Prendrez-vous un peu de Métal finlandais… (1/3)

Après avoir consacré deux billets à des chanteurs français (Ridan, Mino) que j’apprécie tout particulièrement alors qu’ils officient dans un style différent de la musique que j’écoute habituellement, il est temps pour moi d’écrire sur cette dernière . En effet, étant assez monomaniaque, cela fait de nombreuses année que le Métal finlandais est le genre qui m’attire le plus et qui a tendance à tourner en boucle sur mon PC ou en voiture. La Finlande un pays réputé pour abriter le plus grand nombre de groupes de Heavy Metal par nombre d’habitants (entre 50 et 70 groupes par 100 000 habitants). Du coup, il y en a un peu pour tous les gouts : Death, Black, Doom, Folk, Power, Symphonique, etc. J’ai déjà un peu exposé mon rapport à la musique en introduction de l’article concernant Ridan, inutile d’y revenir. Pour évoquer le sous-genre Folk Metal, il s’agit ici d’évoquer trois groupes : Amorphis, Moonsorrow, et Ensiferum.

Amorphis

Si je suis venu au Métal finlandais par le Folk, ce n’est plus ce que j’écoute le plus. Difficile de se rappeler comment j’ai découvert Amorphis. J’ai tendance à penser que la transition s’est faite sur plusieurs années au mitant de la décennie ’90. Cela se serait produit entre l’album épique Nobre Savage du groupe américain de Power Metal (c’est le style que j’écoutais principalement à la fin des années 1980) Virgin Steel et la non moins épique galette Elegy. Néanmoins, le tempo, le chant, les guitares, tout est tellement différent que je me dis qu’il y a eu forcément des étapes intermédiaires. Impossible de m’en souvenir, je ne peux faire que des conjonctures à partir des albums qui m’ont le plus marqués à cette époque. Ce qui est certain, c’est par Elegy que j’ai découvert le Métal finlandais.

Amorphis est toujours en activité et compte quinze albums studios. Le style musical du groupe a profondément changé au fil des années et c’est un des rares cas où j’ai apprécié cette évolution, même si je dois avouer que le dernier album que j’ai écouté date d’il y a presque une dizaine d’année : Queen of time. Il s’agit d’une sorte de Folk progressif dont je n’ai aucun souvenir. Il faudrait que je le repasse sur ma platine virtuelle et que je m’intéresse à Halo (l’antépénultième album), la conclusion d’une sorte de trilogie musicale. je dois avouer que je n’écoute plus trop le groupe alors que j’ai toujours dit que c’était les meilleurs dans leur genre. Si je devais retenir un seul titre, ce serait le très tranquille My Kantele, datant de 1996.

Moonsorrow

À la différence d’Amorphis, je continue à écouter régulièrement Moonsorrow, notamment grâce à YouTube mais je passe régulièrement en boucle tel ou tel album sur mon PC. Surtout, grâce à a-yin, j’ai pu voir le groupe en concert lorsqu’ils sont passés à la Scène Bastille en 2011. Que cette fan de Cantopop ou de Rap américain ait accepté de supporter une telle, disons… musique, est quelque chose qui me dépasse encore aujourd’hui. Surtout que Moonsorrow, à ce concert, c’était du brutal et du déguisé ridicule avec tout ce faux sang. Du Folk Metal, oui, mais du genre bruyant qui lorgne vers le Black Metal : grosses guitares, grunt agressif (de plus, Ville Sorvali n’est pas le meilleur chanteur du monde en live, loin de là), et batterie bien lourde, le tout dans une petite salle. Une sacrée expérience, dirons-nous, ha ha ! C’est avec l’album Kivenkantaja que j’ai du les découvrir et je réécoute toujours avec autant de plaisir ce troisième album datant de 2003. Ahhhh… Raunioilla, je ne m’en lasse pas. Je ne me lasse pas non plus de Sankaritarina, même dans sa version concert.

Moonsorrow n’a jamais beaucoup évolué musicalement et le line-up est resté relativement stable au fil des ans. Cela fait une dizaine d’années qu’ils n’ont rien sorti de nouveau mais ils continuent de tourner à travers l’Europe et même le monde entier. Je dois avouer que je ne déteste pas cette sorte d’immuabilité, ça permet de retrouver les riffs et les « mélodies » appréciés depuis une vingtaine d’années en ce qui me concerne, même si la production est plus travaillée qu’aux débuts. Que je tombe sur Aurinko ja Kuu (2001) au hasard d’une suggestion YT ou sur Tähdetön (2016), je me retrouve happé par l’ambiance que réussissent à mettre en place nos Finlandais. Autre exemple avec l’excellent, très travaillé et plutôt doux LP V: Hävitetty (2007) qui réussi l’exploit de ne contenir que deux titres pour un total de près d’une heure. Si je commence à l’écouter, je ne peux pas m’empêcher d’aller au bout. Il est nettement moins Black que les précédentes compositions de Moonsorrow, même si ça envoie du lourd à certains moments et qu’il est bien épique, comme il faut.

Ensiferum

Ensiferum a su faire évoluer sa musique, même si elle a été pendant longtemps proche de celle de leurs compatriotes Moonsorrow. Il faut dire que le groupe est nettement plus prolifique. J’aurai bien aimé les voir en concert lors de leur dernier passage en France mais je n’allais pas infliger ça une nouvelle fois à a-yin (de toute façon, elle aurait refusé… et elle aurait eu raison) et Shikata ga nai (avec qui je suis allé à plusieurs concerts de Metal) n’est pas intéressé par ce genre de musique, je l’ai déjà sondé à ce sujet. Je me console en les regardant sur YouTube, par exemple au Summer Breeze 2025 proposé par Arte Concert ou au Wacken Open Air 2018.

Je dois avouer que je préfère les albums un peu plus anciens, notamment lorsque Netta Skog et surtout Emmi Silvennoinen étaient là. Leur présence au clavier et surtout au chant féminin (en backing vocals généralement) apportait un plus indéniable. Le groupe a plus de trente années d’existence (il est né en 1995), le line-up a donc pas mal changé. Il ne reste plus qu’un membre de la formation initiale. J’apprécie beaucoup le chant de Petri Lindroos qui a remplacé il y a une vingtaine d’années Jari Mäenpää (que j’ai suivi avec Wintersun, dont je parlerai dans le prochain billet). J’aime beaucoup la présence sur scène et le look du bassiste Sami Hinkka. Mes albums préférés sont Unsung Heroes (2012) et One Man Army (2015). Ils sont très Folk, tout en restant très Epic Metal, même en version acoustique (comme on peut s’en rendre compte avec le DVD « Acoustic Live @ On The Rocks » enregistré en octobre 2016 et inclus dans l’édition limitée de l’excellent album Two Paths sorti en 2017. Je ne me lasse pas de cette période des années 2010 et je fais tourner en boucle certains de leurs albums, notamment leurs compilations. J’accroche moins à leur dernier opus, certainement par manque d »écoute.

Voilà pour débuter cette série de billets qui vont battre des recors de non-popularité étant donné qu’ils sont totalement hors-sujet de mes différentes bulles de réseaux sociaux. La deuxième partie parlera de Wintersun, Wolfheart / Before the Dawn, Insomnium, et pour finir, de Swallow the Sun. On sera au cœur de ce que j’écoute le plus depuis plusieurs années. La troisième sera plus internationale et plus sombre, j’y parlerai de Shape of Despair, Forest of shadows (Suède) et Anathema (UK). On ne va pas rigoler, je vous préviens, suicidaires s’abstenir 🙂 !

Croisements — Seiichi Hayashi —

Croisements est une anthologie de neuf histoires courtes représentatives des créations de Seiichi Hayashi entre la fin des années 1960 et le début de la décennie suivante. Six sont issues de Garo, une de COM, une de Yagyô et une dernière issue d’une revue plus généraliste (Shûkan josei). Il s’agit de la traduction d’un manga sortit en 2021 chez l’éditeur Chikumashobo. L’auteur est surtout connu pour Élégie en rouge disponible en français chez Cornélius. Il s’agit ici de découvrir différentes facettes du mangaka, le cheminement qui l’a amené à créer un chef d’œuvre qui a profondément influencé la jeunesse étudiante de l’époque et précipité (dans le prolongement des créations de Yoshiaru Tsuge) la fin de Kamui Den de Shitaro Sanpei, dépassé par son époque. Il s’agit donc d’un ouvrage d’importance pour qui s’intéresse aux publications de Garo et au manga alternatif des années 1960-70.

Seiichi Hayashi est né en 1945 en Mandchourie, peu avant la défaite japonaise par l’armée soviétique. Il a vécu à Nagano, Chiba, Tokyo. Grâce à des études en design, il est embauché par le studio Toei Animation en 1962, qu’il quitte en 1966 pour rejoindre un an plus tard le studio Knack créé par des anciens de Toei et de Mushi Production (la société d’animation de Tezuka). Il réalise entre 1967 et 1971 trois courts métrages et participe à plusieurs festivals d’animation dont celui de Tokyo. C’est aussi en 1967 qu’il fait ses débuts en tant que mangaka en étant publié par Garo, après avoir essuyé deux refus de la part de Katsuichi Nagai, le rédacteur en chef. Sa troisième tentative est la bonne grâce à un des éditeurs qui pressent tout le potentiel d’Hayashi.

Il publie dans Garo plus ou moins régulièrement, prenant en quelque sorte la suite de Yoshiaru Tsuge (qui a décidé d’arrêter de dessiner durant deux années avant de revenir sur sa décision) en tant qu’auteur représentant une certaine Avant-garde. Il faut rappeler que Garo payait très mal ses auteurs, quand ils étaient payés et qu’il valait mieux avoir une autre activité professionnelle à côté. C’est en 1970 qu’il prépublie dans Garo sa seule histoire longue, Élégie en rouge qui sortira en 1972 chez Seirindo (la maison d’édition de Nagai). Il y a ensuite une réédition au format bunko en 1976 chez Shogakukan, preuve du succès du manga. L’auteur met en image la mentalité d’une partie de la jeunesse de l’époque en proposant une sorte d’auto-fiction. Il s’agit d’une lecture hautement recommandée par votre serviteur. Comme déjà précisé, Croisements inclue des histoires antérieures mais aussi trois courtes nouvelles parues entre 1971 et 1972. Seiichi Hayashi a été aussi le designer de la revue Garo pendant deux années, lui faisant prendre une autre orientation visuelle.

Bien entendu, les neufs récits proposés ne parleront pas de la même façon à tout le monde. Ils se déroulent pendant une période indéterminée, vraisemblablement pendant les ères Taishô et Shôwa. Ils mettent en scène des personnes qui se croisent un instant. Certains récits sont franchement surréalistes, d’autres plutôt oniriques (on pourrait même parler de cauchemar). Il est souvent difficile de comprendre où veut en venir Seiichi Hayashi. C’est le cas de la première histoire, « Gros poisson », qui met en scène un ancien drame familial en nous montrant toute la difficulté pour une femme de vivre seule après un tel événement. Graphiquement, c’est par contre très réussi, avec de beaux contrastes en noir et blanc. « Libellule rouge » est plus direct et met en scène un enfant qui rejette les visites « intéressées » d’un homme à sa mère. La prostitution des femmes est un thème que l’on retrouve aussi avec « Les souliers vernis rouge » mais avec un traitement totalement surréaliste. Cette nouvelle a d’ailleurs été prépubliée dans un magazine féminin et non dans Garo. L’auteur nous dresse aussi trois portraits de femmes abandonnées dans « Taches rouges », « Au fond du trou » (publiée dans COM et proposant un style graphique différent) et « Un cœur rose pâle ».

J’avoue ne pas avoir compris trois histoires. « Les fleurs tombent en ville » présente un récit très décousu où un jeune garçon et son père se moquent d’une gamine attardée. Il y est question aussi de l’inconséquence du père, d’abus sexuel envers des filles, d’un suicide, etc. Il en est de même avec « Le port en fleurs ». C’est un récit très sombre, où le rêve, l’introspection se mêlent à une dure réalité. Enfin, « Fleur du papillon ivre » se passe après la guerre et la perte de la Mandchourie, avec tous les drames que cela a pu créer à l’époque. Je crains qu’il faille avoir de bonnes connaissances de l’histoire et de la société japonaise à cette époque pour voir ce qu’a voulu dire l’auteur. Cette histoire a été publiée dans la revue de manga alternatif Yagyô. L’absence d’une postface (ce qui est habituel chez IMHO) n’aide pas car une mise en contexte et quelques explications n’auraient pas été de refus. C’est donc à chacune et chacun de se faire sa propre lecture et opinion. Il est à noter que le mangaka cite souvent des paroles de chansons à succès de l’époque. En effet, c’est un grand amateur de pop culture.

Seiichi Hayashi, un illustrateur et un designer de renom

Tout en restant très actif dans le monde de l’animation, Seiichi Hayashi s’est distingué par son travail d’illustrateur et de peintre dont un aperçu est proposé sur son site officiel. C’est ainsi qu’il a créé en 1974 le personnage de Koume-chan pour une gamme de bonbons de l’industriel Lotte, réalisé l’affiche et diverses illustrations pour la huitième édition du Festival international du film d’animation d’Hiroshima en 2000. Il a surtout dessiné et peint de nombreuses bijin-ga , que l’on peut retrouver dans plusieurs livres d’art comme Japanese Beauty ressorti en 2015 (il avait été édité plusieurs années auparavant). Ses représentations de jeunes filles sont au début ancrées dans les années 1920 mais il a su les moderniser par la suite. En fait, sa carrière d’illustrateur a commencé dès 1970 avec la parution de Kōhanka : Hayashi Seiichi Picture Story Collection chez Gentosha (réédité en 1989). De nombreux livres d’art ont été édités au fil du temps (jusque dans les années 2010) par Gentosha, Kodansha, Sanrio et bien d’autres. Le mangaka a été remis sur le devant de la scène en 2025 en étant le sujet du numéro 2 de la revue (proposant aussi des goodies) Alternative Comic Salon qui a pour but de célébrer les artistes légendaires de Garo.

Il a bien entendu réalisé des albums illustrés pour enfants, la couverture de nombreux livres et magazines mais aussi de plusieurs pochettes de disque, etc. Il a aussi été responsable de l’animation d’une quinzaine de chansons pour l’émission « Minna no Uta » de la NHK du milieu des années 1970 à 2005. De ce fait, Seiichi Hayashi a bénéficié tout au long de sa carrière de nombreuses expositions, qu’elles soient personnelles ou collectives, et ce dès 1972. Par contre, elles se sont toutes tenues au Japon, sa notoriété en tant qu’artiste n’a pas réussi à dépasser les frontières de l’archipel nippon. Seiichi Hayashi a eu une de ses nouvelles (Hana ni sumu, publiée dans Garo en décembre 1972) adaptée en drama (feuilleton télévisé) en 1976 pour la NHK, une décennie décidément riche en événements pour lui. Cela l’a aussi amené à jouer en 2009 le rôle d’un rédacteur en chef d’une revue manga, fortement inspiré par la vie de Nagai dans un film adaptant plusieurs histoires de Shin’ichi Abe parues dans Garo. Seiichi Hayashi a été un artiste vraiment multidisciplinaire.

Les kashihon, le gekiga et Garo

Au début des années 1950, permettant de contourner le problème du coût d’achat trop élevé des mangas, même quand il s’agit d’akahon (petits livres reliés à très bas prix) ou d’une revue mensuelle, un réseau de librairies de prêt, les kashihonya, connaît un nouvel essor à partir de la région d’Ôsaka, et atteint même le nombre de 300 000 au milieu de la décennie. D’ailleurs, les éditeurs d’akahon se mettent à produire pour les kashihonya afin de se trouver un autre marché que celui, déclinant, du manga populaire à faible prix. Les librairies de prêt diffusent donc leurs propres œuvres (kashihon manga), destinées non pas à être vendues mais louées. Ainsi, toute une série d’auteurs vient de ce circuit de distribution.

C’est en 1957, en réaction aux mangas pour enfant et au style issu des séries d’Osamu Tezuka, qu’un nouveau genre de bande dessinée y fait son apparition. C’est le gekiga, terme inventé par Yoshihiro Tatsumi. Ce nouveau style ne connaît le succès qu’à partir de 1965 mais l’influence du gekiga est immense, jusqu’à faire évoluer profondément l’œuvre de Tezuka, la référence incontournable au Japon. Ce nouveau genre de bande dessinée veut privilégier l’aventure ou dépeindre une certaine réalité de la société, celle de la rude vie des gens du peuple, en les dessinant dans style réaliste (et non pas comique comme dans les story manga, qui s’adressent aux enfants), tout en essayant d’éviter un trop grand manichéisme, notamment en ne cachant pas le côté sombre du personnage principal de l’histoire. Le cinéma néoréaliste européen et le film noir américain, aussi bien au niveau des thèmes que de la narration, influencent fortement les auteurs de gekiga. Ce mouvement naît donc au sein du circuit de distribution des librairies de prêt qui lancent nombre d’auteurs qui marquent l’histoire du manga lorsqu’ils sont ensuite publiés par Garo.

Même si l’économie florissante du début des années 1960 porte un coup fatal au marché de la location de mangas, le public ayant les moyens de les acheter et non plus de les louer, une nouvelle révolution de la bande dessinée japonaise est à nouveau issue de la région d’Ôsaka. C’est pour Kamui Den, la nouvelle série de Shirato Sanpei qui ne veut plus travailler avec les contraintes d’une publication hebdomadaire, que Katsuichi Nagai, ancien membre des kashihonya de Tôkyô devenu éditeur, crée Garo en 1964. Pendant plus de trente ans, le magazine permet à de nombreux auteurs de débuter et de s’exprimer plus librement qu’ils n’auraient pu le faire autrement, enrichissant ainsi considérablement le manga. De nombreux styles ont pu cohabiter comme le gekiga avec Shirato et Tatsumi, le surréalisme et l’expérimentation avec Tsuge puis Hayashi, l’ero-guro avec Maruo, l’heta-uma avec King Terry, etc. En 1998, une scission s’opère au sein de la rédaction et plusieurs éditeurs partent fonder la revue AX, considérée comme l’héritière de Garo. Par ailleurs, la lecture de La révolution Garo de Claude Leblanc (IMHO, 2024) est conseillée pour mieux comprendre les apports et le fonctionnement de la célèbre publication alternative. La revue (désormais) en ligne Neuvième art de la CIBDI propose aussi un historique intéressant quoique écrit en 2004. L’ensemble des couvertures est disponible sur le site d’IMHO.

Grâce à Cornélius, Le Seuil, Picquier, Le Lézard Noir, Atrabile, et même Kana, nous pouvons lire plus d’une vingtaine de mangas issus en tout ou partie de Garo. Je conseille, pour celles et ceux qui voudraient lire des histoires issues du magazine les titres suivants : Shinkirari – Derrière le rideau, la liberté (Murasaki Yamada, Kana, 2024), Élégie en rouge (Seiichi Hayashi, Cornélius, 2010), La Vis (Yoshiharu Tsuge, Cornélius, 2019), Oreillers de laque (Hinako Sugiura, Picquier, 2 tomes en 2006 et 2007), Une bien triste famille (Shin’ichi Abe, Le Seuil, 2006), Poisson en eaux troubles (Susumi Katsumata, Le Lézard Noir, 2013), Nekojiru udon (Nekojiru, IMHO, intégrale sortie en 2022) et Palepoli (Usamaru Furuya, IMHO, 2012). Malheureusement, certains titres sont épuisés et sont devenus difficilement trouvable d’occasion, du moins à un prix correct. À moins d’être japonisant (ce que je ne suis pas), et même comme ça, il est très difficile de savoir ce qui relève d’une prépublication dans Garo, AX (le successeur) ou d’autres magazines des années 1970-80. Il s’agit surtout de courtes histoires compilées plus tard dans des volumes reliés regroupant plusieurs éditeurs d’origine, sans précision la plupart du temps. De plus, il n’est pas possible de se fier aux copyrights car Seirindo publiait des mangas parus dans d’autres revues et Serinkogeisha publie en volume relié des œuvres issues de Garo en plus de celles provenant d’AX. En tout cas, voici une lecture qui s’impose pour qui s’intéresse à la diversité du manga !

Croisements de Seiichi Hayashi
Traduction de Patrick Honnoré

Éditeur : IMHO
Collection : Manga
Date de sortie : 06/03/2026
ISBN : 978-2-36481-102-7
Format : 14,8 X 21 cm, 176 pages, N&B
Reliure : Broché
Couverture : Souple sans rabat
Prix : 14 €

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L’instant nostalgie : AOÛT 2006

Il fut un temps où je faisais des sorties photo, c’est-à-dire que nous nous retrouvions à deux, quatre ou plus pour prendre en photo un lieu. Il y avait eu une première fois début 2005 avec une visite du cimetière du Père-Lachaise. Il y a eu une autre visite photographique de ce même site en 2010. Les rallyes photos organisés à une époque par la FNAC (celle de Parly 2 en l’occurrence) ou de simples visites de quartiers parisiens (comme Javel) ont été d’autres occasions que j’évoquerai peut-être dans le cadre de cette série de souvenirs.

Durant l’été, Minh, une jeune mangaversienne, avait émis le souhait de voir des autruches. Ni une ni deux, j’ai alors organisé une petite visite dans une autrucherie. À l’époque, il fallait aller du côté de Provins pour trouver une ferme ouvrant ses portes aux touristes. Voilà une belle occasion de faire des photos en charmante compagnie que je n’allais sûrement pas laisser passer. Qu’il faille faire plus de 150 kms (78-92-77) pour y aller n’était pas un problème pour moi ni pour ma passagère. À propos de trajets en voiture, quelques années plus tard, nous sommes allés voir un concert d’Olivia Ruiz, là aussi en Seine-et-Marne, mais en moins loin. Et je ne parle pas de nos balades à Bruxelles ou à Genève. Bref, en voilà une qui ne rechignait pas à faire de la route. L’autrucherie a fermé depuis mais une autre a ouvert un peu au dessus de Bussy-Saint-Georges, ce qui est nettement plus facile pour y aller.

La photo

Provins — La photographe photographiée — Canon PowerShot A75

Deux réflexions

Entre 2005 et 2010, j’ai souvent laissé mon appareil réflex numérique à Minh (un 350D puis un 450D) . Elle avait une sensibilité artistique indéniable et son regard photographique état bien supérieur au mien. Du coup, je me contentais d’un petit APN compact. Résultat, j’avais tendance à prendre en photo la photographe plutôt que les environs. Cela avait d’ailleurs tendance à l’agacer dans certaines situations. J’en profite pour m’excuser envers toutes mes victimes. De plus, si je multiplie les prises de vues, c’est que prendre des photos à la volée (non, je n’ai pas dit « volées »), c’est que l’immense majorité des fichiers vont à la corbeille du disque dur car les images sont totalement ratées (très mal cadrées ou floues, sans parler de tous les autres défauts imaginables). L’avantage de ce prêt d’appareil est de devenir aussi un sujet, c’est ainsi que j’ai une petite série de portraits tout à fait réussis dont celui qui se trouve sur ma page Linkedin (mais il commence à dater). Car oui, je mitraille certaines personnes mais je ne rechigne jamais à être fixé sur « pellicule numérique ».

Je ne sais pas si c’est une bonne idée de se réclamer de la démarche de Nobuyoshi Araki. Pour le photographe japonais, il s’agit d’un acte de mémoire, l’appareil photo saisit le passé mais aussi le futur. On fixe un moment, un instant où le temps est stoppé. Pourtant, si on continue à créer ces instants, cela finit par refléter ce qu’est notre vie passée, présente et future. Voilà quelque chose qui me parle. Surtout, les photos de l’artiste ne sont pas le résultat d’une préparation, d’une trop grande conceptualisation et de réglages précis. Prendre une photo est un acte instinctif, le résultat dune impulsion vitale, mémorielle, érotique même. Araki précise qu’il multiplie les déclenchements pour ne garder que quelques photos, ce que j’ai tendance à faire. Après, je dois avouer que je ne suis pas très fan de ses séries de bondage même si quelques tirages parmi ceux que l’on a pu voir à Guimet en 2016 n’étaient pas inintéressants.

La photo bonus

Villiers-Saint-Georges— L’Autrucherie — Canon EOS 350D — Photo par Minh

Arrête de me chauffer, Nagatoro

Cette année, j’ai de nombreuses séries, certaines plutôt longues, qui s’achèvent. Arrête de me chauffer, Nagatoro est l’une d’entre elles. Pourtant, je pensais, suite au dépôt de bilan de Noeve en octobre 2024, qu’on ne pourrait jamais lire la fin de cette amusante comédie romantique lycéenne (idem dans un autre genre avec Designs, une série courte de Daisuke Igarashi). En effet, le rachat de Noeve Grafx (marque, licences et possiblement le stock) par la société IDP a permis la relance des parutions à la rentrée 2025 sans les éditions dites « deluxe » (pour les tomes 9 et 10 en l’occurrence). Ceux-ci apportaient des petits bonus bien sympathiques comme des histoires courtes ou des illustrations hommages de la part d’autre mangaka. Après onze mois d’interruption, ça n’a pas trainé : quatre tomes sont sortis en septembre, quatre autres en décembre, deux en février 2026 et enfin, les deux derniers en mai. La vache ! C’était du violent ! IDP, quoi !

Il s’agit d’un manga qui a été prépublié sur la plateforme « Magazine Pocket » de Kodansha entre fin 2017 et mi 2024. Le site propose d’anciennes séries issues du Shônen Magazine ainsi que des créations originales. Totalisant vingt tomes, le titre a été adapté en animé (deux saisons de douze épisodes, la première en 2021, la seconde en 2023). Néanmoins, Nagatoro a connu une première carrière à succès sur Pixiv entre mi 2011 et fin 2015. On trouve d’ailleurs de nombreux fan-arts de la jeune fille. On en trouve aussi sur Deviant Art, mais le plus souvent, c’est une version nettement moins habillée qui est proposée. Cela provient certainement des couvertures des vingt tomes qui sont parfois assez aguichantes. Il faut toutefois reconnaître qu’elles sont assez représentatives du contenu du manga. Néanmoins, si la sexualisation de l’héroïne y est évidente, cela se retrouve moins dans l’histoire. De plus, le titre français accentue cet effet. Une traduction plus littérale donnerait « Ne jouez pas avec moi, mademoiselle Nagatoro », ce qui a été le choix de la version américaine. Un tel titre aurait alors fait penser à la série Quand Takagi me taquine de Soichiro Yamamoto, série dont Nanashi était suffisamment fan au point d’en saluer la fin sur son compte Twitter/X. En effet, Arrête de me chauffer, Nagatoro n »est pas une série érotique, mais, répétons-le, une comédie romantique lycéenne jouant sur la découverte du sentiment amoureux et de la sexualité, sans pour autant aller bien loin. En effet, l’âge des protagonistes n’étant pas le même, il n’est pas surprenant qu’une tension sexuelle soit ajoutée à la relation sentimentale. Il faudrait peut-être faire une comparaison avec À quoi tu joues, Ayumu ?! mais votre serviteur n’a toujours pas lu cette série, pressentie trop sage (Nobi Nobi vise un public assez jeune). Notons que le présent billet cherche aussi à jouer du même ressort par un choix d’illustrations et d’extraits fortement orienté « male gaze ».

L’auteur, Nanashi (ce qui peut signifier « anonyme »), a longtemps travaillé dans le jeu vidéo en tant que graphiste (y compris 3D) tout en créant des dôjinshi (publications auto-éditées) qu’il vendait aux Comikets d’été et d’hiver. Avec le succès d’Arrête de me chauffer, Nagatoro il a démissionné pour se consacrer entièrement à son manga. Chaque épisode sortait toutes les deux semaines, faisant chacun une vingtaine de pages. Il avait pourtant du mal à tenir le rythme car, pour lui, la création du récit était une étape difficile, plus que de le dessiner ensuite. Travaillant en numérique, il est un peu isolé, loin de Tokyo. Du coup, il ne sait pas trop comment les autres mangaka s’organisent et il fait appel à ses assistants à distance. Il n’a donc pas créé de studio pour l’aider dans son travail. Actuellement, il n’a pas de série en cours et, en 2025, il n’a publié qu’une histoire courte dans une anthologie pour Futabasha.

Noeve Grafx présente ainsi la série : Nagatoro est en seconde. Pleine d’assurance, joueuse, moqueuse, elle se découvre un jour un passe-temps favori : martyriser son « Senpai », lycéen de première timide et mal dans sa peau. Nagatoro taquine, agace, aguiche, joue et parfois perd… mais qu’a-t-elle vraiment derrière la tête. Et si derrière ses moqueries, elle cachait une véritable affection ? Et si finalement, ses farces permettaient à Senpai de s’affirmer ?

Nagatoro (son prénom est un secret) est celle autour de qui tourne le récit. Entourée par une petite bande de copines qui partagent le même enthousiasme, elle est sportive (natation, athlétisme, etc.), plutôt extravertie et moqueuse. Elle taquine et provoque continuellement Naoto Hachiōji (Senpai) dès leur première rencontre. Ce dernier est passionné par le dessin (il fait partie du club du lycée) mais aussi par les mangas. Il est introverti, timide et manque totalement de confiance en lui. Il a été victime de brimades tout au long de sa scolarité, ce qui l’empêche pas de se faire quelques camarades de classe en première. C’est donc un choc entre deux tempéraments totalement différents qui va forcer nos deux ados à évoluer petit à petit, grâce au contact de l’autre.

Dès les premiers chapitres, il est évident que Senpai plait à Nagatoro et que les taquineries de celle-ci sont une manière de communiquer cette attirance de façon détournée. Manifestement intéressée par un comportement à l’opposé du sien, elle cherche à se rapprocher, notamment en passant beaucoup de temps au club de dessin alors qu’elle n’en fait pas partie. C’est l’occasion pour Nanashi, l’auteur, de créer des situations humoristiques tournant autour du sexe. Par contre, il n’y a rien d’explicite, de scabreux, ni d’étalage d’organes sexuels secondaires. Par ailleurs, ces situations s’estompent au fil des tomes, avant un retour par le biais d’un personnage secondaire qui se révèle être plutôt malvenu car n’apportant pas grand-chose au récit et cassant un peu la dynamique de l’histoire. Dans toutes les scènes de nudité, féminine dans la quasi-totalité des situations comme de bien entendu, de petits nuages de vapeur ou des objets viennent cacher ce qu’il y a a cacher. Pour celles et ceux qui seraient intéressé·e·s par des images moins sages, une petite galerie presque NSFW est à votre disposition en haut à droite de ce paragraphe.

Il faut noter que le manga change de narration à partir du tome 10. Si les chapitres sont au début structurés auprès d’une taquinerie de Nagatoro et sont auto-conclusifs, les petites histories tournant autour de nos deux tourtereaux deviennent à suivre sur plusieurs épisodes avant de prendre une structure encore plus classique sous forme d’arcs plus ou moins longs. Surtout, la série devient, sur sa seconde moitié, surtout une comédie romantique tournant autour du sport et des études. C’est un peu comme une œuvre de Mitsuru Adachi, avec un fan service plus présent et plus sexuel, un rythme de narration nettement plus élevé et, bien entendu, un dessin qui n’a rien à voir. Au fil des tomes, il y a même de moins en moins de scènes plus ou moins scabreuses et/ou peu habillées en dehors de quelques courts chapitres bonus. Il faut reconnaître que le titre perd alors une parie de son intérêt, qu’il y a un peu trop de délayage et que quelques chapitres de moins n’auraient pas nuit à la qualité de l’ensemble. Toutefois, le plaisir de retrouver Senpai et surtout Nagatoro, toujours aussi enthousiaste, active et craquante, pousse à en demander toujours plus. Enfin, une véritable fin vient conclure ce qui s’est révélé être un excellent manga, même s’il ne s’adresse pas à tous les publics.