
En ce qui me concerne, cette rentrée est riche en expositions parisiennes liées à la bande dessinée. Du fait de leur intérêt, entre fin aout et début octobre, me voici à écrire un troisième compte-rendu. Cette fois, il s’agit de se rendre compte de l’incroyable virtuosité d’un des représentants de la « nouvelle ligne clair » : Yves Chaland, auteur que je connais surtout de réputation, n’ayant pas lu grand-chose de ses créations. Je profite cette fois de l’ouverture d’une nouvelle galerie d’art consacrée à la bande dessinée et à l’illustration qui a en plus la bonne idée de se situer proche du quartier Saint-Michel, à Odéon où je suis avec mes petit·e·s camarades mangaversien·ne·s tous les samedi matin.
Jusqu’à la fin du mois d’octobre, à l’occasion de son inauguration, la galerie Antoine Mathon présente une centaine de planches d’Yves Chaland. Il ne s’agit pas exactement d’une expo-vente car peu d’originaux sont à vendre en plus de quelques sculptures et sérigraphies. Néanmoins, vu les tarifs, la galerie devrait largement s’y retrouver (plusieurs pièces sont à 15 000 € et la plupart ont trouvé preneur). Il faut dire que l’auteur est mort très jeune d’un accident de voiture (il avait 33 ans en 1990) et que ses planches sont donc rares sur le marché de l’art. De plus, son œuvre a marqué plusieurs générations de lecteurs qui constituent une « fan base » active, à l’exemple des « journées Chaland » qui se déroulent tous les ans pendant plusieurs jours à Nérac. En effet, une association a été créée en 2007 pour faire vivre la mémoire du bédéaste / illustrateur / maquettiste et promouvoir son travail.








Yves Chaland s’est beaucoup inspiré de Jijé, mais aussi de Maurice Tilleux, ce qui se remarque dans de nombreuses planches. Néanmoins, il maitrisait aussi le dessin réaliste à l’américaine, celui que l’on pouvait lire dans les comics d’horreur ou d’aventure. Il était fasciné par les années 1950 et cette fascination traverse l’ensemble de ses travaux. Il a suivi les cours de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne à partir de 1975 mais il a abandonné ses études avant la fin pour se consacrer entièrement à la bande dessinée. En effet, grâce à sa participation dans un fanzine étudiant, il a été remarqué par le magazine parisien Métal Hurlant où il a débuté professionnellement en 1978.




Chaland n’a pas attendu d’avoir plusieurs séries à son actif pour devenir illustrateur à succès pour la publicité et pour la presse (Bayard). Le rez-de-chaussée de la galerie rend assez bien compte des débuts du dessinateur durant les années 1974-1979. Une planche réalisée alors qu’il n’a que 14 ans est assez impressionnante par ses qualités. Ses histoires courtes brocardant gentiment le Major Fatal de Moebius sont elles aussi stupéfiantes de maitrise des différents styles graphiques mis en œuvre. Si la première série de Chaland est Bob Fish publiée dans Métal Hurlant en 1980, c’est pour les défuntes éditions belges Magic-Strip qu’il crée en 1981 le personnage de Freddy Lombard, accompagné de ses acolytes Dina et Sweep. Ils vivront cinq aventures, quatre étant publiées par Les Humanoïdes associés entre 1984 et 1989.




C’est sans surprise que la majeure partie de planches exposées relève de la série Les Aventures de Freddy Lombard. L’étage nous permet aussi de voir quelques strips du Spirou (inachevé) de Chaland. Il se place résolument dans la lignée de Jijé, totalement en décalage avec les univers graphiques de Fournier et des autres repreneurs de Spirou qui officient depuis l’arrêt de Franquin. Il s’agit d’un véritable « vu par » avant l’heure. Dommage que l’équipe éditoriale du journal n’ai pas compris à l’époque l’intérêt de cette démarche artistique. Quelques pièces montrent le travail de l’auteur sur Le Jeune Albert, son chef-d’œuvre d’après de nombreux fans.




Cette exposition s’est révélée être une excellente surprise, très intéressante, qui aurait mérité un catalogue, même de taille modeste. Certes, cela aurait représenté un certain investissement financier et beaucoup de travail mais ça aurait un marqueur pour cette nouvelle galerie, gérée par un passionné très sympathique. Il faut dire que l’un d’entre nous en a profité pour acheter une des sérigraphies proposées à la vente, en vrai fan de Chaland qu’il est 🙂 .
Galerie Antoine Mathon
19 rue Racine – 75006 PARIS
Du mercredi au samedi, de 14 h à 19 h 30
Exposition Yves Chaland, une œuvre jusqu’au 31 octobre
