
Le programme de Formula Bula comporte de nombreuses expositions. Généralement elles sont sans grand intérêt et peu développées, surtout celles situées à Censier, et c’était pire à l’époque du Point éphémère. J’ai d’ailleurs exprimé mon opinion quelque peu négative et tranchée à la directrice ajointe (sans savoir qui elle était), présente pour recevoir le public en cette journée du patrimoine. C’était moins vrai l’année dernière et je peux dire que n’est pas le cas de l’une d’entre-elles cette année, celle située dans la salle René Capitan de la Mairie de Paris du 5e arrondissement. Il s’agit d’un espace proposant très régulièrement des expositions, y compris de bandes dessinées, notamment dans le cadre du feu festival « 5 en bulles ».
C’est ainsi qu’en 2014, a-yin et moi avons pu voir une belle exposition consacrée à Jean-Claude Mézière et voir de nombreuses planches originales de Valérian et Laureline. Nous avons pu voir aussi celle consacrée à Fred en 2016. Par contre, j’ai zappé celle de 2015 (Margerin, que j’apprécie pourtant), je n’ai pas été intéressé par celles consacrées à Boucq (2017), Cabanes (2018), Varennes (2019). En 2020 et 2021, la manifestation n’a pas eu lieu du fait des restrictions liées au COVID. Si le festival a repris en 2022, c’était sans avoir d’exposition dans la salle Capitan. Il y en a eu en 2023 et 2024, mais elle étaient thématiques (« décalée et humoristique » en 2023, « retour sur dix années du festival » en 2024) et réunissaient surtout des autrices et auteurs provenant de La Boite à bulles, des Éditions Fei, ainsi que Jeanne Puchol. J’avoue ne pas y être allé, ni à l’une, ni à l’autre. Depuis, « 5 en bulles » n’est plus organisé par l’association des commerçants « 5 sur 5 ».
Grace à Formula Bula, nous assistons donc au retour de la bande dessinée à la Marie du 5e. Retour gagnant, il faut le dire, étant donné le nombre de pièces proposées. Entre les planches originales du Génie des alpages (principalement des tomes les moins anciens), les carnets de F’murrr ainsi que de nombreux dessins et plusieurs illustrations, il y a de quoi voir. La sténographie est aérée, et occupe les deux niveaux. Voici donc un petit aperçu de ce qui est proposé…
Rez-de-chaussée
L’espace est bien éclairé, un peu trop même, car les nombreux reflets empêchent de prendre en photo une grande partie des planches exposées. Les planches originales montrent bien à quel point F’murrr était un excellent dessinateur, au trait « riche et vivant » (dixit a-yin). Elles montrent aussi à quel point son humour est souvent incompréhensible, tellement il est décalé. C’est ce qui fait son charme.



S’il y a différentes sortes de thématiques apposées à chaque espace, elles ne semblent pas si évidentes (ou je n’ai pas été assez attentif aux similitudes). Il faut dire que les cartels sont assez indigents, laissant la part belle à l’imagination et aux flâneries des visiteuses et visiteurs. Le grand plus de l’exposition, surtout au rez-de chaussée, est apporté par la présence de nombreux carnets (il y en a 101, ils ont été numérisés et seront prochainement accessibles par Internet) qui montrent d’autres facettes de l’auteur. Il y a aussi plusieurs illustrations qui apportent une variété bien appréciable. En effet, comme déjà dit, il n’y a quasiment que des planches du Génie des alpages, ce qui manque de variété. Il faut aussi dire que les derniers tomes sont loin d’être les meilleurs.








Mezzanine
À elle seule, la mezzanine vaut le déplacement grâce à ses deux tables (une sous forme de vitrine et une sur tréteaux) bourrées d’illustrations et de dessins. Les planches originales sont présentes en nombre. Là aussi, ne comptons pas trop sur les cartels pour en apprendre énormément sur F’murrr, et prenons à la place le temps d’admirer cette production pléthorique et variée.








J’avoue avoir été surpris par la dernière table où on s’aperçoit que F’murrr a réalisé de nombreuses cartes du nouvel an chinois et que le Japon était une source d’intérêt pour lui. Il œuvrait pourtant dans les années 1970 à 1990, bien avant que le manga soit connu des dessinateurs francophones, à quelques exceptions près. C’est là que je regrette un peu de ne pas être allé voir cet été l’exposition Hi – Yo, c’est l’écho à Strasbourg qui proposait une approche plus chronologique et variée. Surtout que, sans être un grand fan de l’auteur, j’ai acheté au fil des ans quasiment tout ce qui est sorti en album, y compris Spirella, mangeuse d’écureuils sorti chez un éditeur un peu confidentiel. Il y a d’ailleurs une volonté manifeste de ne pas montrer le versant paillard de F’murrr dans la présente exposition. Amatrices et amateurs des filles dénudées de l’auteur, passez votre chemin, il n’y a rien à voir !



Comme je l’ai dit et répété lorsque j’ai vu ses baleines : F’murrr les dessine aussi bien que Daisuke Igarahi 🙂
L’exposition se termine sur un poème doux-amer, et je dois dire que c’est bien vu.




Le catalogue
Un petit livret de 28 pages pompeusement appelé catalogue (mais vendu seulement 5 €) vient compléter l’exposition. Il regroupe la majeure partie des cartels (celui sur les 101 carnets est absent) et propose une iconographie reprenant plusieurs pages des carnets et quelques illustrations. C’est une excellente idée. Néanmoins, proposer plus de pages, des textes un peu travaillés présentant de façon un peu plus approfondie l’œuvre de F’murrr et quelques reproductions de planches originales n’auraient pas été de refus, quitte à le vendre 10 ou 15 €.
Détails de l’exposition

« Si je fais ce métier, c’est parce que c’est une activité que je peux exercer sans avoir plein de gens autour de moi, et rêver un peu. » F’murrr
Une traversée de l’univers absurde, poétique et profondément humaniste du Génie des Alpages. L’exposition révèle toute la richesse de l’œuvre de F’murrr, maître du non-sens et observateur critique du monde.
Du 17 septembre au 09 octobre 2026
Horaires : du lundi au dimanche de 10h00 à 17h00, le jeudi ouvert de 10h00 à 19h00
Mairie du 5e arrondissement
Salle Capitan
21 place du Panthéon
Paris 5e
