La cinq cent cinquième !

Fin aout, notre petit groupe parisien de Mangaversien·ne·s a visité l’exposition de bandes dessinées CLING ! à la Monnaie de Paris. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans la vénérable institution sise quai de Conti. Il s’agissait de Woman House. Notons que CLING ! est, en ce qui me concerne, la cinq cent cinquième exposition mangaversienne ! Pour marquer le coup, voici un petit compte-rendu abondamment illustré et agrémenté d’une galerie photo proposant un complément visuel au présent billet. En tout, 46 photos vous sont proposées.

L’exposition était organisée autour de huit archétypes et elle était composée de douze salles de taille et d’intérêt variable. Étant soutenue par la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, je m’inquiétais d’un manque d’originalité concernant les planches exposées, ayant visité au fil des ans de nombreuses manifestations présentant les réserves de la structure angoumoisine. Heureusement, il n’en a rien été, les planches, illustrations et autres documents provenant d’autres sources la plupart du temps. En fait, c’est le fonds des imprimés qui a fourni de nombreux ouvrages (livres ou magazines). S’il y avait plusieurs pièces provenant de la superbe collection de MEL Publisher, d’autres, américaines, provenait du « stock » de 9e Art Référence, ce qui m’a permis de comprendre pourquoi la galerie du 9e art propose chaque année une exposition « American Classics » présentant à chaque fois de superbes pièces, variées et d’époques diverses. De nombreuses collections d’auteur ou privées ont permis à CLING ! d’être une exposition vraiment intéressante.

Voyage dans une pièce

Il s’agissait d’une petite salle « interrogeant la mesure de l’univers » autour de la bande dessinée éponyme tirée de la série américaine Brick Bradford (1937, dessin Clarence Gray et scénario William Ritt). Heureusement qu’il y avait aussi du Schuiten, du Chaland et du Franquin pour bien lancer l’exposition. J’avais déjà eu l’occasion de voir la planche de l’Atomium, source de souvenirs pour moi.

Introduction des archétypes

L’impressionnant salon Guillaume Dupré accueillait d’immenses kakemonos suspendus ainsi que des espaces de lectures de bandes dessinées. Sympa, mais beaucoup d’espace perdu. De plus, en matière d’impact, ça ne valait pas l’araignée géante de Louise Bourgeois à l’occasion de Woman House ou l’assemblage de boules de verre de James Lee Byars vu lors d’À pied d’œuvre(s).

Aventurières & aventuriers

Celle salle présentait les trois thèmes chers à Thierry Groensteen : principalement l’aventure et le dépaysement, le merveilleux étant représenté uniquement par la superbe peinture d’un dragon par Adrien Smith. Proposant vingt-cinq pièces d’exception, c’était l’occasion d’admirer des planches de Lucky Luke, de la période pré-Gosciny, celle que je préfère. Le Spirit, Mandrake le magicien, le Fantôme du Bengale, Brick Bradford, etc. étaient présents grâce à des strips d’époque. Ajoutez à cela une planche de Blueberry, du Barbe-Noire, et même une planche de La Nouvelle île au trésor datant de 1947 d’Osamu Tezuka, on peut dire que les commissaires de l’exposition ne se fichaient pas de nous. Impressionnant !

Voleuses & voleurs

Ce n’était pas la salle la plus intéressante à mes yeux, et de loin. Beaucoup de planches issues de l’école dite « de Marcinelle », sauf que je n’ai jamais été fan des productions du Journal de Spirou. Franquin, Peyo, Roba, etc. m’ont toujours laissé de marbre. Les Rapetou étaient représentés par Don Rosa dont je n’aime pas le trait que je trouve infiniment moins bon que celui de Carl Barks. Heureusement, il y avait à nouveau du Will Eisner. Le « mur » de 29 cartes à gratter composant une histoire complète de Thomas Ott faisait son petit effet.

Épargnantes & épargnants

Là aussi, du Roba et du Peyo. Il y avait surtout beaucoup de pièces de monnaie à l’effigie de personnages de BD. Il y avait aussi de nombreuses tirelires meublant la partie courbe de la pièce. Amusant… Il y avait surtout du Caran d’Ache, trois strips d’Ernie Bushmiller (Nancy) et Uderzo avec Asterix chez les Helvètes avec le dessin de la couverture et une planche hilarante (j’ai raté la photo). L’un d’entre nous (Pierre) était bien content de revoir du Yves Chaland.

Marginales & marginaux

Voilà une salle qui apportait un peu de variété mais que j’ai un peu oublié de photographier. Martin Branner (Winnie Winkle) côtoyait Edika, Franquin, Gotlib, Pichard… mais aussi Vuilllemain et Gilbert Shelton (The Freaks Brothers). Pour mon plus grand plaisir, il y avait aussi trois planches de Fabrice Neaud. Un superbe parcmètre trônait contre un mur, au milieu de la salle, me rappelant celui de l’exposition Le monde de Franquin à la Cité des Sciences et de l’industrie de Paris en 2005.

Milliardaires

C’est sous le regard d’un Elon particulièrement haineux (Nicolas de Crécy ne l’a pas raté pour notre plus grand plaisir) que la salle dédiée à la richesse proposait une dizaine de planches et illustrations mettant particulièrement en valeur Picsou. La présence de deux planches de Carl Barks issues d’un des ses meilleurs récits faisait plaisir à voir, même si le lien avec le thème était très ténu. J’ai particulièrement apprécié le panneau composé de 25 numéros de Picsou Magazine dont j’ai un certain nombre (mais pas en aussi bon état).

Joueuses & joueurs

Dans une salle dédiée à un Monopoly géant revisité par Coco, ce sont, entre autres, de très belles planches de Lucky Luke qui nous attendaient, avec l’incontournable Pat Poker de Morris, mais aussi avec les cousins Dalton à l’occasion d’une mémorable partie de cartes les opposant à Lucky Luke. Nous avons pu aussi voir la couverture d’un numéro de la série Batman mettant en avant Double Face ainsi qu’une illustration de ce dernier par Brian Bolland.

Faussaires

Voilà une salle qui remettait en valeur Yves Chaland par le biais de du jeu de société adapté de sa bande dessinée Le Testament de Godefroid de Bouillon. Deux planches du titre l’accompagnaient par cette occasion. Il y avait aussi deux de ses faux billets, un à l’effigie de Charles Trenet, l’autre à celle de Léon Zitrone. Il était aussi possible d’admirer une nouvelle planche de Mandrake le magicien. Surtout, il y avait du manga avec la projection d’un extrait du Château de Cagliostro de Hayako Miyazaki, d’une illustration couleur de Monkey Punch (Lupin III) et de quelques planches de Yûchi Yokoyama (XXXe siècle, récit issu de cases inutilisées pour Plaza).

Alchimistes

Une fois passée une petite pièce où le robot Mikki (voir la photo dans la galerie dédiée) semblait compter les pièces sur lesquelles il était assis, la visite se terminait par une dernière salle dédiée à l’alchimie, celle qui change le plomb en or ou celle de la pierre philosophale. L’occasion nous était ainsi donnée de voir, entre autres, du Pratt, du Moebius, du Mézières, du Druillet, à nouveau du Peyo mais aussi une planche de Hal Foster et les trois premiers volumes de Promethea d’Alan Moore parus en français chez Semic .

Le passage vers la boutique permettait de voir les originaux des archétypes, bien plus petits que les représentations que l’on avait pu voir dans les salles précédentes. La boutique proposait nombre de bandes dessinées, certaines n’ayant pas un rapport direct avec les originaux exposés. Bien entendu, diverses figurines, goodies en tout genre, et l’incontournable catalogue (vendu à un prix correct) étaient proposés aux visiteurs sur le départ. À l’arrivée, voilà une exposition intéressante par son approche, proposant bien plus de variété que prévue. Une bonne visite, confirmant mon impression de qualité des manifestations proposées par la Monnaie de Paris.

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