Entre les lignes, une étrange intimité

Asa, fille unique, a perdu ses parents dans un accident de la circulation un peu avant sa rentrée au lycée. Recueillie par sa tante âgée de 35 ans, elle doit s’habituer à une nouvelle vie, tout en réussissant à faire le deuil d’un père distant et d’une mère exigeante, à s’habituer à la perte d’une enfance douillette. Makio, qui a toujours détesté sa sœur, doit elle aussi accepter cette intrusion dans son intimité, sa vie de romancière asociale, donc la fin d’un certain confort. De plus, Makio doit prendre des responsabilité envers une enfant, elle qui n’en a jamais voulu. C’est ainsi que les deux femmes vont devoir évoluer et se remettre en cause, notamment en s’interrogeant sur la nature des liens familiaux et les sentiments qui les accompagnent. Minori, la défunte (mère de l’une et sœur de l’autre), tient naturellement une place prépondérante dans cette nouvelle relation. Incontestablement, il va s’agir pour Asa et Makio d’exorciser un certain fantôme.

Une « josei mangaka » venue du Boys Love

Tomoko Yamashita est surtout connue pour ses nombreux titres Boys Love. En effet, comme un certain nombre de ses consœurs, elle a débuté dans le manga par les dôjinshi puis s’est exprimée dans le BL, notamment dans plusieurs déclinaisons de Be x Boy (Libre shuppan) et dans OnBlue (Shodensha). Très rapidement, elle réalise de courts récits dans différents supports de type josei (des magazines visant un public de plus ou moins jeunes femmes) tels que Cocohana (Shûeisha) et Feel Young (Shodensha). Love,Hate,Love et HER en sont deux titres emblématiques. Néanmoins, son plus grand succès est un BL : The Night Beyond the Tricornered Window (10 tomes entre 2013 et 2020, Libre shuppan), qui a été adapté en 2021 en film pour le cinéma et en animé pour la télévision. Entre les lignes est une série toujours en cours, qui compte neuf volumes au Japon et qui est prépubliée depuis 2017 dans le fameux magazine Feel Young. Cinq tomes sont disponibles actuellement en version française chez Kana dans sa collection « Big Kana Life ».

De la vie de tous les jours

Amatrices et amateurs d’action, passez votre chemin. Après cinq tomes, Entre les lignes confirme que nous sommes ici en présence d’une chronique du quotidien. Or, dans la vie de tous les jours, il ne se passe pas grand-chose et il n’y a pas de drames à chaque instant. Du coup, nous ne sommes pas très avancé en ce qui concerne l’histoire d’Asa et Makio. En effet, Tomoko Yamashita prend son temps pour développer son propos et ses personnages, tellement de temps qu’il est pour l’instant difficile de comprendre où la mangaka veut en venir, même si certaines pistes se dessinent. Mais est-ce vraiment un problème ? Chaque moment de vie n’est pas narré avec une exposition, un développement, un dénouement. Logiquement, il y a régulièrement des conflits entre nos deux protagonistes. D’ailleurs, le cinquième tome en propose un, marquant, dans sa deuxième partie. Sa résolution va d’ailleurs forcer nos deux jeunes femmes à évoluer, mais ça, nous ne le verrons que dans la suite ru récit, ce qui nous rend assez impatientes et impatients de lire le sixième opus !

La difficile vie des orphelins au Japon

Être orphelin est un thème récurrent dans de nombreux mangas, car cela permet de dramatiser facilement le passé du héros ou de l’héroïne. Il faut dire que leur situation n’est pas enviable, encore moins dans une société qui privilégie le modèle traditionnel familial. Certes, l’époque actuelle n’a rien à voir avec l’immédiate après-guerre où plus de 120 000 orphelins ont été rejetés par la société (les orphelinats ne pouvaient en accueillir plus de 10%), ont été victimes d’abandon pur et simple par l’État et ont souvent été victimes de maltraitance dans les familles d’accueil. Il n’en reste pas moins que la situation des orphelins n’est pas enviable dans les années 2010 : le placement en famille ou l’adoption ne sont pas des pratiques répandues, le système privilégiant les institutions spécialisées (90% des enfants ne pouvant pas vivre avec leurs parents y sont placés). Il faut dire que certaines personnes y trouvent leur compte, notamment financièrement, sans oublier que c’est plus simple à gérer pour le gouvernement. Que le futur de ces enfants soit sombre (notamment du fait de leur parcours éducatif tronqué) n’intéresse pas grand-monde. Heureusement pour Asa, sa tante s’est portée volontaire pour l’accueillir.

L’incommunicabilité à la japonaise, un mythe ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas réellement de problème d’incommunicabilité entre Asa et Makio. Certes, elles ne passent leur temps à se raconter leur vie d’avant, mais il y a un réel échange entre les deux femmes, même s’il n’est pas toujours spontané. Cependant, il faut ici se méfier du travail de traduction. La construction grammaticale des phrases, le style indirect et les niveaux de langage qui sont spécifiques au japonais sont difficile à rendre en français sans alourdir la lecture. De plus, Pascale Simon, la traductrice, est réputée pour le peu de fluidité de son travail. On peut donc espérer une certaine fidélité au texte original dans le rendu des dialogues. D’ailleurs, ça parle beaucoup dans Entre les lignes. En effet, si Makio est une solitaire, elle fait de nombreux efforts pour comprendre les besoins de sa nièce. Cette dernière a aussi des amies au lycée, une surtout. Malheureusement, cela n’empêche pas de graves incompréhensions. Toutefois, ce genre de situation n’a rien de spécifiquement japonais. Il en résulte un propos tout à fait universel de la part de Tomoko Yamashita. Et c’est bien là un des nombreux charmes de la série…

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