Paul, la série

Paul, la série est une minisérie de six épisodes mettant en scène Paul Mirabel, humoriste dont la carrière a explosé en 2020 à l’occasion de son passage au Montreux Comedy Festival et de son sketch devenu viral sur YouTube. Il s’agit d’une autofiction écrite à huit mains où Paul Mirabel se raconte de façon humoristique et sans s’épargner un seul instant. Il cherche manifestement à casser une image très lisse à cette occasion et à montrer une autre facette de son humour, plus trash et vulgaire. Il s’agit d’une prise de risque importante tant il y a là la possibilité de dérouter une partie du public de l’humoriste.

L’histoire est simple à résumer : Alors que son agente a vendu à Amazon son deuxième spectacle ainsi qu’un documentaire sur sa vie, Paul Mirabel ne peut plus procrastiner : la grande première va avoir lieu dans six semaines et tous les billets ont été vendu en un rien de temps. Le compte-à-rebours est lancé ! Or, il ne peut pas avouer à son entourage qu’il n’a toujours rien écrit. Seul Dan, autoproclamé « meilleur ami » depuis cinq ans, est au courant de son impasse créatrice. Il se donne la mission de forcer l’humoriste à trouver des idées en lui faisant vivre toutes les expériences pouvant faire sortir Paul de sa zone de confort. L’amour, surtout physique, est une de ces expérimentations indispensables afin de trouver l’inspiration. Pour cela, Paul reprend contact avec une ancienne amourette de jeunesse qui est devenue vendeuse au sein d’une agence immobilière. En parallèle, il va faire la connaissance d’une danseuse / entraineuse…

L’humour de Paul Mirabel est assez spécial, il repose sur une grande mollesse dans le jeu avec une diction assez lente. Il s’est inventé un personnage sympathique du fait de sa nonchalance et de l’absence de toute agressivité. D’ailleurs, la série fait référence régulièrement au premier spectacle, Zèbre qui met en scène un personnage assez faible, faillible, qui joue avec son apparence, celle d’un grand et longiligne jeune homme. Paul s’y révèle avec des propos sur sa timidité ainsi que son caractère placide et désinvolte, assez naïf. Il y fait preuve d’une grande autodérision. La vulgarité est absente de son spectacle qui est tout sauf trash. De nombreux extraits sont disponibles au format « Short » sur sa chaine YouTube.

Le premier épisode (disponible sur YouTube) place les enjeux et présente les deux principaux personnages, Paul et Dan, ainsi que quelques personnages secondaires comme Inès, son agente, et Louis, son frère autiste. Notons la participation de Jérémy Ferrari qui joue son propre rôle en se montrant encore plus insupportable que dans ses duos impossibles avec Paul. Le clin d’œil est savoureux.

Les deux femmes qui vont rythmer la vie amoureuse de Paul tout au long de la série apparaissent dans le deuxième épisode. Il y a Livia, l’ancien amour de jeunesse, et Sandra, la danseuse rencontrée dans la boite de nuit Métropolis. Eric Judor, dans son propre rôle, fait une apparition où il se montre rapidement odieux, confirmant l’aspect corrosif du scénario. C’est excellent ! Paul Mirabel, étant fan de rap « dans la vraie vie », conclue cet épisode en présence de Naza.

Le troisième épisode est peut-être le moins réussi, tant la caricature est trop souvent excessive. Pourtant, il est assez représentatif des difficultés du métier et nous rappelle que les débuts se font dans les petites salles avant de pouvoir remplir le Grand Rex. Il nous rappelle aussi à quel point les réseaux sociaux déforment la réalité pour simplement pouvoir faire de l’audience. Rappelons que Paul a eu à subir de nombreux commentaires haineux lors de son premier passage à l’émission LOL : qui rit sort !

Jeremy Ferrari et Eric Judor réapparaissent rapidement dans le quatrième épisode (avec Yann Barthès en animateur de sa propre émission). Ils sont encore plus insupportables que lors de leur première apparition. C’est à nouveau irrésistible. L’histoire se déplace à Ibiza, où la relation entre Paul et Livia va pouvoir se développer. C’est l’occasion de voir deux autres invités dans leur propre rôle : Marc Vivian Geromegnace (le You Tubeur Marcus) et Alexandre Kominek (un humoriste suisse). Un excellent épisode, sans conteste.

Autre dépaysement, mais moins lointain, avec la cinquième livraison : Montpellier, la ville natale de Paul Mirabel. Vivre à la Capitale créée une rupture avec les siens et ses racines, à moins d’être parisien, bien entendu. Le curseur de la caricature est peut-être parfois poussé un peu trop loin mais elle permet de donner une autre tonalité à la série. La dimension familiale y est développée à l’occasion de l’anniversaire de la mère de notre antihéros.

Enfin, le dernier opus vient clore la première saison de façon magistrale. Le dernier tiers répond au début du premier épisode : le soir de la première est arrivé, Paul ne peut plus se défiler alors qu’il touche le fond. En effet, s’étant révélé en-dessous de tout ces dernières semaines, il a réussi à se fâcher avec tout son entourage. Bien entendu, la fin est réussie, touchante et appelle une suite. Espérons qu’elle soit proposée en 2027, sachant que rien n’est décidé à l’heure actuelle.

Les critiques sont contrastées. Si Libération n’a pas aimé (ce qui est bon signe de mon point de vue), L’Humanité, Le Monde et Le Figaro ont apprécié l’exercice. Sur le site Allociné, il est intéressant de lire l’avis des spectateurs (surtout pour les notes les plus basses), la moyenne étant assez faible. Pour ma part, j’ai pris un très grand plaisir lors de ce visionnage, moi qui ne suis pas très « images qui bougent » et encore moins séries. J’aime énormément la façon dont Paul Mirabel casse en partie son image et le côté plus trash de son humour. Il faut savoir que mes humoristes préféré·e·s sont Blanche Gardin, Lara Laune et Fabrice Eboué, les trois ne faisant pas dans la dentelle ou le politiquement correct. Je suis aussi fan d’artistes comme Shirley Souagnon, Alex Vizorek ou d’autres, mais c’est un genre d’humour différent.

Pour terminer, évoquons un peu les actrices et acteurs de la série. Elles et ils sont excellent·e·s, le casting est réussi. Néanmoins, quelques personnages sont particulièrement bien joués. Il y a bien entendu Paul Mirabel qui montre qu’il sait faire autre chose que du stand-up. Il y a aussi Abraham Wapler (Dan), Eva Huault (Sandra) et Vincent Chalambert (Louis). Leur jeu est excellent, ils et elle savent être drôles mais aussi présenter une facette très touchante de leur personnage. Nous ne pouvons que demander à les revoir dans une prochaine saison.

MurderBot

MurderBot, la série TV

La première saison de la série télévisuelle MurderBot (connue en francophonie sous le nom Journal d’un AssaSynth) vient de s’achever sur Apple TV+. Alors, réussie ou non, cette adaptation de la première novella de Martha Wells ? Oui, sans conteste ! Voici donc l’avis de quelqu’un peu fan des images qui bougent, qu’elles soient en prise de vues réelles ou en animation.

Journal d’un AssaSynth, dont le titre original est The Murderbot Diaries, est une suite romanesque de science-fiction écrite par Martha Wells. En français, nous pouvons lire actuellement les quatre novellas constituant une sorte de premier cycle, celui qui est en cours d’adaptation télé (la saison deux a été annoncée et devrait être diffusée en 2026). Un deuxième cycle semble se dessiner avec deux romans, un relativement long et un assez court. Enfin, une novella indépendante vient approfondir les relations entre les deux personnages principaux que sont AssaSynth et la docteure Mensah (le récit se place entre les deux cycles). Quelques courtes nouvelles sont disponibles en VO, souvent publiées en ligne et lisibles gratuitement. Un nouveau titre (Platform Decay) est prévu pour le mois de mai 2026 aux États-Unis, qui devrait être la suite d’Effondrement système. J’ai eu l’occasion de donner mon avis dans un billet WordPress datant de 2021, inutile de redire ici tout le bien que je pense de l’œuvre. Concentrons-nous donc sur la série télévisuelle…

Une adaptation visuellement réussie

Les fans de la série littéraire se sont forcément forgé des images, ont leur conception visuelle des personnages, des lieux, du design des objets, etc. Certes, les illustrations de James Jones (les couvertures VO) ou de Tommy Arnold (qui a aussi été chargé du concept art pour la version télé) du côté américain, sans oublier Pierre Bourgerie (plusieurs couvertures VF) du côté français, ont influencé notre vision d’AsssaSynth mais uniquement en armure. C’est donc une excellente surprise de voir que les concepteurs de la série télé ont réussi à nous proposer un design auquel on peut adhérer. Plutôt sobre et fonctionnel, c’est une belle réussite, même si pour le dépaysement, on repassera. C’est crédible et c’est bien là le principal.

Le casting des actrices et acteurs est particulièrement réussi. Pas de beaux gosses bien blancs et virils, pas de jeunettes au physique apprêté, pour ne pas dire refait. Les personnages sont variés, plutôt âgés (ce sont des scientifiques réputés dans leur domaine); Surtout, tout le monde joue juste. Mention spéciale à l’actrice qui joue la Dr Mensah (Noma Dumezweni) et à l’acteur qui incarne Gurathin (David Dastmalchian). Les autres ne sont pas en reste, à commencer par celui qui personnifie MurderBot, la SecUnit séditieuse, (Alexander Skarsgård), en héros continuellement perdu, inquiet mais aussi désabusé et cynique.

Une adaptation fidèle

Les dix épisodes suivent plutôt scrupuleusement l’histoire de la première novella, même si les auteurs (les frères Weitz, Paul et Chris) prennent de plus en plus de liberté au fur et à mesure que le récit progresse. Ils proposent quelques changements destinés à rendre la série plus facile d’accès. La première différence est la réduction du nombre des scientifiques venus de Préservation : exit Overse (la compagne de Pin-Lee dans le livre) et Volescu (le chercheur qui accompagnait la docteure Bharadwaj lors de l’attaque par « Hostile »). Du coup, une sorte de ménage à trois est mis en place dans la série entre Pin-Lee, Arada et Ratthi, sans que ça devienne de la romance qui aurait été malvenue. Pour le reste, il n’y a pas de gros changements au niveau des rôles entre les deux versions même si le passé de Gurathin est ici une création originale.

Attention, des éléments de l’intrigue sont révélés dans le paragraphe en orange, vous pouvez donc le passer pour reprendre votre lecture un peu plus bas.

Quelques reproches, néanmoins

Après discussion avec une camarade qui n’a pas lu les livres, certains reproches peuvent être formulés concernant cette adaptation télévisuelle. C’est ainsi que nous pouvons relever les points suivants :

  • L’acteur jouant lMurderBot n’est pas vraiment androgyne, il est très masculin, ce qui semble en contradiction avec la façon dont les cyborgs de sécurités sont présentés. Il ne s’agit pas de SexBot, leur représentation aurait pu être plus « inhumaine ».
  • Le plus gros de l’humour est dû aux réactions de MurderBot, qui sont celles de la représentation qu’on se fait d’une personne autiste (difficulté de communication, décalage, non-respect des conventions sociales, cynisme). On aurait pu penser à quelque chose de plus détaché et différent des réactions humaines. Là, on dirait que c’est un « simple » négatif des réactions de la plupart de ses clients.
  • La façon dont la série fictive est régulièrement introduite est souvent assez « lourdingue », le comique de répétition ne fonctionne pas. Pire, elle n’apporte rien au récit. C’est surtout vrai avec l’épisode 8 où on perd 3’30 de la trame principale pour pas grand-chose, à part nous montrer à quel point Apogée et déclin de la Lune sanctuaire est kitch.
  • Les clients humains ont une espèce de candeur maladroite, ce qui est original. Cependant, il est difficile de comprendre quelle part de cette maladresse est liée à la culture de Préservation basée sur la tolérance, l’inclusion, la recherche de consensus, etc. C’est parfois désarçonnant, et peut même être assez ridicule de la part de scientifiques reconnus dans leur domaine, car cette candeur semble un peu surjouée.

Quoi qu’il en soit, voilà une adaptation qui se laisse regarder avec plaisir, qui est assez addictive, tout comme la novella dont elle est issue. Certes, il n’est pas possible d’avoir la profondeur des réflexions et des descriptions de la version littéraire mais le rythme est bien là, malgré quelques lenteurs, généralement causées par l’insertion de la série fictive. Il est regrettable que MurderBot ne soit pour l’instant uniquement accessible que sur Apple TV+ et il faut espérer une sortie prochaine en DVD et Blu-ray. La saison deux étant déjà annoncée, les frères Weitz ont révélé dans un entretien qu’ils allaient cette fois se baser sur les tomes 2 et 3. Cela fait sens tant ces deux novellas peuvent être combinées en une seule histoire. Rendez-vous est donc pris pour l’année prochaine !