Arrête de me chauffer, Nagatoro

Cette année, j’ai de nombreuses séries, certaines plutôt longues, qui s’achèvent. Arrête de me chauffer, Nagatoro est l’une d’entre elles. Pourtant, je pensais, suite au dépôt de bilan de Noeve en octobre 2024, qu’on ne pourrait jamais lire la fin de cette amusante comédie romantique lycéenne (idem dans un autre genre avec Designs, une série courte de Daisuke Igarashi). En effet, le rachat de Noeve Grafx (marque, licences et possiblement le stock) par la société IDP a permis la relance des parutions à la rentrée 2025 sans les éditions dites « deluxe » (pour les tomes 9 et 10 en l’occurrence). Ceux-ci apportaient des petits bonus bien sympathiques comme des histoires courtes ou des illustrations hommages de la part d’autre mangaka. Après onze mois d’interruption, ça n’a pas trainé : quatre tomes sont sortis en septembre, quatre autres en décembre, deux en février 2026 et enfin, les deux derniers en mai. La vache ! C’était du violent ! IDP, quoi !

Il s’agit d’un manga qui a été prépublié sur la plateforme « Magazine Pocket » de Kodansha entre fin 2017 et mi 2024. Le site propose d’anciennes séries issues du Shônen Magazine ainsi que des créations originales. Totalisant vingt tomes, le titre a été adapté en animé (deux saisons de douze épisodes, la première en 2021, la seconde en 2023). Néanmoins, Nagatoro a connu une première carrière à succès sur Pixiv entre mi 2011 et fin 2015. On trouve d’ailleurs de nombreux fan-arts de la jeune fille. On en trouve aussi sur Deviant Art, mais le plus souvent, c’est une version nettement moins habillée qui est proposée. Cela provient certainement des couvertures des vingt tomes qui sont parfois assez aguichantes. Il faut toutefois reconnaître qu’elles sont assez représentatives du contenu du manga. Néanmoins, si la sexualisation de l’héroïne y est évidente, cela se retrouve moins dans l’histoire. De plus, le titre français accentue cet effet. Une traduction plus littérale donnerait « Ne jouez pas avec moi, mademoiselle Nagatoro », ce qui a été le choix de la version américaine. Un tel titre aurait alors fait penser à la série Quand Takagi me taquine de Soichiro Yamamoto, série dont Nanashi était suffisamment fan au point d’en saluer la fin sur son compte Twitter/X. En effet, Arrête de me chauffer, Nagatoro n »est pas une série érotique, mais, répétons-le, une comédie romantique lycéenne jouant sur la découverte du sentiment amoureux et de la sexualité, sans pour autant aller bien loin. En effet, l’âge des protagonistes n’étant pas le même, il n’est pas surprenant qu’une tension sexuelle soit ajoutée à la relation sentimentale. Il faudrait peut-être faire une comparaison avec À quoi tu joues, Ayumu ?! mais votre serviteur n’a toujours pas lu cette série, pressentie trop sage (Nobi Nobi vise un public assez jeune). Notons que le présent billet cherche aussi à jouer du même ressort par un choix d’illustrations et d’extraits fortement orienté « male gaze ».

L’auteur, Nanashi (ce qui peut signifier « anonyme »), a longtemps travaillé dans le jeu vidéo en tant que graphiste (y compris 3D) tout en créant des dôjinshi (publications auto-éditées) qu’il vendait aux Comikets d’été et d’hiver. Avec le succès d’Arrête de me chauffer, Nagatoro il a démissionné pour se consacrer entièrement à son manga. Chaque épisode sortait toutes les deux semaines, faisant chacun une vingtaine de pages. Il avait pourtant du mal à tenir le rythme car, pour lui, la création du récit était une étape difficile, plus que de le dessiner ensuite. Travaillant en numérique, il est un peu isolé, loin de Tokyo. Du coup, il ne sait pas trop comment les autres mangaka s’organisent et il fait appel à ses assistants à distance. Il n’a donc pas créé de studio pour l’aider dans son travail. Actuellement, il n’a pas de série en cours et, en 2025, il n’a publié qu’une histoire courte dans une anthologie pour Futabasha.

Noeve Grafx présente ainsi la série : Nagatoro est en seconde. Pleine d’assurance, joueuse, moqueuse, elle se découvre un jour un passe-temps favori : martyriser son « Senpai », lycéen de première timide et mal dans sa peau. Nagatoro taquine, agace, aguiche, joue et parfois perd… mais qu’a-t-elle vraiment derrière la tête. Et si derrière ses moqueries, elle cachait une véritable affection ? Et si finalement, ses farces permettaient à Senpai de s’affirmer ?

Nagatoro (son prénom est un secret) est celle autour de qui tourne le récit. Entourée par une petite bande de copines qui partagent le même enthousiasme, elle est sportive (natation, athlétisme, etc.), plutôt extravertie et moqueuse. Elle taquine et provoque continuellement Naoto Hachiōji (Senpai) dès leur première rencontre. Ce dernier est passionné par le dessin (il fait partie du club du lycée) mais aussi par les mangas. Il est introverti, timide et manque totalement de confiance en lui. Il a été victime de brimades tout au long de sa scolarité, ce qui l’empêche pas de se faire quelques camarades de classe en première. C’est donc un choc entre deux tempéraments totalement différents qui va forcer nos deux ados à évoluer petit à petit, grâce au contact de l’autre.

Dès les premiers chapitres, il est évident que Senpai plait à Nagatoro et que les taquineries de celle-ci sont une manière de communiquer cette attirance de façon détournée. Manifestement intéressée par un comportement à l’opposé du sien, elle cherche à se rapprocher, notamment en passant beaucoup de temps au club de dessin alors qu’elle n’en fait pas partie. C’est l’occasion pour Nanashi, l’auteur, de créer des situations humoristiques tournant autour du sexe. Par contre, il n’y a rien d’explicite, de scabreux, ni d’étalage d’organes sexuels secondaires. Par ailleurs, ces situations s’estompent au fil des tomes, avant un retour par le biais d’un personnage secondaire qui se révèle être plutôt malvenu car n’apportant pas grand-chose au récit et cassant un peu la dynamique de l’histoire. Dans toutes les scènes de nudité, féminine dans la quasi-totalité des situations comme de bien entendu, de petits nuages de vapeur ou des objets viennent cacher ce qu’il y a a cacher. Pour celles et ceux qui seraient intéressé·e·s par des images moins sages, une petite galerie presque NSFW est à votre disposition en haut à droite de ce paragraphe.

Il faut noter que le manga change de narration à partir du tome 10. Si les chapitres sont au début structurés auprès d’une taquinerie de Nagatoro et sont auto-conclusifs, les petites histories tournant autour de nos deux tourtereaux deviennent à suivre sur plusieurs épisodes avant de prendre une structure encore plus classique sous forme d’arcs plus ou moins longs. Surtout, la série devient, sur sa seconde moitié, surtout une comédie romantique tournant autour du sport et des études. C’est un peu comme une œuvre de Mitsuru Adachi, avec un fan service plus présent et plus sexuel, un rythme de narration nettement plus élevé et, bien entendu, un dessin qui n’a rien à voir. Au fil des tomes, il y a même de moins en moins de scènes plus ou moins scabreuses et/ou peu habillées en dehors de quelques courts chapitres bonus. Il faut reconnaître que le titre perd alors une parie de son intérêt, qu’il y a un peu trop de délayage et que quelques chapitres de moins n’auraient pas nuit à la qualité de l’ensemble. Toutefois, le plaisir de retrouver Senpai et surtout Nagatoro, toujours aussi enthousiaste, active et craquante, pousse à en demander toujours plus. Enfin, une véritable fin vient conclure ce qui s’est révélé être un excellent manga, même s’il ne s’adresse pas à tous les publics.

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