trois jours pour faire le tour de la programmation (je ne dis pas tout faire, c’est impossible). Des manifestations aussi plaisantes que SoBD ou Pulp Festival sont généralement bouclées en une grosse demi-journée. Quai des Bulles (que je referais bien pour le côté vacances et la qualité de la programmation, du moins quand a-yin aura le courage de m’accompagner à nouveau dans ce long périple) ne prend qu’une journée pour en faire le tour, tout comme Livre Paris.

En effet, la véritable raison est là : la qualité de la programmation. Il est assez incroyable de voir la différence entre le festival d’Angoulême et les autres manifestations du même genre, même les plus renommées comme celle de Saint Malo. Le nombre et la diversité des rencontres, la qualité des conférences et surtout la taille et l’intérêt des expositions sont sans commune mesure avec tout ce que j’ai pu voir autre part en quinze années de festivités bédéphiles diverses. La place dédiée au festival, le professionnalisme des stands, la variété des éditeurs et des auteur·e·s sont sans équivalent en France et plus que rares dans les autres pays, d’après ce que j’ai pu comprendre. Et c’est pour cela que je serai présent à la conférence de presse de l’édition 2018 du festival d’Angoulême, que je serai au festival lui-même dans deux mois et que je passerai des heures à faire un compte-rendu photographique (c’est mon « boulot », je suis « presse » après tout !).