Malgré son total insuccès (attendu), je poursuis mon projet « L’instant nostalgie ». Je ne sais pas combien de temps je supporterai un tel bide, mais pour l’instant, allons-y ! N’ayant aucune photo intéressante sur le mois de mars 2006, j’ai dû sauter une année. Il s’agit d’une activité non-mangaversienne mais je n’en suis pas si loin tant le projet Web Mangavoraces des Éditions Akata reposait sur la participation de nombreuses bonnes volontés venues de Mangaverse, à commencer par Morgan, notre webmistress.
La photo
Roissy-en-France — Aéroport CDG — Canon EOS 350D
L’anecdote
Dominique Véret, alors directeur éditorial manga pour les Éditions Delcourt et dirigeant d’Akata, voulait mettre en avant un de ses titres préférés, Amer Béton de Tayou Matsumoto. Il l’avait édité une première fois à l’époque où il officiait chez Tonkam, entre 1996 et 1997. À l’occasion de la sortie en France (en mai 2007) du film éponyme réalisé par Michael Arias au sein du studio d’animation japonais Studio 4°C et de la publication de la version intégrale du manga (en avril 2007), une rapide rencontre avait été organisée entre Dom et Michael, avec la présence de Caf’, responsable de la partie manga au sein du magazine Coyote Mag. Pour ma part, je faisais fonction de « taxi » et de photographe avant de devenir le rédacteur en chef d’un dossier mis en ligne sur Mangavoraces (et de voir à cette occasion le film en avant première, lors d’une projection presse). Michael Arias était entre deux avions, arrivant d’un festival en Corée du Sud (si je me souviens bien) et repartant pour un autre festival (je ne sais plus où). L’espace restreint d’un coin de bar dans le terminal 2 ne m’avait pas permis de trouver de bons angles de prise de vue. De plus, la faible luminosité m’avait obligé à utiliser le flash intégré (je n’avais pas encore investi dans un Speedlight) et je n’avais pas encore pris l’habitude d’enregistrer mes photos en RAW. Bref, cette photo souffre de nombreux défauts, mais elle matérialise ce qui reste un excellent souvenir. Nous voyons ici Dominique Véret présenter une version en cours de finalisation de l’intégrale, discuter des différences entre les deux médiums et questionner le réalisateur sur sa vision de l’histoire.
Le site bonus
Pas de photo mais un site bonus : le dossier Amer Béton.
Actuellement, un petit cinéma parisien propose, dans le cadre d’une rétrospective du cinéma hongkongais d’avant la rétrocession, plusieurs films réalisés dans les années 1980-90 par John Woo. Lors du programme « Portrait de Hong Kong » au Forum des Images, je n’avais pas pu voir d’œuvres du réalisateur / producteur / scénariste cantonais célèbre pour ses films d’action (une histoire de droits bloqués). J’ai donc eu l’occasion ce samedi de combler ce petit manque dans ma culture naissante des films hongkongais. J’avais le choix entre deux alternatives, voir avec le mangaversien Tanuki Le Syndicat du crime (avec Chow Yun-fat), référence dans la filmographie de John Woo, ou voir avec la mangaversienne a-Yin le moins connu Une Balle dans la tête (avec Tony Leung). Il est aisé de deviner quel a été mon choix malgré un horaire peu pratique (projection à 11h45 pour un film d’une durée de plus de deux heures).
Une balle dans la tête se passe à la fin des années 1960 à Hong Kong puis au Vietnam, pendant la guerre à laquelle ce dernier a donné son nom. Nous y suivons trois amis d’enfance qui se sont juré que rien ne les séparerait. Ils vivent au jour le jour, n’ayant aucune situation stable et peu de perspectives d’avenir. Ben (Tony Leung) réussit pourtant à se marier, tout en n’ayant pas les moyens de payer le banquet. Malheureusement, c’est le début d’une véritable descente aux enfers : Frank (Jacky Cheung) se fait agresser par une bande rivale alors qu’il avait avec lui l’argent de la fête, empruntée à un usurier. Il a réussi à éviter le vol mais s’en sort blessé à la tête. Une vengeance s’impose, ce qui débouche sur la mort du responsable de la blessure. Voilà notre trio obligé de fuir Hong Kong pour le Vietnam, aidé par une de leurs connaissances, trafiquant et contrebandier. Paul (Waise Lee) accompagne ses deux camarades, y voyant une façon de sortir de la vie de misère qui lui est promise.
Arrivés à Saïgon avec de nombreux produits de contrebande, les trois amis découvrent une ville sans foi ni loi, à l’image de l’armée qui se montre sans pitié envers les Vietnamiens, alors qu’ils sont du même bord. Leurs valises étant détruites lors d’un attentat provoqué par un jeune militant pro-Vietcong, il leur faut absolument trouver une autre façon de vivre dans la capitale du Sud Vietnam. En faisant la connaissance de Luke (Simon Yam), un homme de main / tueur au service (apparemment) d’un des patrons du crime local (celui même à qui ils devaient remettre leur marchandise), ils entrevoient une solution à leurs galères. Malheureusement, ils vont surtout découvrir l’horreur de la guerre et plonger de plus en plus profondément dans l’abject…
Avant que je me rende au cinéma, j’ai été briefé par manu_fred, un autre mangaversien ayant vu le film et assez bon connaisseur de l’œuvre de John Woo. Je savais ainsi un peu à quoi m’attendre avec ce dernier, sur sa tendance au mélodrame lourdingue et à l’exagération dans le jeu d’acteur, notamment lors de certaines scènes d’amitié virile. Heureusement, il n’en est rien avec Une balle dans la tête (ou si peu). Il en résulte un film efficace, qui sait aller au delà du cinéma de genre. Le propos est intéressant : il ne s’agit pas d’un simple film d’action, même si les scènes de fusillades grandiloquentes sont nombreuses. S’il n’est pas représentatif de la filmographie du réalisateur, il est désormais considéré comme un de ses chefs-d’œuvre alors qu’il n’avait pas rencontré un grand succès lors de sa sortie en salle.
En effet, le long-métrage est ancré dans l’histoire de Hong Kong, notamment en nous montrant des scènes de révoltes étudiantes pro-communistes durement réprimées par les forces de l’ordre. Il en est de même avec le Vietnam, dont la guerre a fait perdre toute humanité à une partie de la population, à commencer par l’armée, qu’elle soit du Sud ou du Nord. La situation de Sally Yen (Yolinda Yan) n’est pas sans rappeler la prostitution des « maisons de chanteuses » au Vietnam. Il y a aussi une allusion assez claire aux événements de la place de Tiananmen qui s’étaient déroulés l’année précédant la réalisation du film, lors de la répression d’une manifestation pacifiste vietnamienne qui se déroule sur un pont où Ben et Sally avaient prévu de se rencontrer. Il s’agit donc d’une excellente surprise en ce qui me concerne. Néanmoins, il faudra que j’aille voir une autre œuvre de John Woo pour avoir une meilleure idée de ses films de gangsters.
Titre original : 喋血街頭 (Die xue jie tou) Titre international :Bullet in the Head
Pays : Hong Kong Sortie cinéma : 1990 Réalisateur : John Woo Scénario : Janet Chun, Patrick Leung et John Woo Production : Catherine Lau, Patrick Leung et John Woo Musique : James Wong et Romeo Díaz Durée : 2h11
Alva est une jeune cambrioleuse, du genre monte-en-l’air. En effet, elle n’a pas son pareil pour grimper sur tout ce qui est vertical, même en l’absence de prises évidentes. Afin d’y faire entrer ses acolytes, elle s’infiltre dans l’appartement d’un vieil homme qui a eu le tort de se vanter de détenir de nombreuses pépites d’or. Bien mal leur en prend car ils vont alors libérer une puissante entité qui y est retenue prisonnière. En fait, c’était elle qui produisait l’or… Elle profite de sa liberté retrouvée pour se venger de son geôlier mais aussi sur ses libérateurs, sans distinction, à l’exception d’Alva en qui elle reconnaît des racines locales anciennes et de Mini, le guetteur tout surpris d’avoir survécu à un tel déchainement de violence. Cette fuite ayant été tout sauf discrète, cela réveille une ancienne organisation, dénommée les Artisans. Cette dernière va se mettre à traquer ce qui se révèle être une ancestrale sorcière, ainsi que les deux rescapé·e·s de la petite bande de voleurs à l’origine de tout ce remue-ménage. Une longue course poursuite s’engage alors dans une Scandinavie hivernale, la survie de tout un ancien peuple pouvant dépendre des origines d’Alva, orpheline de parents inconnus comme de bien entendu…
Afin de retrouver la trace de sa mère, Alva a dû se rendre dans le Sud, en plein désert libyen. Ses recherches, peu productives, sont interrompues lorsqu’un groupe lourdement armé et dirigé par une femme très âgée mais manifestement très riche, vient s’en prendre à leur voisin, un vieil excentrique. Leur objectif est rapidement atteint : récupérer une fleur de Lazare, un artefact capable de réveiller les morts. En effet, cet homme discret était en réalité un djinn et, avant de mourir, il a transmis une partie de ses pouvoirs à Mini. Celui-ci n’a pas d’autre solution que se lancer dans une quête qui est de récupérer la fleur et empêcher ainsi un massacre. Un peu contre son gré, Alva choisi de le suivre pour l’aider et les voilà reparti pour le Danemark. Cependant, alors qu’on a comme guide une chèvre haram, que l’on doit franchir la mer méditerranée tout en étant pressé par le temps, voilà une entreprise qui n’a rien de simple et pouvant même être très dangereuse. Heureusement, une organisation européenne secrète, le Comité de surveillance, a décidé d’agir mais elle ne pourra le faire qu’une fois notre duo arrivé en Italie…
Aksel Studsgarth est danois, il travaille depuis plusieurs années dans l’industrie du cinéma et de l’animation, principalement comme manager ou superviseur. Cependant, depuis quelques temps, il se présente comme comic writer. En effet, il a écrit le scénario de la trilogie d’Alva, composée pour l’instant de Dans la nuit, puis d’Odyssée, le troisième et dernier tome n’étant pas encore annoncé. Il s’agit d’une création originale publiée par Glénat. Le premier tome est sorti en 2023, le deuxième mi-2025. Cette bande dessinée est mise en image par Daniel Hansen, un Suédois qui vit en Chine où il a fondé une famille, ce qui ne l’empêche pas de voyager à travers le monde entier pour participer à tel ou tel projet en tant que directeur artistique ou illustrateur. La traduction (à partir de l’anglais ?) de Philippe Touboul (connu pour être le co-fondateur et l’ancien gérant de la regrettée librairie Arkham) et l’adaptation graphique de Fred Urek (Petit Fred au département manga des Éditions Delcourt pour celles et ceux qui se souviennent de l’époque Akata) semblent sans reproche, signe de la qualité de leur travail.
Il résulte de cette collaboration un roman graphique efficace (une première bande dessinée pour les deux auteurs), mélangeant thriller, magie et folklore. Cela donne un aspect fantastique et horrifique à une histoire qui aurait pu n’être que policière à lire les premières pages. En tout cas, tout au long du premier tome, le récit fonce à cent à l’heure vers sa conclusion, et on ne s’ennuie pas un instant à la lecture des (més)aventures d’Alva et de Mini. Le deuxième opus, plus long, met un peu plus de temps à déployer toute la verve de ses créateurs. Le dessin en niveau de gris et la narration de Daniel Hansen font merveille, notamment lors de nombreuses double pages de toute beauté, souvent muettes. Les auteurs semblent bien s’amusent à créer des organisations secrètes plus loufoques les unes que les autres, malgré leur extrême dangerosité. L’utilisation des mythologies scandinaves puis islamiques sont savoureuses, les deux étant ici réinventées, à l’exemple des sorcières svartedal ou de la fleur de Lazare. Il faut toutefois ne pas être allergique aux massacres, souvent gratuits, qui parsèment régulièrement les pages des deux ouvrages. Il n’y a rien d’étonnant à cela, le récit que nous proposent les deux Scandinaves repose sur une actualité mondiale toujours plus chaotique, brutale et sanguinaire, où il est de plus en plus difficile de distinguer le camp du bien de celui du mal, à l’image du Comité de surveillance aux méthodes plus que contestables.
La fin de chaque tome appelle une suite même si les arcs narratifs y trouvent leur conclusion. En effet, comme tout bon thriller qui se respecte, nous refermons à chaque fois l’ouvrage sur une scène proposant un cliffhanger. Il ne reste plus qu’à espérer que le titre réussisse à trouver son public, la sortie d’Odyssée étant passée totalement inaperçue en juillet 2025 (à commencer pour votre serviteur), ce qui peut laisser craindre une annulation pure et simple du dernier opus. Espérons aussi qu’il soit publié en Allemagne et en Suède après une sortie au Danemark l’année dernière (ces marchés sont proches les uns des autres) car on veut pouvoir lire l’année prochaine la conclusion de cette histoire à la fois haletante et par moment si déjantée ! Pour l’instant, aucune information va dans un sens ou dans l’autre, nous laissant dans l’attente…
Auteurs : Aksel Studsgarth (scénario) et Daniel Hansen (dessin) Traducteur : Philippe Touboul Éditeur : Glénat
Alva dans la nuit Prix : 24,50 € Format : 19,8 x 26,6 cm Nombre de pages : 264 Couverture : Cartonnée EAN : 9782344056196 Date de sortie : Septembre 2023
Alva Odyssée Prix : 27 € Format : 19,8 x 26,6 cm Nombre de pages : 320 Couverture : Cartonnée EAN : 9782344065822 Date de sortie : Juillet 2025