FIBD 53, le Fauve poignardé

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême n’a pas eu lieu. C’est la deuxième fois que cela se produit après janvier 2021 en raison de la pandémie de COVID. Cependant, le virus qui a empêché la manifestation de se tenir cette année est d’une autre nature, plus humaine, celle de la bêtise. Comme l’a si bien défini Heidi Kastner pour des affaires d’une toute autre nature, « la stupidité, ce n’est pas d’être incapable de calculer cinq fois douze, mais d’entreprendre une action dommageable pour tout le monde ». C’est ce qu’il s’est passé suite à diverses décisions. Il y a eu les différents appels à boycott d’autrices et d’auteurs de bande dessinée. Il y a aussi eu l’opportunisme des éditeurs (pouvant faire ainsi des économies ou rêvant d’une manifestation désormais à leur main) et des pouvoir publics. Il y a encore eu la mauvaise gestion de la crise par 9e Art+. Mais il y a surtout eu la responsabilité de l’Association du FIBD, cette dernière ayant eu tout faux dans ses choix et décisions. Le résultat est un immense gâchis, une perte énorme (plus de trois millions d’euros à ce qu’il paraît) pour les acteurs économiques locaux, par exemple les hôtels et restaurants, ainsi que pour de nombreux prestataires (sécurité, événementiel, etc.) dont certains risquent fort, en cette période difficile, de ne pas pouvoir s’en relever si leur situation était déjà délicate.

Même s’il n’est pas représentatif, nous pouvons prendre le cas de la petite équipe de Mangaversien·ne·s, soit quatre personnes venant à Angoulême de Paris, spécialement pour le festival. Si je n’ai pas une idée précise des dépenses de Tanuki ou de Gemini, elles ne devaient pas être négligeables avec les repas pris dans différents restaurants de la ville (une dizaine, au moins, pour les deux), la location d’un logement pour le second (au moins deux nuitées) et tous les achats effectués pendant le festival. En ce qui me concerne, avec a-yin, notre budget était proche, voire au-dessus, de 1 000 euros à nous deux pour trois jours et demi (parfois un peu plus, parfois un peu moins, selon la programmation), entre la chambre d’hôtel du côté de Cognac (l’Ibis Style était deux fois plus cher sur Angoulême que son homologue — ex-Mercure — sur Châteaubernard pendant le festival), la dizaine de repas en restaurants, quelques bières, le plein d’essence pour rentrer sur Paris (n’oublions pas les plus de 100 euros d’autoroute, les frais kilométriques et le plein aller mais tout cela ne concerne pas la Région), tous les achats effectués dans les bulles, principalement Manga et Nouveau monde (a-yin a tendance à se lâcher dans ces circonstances, elle devient très dépensière). Il y avait aussi les catalogues des expositions de 9e Art+, souvent au nombre de deux (à multiplier par trois), achetés sur les stands de l’Association du festival. Et encore, nous n’avions pas à payer notre badge, étant privilégié·e·s sur ce point. Ce week-end, il n’y aura que Tanuki pour avoir fait le déplacement, deux jours et demi au lieu de cinq (oui, ça a toujours été le plus assidu d’entre nous) et même s’il est assez dépensier pour des fanzines, ça ne compensera en rien l’absence des trois autres membres de l’équipe. Et ce ne sont pas les quelques centaines de milliers d’euros reversés aux acteurs locaux par la mairie et le département, sans oublier les autrices et auteurs venus profiter de cette « manne », qui compenseront les pertes liées à l’absence du festival. En plus, pour ne pas aider, le temps a été assez maussade pendant toute la durée de la manifestation (on est en janvier, après-tout).

Ajoutons qu’il n’y a peu de chances qu’il y ait une édition du FIBD en 2027, le maire d’Angoulême, qui n’a jamais eu de bonnes relations avec 9e Art+, ayant décidé de prendre la main sur l’événement en écartant l’association historique pour mettre à la place une autre structure, créée suite à une précédente crise qui a eu lieu en 2017. Il en résultera (ou non) une autre manifestation, ayant un autre nom, décernant d’autres prix que les Fauves et à une date pour l’instant indéterminée, pouvant se dérouler entre janvier et mars (plutôt mars). C’est ainsi que l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), sous le contrôle des pouvoirs publics (mairie, département, région, ministère) doit choisir un nouvel organisateur d’ici mi-avril. Sachant qu’il est impossible trouver des financements conséquents en aussi peu de temps, surtout en ces temps économiquement incertains, on peut craindre que la manifestation de 2027, si elle a lieu, soit « cheap » et nous propose un recul de trente ans quant à sa programmation. On verra bien… du moins si la transparence promise est là car n’oublions pas que le monde culturel et le monde politique reposent beaucoup sur le copinage et que les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient…

Néanmoins, lors d’une conférence de presse tenue par 9e Art+ jeudi matin1, Franck Bondoux a manifesté un désir de compromis, même si les médias n’ont retenu que le point le plus frappant, le plus « buzzable » (comme d’habitude depuis le début de « l’affaire »). Ce qu’il faut réellement retenir de l’heure et demi de la conférence de presse, c’est qu’une action en référé pour bloquer l’ADBDA (qui agirait en dehors de sa mission) est en cours. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’abord de bloquer la mise en place d’une édition en 2027 qui écarterait (en refusant toute discussion) l’Association du FIBD et 9e Art+. En effet, l’ADBDA chercherait à monter une manifestation copie quasi-conforme au FIBD. Il s’agit aussi de remettre au « centre du jeu » l’Association du FIBD pour les éditions suivantes. La demande d’une réparation des préjudices commis ne serait remise éventuellement sur le tapis que dans un second temps, en cas d’absence d’accord. Une façon de résoudre la crise pour 2027 serait de respecter les conventions passées, et pour 2028, si le futur organisateur veut bien racheter les actifs de 9e Art+ et embaucher son personnel qui pourrait ainsi faire profiter de son expertise, il y aurait moyen de trouver un terrain d’entente. Sinon, les actions en justice ne pourraient que se multiplier tant les éditeurs que les pouvoirs locaux en place semblent fautifs dans l’annulation de l’édition 2026. Un dépôt de bilan de 9e Art+ n’est pas à écarter avec l’entrée en jeu d’un administrateur judiciaire qui aurait pour mission de récupérer un maximum d’argent (il est là pour ça) pour les créanciers lésés (et pour lui-même). Et là, les pouvoirs publics locaux, à commencer par la mairie, auraient de quoi s’inquiéter (en fait non, c’est de l’argent public, les décideurs publics s’en fichent, ce n’est pas le leur). N’oublions pas les élections municipales à venir, histoire de compliquer encore un peu plus l’ensemble. Après, on ne peut faire que des supputations. Pour avoir des idées plus claires, il faudrait avoir accès aux conventions, aux contrats, aux comptes, etc.

Je rejoins Heidi Kastner quand elle estime que les réseaux sociaux ont permis à la bêtise d’avoir un pouvoir de nuisance sans commune mesure avec les décennies précédentes : avant, la stupidité restait cantonnée à un entourage restreint, seuls des médias puissants (presse puis télévision) pouvaient la diffuser auprès du plus grand nombre. Depuis quelques années, « il est possible, quelle que soit sa position, de trouver des personnes partageant les mêmes idées et de se sentir fort au sein du groupe ». Cela a entrainé une radicalisation certaine, amplifiée par le système des bulles des réseaux sociaux avec leurs algorithmes privilégiant l’émotion sur la réflexion. De plus, militantisme et positions extrêmes ne sont pas compatibles avec une analyse poussée des événements et de leurs conséquences, la preuve en ayant été malheureusement donnée à cette occasion. Surtout, maintenant, il n’est plus possible d’être neutre : si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. L’exclusion du groupe, quel qu’il soit, est désormais une pratique généralisée, y compris par celles et ceux qui se déclament inclusifs. La bêtise et la haine sont partout dorénavant, et de mon point de vue, il n’y a plus de « gentils » mais que des « méchants »…

C’est exactement ce qui s’est passé avec la fronde de quelques autrices qui ont été suivies rapidement par le reste de la profession, situation amplifiée par une presse sentant la possibilité de faire du papier facilement, buzzant bien. Tout ce petit monde a préféré s’en prendre à un bouc émissaire plutôt que de réfléchir aux nombreux problèmes posés et de cibler les véritables responsables de la précarité financière de cette « profession »2, de la mentalité assez rétrograde qui y règne encore, surtout en salon et festival, etc. Les reproches des autrices et des auteurs, que l’on peut estimer légitimes pour un certain nombre (d’autres étant ridicules), n’étaient pas à adresser à l’organisateur du festival mais à leurs éditeurs et à leurs pairs. Sauf que s’en prendre à ceux qui vous « nourrissent » (même mal), c’est risquer un retour de bâton. Il ne faut pas oublier qu’il y a surtout un problème structurel de surproduction de bandes dessinées, avec un trop grand nombre de personnes voulant vivre de leur « art » pour un marché du loisir culturel en contraction et en pleine mutation, qui migre vers d’autres modes de consommation, dans une société toujours orientée vers un consumérisme débridé, instantané et une recherche du plaisir avant tout. Et en ces temps de dépenses publiques excessives, la réponse n’est certainement pas dans encore plus de subventions comme réclamé par de nombreuses personnes.

Bah ! L’avenir proche nous dira ce qu’il aura résulté de cette « révolution ». Je crains que rien de bon n’en sortira et que tout le monde aura perdu. Pour ma part, je n’y perds que mes « vacances d’hiver », tant la dernière semaine de janvier me permettait de couper avec le quotidien. De très nombreuses personnes y perdent bien plus, malheureusement.

En attendant, un Grand Off* a eu lieu, à la programmation en trompe-l’œil tant elle nous a été vendue avec grandiloquence pour un contenu réel assez vide et surtout d’une grande banalité de mon point de vue de Parisien qui profite sur la capitale de nombreuses activités similaires tout au long de l’année. Un membre de notre délégation habituelle de Mangaversien·ne·s était sur place deux jours et demi, jeudi après-midi, vendredi et samedi, ce qui me permet de proposer ici une sélection de dix-huit photos montrant divers lieux et animations. Tanuki a toujours été fan du Off et même du Off du off (les fanzines et les créations paraBD intellos, il adore), ce qui permet de donner ici une idée des animations de cette année. C’est quelqu’un qui a connu le festival bien avant moi, qui est plus ouvert d’esprit, qui est venu avec un a priori favorable. Les jeudi et vendredi, notamment en soirée, ont été « calmes », on était très loin de la foule drainée par le FIBD. Au moins, comme l’a dit Tanuki : « c’est plus facile de profiter des restos et des bars ». Je ne suis pas certain que les commerçants du plateau soient aussi positifs au moment de faire leurs comptes. Disons qu’il fallait prévoir une journée pour tout faire cette année, là où trois jours ne suffisaient pas pour le FIBD.

Sans surprise, le seul lieu à peu près digne d’intérêt du Grand Off* se trouvait du côté de la Cité. Pas pour le village des éditeurs situé dans les anciens Studios Paradis qui semble avoir été peu fréquenté, même le samedi, mais pour les expositions et animations jeunesse présentes. Outre celles de la Cité (« Signé Bretécher » et « En slip et contre tout »), les expositions plus ou moins montées à la hâte n’étaient pas inintéressantes, à commencer par « Le train fantôme de Stéphane Blanquet » (qui va durer jusqu’à mi-2026). Il y avait d’ailleurs pas mal de monde pour cette dernière. Notons aussi, sur le plateau, la belle file d’attente pour la bande dessinée Isabelle d’Angoulême (Glénat), le côté local a certainement joué à fond et a dû permettre à la librairie Cosmopolite d’avoir l’impression que le Festival avait bien lieu. Car le reste du temps, ça ne semble pas avoir été très folichon niveau fréquentation. Certes, le résultat n’est pas si mal pour « un truc monté en vitesse avec les bonnes volontés du coin », comme me l’a fait remarquer Tanuki.

Notre correspondant local, Manuka, a fait un petit tour du Grand Off* le vendredi. Sa conclusion sur la fréquentation est la suivante : Pas grand monde dans les rues, ou plutôt le monde d’un vendredi « normal ». Pour l’Église Saint-Martial, du monde comme en festival. Au Lieu Unique3, du monde, mais peut-être autant d’exposants en goguette que de visiteurs. Librairie Cosmopolite, longue file d’attente pour certains auteurs, rien pour d’autres, donc on pouvait circuler. Espace Franquin, ça faisait bizarre de voir les salles reléguées au rôle de stands d’éditeurs ou de « dédicaceurs ». Le Pavillon Unesco, un peu de monde. Manuka serait bien passé par la Cité mais il a eu la flemme d’aller se garer dans les environs, d’autant qu’il commençait à se faire tard. Il n’y est pas retourné le lendemain, ayant d’autres engagements. Étant un local passé en coup de vent, et ayant pris l’événement pour ce qu’il était, un off sans son festival, il se refuse d’avoir un avis négatif. Tout au plus constate-t-il qu’évidemment, en l’absence d’animations dans les rues, l’émulsion et l’émulation entre les diverses initiatives a eu du mal à se faire.

Surfant sur la manifestation alternative mise en place à Angoulême, diverses structures ont mis en place les « Fêtes interconnectées de la BD 2026 ». En ce qui concerne Paris, c’est à Ground Control qu’il fallait aller pour rencontrer des éditeurs indépendants et suivre quelques tables rondes militantes. Un duo de Mangaversien·ne·s (a-yin et moi) s’y est rendu le samedi après-midi, surtout pour les rencontres, ce qui ne nous a pas empêché d’acheter des livres, tant les tentations sont multiples. La fréquentation était assez faible, il a fallu attendre 16-17 heures pour qu’il commence à y avoir un peu de monde (rien à voir avec la foule des deux Paris Beer Festival que j’ai eu l’occasion de visiter). Cela m’a permis aussi de croiser quelques connaissances. À leur file d’attente, on voyait qui étaient les auteurs vedettes ce samedi : David B. à la table de l’Association, et Boulet à celle d’Exemplaire. Pour le reste, c’était là aussi, le bon plan pour les chasseurs et chasseuses de dédicaces. À mon corps défendant, j’en ai profité pour en demander une à Edmond Baudoin, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici malgré de nombreuses occasions depuis 2003 (je sais, je suis inexcusable tant la personne est charmante et est un dessinateur hors pair). J’ai maintenant un gros pavé à lire 🙂 .

Outre une partie des éditeurs indépendants habitués à la Bulle du Nouveau monde du FIBD, il y avait une poignée d’alternatifs et de fanzines. Parmi les principaux, il y avait L’Association, Cornélius, çà et là, 2042 (ex-2024), Exemplaire, La Cafetière, Les Rêveurs, FLBLB, Rue de l’échiquier, etc. Les trois tables-rondes suivies étaient vraiment intéressantes, très bien animées, même si une autrice (invitée de dernière minute en remplacement d’un désistement) était assez énervante par ses interventions enfonçant des portes ouvertes. Heureusement, Lisa Mandel (Exemplaire) et Simon Liberman (2042) étaient dans le concret et le pratique. Leur double casquette autrice/éditrice et auteur/éditeur leur a certainement permis de mieux comprendre la complexité de la chaîne du livre et de proposer des pistes pour aider à sortir d’une certaine précarité financière.

En conclusion, en osant une comparaison footballistique, la première division des éditeurs étaient absents, quelques représentant·e·s étant invité·e·s ici ou là par des librairies comme Cosmopolite. Une partie de la deuxième division était à Ground Control, avec quelques structures issues du troisième échelon. Le reste se trouvait à Angoulême avec les amateurs. La fréquentation du tout ressemblait plus à ce que l’on peut voir dans les innombrables manifestations BD à travers la France tout au long de l’année, bien loin du grand raout de fin janvier ou même des grands festivals comme ceux d’Amiens, Blois ou Saint-Malo. Bref, aucun intérêt en dehors de voir sur les réseaux sociaux (en tout cas, dans les bulles dont je fais partie) des centaines de messages d’auto-congratulation et de réécriture médiatique masquant plus ou moins bien une réalité pourtant évidente dès le début…

Je remercie Manuka pour ses corrections, ses ajouts et précieuses remarques. Les photos du Grand Off* ont été prises par Tanuki, celles à Gound Control par moi-même (sauf celle de la dédicace qui a été prise par a-yin). Les textes et photos sont © Mangaverse / Éditions H. Le photogramme de la conférence de presse de 9e Art+ est © La Charente Libre. Le Fauve est © Lewis Trondheim / 9e Art+. Le « fauve assassiné » et l’illustration « Les réseaux sociaux sont nuisibles » ont été générés à l’aide d’Adobe Firefly 5 (je sais, les IA génératives, c’est le Mal mais, de toute façon, l’informatique est une invention du démon).

  1. La Charente Libre propose de visionner l’enregistrement complet de la conférence de presse sur FaceBook. ↩︎
  2. Oui, « profession », entre guillemets, tant la réalité d’un auteur ou d’une autrice n’est pas celle d’un ou une autre. Cette profession n’en est pas une pour nombre d’auteurs et autrices, puisqu’elle ne leur permet pas d’en vivre. La bande dessinée est une profession pour une chaîne d’individus (allant de l’auteur à l’éditeur au distributeur et au libraire) mais ce n’est pas une profession pour chaque individu de cette chaîne (certains auteurs et autrices, voire certains éditeurs). ↩︎
  3. Lieu Unique qui démontre que le Grand Off* ne respecte pas totalement ses engagements, comme le montre le témoignage d’un auteur sur sa page FaceBook. ↩︎

Manga. Tout un art ! Petit bilan 2025, les expos BD

La visite de l’exposition Manga. Tout un art ! et de son petit compte rendu me donne l’occasion de dresser ensuite un petit bilan des expos BD faites en 2025. L’année prochaine, celles-ci devrait être en forte diminution du fait de l’absence du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Cependant, chaque chose en son temps, intéressons nous à 2025 dans ce dernier billet de l’année.

Manga. Tout un art !

Dernière exposition de l’année pour notre petit groupe de mangaversien·ne·s. Sa visite s’est organisée un peu au dernier moment entre moi, Taliesin et Tanuki suite à une remarque de ce dernier. Il s’agissait d’une animation organisée avec l’INALCO un jeudi soir, mais celle-ci était très mal expliquée : médiation, oui, mais sous quelle forme exactement ? En fait, il s’agissait d’une nocturne à entrée libre (uniquement pour l’exposition temporaire, les permanentes étaient fermées). Bon plan : on pouvait visiter gratuitement l’exposition entre 18h00 et 22h00 (21h45 en réalité) avec une dizaine d’étudiant·e·s qui présentaient les œuvres des différentes salles. Cerise sur le gâteau, comme prévu et à la différence d’un premier dimanche du mois (gratuit), il n’y avait pratiquement personne.

Le but de l’exposition (tel que présenté dans le dossier de presse) est de montrer que le manga n’est pas qu’une industrie du divertissement mais aussi un art dont les racines plongent dans l’histoire complexe du pays en rapprochant bande dessinée et art japonais ancien, des statues bouddhiques aux estampes en passant par le théâtre, la littérature et les croyances ancestrales. But atteint ? Oui pour la partie Japon ancien, pas trop pour le manga. Étant donné que Didier Pasamonik est le co-commissaire pour la partie bande dessinée, cela est tout sauf une surprise tant il n’y connait pas grand-chose… La scénographie est déséquilibrée, il y a des manques importants, notamment dans les cartels, ainsi que quelques confusions, le propos est parcellaire et très grand publique (ce qui est normal pour ce dernier point). Néanmoins, c’est l’occasion de voir des planches originales de manga, ce qui n’est pas fréquent, surtout hors festival d’Angoulême.

L’exposition principale, située au sous-sol, est composée de huit espaces dédiés à un thème différent. Disons que c’est plutôt intéressant jusqu’à celui consacré à Shigeru Mizuki et qu’après c’est assez raté. On a ainsi l’occasion de voir pour commencer des revues de la fin du 19e et du début du 20e siècle, puis une rapide présentation du kamishibai, une série de planches originales de Norakuro, une salle dédiée à Osamu Tezuka (avec des originaux de Princesse Saphir et d’Astro, le petit robot, entre autres), une autre consacrée au gekiga avec de nombreuses planches d’Hiroshi Hirata, accompagnées de quelques belles pièces de Shitaro Sanpei, Kojima Goseki, Kazuo Kamimura, Yoshiharu Tsuge (merci à MEL qui a une bien belle collection et qui nous permet de la voir). Enfin, la dernière montre des yokai de Shigeru Mizuki grâce à un prêt d’originaux de sa fondation (tout comme Tezuka Prod. et Ryoko Ikeda qui en ont envoyé du Japon pour les espaces les concernant).

La partie shôjo manga est scandaleusement minuscule et centrée uniquement sur deux autrices dont il y avait quelques originaux (La Rose de Versailles de Ryoko Ikeda et des planches de Kaze Kaoru). En plus, le médiateur de cette salle était nul, à la différence de celui sur Tezuka. La partie shônen manga est trop étalée le long du couloir courbe avec peu de reproductions, quasiment aucunes planches originales en dehors de Fairy Tale, se concentrant uniquement sur quelques titres à succès (dont Dragon Ball, One Piece, Naruto, Demon Slayer) avec une mise en parallèle avec le folklore chinois et japonais. Cette mise en parallèle, intéressante, aurait pu se trouver dans un espace plus resserré. Le seinen manga est ramené à sa seule dimension apocalyptique avec Akira et L’Attaque des titans. Un petit focus sur Hiroshima avec des planches de Gen aux pieds nus est heureusement présent, mais avec le seinen manga. Passons sur la dernière salle, consacrée à la mode, sans intérêt si ce n’est de rigoler devant certaines tenues tant elles sont ridicules.

Avant les mangas

Située au deuxième étage dans la rotonde, cette partie de l’exposition est consacrée à des œuvres proposant des caractéristiques que l’on retrouve dans les mangas telle que le mélange texte et image, dessins dynamiques, des thèmes tels que l’humour, l’aventure, le fantastique, etc. L’essor commercial de l’édition est ici mis en avant avec l’exposition de nombreux ouvrages d’époque, généralement imprimés en noir et blanc sur un papier de qualité médiocre.

Sur la partie extérieure de la rotonde, des rouleaux illustrés sont proposés à la lecture en plus des nombreuses illustrations accrochées aux murs. Dans la partie intérieure, ce sont de nombreux livres qui sont mis en valeur. C’est toujours intéressant d’en voir, et surtout de constater la qualité graphiques des illustrations, surtout quand on connait les méthodes d’impression de l’époque. Clairement la partie la plus intéressante et la plus impressionnante à nos yeux. Des récits s’étirant sur plusieurs tomes sont proposés au public de l’époque, qui est friand de littérature dite populaire. Il est donné de voir un exemplaire de la Manga de Hokusai, ainsi que de Kawanabe Kyôsai. Ici, « manga » signifie « caricature » et non « bande dessinée ».

Sous la grande vague

À côté de la rotonde, le musée a pris l’habitude de proposer une petite exposition, souvent de photographies. Actuellement, l’endroit propose de voir l’estampe Sous la vague au large de Kanagawa de Katsushika Hokusai qui fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji.

La salle est toute petite, il ne faut pas être en nombre si on veut en profiter. Il y a quelques illustrations et planches de BD dont une de Moebius qui rendent hommage à fameuse l’estampe. Du fait de la fermeture du Musée, nous n’y sommes pas restés longtemps et n’avons pas pu profiter de la vidéo projetée sur un écran géant qui « invite à un voyage poétique et immersif au cœur de cette œuvre iconique » (dixit le dossier de presse). Pas grave, j’ai eu le temps de prendre en photo Taliesin devant l’estampe, continuant ainsi une tradition vieille de plus de 15 ans 🙂 .

Le catalogue

Si l’exposition principale est plus que perfectible au niveau de son contenu, ce n’est heureusement pas le cas du catalogue. Constitué d’un grand nombre de courts chapitres, chacun abordant un thème précis, ils sont écrits par des spécialistes, la plupart étant des universitaires. Il est rédigé dans un français facile à lire et les pages se tournent avec plaisir tant l’essai de vulgarisation est réussi. Il est richement illustré même s’il manque des reproductions de planches originales et que certains textes n’ont aucune iconographie. Au moins, Moto Hagio, Rumiko Takahashi et Mitsuru Adachi ne sont pas ignorés malgré l’absence de visuels de leurs créations.

Le papier est mat, agréable et le tout est bien imprimé dans une couverture souple tout à fait réussie. Le seul bémol que je pourrai faire est que le prix est un peu excessif, un montant de trente euros me semble être plus juste pour une telle fabrication. Cependant, cela a dû permettre une meilleure rémunération des autrices et auteurs des textes (enfin, je l’espère). Je conseille donc son achat même si on n’a pas l’occasion d’aller voir l’exposition, qui est assez dispensable, il faut l’avouer.

Bilan 2025 des expos BD

L’exposition Manga. Tout un art ! est donc venue clore une année d’expositions. Si on compare avec les années précédentes, leur nombre est en recul alors que je m’attendais à une augmentation. En ce qui concerne les bandes dessinées il y en a eu 13 en 2025 (19 en 2024), cela avait commencé fin janvier à la galerie Achetez de l’art puis au festival d’Angoulême pour se terminer en ce mois de décembre à Guimet. Voici un petit tableau récapitulatif :

TypeNombre d’expositions
Arts10
BD-Comics-Manga-Illustration13
Culture Asiatique1
Culture autres régions2
Divers1
Musique1
Histoire2
Total 30

Soit 16 en Musées, 4 en Espaces culturels / Fondations & instituts / Maisons de la culture, 8 en Galeries et 2 en Autres lieux.

Pour retracer cette année, voici une petite sélection de photos. Elle montre l’importance du festival d’Angoulême en matière de qualité et d’intérêt, expositions qui seront absentes à notre programme en 2026. J’y ai ajouté celles qui n’ont duré que le temps de la manifestation concernée et qui ne sont donc pas comptabilisées dans le tableau ci-dessus.

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Festival BD (Formula Bula, SoBD)

Galeries (Achetez de l’art, Galerie du 9ème art et Galerie Martel)

Soit Shin Zero à la Galerie Achetez de l’Art, Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et Plus loin, la nouvelle Science-Fiction au Musée de la bande dessinée, Superman. Le héros aux mille-et-une vies à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, Posy Simmonds. Herself au Musée d’Angoulême, L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama à L’Hôtel Saint-Simon, Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées à l’Espace Franquin, Aline Kominsky-Crumb. Le Plein d’amour à Césure, Le Musée éphémère d’Anne Simon, La BD chilienne contemporaine à la Halle des Blanc-Manteaux, American Classics XI à la Galerie du 9ème art, Adrian Tomine à la Galerie Martel, Kabuki – Guilherme Petreca, Soli Deo Gloria – Edouard Cour puis Silent Jenny – Mathieu Bablet à la Galerie Achetez de l’Art.

La suite l’année prochaine… On verra bien ce qu’il sera possible de faire.

Cinq années de podcasts

Il y a environ cinq années de là, je me suis mis à écouter des podcasts, principalement en voiture lors de mes déplacements en province. Certes, il m’était arrivé d’en écouter à telle ou telle occasion, mais pas de façon systématique. Voici une petite revue des émissions audio qui m’ont le plus intéressé. France Culture et France Inter sont de grands pourvoyeurs. Voici un petit retour sur les podcasts m’ayant le plus intéressés.

Qu’est-ce que c’est ?

Conçu au début des années 2000, popularisé par Apple et son iPod, le podcast est un enregistrement audio que l’on peut écouter à la demande, généralement gratuitement. Il existe deux types de podcasts au niveau du contenu : ceux qui reprennent des émissions radiophoniques et ceux dits natifs, c’est-à-dire créés spécialement pour être diffusés sur Internet. Au niveau de la forme, si au début leur diffusion se faisait uniquement par flux RSS, elle se fait aussi (et surtout maintenant) par le biais de plateformes, souvent fermées et en streaming obligeant à utiliser une appli dédiée. Peu sont directement téléchargeables. Néanmoins, au fil du temps, j’en suis arrivé à écouter une cinquantaine, de façon plus ou (généralement) moins assidue.

Pour ma part, je n’écoute mes podcasts (qui doivent avoir une durée d’au moins une demi-heure) que sous forme de fichiers (MP3, MP4 ou WAV) sur l’autoradio de mon véhicule. Heureusement, Firefox avec sa fonctionnalité Informations sur la page (onglet Média), me permet de contourner généralement l’impossibilité de téléchargement imposé par la majeure partie des plateformes de diffusion. J’ai ainsi récupéré, à fin octobre 2025, 40 Go totalisant presque 800 fichiers. Cependant, le tout premier podcast écouté en voiture date de 2016, sur les conseils et avec a-yin sur le chemin du festival Quai des bulles. Il s’agit de Mangacast N°37 : Shôjo, qui es-tu ? avec Bruno Pham en invité, que je devais absolument écouter d’après elle.

Les débuts (2021-2022)

Pour aider à passer le temps pendant les longues heures de route, j’ai décidé d’écouter autre chose que de la musique ou la radio de l’autoroute. En effet, devoir écouter des personnes permet de garder une certaine attention et donc de rester vigilent.

Les Couilles sur la table et Kiffe ta race

Sur un certain conseil, je me suis intéressé en parallèle à deux podcasts militants produits par Binge Audio (actuellement en redressement judiciaire), l’un sur le féminisme, l’autre sur le racisme. Au bout d’un an, je me suis lassé des Couilles sur la table, trouvant que les sujets commençaient à tourner en rond et surtout étant de plus en plus agacé par le ton et l’agressivité de Victoire Tuaillon. Celle-ci étant partie depuis pas mal de temps, il faudrait que je m’y intéresse à nouveau. Je garde d’un excellent souvenir de l’épisode Séducteurs professionnels (et de son bonus) grâce son invitée, la sociologue Juliette Roguet, écouté lors d’une tentative en 2023 (vite écourtée) de me ré-intéresser au podcast.

J’ai abandonné Kiffe ta race plus rapidement, malgré tout ma sympathie envers Rokhaya Diallo et Grace Ly, trouvant que ça tournait en rond et j’étais surtout à fond sur une certaine émission de France Inter. (voir ci-dessous) Le podcast s’étant achevé fin 2023, il faudrait que je complète mes téléchargements (j’ai un tiers des émissions) avant qu’ils disparaissent dans les limbes d’Internet, et surtout que je les écoute. Ma tentative de retour en 2023 ayant tourné court à cause d’un épisode sans intérêt et la fainéantise de donner une autre chance à la série. À l’époque, j’avais particulièrement apprécié On ne naît pas Blanc·he, on le devient avec Lilian Thuram.

Rendez-vous avec X

Cette émission radiophonique de Patrick Pesnot consacrée à l’Histoire secrète, celle des espions et des coups tordus étatiques, a été diffusée entre 1997 et 2015. Elle est disponible en podcast sur deux sites, un perso (celui où j’ai récupéré les fichiers) et celui de France Inter. Ayant eu l’occasion d’entendre quelques rediffusions de l’été 2021, je me suis mis à télécharger l’ensemble des épisodes jusqu’à fin 2023. J’ai ainsi plus de 380 fichiers, ce qui représente dans les 240 heures d’écoute. Plusieurs produits dérivés (livres, disques, BD) sont sortis. J’ai eu l’occasion de lire L’Affaire Pilecki paru en 2020 chez Glénat, et c’était plutôt pas mal (certainement grâce au scénariste Aurélien Ducoudray dont j’apprécie le travail).

La diversification de 2023

Tout en continuant d’écouter Rendez-vous avec X, j’ai commencé à chercher d’autres émissions. Suivant quelques conseils (par exemple ceux concernant l’Histoire par Natth sur le discord de Mangaverse, ou des liens postés sur le forum de BDGest) ou par trouvailles personnelles, j’ai diversifié mes sources, picorant ici ou là en fonction des sujets. Par exemple, c’est ainsi que j’ai écouté quelques épisodes de Passion Médiévistes, mais la quantité importante de propositions, la plupart peu parlantes à quelqu’un de peu impliqué par le sujet, ont fait que je n’ai pas persévéré. Il en est un peu de même avec Bunko! mais là, c’est surtout que je m’estime (à tort) « trop » connaisseur du sujet. J’ai aussi commencé à écouter en fonction de leur thème des podcasts de France Culture, comme Mauvais genre ou Toute une vie. Il y a trois podcasts qui m’ont tout particulièrement plu à cette époque et que je suis toujours.

Aventures Fiction

Consacré aux super-héros issus des comic books, le site de Xavier Fournier est HS depuis de nombreuses semaines à cause de la médiocrité de son hébergeur. Pour accéder à l’excellente série de podcasts Aventures Fiction, il faut passer par un de ses diffuseurs. Pour ma part, je passe par Apple Podcast car je peux télécharger les épisodes. Xavier Fournier est un spécialiste de la bande dessinée américaine grand public, notamment celle des super-héros DC et Marvel. La série Aventures Fiction (qui fait référence à une revue BD de l’éditeur Artima / Arédit parue entre 1958 et 1978) est, malgré mon peu d’intérêt pour les comics, surtout de super moule-burnes (comme je les appelle), particulièrement intéressante à écouter grâce à l’aisance et l’érudition de son auteur. Dommage qu’il n’y ait pas plus souvent de nouveaux épisodes mais le travail demandé est titanesque et peu rémunérateur pour un auteur indépendant. La série La folle histoire du DCU à l’écran est particulièrement intéressante.

Chaleur humaine

Je suis très fan de Chaleur humaine grâce à son animateur, Nabil Wakim que je trouve excellent. Par contre, j’ai un peu décroché en 2024 du fait de la présence envahissante des invité·e·s venant du monde politique. Merci, mais je n’ai pas envie d’avaler leur « soupe propagandiste » : je veux entendre des personnes expertes dans le sujet abordé, surtout que l’écologie et moi, ça fait deux. La plupart des podcasts sont vraiment instructifs et je ressortirai Comment bien expliquer les enjeux du climat ? (avec Jean-Marc Jancovici) du fait de son invité dont je suis très fan (même si je n’ai pas accroché à sa BD réalisée avec Christophe Blain, bédéiste que j’apprécie pourtant).

Le Cours de l’Histoire

Le Cours de l’histoire , en plus d’être caractérisé par une grande diversité de propositions politiques et sociales, bien conduites par Xavier Mauduit, est un podcast qui segmente souvent ses sujets sur plusieurs émissions, ce qui permet de les approfondir. De ce fait, je me retrouve à avoir pas mal de fichiers dans le dossier concerné. Alors, certes, cela ne représente pas grand-chose sur le nombre d’épisodes disponibles, l’émission hebdomadaire existant depuis plus de six ans. Le thème qui m’a le plus marqué jusqu’ici est Sorcières, sorciers, une histoire sans philtre, mais j’aurai pu en relever d’autres, comme Expositions universelles, le monde en spectacle.

Depuis 2024…

Ayant moins d’autoroute à faire, j’ai diminué ma consommation de podcast, notamment à partir du mois de juin 2024. J’ai aussi diversifié mes sources, peut-être pour éviter la lassitude. En général, les podcasts liés à la BD ne m’intéressent pas, à moins qu’il y ait une personne invitée que je connaisse et qui me plaise. C’est notamment le cas avec Arigato Podcast pour, par exemple, l’excellente émission avec Jean-Paul Jennequin ou First Print, lorsque Xavier Guilbert intervient. En effet, l’actualité des sorties ne m’intéresse absolument pas, je ne fais pas une tournée des librairies du quartier Saint Michel tous les samedi pour rien. Je peux tout autant m’intéresser à certains podcasts d’Asiattitude qu’à ceux de Zoom Zoom Zen (France Inter). Cependant, ce sont surtout des émissions de France Culture que j’écoute assidument depuis plusieurs mois, rattrapant ainsi un retard certain.

La Série Documentaire

« Documenter toutes les expériences de la vie, des cultures et des savoirs. Chaque semaine, un grand thème en quatre épisodes, autonomes et complémentaires », telle est la présentation que nous en fait France Culture. Ajoutons que ce ne sont jamais les mêmes personnes qui réalisent ces documentaires, ce qui permet une très grande variété. C’est le podcast que je suis le plus actuellement tant ce qu’il propose (des récits et non des analyses) m’enthousiasme : je conseille d’écouter les quatre formidables épisodes de Qui est “l’Arabe du coin” ? et les quatre tout aussi passionnants de Musées, la réinvention permanente ou les quatre instructifs podcasts d’Au-delà du clitoris. J’en ai beaucoup à découvrir, ayant une dizaine d’années de retard à combler (et ce, même si tout ne m’intéresse pas).

Sans oser le demander

À la différence de manu_fred, je manque de curiosité intellectuelle et de culture générale, c’est pourquoi Géraldine Mosna-Savoye me permettait de corriger ce petit défaut à grand coups de thématiques variées qui me parlent. Malheureusement, c’est terminé depuis l’été 2023 mais j’ai encore de quoi écouter. Il faut dire que lorsqu’on consacre un épisode à Rumiko Takahashi, on ne peut être que quelqu’un de bien. L’émission Pourquoi prendre des photos au musée ? m’a tout particulièrement interpellé et intéressé. Par contre, Le Souffle de la pensée me semble un peu trop philosophique à mon goût, même si je trouverai bien une ou deux « bricoles » à écouter.

La compagnie des œuvres

Encore une émission arrêtée (en 2021). Elle s’intéressait aux artistes et à leur œuvre mais aussi à certains mouvements artistiques. Ce sont surtout les épisodes concernant la peinture qui attirent mon attention, je dois avouer. Par exemple, j’ai trouvé la série Claude Monet et l’impressionnisme passionnante à écouter. J’ai beaucoup de retard, là aussi. Par exemple, il y a celles sur Picasso, Anaïs Nin (j’ai beaucoup aimé la BD de Léonie Bishoff), Chaplin, mais aussi sur l’Art nouveau, etc. qui m’attendent.

Conclusion

J’aurai pu parler aussi du podcast (malheureusement en pause) des Éditions du Commun, Les mécaniques du livre, ainsi que de celui que nous propose l’émission militante « d’actualité sociale, politique et culturelle » Les Oreilles loin du front ou du très grand public C’est plus que de la SF (alors que je ne suis pas fan de ce que fait Lloyd Cherry). Il était inutile de rendre encore plus interminable ce billet, il y a déjà de quoi écouter avec toutes ces propositions et de se faire une idée des différentes thématiques qui trouvent de l’intérêt à mes oreilles. Quand je pense que j’ai encore les podcasts d’Arte Radio à découvrir (je regarde régulièrement les documentaires d’Arte à la télévision), sans oublier tous ceux que je connais pas encore, j’ai encore des années d’écoute devant moi, même en écartant ceux (si fréquents dans le monde du manga ou du jeu) où ça rigole trop entre copains et copines. Je veux du sérieux, de l’érudit et de l’intéressant.

Soli Deo Gloria

Édouard Cour nous revient plus de trois années après une œuvre formidable, ReV, parue en 2022 chez Glénat. Avec Soli Deo Gloria, comme avec chacune de ses nouvelles créations, l’auteur nous propose une bande dessinée très différente graphiquement des précédentes. Le thème est lui aussi une nouveauté pour le bédéiste. Il met ici en images l’histoire d’un autre, Jean-Christophe Deveney, scénariste et enseignant de son état. Cette fois, le récit se place dans un XVIIIe siècle plein de bruit et de fureur, mais aussi de musique chrétienne. En effet, nous suivons deux jumeaux, Hans et Helma, de leur naissance dans une campagne arriérée située dans le Saint-Empire Germanique à la magnificence de Rome en passant par Venise, Amsterdam et Leipzig. Les aléas de la vie et leur amour de la musique, qu’elle soit instrumentale ou vocale, vont leur permettre de dépasser leur condition paysanne miséreuse et connaître les ors de la haute société européenne. Leurs talents et leur soif d’apprendre sont tels qu’ils réussissent à se faire remarquer à plusieurs reprises par de puissants personnages et, ainsi, à parfaire leur art. Néanmoins, attention à rester humble et à ne pas se croire supérieur à ce que l’on est réellement sous peine de chuter plus bas que terre.

Soli Deo Gloria reprend de nombreux codes du roman d’apprentissage, genre apparu en Allemagne au XVIIIe siècle (tiens, tiens…) au point d’en être une caricature en cochant tous les points abordés dans la fiche Wikipédia. C’est d’ailleurs là la faiblesse de cet ouvrage : un scénario un peu trop convenu et manquant d’originalité, de surprise, quoique très bien documenté du point de vue historique. Le nom des personnages historiques et des villes sont changés pour marquer l’aspect fictionnel de l’histoire sans que cela apporte quoique ce soit au récit. Pourtant, Jean-Christophe Deveney n’est pas un débutant dans cet exercice, comptant plusieurs dizaines de créations. L’auteur de la présente chronique a d’ailleurs eu l’occasion d’en lire quelques-unes mais seule l’œuvre collective Héro(ïne)s : la représentation féminine en bande-dessinée a réellement trouvé grâce à ses yeux avant Soli Deo Gloria. Heureusement, le titre est porté par le graphisme somptueux d’Édouard Cour. Utilisant à nouveau un noir et blanc agrémenté de touches de couleur signifiantes, l’artiste change à nouveau de registre, plus réaliste et s’essaye à un mélange de techniques de dessin sur papier et d’ajouts numériques. Le résultat est bluffant, magnifique, une fois de plus. L’exposition-vente à la galerie Achetez de l’Art de certaines des planches originales permet d’ailleurs de mieux apprécier ce travail en comparant celles-ci aux pages imprimées.

Dans une vidéo promotionnelle de Dupuis, Édouard Cour explique à un moment sa volonté de revenir au dessin en noir et blanc, ainsi que de donner un certain effet à ses planches en posant (peignant) numériquement deux types de trames, une foncée et une plus claire. Le résultat est plus que concluant, mais malheureusement, il ne ressort correctement que sur la version imprimée de l’œuvre, les trames ne supportant pas les réductions imposées par une lecture sur un écran, que ça soit celui d’une liseuse / tablette ou d’un ordinateur. Il y a ainsi de la matière, du volume dans les décors. Les sons sont représentés par des traits acérés qui forment des mots, si on regarde bien. Ce sont de véritables onomatopées, mais plus visuelles que lisibles. Les touches de couleurs sont principalement utilisées pour la musique et le procédé fonctionne bien. Ce n’est pas la première fois qu’Édouard Cour se frotte à la représentation visuelle de la musique. Il y a quelques années, il avait été chargé de créer des représentations visuelles pour le Centre de Documentation de la Musique Contemporaine.

Il s’agit d’une des sorties les plus marquantes de l’année, en tout cas sur le plan visuel, avec un sujet pouvant toucher un public bien plus large que celui des lectrices et lecteurs de bandes dessinées. Par ailleurs, une lecture avec, en fond sonore, une playlist de musiques baroques, à commencer par les titres les plus connus de Vivaldi et de Bach, est conseillée.

Auteurs : Jean-Christophe Deveney & Édouard Cour
Éditeur : Dupuis
Prix : 30 €
Format : 24 x 32 cm, 280 pages
Couverture : Cartonnée
ISBN : 9791034768974
Date de sortie : Octobre 2025

Existe aussi en version numérique

Dorohedoro, la Chaos Edition

Pratiquement six ans après la sortie de son vingt-troisième et dernier tome, la série mythique Dorohodoro revient dans une « Chaos Edition », regroupant à chaque sortie deux volumes de la parution originale. Le quatrième opus est attendu pour début octobre. Voilà l’occasion de revenir sur un titre qui a eu du mal à trouver son public pendant des années avant de devenir culte auprès du lectorat francophone.

Deux mondes se côtoient : Il y a Hole, où (sur)vivent des humains, dans une société en pleine décomposition. De plus, ceux-ci sont victimes de mages qui vivent dans une autre dimension et qui viennent s’exercer et s’amuser à les transformer en diverses choses, selon leur talent magique. Leur pouvoir résulte de leur personnalité et le résultat est souvent imprévisible. Certains peuvent vous transformer en champignon, d’autre vous découper en rondelles sans vous tuer, d’autre encore peuvent vous faire fondre ou vous transformer en saurien, en insecte, etc. Des mages, aux pouvoirs très recherchés, peuvent vous soigner et vous retaper physiquement quel que soit l’importance de vos blessures. Il se dit même que certains mages peuvent ressusciter les morts ou maitriser le temps…

L’histoire commence à Hole où Caïman, un humain (?) amnésique dont la tête est celle d’un lézard, cherche à tuer tous les mages qu’il rencontre, mais seulement après avoir vérifié qu’il ne s’agissait pas de celui qui l’a transformé. Il est assisté dans sa quête par Nikaido, la tenancière d’un restaurant de gyozas et redoutable combattante. Cependant, à force de tuer des mages alors que ceux-ci ont plus l’habitude d’être des chasseurs que des proies, notre duo attire sur lui l’attention d’En, le dirigeant (de fait) du monde des mages. Il s’agit d’un mage surpuissant qui bénéficie de l’aide de Chidamura, le premier et le plus puissant des diables. Ces derniers sont des anciens mages qui ont réussi à s’élever à un niveau supérieur après un entrainement très sélectif et réservé aux meilleurs.

Deux des plus puissants acolytes d’En se lancent à la recherche de Caïman et de Nikaido : Shin (un demi-humain) et Noï. Ce sont deux puissants combattants, aux pouvoirs magiques redoutables. L’affaire devrait être donc rondement menée… sauf que l’homme-lézard est insensible à la magie. Celle-ci s’exprime sous forme de fumée, une fumée de poudre noire que peuvent produire tous les mages, la quantité dépendant de leur puissance magique. Il se révèle assez rapidement que Caïman semble lié à une secte, celle des « yeux en croix » qui regroupe des minables, ceux qui sont incapables de produire leur propre fumée. Il y a de nombreuses années, En a déjà eu affaire à leur chef et ne s’en est sorti que de justesse. Il pensait s’en être débarrassé. Il faut dire que dans un monde où la mort est rarement permanente, aucune victoire ne peut être définitive !

C’est avec un plaisir sans limite que l’on se (re)plonge dans l’univers original, nonsensique et gore mis en place dans Dorohedoro. Cela grâce à la présence de personnages peu manichéens, à de nombreux dialogues décalés proposant un humour teinté d’autodérision, et une histoire se déroulant deux mondes particulièrement bien étudiés. Le tout donne une atmosphère très particulière accentuée par le graphisme immédiatement reconnaissable de Q-Hayashida, l’autrice. Il est à la fois lâché et très sombre. L’influence de l’artiste suisse H.R. Giger et de ses peintures biomécaniques est manifeste, mais aussi de l’œuvre de l’artiste japonais Kenji Yanobe célèbre pour ses sculptures issues d’un univers dystopique. La narration reste un modèle de rythme et de clarté malgré les multiples trames scénaristiques. Grâce à des analepses toujours bien gérées, on apprend petit à petit le passé de certains personnages, même si les informations sont souvent données avec parcimonie.

Il ne faut pas compter sur le All Star Guide Book (sorti à l’occasion de la nouvelle édition de Dorohedoro) pour en savoir beaucoup plus, surtout à propos des personnages plus que secondaires. Nous avons bien droit sur près de la moitié de l’ouvrage à une fiche sur quasiment toutes les personnes et « bestioles » rencontrées tout au long du récit, mais ça ne présente pratiquement aucun intérêt. L’autre grosse moitié consiste en de courtes histoires. Si les deux premières (chacune faisant environ 25 pages) ne sont pas inintéressantes, le reste est totalement dispensable. Ce reste consiste en de courtes saynètes de trois ou quatre planches en couleurs, ou plus exactement qui mélangent plusieurs bichromies. À la fin, on se retrouve donc avec une soixantaine de pages sur les 220 qui valent le coup d’être lues. Même si le prix de ce guide book est très serré pour une fabrication très qualitative qui a dû demander beaucoup de travail de traduction et de mise en plage, voilà une sortie à réserver aux plus fans d’entre nous.

Pour en revenir à la Chaos Edition, chaque tome reprend donc deux volumes de la série originale, avec les pages couleurs, même lorsqu’elles sont intérieures. Le format est le même, mais les planches sont ici infiniment mieux reproduites car l’éditeur bénéficie cette fois du matériel japonais au lieu de devoir scanner la version japonaise. La traduction a été revue par Sylvain Chollet afin de lui donner plus de « pep’s ». Il s’était occupé de la version française durant les seize années de la première version. L’adaptation graphique de GB One a été entièrement refaite par Anne Demars, la lettreuse de Dorohedoro depuis 2008 : le gain est manifeste. Sur la jaquette, nous retrouvons l’effet « peau de serpent » des tous premiers tomes des années 2003-2004, sans embossage mais avec un vernis sélectif 3D. C’est donc une très belle édition qui nous est proposée, même si on apprécierait une couverture une peu moins souple. Ne boudons donc pas notre plaisir et remercions Iker Bilbao, le directeur éditorial de Soleil Manga de nous permettre de (re)découvrir un des meilleurs mangas actuellement disponibles en français.

FIBD 52, bravo les expos !

À la différence de l’année précédente, je n’avais prévu d’être sur le festival que deux jours et demi au lieu des quatre et demi de 2024, en raison d’un programme peu motivant sur le papier. Une demi-journée perdue pour cause de panne de voiture (heureusement, au départ de l’hôtel le vendredi matin), il ne me restait plus assez de temps pour profiter pleinement de la cinquante-deuxième édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Du coup, comme peu de rencontres m’intéressaient, j’ai « sacrifié » la bulle du Nouveau Monde par manque de temps au profit des expositions me motivant le plus. J’ai bien fait tant celles-ci étaient variées et réussies cette année, que ce soit celles montées par 9e Art+ ou celles proposées par la Cité.

Les expositions du festival

Sur les neuf expositions « officielles » du festival, je n’en ai fait que cinq. Sur les sept de la Cité, j’en ai fait quatre. Et sur ce total de neuf, quatre ont été faites plutôt rapidement, plus pour voir à quoi elles ressemblaient et prendre des photos (pour éventuellement lire des cartels plus tard). Elles ne m’intéressaient pas plus que cela. Il sera possible de voir de nombreuses photos de la plupart des expos dans le prochain compte rendu « Des Mangaversien·ne·s à Angoulême ».

Le vendredi a été le plus « productif » car en une demi-journée, j’ai visité Plus loin, la nouvelle Science-Fiction puis Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et enfin Lou ! Cher journal… (là, je l’ai plus parcourue qu’autre chose par manque de temps). Clou de la journée : la quasi-inaccessible L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama (visitée en nocturne en entrée payante avec horaire choisi). Le samedi, journée habituellement infernale tant il y a du monde partout, a commencé par Posy Simmonds. Herself, suivie par la traversée au pas de course de Constellation graphique, jeunes autrices de la bande dessinée d’avant-garde. Cela s’est ensuite terminé par la visite express (trop de monde, pas d’intérêt pour le sujet, mais j’ai quand même acheté le catalogue) de Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées. J’ai tout de même eu le temps de remarquer que les planches « originales » du mangaka sont bien plus intéressantes que le produit fini qui est alourdi par les effets informatiques et les trames posées à la truelle. Enfin, le dimanche a été consacré à l’exposition Superman. Le héros aux mille-et-une-vies, tout en profitant de sa proximité (car situé sur le chemin) pour voir l’hommage rendu à Fawzi, le routard du crayon.

La tradition de privilégier les planches originales a été respectée à chaque fois même si les reproductions étaient aussi présentes en nombre. La scénographie était travaillée avec un gros travail sur les décors et les ambiances pour les expositions dites « immersives ». C’était le cas des trois expos mangas (même si je n’ai pas fait celle sur Vinland Saga) ainsi que celles dédiées à Superman, la SF et à Lou.

J’ai beaucoup apprécié l’expo SF pour la diversité des planches et des thèmes même si ça manquait de Fabrice Neaud (l’excellent mais boudé Nu-men, ainsi que Labyrinthus). Par contre, joie ! Il y avait du Édouard Cour avec ReV. Bien entendu, il y avait les habituelles planches de Mézières, mais on ne s’en lasse pas, tout comme celles de Mœbius. L’expo dédiée à Superman était vraiment réussie alors que je n’apprécie pas le personnage et que j’avais quelques doutes étant donné que depuis quelques années, ce n’était pas vraiment ça, les expos au Vaisseau Mœbius. Celles du Musée de la BD étaient, elles aussi, meilleures que celles que la Cité nous proposaient depuis Calvo, un maître de la fable (réalisée à l’époque en partenariat avec 9e Art+, ce qui doit expliquer sa qualité). Les expos au Musée de la BD et au Vaisseau Mœbius sont toujours là (sauf la très bonne expo consacrée à Marvel qui vient de fermer), donc si vous passez dans le coin…

L’exposition consacrée à Posy Simmonds était très intéressante car très différente des deux que nous avions pu voir auparavant (à Pulp Festival et à la BPI), avec un développement intéressant sur les auteurs et autrices qui avaient notablement influencé l’autrice. Elle est visible au Musée d’Angoulême jusqu’à la mi-mars, il est encore possible d’en profiter. Par contre, oubliez Constellation graphique, ça ne présente aucun intérêt. Il faut dire que la BD d’Avant-garde n’a que très rarement eu l’heur de me plaire et là, ce n’était pas le cas.

Des expositions en libre d’accès

Un certain nombre d’expositions sont accessibles sans être festivalier. En effet, entre le Off, le Off du Off et d’autres activités profitant du festival, il y a de quoi faire. De plus, la bande dessinée espagnole était à l’honneur cette année, ce qui se concrétisait, entre autres, par Le 9e Art espagnol à l’honneur sur le parvis de l’Hôtel de Ville qui dressait un intéressant panorama. J’ai profité d’un court instant de répit pour voir ce que l’Association du FIBD proposait cette année : un recensement photographique des fresques BD disséminées dans la ville. Enfin, trois d’entre nous sommes allés à l’exposition-vente Quand la SF se fait prophétesse afin de rendre un dernier hommage à Florian Rubis, co-commissaire mort subitement quelques jours avant l’ouverture du festival et que j’avais prévu de saluer à cette occasion.

Conclusion

Ce fut donc une édition tournée vers les expositions, ce qui est d’ailleurs ce qui nous intéresse le plus à Angoulême (sauf pour l’un d’entre nous qui préfère les rencontres de toutes sortes). Je n’ai suivi que trois rencontres le samedi, la masterclass de Posy Simmonds (qui se déroulait partiellement en même temps que celle de John Romita Jr, il faut le faire…), la rencontre internationale « “So British!” La BD, un art de l’underground ? » avec Bryan Talbot, Joff Winterhart et Jon McNaught mais malheureusement mal animée (il aurait fallu laisser seul Paul « magnific » Gravett aux commandes), et ce qui était presque plus une conférence, « Une femme du Japon, rencontre autour de Shinkirari, de l’autre côté du rideau, la liberté » .

Cela fait peu. J’aurai bien aimé assister à « Super-héros japonais… made in France ! Rencontre avec Mathieu Bablet & Guillaume Singelin, auteurs de Shin-Zero » mais j’étais un peu empêtré dans mes petits problèmes de voiture à 30 kilomètres de là. J’étais plus proche pour « La nouvelle science-fiction » avec Lisa Blumen, Guillaume Singelin, Mathieu Bablet et Ugo Bienvenue, mais je ne pouvais pas arriver assez vite car il y avait un peu trop de chemin à faire entre le Champs de Mars et le Vaisseau Moebius pour le temps dont je disposais. J’ai donc préféré aller à Manga City pour papoter avec quelques copains éditeurs. Chez IMHO, j’ai tout raté : plus de Claude Leblanc en dédicace, et même plus de son nouveau bouquin (mais Benoit s’est arrangé pour corriger ça, et merci à Claude pour sa gentille dédicace après coup). À l’arrivée, c’est une édition qui s’est révélée plus plaisante que prévue grâce à des expositions de grande qualité, ce qui était moins le cas depuis quelques années.

Je remercie 9e Art+, l’Agence La Bande, notamment Arnaud Labory, Anaïs Hervé et Vincent-Pierre Brat, l’Association FIBD Angoulême, la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image pour tout leur travail et la possibilité de nous permettre de profiter du festival dans des conditions privilégiées. Je remercie aussi Manuka pour sa relecture.

Meurtre télécommandé

Nous sommes aux États-Unis d’Amérique, dans le Maine pendant les années 1980. Un magnat du pétrole, Monsieur Jones, prévoit d’implanter une raffinerie dans une baie jusqu’ici préservée des investisseurs destructeurs de la nature. Il a pourtant l’habitude d’y venir pêcher le samedi. Cependant, cette installation ne se fera pas, Jones est mort, assassiné par un modèle réduit d’avion radiocommandé. L’inspecteur Jim Brady arrive de la capitale pour enquêter, les meurtres relevant de la police d’État et non du shérif local qui voit d’un mauvais œil cette intrusion sur son territoire. Quatre suspects, tous habitants la rive, vont devoir démontrer leur innocence. Il y a M. Kayne, un paysan en semi-retraite à la gâchette menaçante, Valérie Curtin, une encore jeune New-yorkaise venue s’installer loin de la ville pour cultiver divers type de plantes à la campagne. N’oublions pas Joe McLoon, rentier et handicapé toujours armé de son fusil depuis qu’il s’est fait renverser par une petite vieille en voiture, heureusement bien assurée. Il y a enfin Steve Goodrich, riche acteur hollywoodien à la retraite, accompagné d’Erik van Heineken, son fidèle homme à tout faire. Il aime survoler les lieux à l’aide de son U.L.M. Toutes ces personnes n’apprécient vraiment pas la perspective d’une industrialisation de leur environnement si bucolique.

Sous couvert d’une enquête policière, l’histoire est surtout prétexte à brosser cinq portraits assez extrêmes, illustrant une certaine vision de l’Amérique des années 1980. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ensemble n’est pas flatteur pour la patrie de l’Oncle Sam. Est-ce la vision du scénariste, un Hollandais du nom de Janwillem Van de Wetering ? Il est connu pour ses polards publiés en néerlandais et en anglais (nombre d’entre eux sont disponibles en français), devenu écrivain après s’être installé en 1975 aux États-Unis, dans le Maine. La narration particulière, les situations décalées, ainsi que le dessin, portent incontestablement la patte de Paul Kirchner, le créateur de Dope Rider et des strips non-sensiques du Bus. Le second étant fan des romans du premier, l’amitié qui a résulté de leur rencontre a ainsi débouché sur un des premiers romans graphiques, après que Will Eisner ait popularisé cette nouvelle forme de bande-dessinée à la fin des années 1970 et avant que Maus d’Art Spiegelmen y apporte le succès public en 1986. Bien entendu, cela a été un échec commercial total. Ce qui est à ce jour le seul récit long du dessinateur est ensuite tombé petit à petit dans l’oubli avant que Tanibis décide de le rééditer dans un format rendant justice à un graphisme soigné, fourmillant de détails, fleurant bon celui des années 1950-60. Il faut dire que Paul Kirchner a été dessinateur pour Steve Ditko et Wallace Wood, excusez du peu. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une totale réussite, trop en avance sur son temps.

Après une douzaine de pages assez classiques, d’un point de vue actuel, le symbolisme puis le psychédélisme et même le surréalisme (celui de Magritte plutôt que celui de Dalí même si Kirchner se dit inspiré par les deux) sont de plus en plus présents dans le récit. Il en résulte une narration qui a dû dérouter le lectorat américain et qui ne plaira pas à tout le monde. En effet, dans différents entretiens disponibles sur le Net comme dans l’intéressante postface proposée par l’éditeur Tanibis, Kirchner explique son intérêt pour ces courants artistiques, même s’il n’a jamais été intéressé par l’usage de drogues, laissant son esprit explorer le subconscient, à la recherche d’idées. Le style réaliste et épuré du dessinateur fait merveille dans la représentation d’une certaine Amérique, représentée par des stéréotypes représentant un lieu et une époque. Pourtant, le récit ne fait pas daté et pourrait tout à fait se passer actuellement après quelques ajustements liés aux préoccupations actuelles. Van de Wetering était tellement enthousiasmé par le résultat qu’il voulait écrire une autre enquête, mais Kirchner ne pouvait pas se permettre une telle somme de travail sans être correctement rémunéré et a préféré privilégier ses activités plus commerciales, ayant désormais une famille à faire vivre. Puis le Hollandais est mort prématurément d’un cancer en 2008. C’est ainsi que l’inspecteur Jim Brady n’a jamais repris du service alors que Kirchner estime que Meurtre télécommandé est sa meilleure œuvre. Il est peut-être dommage pour nous de ne pas avoir de suite, mais nous avons ainsi une expérience de lecture unique, ce qui rend cette bande dessinée encore plus exceptionnelle.

Auteurs : Paul Kirchner & Janwillem van de Wetering
Traduit par : Patrick Marcel
Éditeur : Tanibis
Prix : 23€
Format : 22 x 28 cm, 112 pages en noir & blanc
Couverture : Cartonnée
ISBN : 9782848410708
Date de sortie : Novembre 2022

FIBD 2023 : Sélection Fauve Polar SNCF

SoBD 2024

L’année des festivals, salons et conventions se termine traditionnellement pour notre petit groupe de Mangaversien·ne·s début décembre avec le Salon des ouvrages de Bande Dessinée. Cette édition était particulière pour moi, pouvant faire mon fan-boy auprès d’un des deux invités d’honneur. En réalité, je me suis contenté d’écouter Fabrice Neaud lors de ses tables rondes (j’aurais pu aller à sa masterclass du vendredi soir si je m’étais mieux organisé) et d’admirer les planches exposées au Musée éphémère, quasiment un an après en avoir vu une belle série lors de son expo-vente à la Galerie Huberty & Breyne. Qu’est-ce que c’est bô ! 🙂

Traditionnellement, nous nous rendons le samedi après-midi à SoBD surtout pour trois activités : faire le tour des stands afin de réaliser quelques achats, suivre des rencontres / tables rondes et admirer les planches exposées au Musée éphémère. Cette année, je dois avouer que j’ai passé peu de temps sur les stands, me contentant de trois exposants : J’ai, LGBT BD et Stripologie. Il s’agissait pour moi, avant d’aller écouter Fabrice Neaud, d’acheter le dernier numéro du fanzine J’ai dans lequel j’ai une de mes (rares) contributions au groupe Facebook éponyme, de bavarder un peu avec quelques « J’AIistes ». J’en profite pour remercier Hugo pour la Po-j’ai-te spéciale cartes PLG. Ensuite, je n’allait pas manquer d’aller acheter le tome 1 (dédicacé) du recueil Le Mini de la Semaine de Jean-Paul Jennequin et de l’écouter parler (c’est toujours aussi fascinant, surtout quand a-yin est en face pour le relancer).

Une fois terminé le cycle des tables rondes avec Fabrice, je suis allé acheter les numéros (encore disponibles) de la deuxième version de Bananas dans lesquels il y a des contributions dudit Fabrice, information donnée par Évariste Blanchet lors de la présentation de la célèbre revue. C’est qu’il ne fallait pas tarder pour les numéros 2 et 3 dont il s’agissait des derniers exemplaires (le 4 est encore en vente en ligne). Ainsi, j’ai d’autres créations des débuts de Fabrice Neaud qui viennent s’ajouter à celles de la défunte revue ego comme x. J’ai aussi ramené Meurtre télécommandé (un achat en défraichi d’a-yin sur le stand de Tanibis), une lecture du lendemain qui s’est révélée être excellente, dont j’ai prévu un billet WordPress et un achat futur, en plus de m’intéresser de plus près à Paul Kirchner.

Comme toujours, le Musée éphémère proposait une belle et dense sélection de planches. Il y en avait environ 80 qui couvraient un peu moins de trente années de créations de Fabrice Neaud. Cette exposition rétrospective permettait d’apprécier l’évolution graphique de l’auteur, dont le dessin s’est affiné au fil des ans, notamment sur la représentation des volumes et de la lumière. Néanmoins, son style réaliste reste immédiatement reconnaissable (tout comme sa narration), les fondamentaux étant déjà en place trente années auparavant. J’ai tout particulièrement apprécié la présence de planches d’Alex et la Vie d’après (je n’ai qu’un PDF en basse définition) et de Nu Men. Je pleure toujours de ne pas pu avoir de tome 3 alors que appréciais tout particulièrement cette série de science-fiction (bien plus que Labyrinthus), ce qui a entrainé une fin précipitée et plutôt ratée de mon point de vue. Néanmoins, le plus intéressant était de voir quelques-uns des fameux carnets de Fabrice. Leur qualité graphique est incroyable !

Repas bulled’air oblige, je ne suis pas resté à la remise du Prix du récit dessiné de la Scam ni à celui du prix SoBD Neuvième art. Il faut dire aussi que ce n’est pas un exercice qui m’intéresse tout particulièrement. Toujours du fait d’un conflit d’emploi du temps, je ne suis pas retourné dimanche pour essayer d’avoir une dédicace de Fabrice Neaud (j’en ai obtenu une en début d’année au FIBD, la troisième en vingt ans) ou pour mieux regarder la petite exposition consacrée à la bande dessinée luxembourgeoise, le pays invité. Toutefois, l’édition 2024 restera dans mon esprit comme une très bonne cuvée (avec 2018 et quelques autres plus anciennes) malgré le peu de temps passé sur place.

Angoulême 52, c’est reparti !

Ce jeudi 21, sous une météo de plus en plus neigeuse sur la Région Parisienne (ce qui m’a rappelé l’édition 2006 du FIBD et son samedi interrompu par la neige), a eu lieu la conférence de presse de la cinquante-deuxième édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, cette fois sise au Musée de la Marine. La priorité étant donnée aux foutus réseaux sociaux, nous étions déjà au courant de la majeure partie du programme des expositions (ce qui intéresse le plus notre petit groupe de Mangaversien·ne·s). Néanmoins, j’ai toujours envie de m’y rendre, année après année, histoire de lancer (dans mon esprit) cet événement annuel francophone qu’est le FIBD, ainsi que pour revoir quelques connaissances.

Dans un auditorium bondé (les 200 places étaient toutes prises), les discours de Franck Bondoux, le délégué général, de Marguerite Demoëte, la directrice artistique et de Fausto Fasulo, le directeur artistique Asie, ont confirmé l’évolution amorcée l’année dernière : la volonté de s’adresser au jeune public afin de former les futurs lecteurs et futures lectrices à culture de la bande dessinée. S’appuyant sur les réseaux sociaux, les pôles Jeunesse et Manga sont devenus les fers de lance du festival. Les expositions doivent être « participatives et festives » tout en suscitant l’envie de lire. Moi qui aime le sobre et le travaillé, on ne peut pas dire que ça m’enchante plus que ça. Néanmoins, heureuse surprise pour cette prochaine édition : une nouvelle mise en avant du comics, celui dit « grand public » que je connais si mal, notamment avec une grande exposition consacrée à Superman. Le retour de la tradition du pays invité (l’Espagne pour 2025, après le Canada en 2024) montre aussi une volonté de continuer à développer une dimension cosmopolite, notamment par le biais de rencontres entre éditeurs du monde entier qui se fera, comme depuis quelques temps, dans une bulle dédiée. Ainsi, le festival mérite bien son qualificatif d’international.

Nous avons donc huit expositions d’importance qui nous seront proposées entre le 30 janvier et le 2 février (dès le 29 janvier pour la presse et les pros). Au Musée d’Angoulême, il n’y aura pas de manga, une première depuis 2016. À la place, nous aurons « Posy Simmonds. Herself » (jusqu’à la mi-mars) ainsi que « Hyper BD : une exposition dont vous êtes les héro-ïne-s » qui sera, pour cette dernière, interactive et s’adressant à un plus jeune public. Au Vaisseau Moebius, nous pourrons voir « Superman, le héros aux mille-et-unes vies » qui durera jusqu’au 10 mars. La médiathèque L’Alpha hébergera « l’immersive » exposition dédiée à « Vinland Saga : une quête d’identité ». Il faudra beaucoup de courage et de patience pour aller voir « L’Atelier des sorcières : la plume enchantée de Kamome Shirahama » car située dans l’Hôtel Saint-Simon et sa jauge minuscule. Il faudra aussi avoir du temps à perdre pour aller voir « Gou Tanabe x H.P. Lovecraft : visions hallucinées » dans la salle Iribe de l’Espace Franquin tant je pense qu’elle sera fréquentée. Ce sera d’ailleurs la seule exposition qui bénéficiera d’un catalogue. « Julie Birmant, les herbes folles » mettra en valeur la scénariste primée l’année dernière par l’institut René Goscinny à travers ses créations pour (notamment) Clément Oubrerie et Catherine Meurisse, ça se passera au Musée du papier (jusqu’à la mi-mars). Enfin, le Quartier Jeunesse abritera l’exposition « La BD règle ses contes » qui présentera cinq univers, ceux de L’Encyclopédie du merveilleux, d’Émile et Margot, des Contes fabuleux de la nuit, des Sept Ours nains et de La Quête. Une exposition présentant la diversité de la bande dessinée espagnole sera accessible sur le parvis de l’Hôtel de Ville en plus de celle qui se trouvera dans la bulle dédiée à l’Espagne.

Il est encore bien trop tôt pour avoir la liste de toutes les autrices et tous les auteurs invités mais nous avons cinq « masterclass » annoncées : Posy Simmonds, John Romita Jr, Gou Tanabe, Kamone Shirahana et Makoto Yukimura, les trois dernières se déroulant au Théâtre d’Angoulême. Je dois avouer que ce ne sont pas ces trois derniers noms qui m’intéressent le plus, loin de là. Le Quartier Jeunesse proposera de nombreuses animations à destination d’un public familial, notamment grâce à l’espace gagné sur feu les Studios Paradis et le développement de la Halle des découvertes. Mais cela ne concernera pas vraiment notre petit groupe de Mangaversien·ne·s, il faut le dire. En ce qui concerne les éditeurs présents, ils seront nombreux à Manga City (les plus importants seront tous là) et nous ne manquerons pas de passer dire un petit bonjour à certains d’entre eux comme Akata, IMHO, Kana, Kotoji, Naban, etc. sans oublier d’aller voir les manhua de Hong Kong et de Taïwan. Globalement, il n’y a pas de réel changement au niveau des bulles éditeurs et, comme tous les ans, nous passerons bien plus de temps au Nouveau Monde sur les stands de certains éditeurs ou dans la partie fanzine qu’au Monde des bulles. Il faut me l’avouer, nous serons peut-être plus intéressé·e·s par le programme du Musée de la Bande Dessinée, à commencer par l’exposition « Super-héros & Cie. L’art des comics Marvel » mais aussi « Plus loin. La nouvelle science-fiction », « Trésors des collections » et pour au moins l’un d’entre nous « Lou ! Cher journal… ». Car, en effet, le programme annoncé par le festival ne nous enthousiasme pas plus que cela.

Comme tous les ans, je n’ai pas vraiment de commentaire à faire sur les différentes sélections, me contentant de me réjouir de la présence de tel ou tel titre ou de constater que la bande dessinée asiatique hors manga est toujours aussi ignorée par le festival. D’ailleurs, il y a beaucoup moins de bande dessinées japonaise en lice cette fois et c’est tant mieux tant je trouvais que ça faisait forcé / copinage depuis quelques années. Les cinq titres mis ici en avant ont fait ou vont faire l’objet de billets sur ce présent blog et leur sélection m’a donc fait tout particulièrement plaisir. Cette sélection officielle permet aussi de se rappeler que tel ou tel ouvrage que l’on avait raté à l’époque de sa sortie mérite qu’on s’y attarde et qu’il est peut-être temps de songer à s’y mettre. Car, il faut le dire, je n’ai pas lu grand-chose cette année : six titres (plus deux autres de prévus) sur les 44 de la sélection officielle, ça fait peu. En patrimoine, j’en suis à deux plus un, et c’est tout… Voilà qui confirme que je me suis un peu éloigné de la bande dessinée en 2024.

Grâce à une équipe renforcée, la nouvelle direction artistique du festival prend de plus en plus ses marques, et c’est tant mieux même si elles n’ont pas l’heur de me plaire (et je dirais que c’est une bonne chose pour la réussite publique du festival). Je continue à regretter les années du Manga Building (nostalgie, quand tu nous tiens) ou les années Beaujean (mais là, ce n’est pas de la nostalgie, juste une préférence pour ce qui nous était proposé durant ces années-là). Il n’empêche que je ne doute pas un seul instant de passer deux bonnes journées et demi à Angoulême entre le 30 janvier et le 2 février. D’ailleurs, il ne faudra pas oublier d’aller manger une fois dans le Quick devant l’Hôtel de ville, histoire de fêter le nouveau sponsor titre du festival 🙂

Je remercie Manuka pour sa relecture, ainsi que 9e Art+ et l’Agence La Bande, notamment Vincent-Pierre Brat, pour leur invitation à la conférence de presse de l’édition 2025 du FIBD.

Formula Bula, ça pétille plus

Il y a un an, j’étrillais dans un de mes billets la onzième édition de Formula Bula tant la version proposée à Césure n’avait pas eu l’heur de me plaire. Ce qui ne m’a pas empêché d’aller voir, avec mes petit·e·s camarades bulledairo-mangaviersien·ne·s, ce que pouvait proposer la douzième édition. Grand bien m’en a fait tant cette visite a été plutôt plaisante. Il me faut remonter aux sixième et neuvième éditions pour en avoir un souvenir équivalent. Voici donc le compte-rendu d’un après-midi passé à Censier à faire des dépenses pour des BD, assister à des rencontres et revoir un certain nombre de connaissances…

Des rencontres intéressantes

C’était bien la première fois que j’assistais à des rencontres intéressantes dans le cadre de Formula Bula. Le petit « seul en scène » de Bill Plympton qui revenait sur sa carrière d’illustrateur et d’animateur était plaisant à suivre, bien rythmé, bien traduit (mais l’Américain avait un accent très compréhensible) et entrecoupés d’œuvres iconiques. Les quarante-cinq et quelques minutes sont ainsi passées très rapidement. Heureusement, il était ensuite possible de discuter librement avec l’auteur sur son stand situé à l’entrée du Village des éditeurs tout en lui achetant une illustration si possible, histoire qu’il n’ait pas fait la retape pour rien à la fin de son show.

Il est difficile d’être aussi enthousiaste pour le dialogue entre Nicole Claveloux et l’historienne de l’art Éva Prouteau. Centrée uniquement sur la nouvelle publication de l’autrice, Ce soir c’est cauchemar (aux Éditions Cornélius), ce qui aurait pu faire une bonne conférence a fait une mauvaise rencontre et ce n’était pas la faute de Nicole Claveloux. Le principe est d’entendre l’autrice parler de son œuvre, pas de subir les longs monologues de l’animatrice, même s’ils étaient intéressants quoiqu’un un peu trop fournis en exemples redondants ou un peu surinterprétés. Bosser son sujet ne suffit pas, il faut savoir aussi animer…

Le Village des éditeurs

Toujours situé au même endroit, mais avec une aération améliorée tout simplement grâce à des fenêtre ouvertes sur les trois côtés, le Village des éditeurs ne m’a pas plus attiré que cela. Pour ma part, je n’ai passé du temps que sur quatre stands : Cornélius, Même pas mal (mais il n’y avait pas Olivier Texier en dédicace, je n’ai pas pu faire mon fan-boy), Mémoire d’images et The Hoochie Coochie avec peu d’achats à l’arrivée. Je verrai à faire mieux lors de SoBD qui s’annonce intéressant… Il faut dire que l’exiguïté du lieu, la petitesse des stands, une fréquentation nettement plus importante que l’année dernière ne me poussaient pas à faire des folies. Je continue à regretter le côté bucolique du Village lorsqu’il était situé autour de la Médiathèque Françoise Sagan… du moins lorsqu’il faisait beau, ce qui n’était pas trop le cas cette année et qu’il était donc préférable d’être en intérieur vu le temps maussade.

Des expositions à revoir

L’organisation de ce qui est pompeusement appelées « expositions » est à revoir en profondeur. Il faut en proposer moins et surtout les développer pour les mettre en valeur. Ce ne sont pas quelques originaux accompagnés de textes (pas inintéressants, il faut le reconnaître) qui vont donner envie de venir à Formula Bula. C’est vraiment dommage que ce point n’ait pas été amélioré par rapport à l’année dernière, il y avait de quoi faire quelque chose d’intéressant avec Bill Plympton et Nicole Claveloux, surtout qu’en ce qui concerne cette dernière, nous étions plusieurs à avoir pu visiter l’exposition qui lui était consacrée à Angoulême 2020. La comparaison a fait très mail…

De l’espace à récupérer

Pour moi, il y a deux espaces à déplacer afin d’avoir des allées latérales plus larges dans le Village des éditeurs et donc plus rendre celui-ci plus circulable en période d’affluence. L’espace jeux et animations n’était pas plus fréquenté que cela, c’est vraiment de l’espace perdu et les ateliers pourraient être déplacés dans des anciennes salles de cours. Le lieu appelé le Grand Plateau (l’ex-grande bibliothèque de Censier) est quand même assez exigu malgré les 1 000 m² annoncés. La cantine / bar située du côté de la porte 2 n’était pas trop fréquentée cette fois et nous avons pu, malgré le temps un peu frisquet et humide, boire notre petite bière à la terrasse.

Conclusion

Formula Bula 12 a permis, cette année, de passer un bon moment convivial avec des Mangaversiens et une Mangaversienne, des Bulledairiens et des J’AI. Néanmoins, l’étroitesse du lieu ne permet pas une programmation ambitieuse et ramassée en un lieu unique. Il ne reste plus qu’à voir ce que la prochaine édition nous proposera, après tout, l’entrée est gratuite…