
Présentation du distributeur : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…






Jim Queen est le maître du Temple Gym où de nombreux hommes cherchent à avoir le « corps masculin parfait » et où le muscle vaut toutes les peines du monde. Influenceur fitness aux nombreux abonnés, il est le plus digne représentant des « Hercules », ces gym queens qui ne s’épilent pas : leurs muscles sont mis en valeur par le poil. Sa devise est « Reste toi-même, les autres sont déjà pris ». Totalement autocentré, obnubilé par son corps, le monde de Jim s’écroule lorsqu’il contracte une nouvelle IST : l’hétérose. Il va devenir hétéro et perdre tout intérêt envers l’entretien de son corps. Pire, il va s’intéresser au foot, être capable de reconnaître un hors-jeu. Heureusement pour lui, sa best friend forever (BFF), Nina, une médecin lesbienne, a une piste : la chloroqueer, objet de recherche du docteur Ragoult qui s’est retiré du monde hospitalier, étant radié de l’ordre et interdit d’exercer.






Julien est le fils (unique semble-t-il) de la ministre de la Santé, Christine Bayer, une homophobe déclarée. De ce fait, il n’a jamais réussi à révéler son orientation sexuelle. Un jour, il trouve le courage de partir de chez lui pour aller à la rencontre de son amour, Jim Queen. Ne connaissant rien au monde gay et à ses nombreuses sous-communautés, c’est un « Ttwink » au cœur pur qui va rester fidèle à son idole, malgré toutes les horreurs que ce dernier lui a dit lors de leur première rencontre à la Powerboyz, cette fête incontournable du monde de la nuit gay. De nombreux personnages secondaires viennent enrichir l’histoire. Outre Nina, nous faisons la rencontre de Pavel, un cas extrême de Gym Queen, souffre-douleur de Jim. Il y a aussi Glamydia, une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, une « Drag-none » qui va expliquer à Lucien les bases de la culture gay. Robear, ancien amant de notre héros, est un « Bear », ces hommes gros et poilus, souvent assez âgés. Il refuse d’aider Jim dans sa quête, à moins que… Mister Leather et ses puppies est un des antagonistes du film. Il a imaginé une thérapie de la conversion afin de soigner les victimes de l’hétérose. Bien entendu, celle-ci ne fonctionne pas et cause de grandes souffrances à ceux qui la subisse. Il y a bien d’autres protagonistes, incarnant tel ou tel aspect de la communauté homosexuelle masculine.






Tout au long de l’heure vingt-cinq du film, les quatre auteurs, Simon Balteaux, Marco Nguyen, tous deux homos, Nicolas Athané et Brice Chevillard, ces deux là étant hétéros, illustrent avec beaucoup d’humour le monde de la nuit gay, en multipliant les blagues sur l’homonormativité ainsi que son pendant, l’hétéronormativité. C’est un humour souvent assez trash, jamais provocant tout en étant irrévérencieux, avec beaucoup d’autodérision. C’est très rythmé, souvent déjanté, le studio d’animation Bobbypills étant spécialisé dans ce type de créations pour un public ado-adulte. De ce fait, le film est accessible à toutes et à tous, homos comme hétéros, permettant à certains de s’y retrouver ou à d’autres de découvrir une culture très parisienne. On y découvre des lieux importants du Paris gay avec le Bear’s Den, la péniche Rosa Bonheur, le labyrinthe du Louvre, feu le bar Le Central, etc. Il y a une réappropriation ou un détournement des clichés qui fonctionne à chaque fois. En cela, c’est un excellent film.
Un aspect du film pourrait passer un peu inaperçu, alors que c’est une totale réussite. La bande son qui puise ses influences dans les univers techno, house et clubbing, est agrémentée par de nombreux moments chantés proposant une grande variété musicale. En effet, entre le rythmé titre techno « La Reine des Gym Queen », la sirupeuse chanson sur le placard secret de Lucien, l’inénarrable karaoké de « J’irais où tu iras » ou la bouleversante prestation de Glamydia dans « La Dernière des Drag Queens », nous sommes presque en présence d’une comédie musicale. Car, oui, la musique tient une place prépondérante dans la narration. Elle est composée par Kirosen, un duo (Mathieu Rosenzweig et Benjamin Nakache) de compositeurs / producteurs. La Bande Originale du film est disponible sur Spotify, Amazon Music, YouTube, etc.

Cette année, je suis retourné voir des films d’animation en salle, notamment grâce à la programmation plutôt pointue du cinéma Le Méliès à Montreuil (des films de Satoshi Kon et de Mamoru Oshii). Ma bulle de réseaux sociaux étant celle qu’elle est, mon attention a été attirée sur Jim Queen, un film montreuillois, réalisé par Bobbypills, un studio héritier de celui qui a créé les excellents Kassos. La bande annonce étant particulièrement accrocheuse, proposant un humour très irrévérencieux envers les communautés gays, j’ai profité d’une projection complétée par une rencontre avec une (petite) partie de l’équipe dans le cadre du Festival du Film de Fesse dont j’ignorais totalement l’existence et proposé, entre autres, par le très sérieux Forum des Images. Cette édition 2026 se focalisant surtout sur la représentation érotique féminine, je pense que cela nous a valu de voir un court métrage en total décalage avec le reste de la séance. Voir une femme vêtue (si on peut dire) d’un bikini en cotte de maille se masturber de façon explicite sur une épée (rappelant furieusement celle de la légende d’Excalibur) a été plus qu’une surprise. J’ai trouvé ça assez déplacé même si ce n’aurait pas été pour me déplaire dans d’autres circonstances.

La rencontre suivant la projection se déroulait avec un représentant du F.F.F., de Jérémy Gillet, l’acteur doublant Julien et de Matthieu Saghezchi (si j’ai bien compris), responsable des couleurs. Les explications données à cette occasion, complétées par le dossier de presse comprenant un entretien avec les réalisateurs et scénaristes ainsi qu’un autre avec les producteurs, nous apprennent que le film a mis huit ans à se faire, avec des problèmes pour boucler un tour de table devant réunir les cinq millions d’euros nécessaires à son financement. Une telle durée de gestation, alors que le monde changeait, a obligé les auteurs à modifier leur récit sur certains points. Surtout, avec une nouvelle montée de l’homophobie et des crispations nées de revendications de plus en plus vives, la perception que l’on peut avoir du film a changé : d’une comédie brocardant gentiment les stéréotypes gays à destination d’un public LGBTQIA+, une dimension militante, non voulue à l’origine rappelons-le, s’est imposée aux yeux de certaines et certains. Il est fait le reproche d’avoir là aussi invisibilisé les autres minorités non-hétérosexuelles. La presse spécialisée grand public semble y voir systématiquement un film engagé, d’après certains retours que j’ai pu voir ou entendre. Pour ma part, je n’ai rien ressenti de tout cela, les intentions première sont toujours là et j’ai l’impression qu’il n’y a pas grand-chose de plus, si ce n’est au début un content warning sur le fait que le film se focalise sur la lettre « G ». Disons-le, ce n’est pas un film woke, c’est une comédie déjantée, irrésistible et gaie, malgré quelques passages très durs.






Crédits photos : Bobbypills © 2026 Alex Pilot
Jim Queen est produit et réalisé en 2D numérique par Bobbypills, un studio qui existe depuis 2017 et qui travaille avec notamment Netflix, Crunchyroll, Warner et Ubisoft. Il s’agit de son premier long métrage, étant spécialisé dans les formats cours. Le projet date de 2021, il a été présenté aux financeurs en 2023, rapidement subventionné à hauteur de 75%. Sa concrétisation a été aidée par la venue en coproduction de la société belge Umédia. Enfin, un crowdfunding Ulule a permis de boucler le financement prévisionnel et compenser la frilosité du monde audio-visuel qui n’a pas voulu investir le moindre euro. De ce fait, pour des raisons de budget un peu trop serré, le scénario a été amputé d’un arc narratif se focalisant sur Nina et son lesbianisme. Ceci dit, cela a permis au film de ne pas se disperser, de rester compact et rythmé de bout en bout. Le film a été présenté en avant-première au Festival de Cannes en mai où il a reçu un accueil plus que chaleureux.
La production de Jim Queen a nécessité le travail de quatre studios : Celui de Bobbypills à Montreuil qui a géré la préproduction, la conception des personnages, les maquettes 3D, tandis que l’antenne située à Angoulême s’est concentrée sur le storyboard et les décors. Il a été fait appel à deux studios externes : Waooh! Studio à Liège en Belgique, et Gao Shan Pictures situé à La Réunion. Ils ont pris en charge l’animation, les effets spéciaux 2D et l’assemblage des différents éléments en un plan unique (le compositing). Les logiciels utilisés sont principalement Toon Boom Storyboard Pro et la suite Adobe Creative dont Animate, Photoshop et After Effects.

Le doublage des personnages du film très soigné. Si seul le nom de Shirley Souagnon m’était connu grâce à ses sketchs vu sur YouTube (ONDAR, Montreux) dans lesquels elle représente la fierté lesbienne, il faut reconnaitre que tout le monde est parfait et en adéquation dans son rôle. Même s’il n’est pas aussi musclé que Jim dont il incarne la voix, Alex Ramirès est un acteur ouvertement gay. Glamydia est doublée par Harald Marlot, une Drag Queen spectaculaire, célèbre dans le milieu sous le nom de Jerrie FK. Cela est même allé parfois plus loin : Le choix de Jérémy Gillet, jeune acteur belge gay, a provoqué des changements dans la représentation de Julien comme on peut le voir avec la « publicté » proposée par l’équipe des Kassos. Les cheveux, à l’origine droits et longs, sont devenus bouclés, ce qui lui va bien mieux.
Lors de la rencontre suivant la projection au Méliès, Jérémy nous a expliqué une difficulté à laquelle il avait du faire face : les dialogues ont été enregistrés très tôt pendant la réalisation et chaque acteur ou actrice enregistrait dans son coin, avec les autres voix dans un casque. Et il n’avait comme indication visuelle que des formes bâtons sans réel décors, bien loin de ce qu’allait devenir visuellement le film. En effet, cela est courant dans le monde du doublage pour les films d’animation ou pour les jeux vidéo, mais cela peut être déstabilisant pour quelqu’un qui n’y est pas habitué. Quoi qu’il en soit, son jeu est juste et il a chanté merveilleusement « J’irais où tu iras » (en espérant que c’était bien lui).
Cousines lointaines du film, les bande dessinées sur l’homosexualité et la culture LGBTQIA+ existent depuis de nombreuses années. La découverte du monde de la nuit gay parisienne par un jeune homme ignorant a donc déjà été traitée. Une des plus connues est Bienvenue dans le marais d’Hugues Barthes. Le titre a vieilli car il est paru en 2008 et évoque les années 1980. Il y a aussi le plus confidentiel Les folles nuits de Jonathan de Jean-Paul Jennequin, encore plus ancien car datant de 1997. Les deux œuvres sont semi-autobiographiques, donc bien plus sérieuses. Elle cherchent aussi à être plus didactiques. Il ne faudra donc pas espérer y retrouver l’humour et la démesure de Jim Queen. Néanmoins, pour toute personne intéressée par cette thématique, ce sont deux lectures que je ne peux que conseiller.

Film d’animation Franco-belge, comédie sortie en salle le 17 juin 2026
Jim Queen, un film de Marco Nguyen et Nicolas Athané
Scénario de Simon Balteaux, Marco Nguyen,Nicolas Athané et Brice Chevillard
Musique composée par KIROSEN
Produit par BOBBYPILLS et co-produit par UMEDIA
Direction de l’animation par Stephan Thaler, Julien Licata et Estelle Antonini
Voix françaises
Alex Ramirès : Jim Parfait
Jérémy Gillet : Lucien
Shirley Souagnon : Nina
François Sagat : Pavel
Harald Marlot : Glamydia
Élisabeth Wiener : Christine Bayer
Alexandre Brik : Robear

