La Bande dessinée asiatique au festival d’Angoulême (annexe)

Pour se donner une meilleure idée de la représentation des bandes dessinées asiatiques au Festival d’Angoulême, il est nécessaire de s’intéresser aux tires sélectionnés. Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des œuvres concernées par les différentes sélections entre 2001 et 2020. Notons qu’un comité de sélection (dont fait partie Benoit Mouchard, futur directeur artistique entre 2003 et 2013) est mis en place pour l’édition 2001. Et c’est cette même année qu’un manga est mis en évidence, le Japon étant invité à montrer sa production BD dans deux expositions. Les prix remis dans le cadre du FIBD (mais pas par le festival proprement dit) sont aussi recensés.

2001

Sélection Alph-Art du meilleur album étranger Le Journal de mon père – tome 3 de Jirō Taniguchi (Casterman)
Prix du Jury Œcuménique Le Journal de mon père – tome 3 de Jirō Taniguchi (Casterman)

2003

Alph-Art du meilleur scénario Quartier lointain – tome 1 de Jirō Taniguchi (Casterman)
Sélection Alph-Art du meilleur scénario Monster de Naoki Urasawa (Kana)
Prix Canal BD Quartier lointain de Jirō Taniguchi (Casterman)

2004

Prix de la série 20th Century Boys – tome 10 de Naoki Urasawa (Panini Manga)
Prix Tournesol Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa (Vertige Graphic)
Sélection Prix du scénario Planètes de Makoto Yukimura (Panini Manga)
Sélection Prix du dessin Ping-pong – tome 1 de Taiyō Matsumoto (Akata / Delcourt)
Sélection Prix du patrimoine Ayako d’Osamu Tezuka (Akata / Delcourt)
Sélection Prix du patrimoine Coups d’éclat de Yoshihiro Tatsumi (Vertige Graphic)
Sélection Prix public du meilleur album 20th Century Boys – tome 10 de Naoki Urasawa (Panini Manga)
Sélection Prix public du meilleur album Quartier lointain – tome 2 de Jirō Taniguchi (Casterman)

2005

Prix du dessin Le Sommet des dieux – Tome 2 de Jirō Taniguchi et Yumemakura Baku (Kana)
Sélection Prix du meilleur album L’Homme sans talent de Yoshiharu Tsuge (ego comme x)
Sélection Prix du premier album Love My Life d’Ebine Yamaji (Asuka)
Sélection Prix de la série Coq de combat d’Izō Hashimoto et Akio Tanaka (Akata / Delcourt)
Sélection Prix du patrimoine Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa (Vertige Graphic)
Sélection Prix public du meilleur album Coq de combat d’Izō Hashimoto et Akio Tanaka (Akata / Delcourt)
Sélection Prix public du meilleur album Say Hello to Black Jack de Sato Shuho (Glénat)

2006

Sélection Prix du scénario Dans la prison de Kazuichi Hanawa (ego comme x)
Sélection Prix du dessin Gogo Monster de Taiyō Matsumoto (Akata / Delcourt)
Sélection Prix du premier album Cornigule de Takashi Kurihara (Cornélius)
Sélection Prix du patrimoine Prince Norman – Tome 1 d’Osamu Tezuka (Cornélius)
Sélection Prix du patrimoine L’École emportée de Kazuo Umezu (Glénat)
Sélection Prix public du meilleur album Terres de rêve de Jirō Taniguchi (Casterman)
Sélection Prix public du meilleur album Nana d’Ai Yazawa (Akata / Delcourt)
Sélection Prix public du meilleur album Naruto – Tome 15 de Masashi Kishimoto (Kana)

2007

Prix du meilleur album NonNonBâ de Shigeru Mizuki (Cornélius)
Sélection officielle Ki-Itchi de Hideki Arai (Akata / Delcourt)
Sélection officielle Zipang de Kaiji Kawaguchi (Kana)
Sélection officielle In the Clothes Named Fat de Moyoco Anno (Kana)
Sélection officielle Jacaranda de Shiriagari Kotobuki (Kanko)
Sélection officielle Gyo de Junji Itō (Tonkam)
Sélection officielle Avant la prison de Kazuichi Hanawa (Vertige Graphic)
Sélection patrimoine Hato d’Osamu Tezuka (Cornélius)

2008

Prix du patrimoine Un gentil garçon de Shin’ichi Abe (Cornélius)
Sélection officielle Amer béton – intégrale de Taiyō Matsumoto (Tonkam)
Sélection officielle Death Note de Takeshi Obata et Tsugumi Ōba (Kana)
Sélection officielle Helter Skelter de Kyōko Okazaki (Sakka / Casterman)
Sélection officielle Journal d’une disparition de Hideo Azuma (Kana)
Sélection officielle L’Âme du Kyudo de Hiroshi Hirata (Akata / Delcourt)

2009

Essentiel Patrimoine Opération mort de Shigeru Mizuki (Cornélius)
Sélection officielle Les Gouttes de Dieu – tome 1 de Shu Okimoto et Tadashi Agi (Glénat)
Sélection officielle Ushijima, l’usurier de l’ombre de Shohei Manabe Manabe (Kana)
Sélection officielle Le Voleur de visages de Junji Itō (Tonkam)

2010

Prix de la bande dessinée alternative Special Comix No 3 (Collectif, Chine)
Sélection officielle Ikigami – tome 1 de Motorō Mase (Asuka)
Sélection officielle Le Vagabond de Tokyo de Fukutani Takashi (Le Lézard noir)

2011

Prix Intergénérations Pluto de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki (Kana)
Sélection officielle La Chenille de Suehiro Maruo et Edogawa Ranpo (Le Lézard noir)
Sélection patrimoine La Fille du bureau de tabac de Masahiko Matsumoto (Cambourakis)
Sélection patrimoine Ashita no Joe – tome 4 d’Asao Takamori et Tetsuya Chiba (Glénat)
Sélection jeunesse Naruto – tome 50 de Masashi Kishimoto (Kana)
Sélection jeunesse Détective Conan – tome 62 de Gōshō Aoyama (Kana)

2012

Prix Intergénérations Bride Stories – tome 1 de Kaoru Mori (Ki-oon)
Prix Regards sur le monde Une vie dans les marges – tome 2 de Yoshihiro Tatsumi (Cornélius)
Sélection officielle Les Vacances de Jésus et Bouddha de Hikaru Nakamura (Kurokawa)
Sélection officielle Soldats de sable de Susumu Higa (Le Lézard noir)
Sélection officielle Le Samouraï bambou de Taiyō Matsumoto et Issei Eifuku (Kana)
Sélection patrimoine Kuzuryū de Shōtarō Ishinomori (Kana)
Sélection patrimoine Sous notre atmosphère d’Osamu Tezuka (Éditions H)
Sélection patrimoine Le Voyage de Ryu – tome 5 de Shōtarō Ishinomori (Glénat)

2013

Sélection officielle I Am a Hero de Kengo Hanazawa (Kana)
Sélection officielle Soil – tome 11 d’Atsushi Kaneko (Ankama)
Sélection officielle Thermæ Romæ – tome 4 de Mari Yamazaki (Sakka / Casterman)
Sélection patrimoine 2001 Night Stories de Yukinobu Hoshino (Glénat)
Sélection patrimoine Anjin San de George Akiyama (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse Chi : Une vie de chat – tomes 7 et 8 de Konami Kanata (Glénat)

2014

Sélection officielle Opus de Satoshi Kon (IMHO)
Sélection officielle L’Attaque des Titans – tome 1 de Hajime Isayama (Pika Édition)
Sélection officielle Cesare – tome 1 de Fuyumi Soryo (Ki-oon)
Sélection officielle Goggles de Tetsuya Toyoda (Ki-oon)
Sélection patrimoine Les Trois Royaumes d’après Luo Guanzhong (Éditions Fei)
Sélection patrimoine Poissons en eaux troubles de Susumu Katsumata (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse Space Brothers – tome 1 de Chūya Koyama (Pika Édition)

2015

Prix du patrimoine San Mao, le petit vagabond de Zhang Leping (Éditions Fei)
Prix Tournesol Le Parfum des hommes de Kim Su-Bak (Atrabile)
Sélection officielle Le Chef de Nobunaga – tome 4 de Takuro Kajikawa et Mitsuru Nishimura (Komikku)
Sélection officielle L’Enfer en bouteille de Suehiro Maruo (Sakka / Casterman)
Sélection officielle Sunny – tome 1 de Taiyō Matsumoto (Kana)
Sélection patrimoine Capitaine Albator – intégrale de Leiji Matsumoto (Kana)
Sélection patrimoine Sex & Fury de Bonten Tarô (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse Seven Deadly Sins – tome 5 de Nakaba Suzuki (Pika Édition)
Sélection polar Wet Moon d’Atsushi Kaneko (Casterman)

2016

Sélection officielle Ajin de Gamon Sakurai et Tsuina Miura (Glénat)
Sélection officielle Chiisakobé de Minetarō Mochizuki (Le Lézard noir)
Sélection officielle La Fille de la plage d’Inio Asano (IMHO)
Sélection officielle Unlucky Young Men de Kamui Fujiwara et Eiji Otsuka (Ki-oon)
Sélection patrimoine Cette ville te tuera de Yoshihiro Tatsumi (Cornélius)
Sélection patrimoine La Maison aux insectes de Kazuo Umezu (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse A Silent Voice de Yoshitoki Oima (Ki-oon)
Sélection polar Inspecteur Kurokôchi de Kōji Kōno et Takashi Nagasaki (Komikku)

2017

Prix de la série Chiisakobé de Minetarō Mochizuki (Le Lézard noir)
Prix révélation Mauvaises filles d’Ancco (Cornélius)
Prix du patrimoine Le Club des divorcés – tome 2 de Kazuo Kamimura (Kana)
Sélection officielle Last Hero Inuyashiki – tome 6 de Hiroya Oku (Ki-oon)
Sélection officielle Le Mari de mon frère – tome 1 de Gengoroh Tagame (Akata)
Sélection officielle Sunny – tome 6 de Taiyō Matsumoto (Kana)
Sélection jeunesse Ichiko et Niko – tome 1 de Lunlun Yamamoto (Kana)
Sélection jeunesse My Hero Academia – tome 1 de Kohei Horikoshi (Ki-oon)

2018

Prix du patrimoine Je suis Shingo – tome 1 de Kazuo Umezu (Le Lézard noir)
Sélection officielle La Cantine de minuit – tome 1 de Yarō Abe (Le Lézard noir)
Sélection officielle Charlie Chan Hock Chye de Sonny Liew (Urban Comics)
Sélection officielle L’Enfant et le Maudit – tome 3 de Nagabe (Komikku)
Sélection officielle Tokyo Alien Bros. – tome 1 de Shinzo Keigo (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse Hanada le garnement – tome 1 de Makoto Isshiki (Ki-oon)

2019

Sélection officielle Blue Giant – tome 3 de Shinichi Ishizuka (Glénat)
Sélection officielle La Cantine de minuit – tome 3 de Yarō Abe (Le Lézard noir)
Sélection officielle Les Montagnes hallucinées de Gō Tanabe (Ki-oon)
Sélection officielle Pline – tome 5 de Tori Miki et Mari Yamazaki (Casterman)
Sélection officielle Saltiness – tome 3 de Minoru Furuya (Akata)
Sélection officielle Sunny sunny Ann ! de Miki Yamamoto (Pika Édition)
Sélection patrimoine Charivari de Maki Sasaki (Le Lézard noir)
Sélection jeunesse L’Atelier des sorciers – tome 1 de Kamome Shirahama (Pika Édition)

2020

Prix de la série Dans l’Abîme du temps de Gō Tanabe (Ki-oon)
Prix jeunes adultes Le Tigre des neiges – tome 4 d’Akiko Higashimura (Le Lézard noir)
Sélection officielle Le Bateau de Thésée de Toshiya Higashimoto (Vega)
Sélection patrimoine Les Fleurs Rouges : Œuvres 1967-1968 de Yoshiharu Tsuge (Cornélius)
Sélection jeunes adultes Beastars – tome 6 de Paru Itagaki (Ki-oon)
Sélection jeunesse My Hero Academia – tome 20 de Kohei Horikoshi (Ki-oon)

Cette longue liste permet de voir à quel point Le Lézard noir (15 sélections, 3 prix) a remplacé Cornélius (9 sélections, 4 prix) comme éditeur « chouchou » du festival au tournant des années 2010. Elle permet aussi de réaliser la montée en puissance d’un éditeur comme Ki-oon (12 sélections, 2 prix), ce qui se fait manifestement au détriment de Kana (19 sélections, 3 prix) ces dernières années. On aussi peut constater, sans surprise, le peu d’auteures dans les sélections : les femmes représentent un peu plus de 12% des sélections, seules Kaoru Mori, Ancco et Akiko Higashimura ayant réussi à remporter un prix (soit presque 16% des prix). D’ailleurs, les titres relevant du shôjo / josei manga sont au nombre de 4 (1 / 3), soit un peu plus de 3% des sélections (toutes entre 2005 et 2008). Enfin, le manga est, comme prévu, omniprésent, ce qui représente un peu plus de 94% des sélections. Il n’y a que la Corée du Sud, la Chine continentale et, étrangement, Singapour, qui ont réussi à briser ce quasi-monopole de la bande dessinée japonaise. Les manhua de Taïwan et de Hong-Kong y arriveront-ils un jour à avoir au moins une sélection, alors que ces deux Chine sont présentes depuis de nombreuses années au Festival d’Angoulême ?

La Bande dessinée asiatique au festival d’Angoulême (4B/4)

À l’étroit depuis plusieurs années dans Le Monde des bulles 2 (qui se trouve au centre-ville, à côté du Champ de Mars), l’espace dédié aux bandes dessinées asiatiques déménage en 2019. Appelée Manga City, une grande bulle est montée à côté des chais du Musée de la Bande Dessinée (donc de l’Espace Jeunesse). Certaines personnes peuvent regretter ce (relatif) isolement, ainsi qu’une catégorisation générique (le manga) qui ne reflète pas la diversité des productions de l’Asie de l’Est, sans parler de l’aspect un peu communautariste d’un tel lieu, empêchant ainsi de montrer les passerelles qui existent entre les différentes BD issues du monde entier. Il n’empêche que sur un plan pratique, c’est une réussite avec bien plus d’espace pour circuler, une zone dédiée aux animations et rencontres, où l’on peut (enfin) réellement s’asseoir, sans oublier des stands éditeurs de plus en plus nombreux et à l’aspect professionnel. En 2020, Manga City déménage à nouveau, dans le but de préparer le futur développement de la zone située derrière la gare SNCF, là où se trouve la médiathèque L’Alpha. L’espace en profite au passage pour gagner un peu plus de superficie.

Les années 2019 et 2020

Contrairement à ce que l’on pouvait craindre au début, l’accès à Manga City est assez aisé en 2019. Y aller à pied est assez simple et rapide : il suffit de descendre du plateau à partir des Halles par l’avenue de Cognac puis de couper par les escaliers du Vaisseau Moebius avant de traverser la passerelle Hugo Pratt (et poser au passage devant la statue de Corto Maltese). Pour remonter, c’est encore plus facile : il n’y a qu’à emprunter une des fréquentes navettes dédiées qui relient Manga City au Champ de Mars (il est possible de la prendre dans les deux sens, bien entendu). Résultat, nous n’avons aucun souci à changer régulièrement de lieux durant nos cinq jours de présence. Heureusement, car le programme est fourni, de véritables rencontres remplaçant les innombrables « performances graphiques » des années précédentes. Que Stéphane Ferrand (le responsable de Manga City) et Fausto Fasulo (Rédacteur en chef du magazine ATOM et le responsable des animations) en soient mille fois remerciés. Alors, certes, nous n’avons pas tout suivi mais nous avons passé pas mal de temps sur place comme, par exemple, le dimanche où nous avons enchainés les trois rencontres du jour. Il faut dire que la richesse des animations (y compris sur les stands des éditeurs) est rendue possible par la présence de nombreux mangaka et d’une délégation importante venue de Taïwan.

Signe de la place toujours plus importante donnée au manga par Stéphane Beaujean (le directeur artistique), il y a de nouveau deux invités plutôt prestigieux : Tayô Matsumoto et Tsutomu Nihei. Outre le fait que chacun bénéficie d’une exposition dédiée, ils participent à un programme de rencontres, même si Nihei semble être quelqu’un de plus discret que Matsumoto (pourtant réputé pour ça). En effet, entre sa masterclass au CGR, sa Rencontre internationale et ses trois séances de dédicace à Manga City, sans oublier sa grande exposition monographique située au Musée d’Angoulême (avec le catalogue qui vient avec), Tayô Matsumoto est sur tous les fronts. Une conférence du Conservatoire, animée par l’excellent Gwenaël Jacquet, lui est même consacrée. Par ailleurs, nous avons pu jouer aux fans, les Mangaversien·ne·s ont toutes et tous eu leur dédicace du mangaka. L’exposition « Dessiner l’enfance » est vraiment réussie, tout comme le catalogue l’accompagnant. Toutefois, nous regrettons une masterclass assez peu intéressante, moyennement bien animée par Lloyd Chéry, ce qui nous a fait rater la rencontre avec Paru Itagaki (Beastars chez Ki-oon) qui est proposée aux mêmes horaires (ahhh, le samedi et ses sempiternels conflits d’emploi du temps). L’exposition consacrée à l’œuvre de Tsutomu Nihei est, elle aussi, réussie malgré un espace assez réduit. La prestation (dessiner en public) de Nihei est intéressante (les photos étant malheureusement interdites). Il est à noter que la séance de dédicace du mangaka consiste en une simple signature mais qu’elle permet de rencontrer le « maître », au plus grand plaisir de l’une d’entre nous. La première année de Manga City se révèle donc être une belle réussite, participant activement à faire de la quarante-sixième édition du FIBD d’Angoulême la meilleure que nous ayons pu suivre. Les lectrices et lecteurs peuvent avoir une vue plus générale de la manifestation en consultant le mini-site dédié à 2019 (qui propose notamment de nombreuses photos) et en allant voir mon compte-rendu sur le présent blog.

En 2020, Manga City déménage une nouvelle fois. L’emplacement situé derrière la gare SNCF n’est pas franchement meilleur ni plus accessible mais il préfigure le développement du festival dans le nouveau quartier de la gare. Du coup, l’espace dédié aux bandes dessinées asiatiques gagne à nouveau un peu plus de surface, ce qui permet de bien séparer l’espace dédié aux animations de celui consacré aux stands. Malheureusement, le programme de ces animations est trop grand public à nos yeux et ne nous intéresse absolument pas. Il faut dire que l’absence du Grand Prix 2019, Rumiko Takahashi, combinée à la présence extrêmement discrète (du fait de son grand âge) de Yoshiaru Tsuge, et à l’absence d’intervenant·e japonais·e d’un « certain calibre » font que nous ne suivons pratiquement aucune activité liée au manga et nous ne mettons quasiment pas les pieds à Manga City, juste ce qu’il faut pour faire quelques achats et discuter un peu sur les stands de Kana et Akata.

Certes, il n’y a pas que Manga City au festival mais même les conférences du Conservatoires liées à la bande dessinée japonaise ne sont pas très motivantes. Heureusement, il reste les masterclass des deux principaux invités japonais. Celle d’Ino Asano est vraiment réussie, Lloyd Chéry s’étant bien amélioré. Nous n’assistons pas à celle de Yukito Kishiro, préférant faire autre chose, ce qui est un peu regrettable étant donné les retours que nous en avons peu après son déroulement. L’exposition « Gunnm, l’ange mécanique » se révèle être de qualité alors que celle consacrée à Yshijaru Tsuge, « Être sans exister », ne réussit pas à nous intéresser autant (malgré sa grande érudition) que celles proposées au Musée d’Angoulême les années précédentes. Du coup, comme déjà dit, il est difficile de s’enthousiasmer autant qu’en 2018 et en 2019. L’édition 2020 est donc à nos yeux, comme à une époque pas si lointaine, sauvée par ses autres activités, notamment les expositions, les animations et les rencontres liées aux comics.

Et maintenant ?

La quarante-septième édition a pu se dérouler normalement avant que le fameux coronavirus provoque l’annulation des festivals BD et conventions manga (à de rares exceptions près) prévus en 2020 mais aussi en 2021. Résultat, la quarante-huitième édition n’existe que sous forme virtuelle, avec une diffusion vidéo de la remise des prix en janvier 2021 et un vote pour le Grand prix en juin 2021. Surtout, les changements dans la direction artistique du festival d’Angoulême avec la démission en février 2020 de Stéphane Beaujean, suivie quelque temps après de celle de Stéphane Ferrand qui était pressenti pour s’occuper de la partie « asiatique » du programme 2021, sans oublier le départ récent de Frédéric Felder (chargé de la BD franco-belge), font que nous n’avons aucune idée de ce à quoi pourrait ressembler l’édition 2022, surtout sur le plan de la bande dessinée asiatique. Il ne nous reste plus qu’à attendre les prochaines annonces et réunions du festival (sans oublier la conférence de presse) et surtout à espérer que la situation sanitaire soit revenue à peu près à la normale à la rentrée de septembre…

Je remercie une nouvelle fois Manuka pour sa relecture et ses précieuses corrections. J’adresse aussi tous mes remerciements au FIBD et à ses différentes organisations dont 9e Art+.

La Bande dessinée asiatique au festival d’Angoulême (4A/4)

En 2016, un nouveau cycle débute pour les lectrices et lecteurs de bandes dessinées asiatiques : Stéphane Beaujean devient seul directeur artistique du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Sa volonté est clairement affichée lors d’une réunion en novembre avec les éditeurs manga francophones : faire (re)revenir ces derniers au festival en plaçant la bande dessinée japonaise au centre de ses préoccupations. En attendant, la quarante-troisième édition (organisée durant l’année 2015) s’ouvre fin janvier 2016 dans un contexte de crise (notamment avec un problème de renouvellement de contrat entre 9e Art+ et l’Association du Festival) sans oublier diverses polémiques (avant, pendant et après le festival).

Deux années de transition : 2016 et 2017

Entre 2016 et 2018, la bande dessinée asiatique occupe une partie du Monde des bulles 2 et retrouve ainsi un emplacement occupé en 2012. Intitulé « Quartier Asie », l’espace occupe tout le fond de la bulle en 2016 et met en évidence la moto de la série Akira (réalisée par un Japonais fan de l’œuvre d’Otomo, le Président de la présente édition en tant que Grand Prix 2015). Malheureusement, le programme n’est pas franchement intéressant, proposant bien trop de « performances graphiques » et trop peu de rencontres. En fait, seul le vendredi nous intéresse avec deux rencontres internationales, une avec Minetaro Mochozuki, brillamment animée par Xavier Guilbert (pour ne pas changer), et l’autre avec Ayako Noda, très moyennement conduite par Christian Marmonnier. À la décharge de ce dernier, le manga n’est pas sa spécialité et la mangaka est une jeune débutante, encore peu connue au Japon. Nous devons avouer que nous avons un peu séché les autres activités, connaissant plutôt bien l’industrie de la bande dessinée hongkongaise et la Comix Home Base. Une petite exposition, manquant malheureusement de cartels mettant en situation les planches proposées, présente différentes séries paraissant dans le magazine de prépublication HiBaNa, le successeur du regretté IKKI, magazine laissant une part importante aux auteures de seinen manga.

Cependant, il n’y pas que le Quartier Asie qui est peu attrayant. Il faut reconnaitre que si on ne s’intéresse pas à Akira et à son créateur, l’offre globale en matière de manga est plutôt pauvre. De ce fait, nous assistons à une nouvelle rencontre avec Minetaro Mochozuki, cette fois dans l’espace L’Alpha (la médiathèque du Grand Angoulême tout juste inaugurée) où un Stéphane Beaujean très fatigué se fait plus que seconder par Xavier Guilbert « embauché » à la dernière minute. Heureusement, la programmation du festival est tellement riche qu’il y a toujours autre chose à voir ou à faire. Par exemple, cela permet d’avoir le temps d’aller au festival Off, le FOFF, pour y découvrir un mangaka bien particulier : Jiro Hishiwara. Pour avoir un aperçu plus complet de la manifestation, les lectrices et lecteurs du présent billet peuvent se rendre sur le mini-site Mangaverse à Angoulême 2016 et voir les diverses activités suivies par l’équipe mangaversienne

En 2017, étrangement, il y a peu de changements dans l’organisation de l’espace dédié aux bandes dessinées asiatiques. Pourtant, le lieu perd son nom, devenant un simple « espace manga » au sein du Monde des Bulles, le numéro 2 (la bulle sise rue des Frères Lumière, rappelons-le). La programmation s’en ressent, elle est réduite à la portion congrue. Une fois de plus, les stands coréens, hongkongais et taïwanais tirent l’espace vers le haut par leur réalisation. Seuls Akata et Ototo représentent les éditeurs mangas francophones. Sur ce point, le festival est loin de concurrencer Japan Expo, ou même Livre Paris. « Rome ne s’est pas faite en un jour » comme on dit, et cela se voit ! Inutile de dire que nous y passons encore moins de temps que lors de l’édition précédente. Nous assistons debout du fait du manque d’espace et d’un emplacement en plein cheminement des festivaliers voulant se rendre sur le stand Dupuis/Spirou, uniquement une conférence peu intéressante sur une œuvre scénarisée par Eiji Otsuka. Ce dernier n’est même pas présent, laissant le soin à une professeure de manga japonaise de nous présenter (assez laborieusement si je me souviens bien) cette création inédite en français (et qui l’est toujours).

Heureusement, le programme des Rencontres Internationales est plutôt intéressant, même en l’absence d’une tête d’affiche plus grand public. Les Japonais sont nombreux : Eldo Yoshimizu, auteur publié pour la première fois par le Lézard Noir, Gengoroh Tagame, dont Le Mari de mon frère vient de sortir chez Akata, ainsi que le duo Mari Yamazaki (Thermæ Romæ et PIL chez Casterman) / Tori Miki (connu dans nos contrées pour Intermezzo chez IMHO) qui officie sur Pline, série publiée en français par Sakka / Casterman. N’oublions pas le regretté Rao Pingru (Chine), dont le formidable Notre histoire est publié au Seuil. Il y a donc largement de quoi faire en matière de rencontres avec des auteur·e·s asiatiques, d’autant plus que les animateurs ont fait du bon travail et que les auteur·e·s n’étaient pas mutiques (ce qui est toujours un risque). De plus, le festival a investi le Musée de la ville d’Angoulême pour y établir son exposition majeure. Si l’espace dédié aux expositions temporaires (situé au deuxième étage) sert depuis plusieurs années (2010 et depuis 2015), il s’agit désormais d’y mettre en avant un auteur japonais emblématique. Pour cette première année, il s’agit de Kazuo Kamimura, désigné comme étant « l’estampiste du manga ». L’auteur est notamment publié en français par Kana. L’habituel reportage photographique mangaversien est bien entendu disponible sur son mini-site dédié.

2018, nouvelle année de référence ?

En 2018, le travail de Stéphane Beaujean commence à porter ses fruits de façon plus visible. Un « Pavillon Manga » fait sa réapparition, prenant la place du Monde des Bulles 2. Son organisation est confiée à Stéphane Ferrand, ancien co-rédacteur en chef du Virus Manga, ce qui nous renvoie plus de dix années en arrière, à l’édition 2005 pour être précis. Le programme est étoffé même s’il y a toujours trop de ces fichues « performances graphiques ». Du côté des invités, il y a du « lourd » : Naoki Urasawa et Hiro Mashima. Bien entendu, le Pavillon manga n’a droit qu’aux « seconds couteaux » que sont Keigo Shinzo (auteur au Lézard Noir de Tokyo Alien Bros.) et Kenichi Kiriki (auteur du contemplatif manga La Photographe chez Komiku). Il y a aussi l’intéressante rencontre avec Takayuki Matsutani, le président de Tezuka Productions venu parler du « dieu du manga » à l’occasion de l’exposition qui est consacrée à ce dernier. Bref, nous passons un peu plus de temps que les années précédentes, notamment pour tenter notre chance aux concours quotidiens organisés sur le stand de Tezuka Prod. Une grande librairie manga est proposée par Cultura pour pallier un peu l’absence des éditeurs francophones. Malheureusement, il n’y a que les séries les plus vendeuses de disponible, pour la découverte, on repassera. En effet, pour le manga, il n’y a qu’Akata, Kana et Pika qui sont présents. Notons toutefois l’impressionnant stand consacré au « manfra » Head-Trick et à ses nombreux goodies.

En dehors du Pavillon Manga, il y a de quoi faire avec les deux grosses têtes d’affiche japonaises. Naoki Urasawa et Hiro Mashima bénéficient chacun de leur exposition : « L’Art de Naoki Urasawa » pour le premier et « Fairy Tale » pour le second. Toutefois, l’exposition majeure de cette édition du festival est celle consacrée à Osamu Tezuka : « Manga no kamisama » (le dieu du manga). Sise dans le même espace que celle de l’année précédente et bénéficiant d’une scénographie assez similaire, son intérêt et son impact sont immenses. De plus, le Festival propose un catalogue qui reprend et développe les intéressants cartels tout en incluant de nombreuses reproductions de planches. Une réussite totale ! Le Conservatoire propose trois conférences intéressantes (et réussies) sur la bande dessinée asiatique. Sur le plan des rencontres, Naoki Urasawa et Hiro Mashima bénéficient chacun d’une Masterclass même si celle d’Urasawa a dû surprendre plus d’une personne lorsque le mangaka a profité de sa présence sur scène pour montrer ses talents de musicien en plus de ceux de dessinateur. Urasawa est aussi invité à une Rencontre internationale, animée par le vétéran et toujours excellent Romain Brethes. Mashima a, lui, le droit de s’amuser avec Reno Lemaire lors d’une Draw Battle. Enfin, n’oublions pas la présence du très talentueux auteur singapourien (d’origine malaisienne) Sonny Liew qui bénéficie d’une petite mais intéressante exposition dans les caves du Théâtre d’Angoulême à l’occasion de la sortie chez Urban Comics de Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée. Il participe aussi à une Rencontre internationale formidablement animée par Paul « Magnific » Gravett. Bref, 2018 se révèle être une excellente édition, une des meilleures qu’il nous a été possible de suivre. Et pourtant, un an plus tard, 2019 va se révéler être un meilleur cru !

Je remercie Manuka pour sa relecture et ses précieuses corrections. J’adresse aussi tous mes remerciements au FIBD et à ses différentes organisations dont 9e Art+.

Ces petits festivals de BD parisiens…

Notre petit groupe de mangaversiens parisiens irréductibles apprécie surtout le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, comme on peut s’en apercevoir facilement sur ce blog WordPress. Cependant, notre année BD est aussi rythmée par trois petites manifestations parisiennes dédiées à la bande dessinée « indépendante », c’est-à-dire aux petits éditeurs. Deux d’entre elles revendiquent même un croisement avec d’autres arts visuels. À l’occasion de l’édition 2019 du SoBD qui vient de se dérouler dans le quartier du Marais, voici un petit billet revenant sur différentes éditions du Pulp Festival, de Formula Bula et du SoBD. Nous y passons généralement une demi-journée, le samedi après-midi (donc très loin des trois à cinq jours consacrés à Angoulême).

Pulp Festival

Sise à Noisiel dans le 77, c’est-à-dire loiiiin du centre de Paris, cette manifestation est née de la collaboration entre La Ferme du Buisson, un centre culturel centré sur les arts visuels et l’art contemporain, et Arte, la chaine franco-allemande à vocation culturelle. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le Pulp Festival se revendique à la croisée des arts et propose un programme très orienté « spectacle du vivant ». Nous y allons depuis la première édition qui s’est déroulée en mars 2014, principalement pour les nombreuses petites expositions qui y sont montées. En effet, le programme de rencontres et tables rondes est assez pauvre et souvent à des horaires peu pratiques. Une année, nous sommes restés assister à un spectacle, mais… comment dire… le mélange art/spectacle contemporain, ce n’est pas trop notre came (à la différence des expositions) même avec de telles têtes d’affiche comme Philippe Dupuy, David Prudhomme et le groupe Moriarty.

Les deux éditions les plus mémorables en ce qui me concerne sont celles qui se sont déroulées en 2015, notamment grâce aux expositions La Chute de la maison Usher, Bandes fantômes et La Visite des Lycéens, et en 2017 pour la pièce de théâtre Animal moderne ainsi que la rencontre avec Liv Strömquist (de plus, les expositions étaient intéressantes). La moins mémorable est celle de 2018, je n’y suis pas allé tant rien ne m’y attirait. L’édition 2019 valait surtout pour les expositions consacrées à Posy Simmonds et à Alberto Breccia. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que le Pulp Festival commence à tourner un peu en rond et ne propose plus grand-chose d’étonnant ou de nouveau pouvant nous motiver à faire tant de chemin. Bah, nous verrons bien en 2020, mais nous devrions continuer à y aller, pour voir les expositions, bien entendu.

Formula Bula

Né grâce à la Mairie de Saint-Ouen et à Ferraille, le festival veut mettre en avant la bande dessinée indépendante et les arts qui lui sont associés. L’expérimentation en est le moteur à ce qu’il parait. Nous avons raté la première édition qui s’était déroulée en mai 2011, mais pas la deuxième, en mai 2013, intéressés par l’exposition (réussie) sur Le Roi des mouches. Néanmoins, l’éclatement de la manifestation sur de nombreux lieux, le manque d’intérêt pour le reste de la programmation (nous avons quand même assisté à une table ronde que l’on aurait pu louper sans rien rater) ont fait que nous n’avons pas trouvé le « plaisir » promis par les organisateurs.

Ceci dit, comparée à la troisième édition, déplacée au mois de septembre et dans le dixième arrondissement, c’était une franche réussite. Le manque de place au Point Éphémère (une salle de concert bien sympathique mais inadaptée pour une telle manifestation, la taille ridicule des expositions, notamment celle consacrée à Francis Masse, l’inintérêt et l’inconfort des rencontres, un système de dédicace, certes original mais trop contraignant en temps (en plus, ce n’est pas quelque chose qui nous intéresse réellement), font que nous avions rayé Formula Bula de nos agenda 2016 et 2017 par manque d’affinités.

Ceci dit, en 2018, grâce à la venue d’Art Jeeno, d’un nouveau lieu central (la médiathèque Françoise Sagan) et de l’exposition « Spirou, la fin de l’insouciance », nous y sommes revenus et été favorablement surpris par les améliorations proposées, à commencer par un village des éditeurs (dits indépendants, bien entendu). Résultat, nous y sommes retournés en 2019, faisait même le déplacement à la médiathèque ainsi qu’au Point Éphémère, le village des éditeurs ayant été déplacé par manque de place pour raisons de travaux. Il faut dire que l’exposition Blutch nous avait motivés. Résultat, nous devrions en être en 2020. Néanmoins, Formula Bula est, pour moi, clairement la moins intéressante des trois manifestations considérées ici, et c’est celle où nous passons le moins de temps.

SoBD

Si nous avons raté les deux premières éditions situées à la galerie Oblique (2011 et 2012), nous sommes fidèles à la manifestation depuis novembre 2013 et son élargissement aux (petits) éditeurs de BD, sans oublier son emménagement dans la Halle des Blancs Manteaux. Le point fort de SoBD est incontestablement l’ensemble des rencontres organisées autour d’un « pays invité », c’est-à-dire regroupant diverses auteur·e·s d’une même nationalité. C’est ainsi que nous avons pu rencontrer des auteur∙e∙s en provenance de Grande-Bretagne, de Taïwan, de Suède, de Suisse, du Canada et, en 2019, de Pologne. Pour la Suède et surtout pour la Pologne, c’était l’occasion de découvrir la bande dessinée de ces deux pays, tant ces deux nations sont peu éditées en francophonie. Pour les autres, c’était l’occasion d’améliorer nos connaissances, et surtout la possibilité de rencontrer Seth et Chester Brown en dehors d’Angoulême.

Les petites expositions intitulées « Musée Éphémère » donnent chaque année l’opportunité de découvrir des planches d’artistes réputés comme David B., Goossens, Florence Cestac, Marc-Antoine Mathieu, etc. et nous passons énormément de temps à discuter avec certains éditeurs comme Les Editions du Canard ou Le Lézard Noir. Mention spéciale à l’année 2014 où nous sommes, a-yin et moi-même, restés au repas éditeurs du samedi soir, jouant ainsi aux pique-assiettes et permettant à Stéphane Duval de ne pas se retrouver seul en territoire (presque) inconnu. Des trois festivals abordés ici, c’est le seul où il nous arrive régulièrement de revenir le dimanche pour assister à telle ou telle rencontre, ce qui est révélateur de l’intérêt qu’on y porte.

Cependant, cessons-là ce petit retour vers le passé et projetons-nous sur Angoulême 2020 !

Angoulême, retour sur 3 jours intenses (3)

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Troisième et dernier jour au festival. Fatigue accumulée mais programme chargé. C’est pourtant courageux et motivés que nous sommes arrivés à l’Hôtel de Ville, sans encombre et avant 10h. Au programme, récupérer Shermane accompagnée de Monsieur et faire dès le matin un maximum d’expositions « difficiles d’accès » – comprendre celles consacrées à Cosey (du fait de son lieu) et à Tezuka et à Urasawa (du fait de leur popularité). Mais avant cela, et après avoir passé un trop court moment à parler bande dessinée chinoise autour d’un café crème (accompagné de chocolatines) avec Laurent Mélikian, j’ai dû rejoindre Taliesin à l’exposition consacrée à Sonny Liew, que nous n’avions pas eu le temps de voir la veille. L’avantage des expos situées aux caves du Théâtre, c’est qu’elles sont peu fréquentées et faciles d’accès. Le dimanche matin, à l’ouverture, c’est encore plus vrai. Ce qui n’était pas prévu, c’est de voir l’auteur en dédicace en repartant. Bien entendu, nous en avons profité pour nous faire dédicacer deux exemplaires de Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée (pour avoir chacun le nôtre), Taliesin en profitant pour continuer la discussion entamée la veille lors de la Rencontre Internationale.

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Du coup, c’est avec un peu de retard que nous avons récupéré Shermane (le TGV était pratiquement à l’heure) qui a eu ainsi le temps de regarder les panneaux de l’amusante exposition « Le monde selon Titeuf » placée devant l’Hôtel de Ville. Retard qui s’est révélé sur le moment préjudiciable étant donné la file d’attente devant l’Hôtel Saint-Simon pour l’exposition consacrée à Cosey. Alors que Taliesin restait faire la file car elle tenait absolument à voir le travail du Président de l’édition 2018, je suis retourné faire l’exposition Tezuka avec Shermane. J’ai pu ainsi compléter mes photos de planches et de festivaliers ; puis nous avons fait rapidement « Venise sur les pas de Casanova ». Pas très intéressante, je dois dire. Je ne suis pas fan de la peinture de Canaletto (et de ses pairs). Quant aux dessins par huit auteurs de BD inspirés par Venise, ils étaient… peu inspirés, j’ai trouvé. Il y avait pourtant de quoi faire avec la figure de Casanova au lieu de peindre de façon statique la ville ou des femmes nues. Seule la fresque de Kim Jung Gi sortait vraiment du lot.

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Il était alors temps de passer à l’incontournable du dimanche angoumoisin : l’anniversaire (un peu en avance) de Manuka, malheureusement sans Taliesin (à l’espace Franquin) ni Shermane (quelque part dans la ville, avant qu’elle aille sur le stand du Lézard Noir puis à l’Hôtel Saint-Simon). Cette année, c’est Tanuki qui a fait le photographe. J’étais à la remise des cadeaux (je suis persuadé que c’est mieux lorsque c’est Taliesin ou beanie_xz qui officie… Sexisme, quand tu nous tiens, hé hé…) Ce fut aussi l’occasion de découvrir un nouveau et excellent restaurant : Chez H (rien que le nom me donnait envie d’y aller) qui propose une cuisine de « spécialités chinoises, tout à la vapeur, tout fait maison ». Si vous passez dans le coin, je ne peux que vous conseiller d’y faire un tour : c’était très bon . Et le service savait être rapide pour les festivaliers pressés. Après l’intermède anniversaire, il était temps de reprendre le cours des événements. Cela commençait par un dernier passage à la Bulle du Nouveau Monde pour voir Shermane dans une longue file d’attente pour une dédicace de Shinzo Keigo et, pour moi, d’aller rencontrer Lounis Dahmani en dédicace à La Boite à Bulle et lui dire tout le bien que je pensais de Oualou en Algérie, tout en lui demandant un petit dessin, bien entendu. Il ne reste plus qu’à attendre une prochaine aventure du détective privé « français comme Zidane », en projet mais assez peu avancé, il faut le dire.

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Il était alors plus que temps, pour Manuka et moi, d’aller à l’Espace Franquin pour faire les expositions consacrées à Gilles Rochier et à Naoki Urasawa pendant que Taliesin assistait à la conférence de ce dernier dans la salle voisine. Deux belles expositions, sur deux auteurs très différents à la fois dans leurs propos et dans leur dessin. C’est aussi ça le point fort du Festival d’Angoulême : proposer dans un même lieu des œuvres éloignées thématiquement et stylistiquement. C’était l’occasion de recroiser Vlad, le co-commissaire de l’exposition Cosey. J’ai pu lui assurer que Taliesin n’avait pas manqué celle-ci et semblait l’avoir appréciée. Quant à « Tenir le terrain », le résultat était excellent avec à la fois la présentation de l’auteur, de son œuvre (dont je ne connaissais pas tous les aspects, notamment ses travaux en microédition) tout en mettant en lumière la banlieue parisienne. L’exposition Urasawa était, elle aussi, intéressante mais souffrait d’une scénographie un peu trop répétitive, d’explications insuffisantes au début, notamment sur la raison de chapitres entiers présentés sur des murs. En fait, pour comprendre les intentions du mangaka, il fallait avoir regardé la vidéo où il expliquait sa vision du manga. Problème, celle-ci était placée à la fin du parcours. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Taliesin : refaire le parcours après avoir visionné ladite vidéo pour mieux comprendre ce qui nous était présenté et comment. D’ailleurs, elle n’a pas été la seule à vouloir refaire l’expo, nous avons croisés Urasawa qui refaisait un petit tour en ayant l’air de bien s’amuser. Il est prévu d’aller voir très prochainement l’exposition à Paris pour voir comment elle a été adaptée à un autre environnement.

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Mine de rien, il commençait à se faire tard et il allait falloir songer à rentrer car 4h de route allaient nous attendre (6h en réalité entre pause autoroute / diner durant pratiquement une heure et bouchon après le péage de Saint Arnoult sur l’A10). Mais histoire de donner un peu plus de temps à Shermane d’apprécier sa première visite à Angoulême, il a fallu jouer les prolongations, ce qui nous a donné l’occasion d’aller voir les 45 affiches du festival présentées dans le local de l’Association FIBD Angoulême puis de manger une crêpe (Nutella™ pour Taliesin, beurre-sucre pour moi), histoire de prendre des forces avant de partir. Voilà, c’était tout pour cette fois-ci, rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition et une exposition sur l’œuvre de Tayou Matsumoto (le bon, pas l’autre, le mauvais, qui est déjà venu au festival), ce qui nous motive à l’avance.

Et revoilà Angoulême !

Angou2018

La conférence de presse de la quarante-cinquième édition du Festival International de la Bande dessinée approche ! Elle permettra d’avoir une idée plus précise du programme qui nous sera proposé en janvier 2018 (et accessoirement de connaître la sélection officielle). Et c’est ainsi que votre serviteur réalise qu’il va (sauf accident) participer pour la quinzième fois au grand raout de la BD francophone. En effet, depuis 2004, je suis un festivalier assidu, étant passé au fil du temps du statut de simple visiteur payant à celui de « journaliste » et conférencier. Dernièrement, je me suis demandé ce qui pouvait justifier ou expliquer que je passe plusieurs jours aussi loin de mon domicile, alors que je suis plutôt casanier. Et surtout, pourquoi l’envie est-elle toujours là, alors que je ne vais plus au Festival International du Film d’Animation d’Annecy (8 éditions de 2003 à 2010) ou à Japan Expo (12 éditions de 2003 à 2015) ?

En ce qui concerne l’arrêt de ma fréquentation de ces deux dernières manifestations, la réponse est assez simple : l’évolution de la programmation du FIFA d’Annecy l’amène vers toujours plus de longs métrages, à ma grande contrariété.  Cela a eu raison de ma motivation, d’autant que j’y étais un peu seul la plupart du temps lors des dernières années. Quant à Japan Expo, là encore c’est  simple : je n’y vais plus parce que le programme est sans intérêt ; les copains éditeurs sont trop occupés sur leurs stands ; et surtout, l’organisation a fermé mon compte après m’avoir refusé mes demandes de badges en 2016. Et comme il est hors de question que je paye pour aller dans un supermarché ou que je fasse l’effort de demander un accès presse alors que rien ne m’intéresse…

Toutefois, cela n’explique en rien pourquoi je continue à aller à Angoulême, une petite préfecture sans grand intérêt touristique (à la différence de Saint Malo par exemple) perdue au milieu de nulle part en plein mois de janvier. Comme pour le FIFA d’Annecy en son temps, il s’agit pour moi de prendre de petites vacances de trois à quatre jours où j’oublie tous les soucis professionnels et où je me plonge dans un autre monde, tourbillonnant. En effet, à la différence des autres festivals de bande dessinée que j’ai pu faire, il faut bien trois jours pour faire le tour de la programmation (je ne dis pas tout faire, c’est impossible). Des manifestations aussi plaisantes que SoBD ou Pulp Festival sont généralement bouclées en une grosse demi-journée. Quai des Bulles (que je referais bien pour le côté vacances et la qualité de la programmation, du moins quand a-yin aura le courage de m’accompagner à nouveau dans ce long périple) ne prend qu’une journée pour en faire le tour, tout comme Livre Paris.

En effet, la véritable raison est là : la qualité de la programmation. Il est assez incroyable de voir la différence entre le festival d’Angoulême et les autres manifestations du même genre, même les plus renommées comme celle de Saint Malo. Le nombre et la diversité des rencontres, la qualité des conférences et surtout la taille et l’intérêt des expositions sont sans commune mesure avec tout ce que j’ai pu voir autre part en quinze années de festivités bédéphiles diverses. La place dédiée au festival, le professionnalisme des stands, la variété des éditeurs et des auteur·e·s sont sans équivalent en France et plus que rares dans les autres pays, d’après ce que j’ai pu comprendre. Et c’est pour cela que je serai présent à la conférence de presse de l’édition 2018 du festival d’Angoulême, que je serai au festival lui-même dans deux mois et que je passerai des heures à faire un compte-rendu photographique (c’est mon « boulot », je suis « presse » après tout !).