Et revoilà Angoulême !

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La conférence de presse de la quarante-cinquième édition du Festival International de la Bande dessinée approche ! Elle permettra d’avoir une idée plus précise du programme qui nous sera proposé en janvier 2018 (et accessoirement de connaître la sélection officielle). Et c’est ainsi que votre serviteur réalise qu’il va (sauf accident) participer pour la quinzième fois au grand raout de la BD francophone. En effet, depuis 2004, je suis un festivalier assidu, étant passé au fil du temps du statut de simple visiteur payant à celui de « journaliste » et conférencier. Dernièrement, je me suis demandé ce qui pouvait justifier ou expliquer que je passe plusieurs jours aussi loin de mon domicile, alors que je suis plutôt casanier. Et surtout, pourquoi l’envie est-elle toujours là, alors que je ne vais plus au Festival International du Film d’Animation d’Annecy (8 éditions de 2003 à 2010) ou à Japan Expo (12 éditions de 2003 à 2015) ?

En ce qui concerne l’arrêt de ma fréquentation de ces deux dernières manifestations, la réponse est assez simple : l’évolution de la programmation du FIFA d’Annecy l’amène vers toujours plus de longs métrages, à ma grande contrariété.  Cela a eu raison de ma motivation, d’autant que j’y étais un peu seul la plupart du temps lors des dernières années. Quant à Japan Expo, là encore c’est  simple : je n’y vais plus parce que le programme est sans intérêt ; les copains éditeurs sont trop occupés sur leurs stands ; et surtout, l’organisation a fermé mon compte après m’avoir refusé mes demandes de badges en 2016. Et comme il est hors de question que je paye pour aller dans un supermarché ou que je fasse l’effort de demander un accès presse alors que rien ne m’intéresse…

Toutefois, cela n’explique en rien pourquoi je continue à aller à Angoulême, une petite préfecture sans grand intérêt touristique (à la différence de Saint Malo par exemple) perdue au milieu de nulle part en plein mois de janvier. Comme pour le FIFA d’Annecy en son temps, il s’agit pour moi de prendre de petites vacances de trois à quatre jours où j’oublie tous les soucis professionnels et où je me plonge dans un autre monde, tourbillonnant. En effet, à la différence des autres festivals de bande dessinée que j’ai pu faire, il faut bien trois jours pour faire le tour de la programmation (je ne dis pas tout faire, c’est impossible). Des manifestations aussi plaisantes que SoBD ou Pulp Festival sont généralement bouclées en une grosse demi-journée. Quai des Bulles (que je referais bien pour le côté vacances et la qualité de la programmation, du moins quand a-yin aura le courage de m’accompagner à nouveau dans ce long périple) ne prend qu’une journée pour en faire le tour, tout comme Livre Paris.

En effet, la véritable raison est là : la qualité de la programmation. Il est assez incroyable de voir la différence entre le festival d’Angoulême et les autres manifestations du même genre, même les plus renommées comme celle de Saint Malo. Le nombre et la diversité des rencontres, la qualité des conférences et surtout la taille et l’intérêt des expositions sont sans commune mesure avec tout ce que j’ai pu voir autre part en quinze années de festivités bédéphiles diverses. La place dédiée au festival, le professionnalisme des stands, la variété des éditeurs et des auteur·e·s sont sans équivalent en France et plus que rares dans les autres pays, d’après ce que j’ai pu comprendre. Et c’est pour cela que je serai présent à la conférence de presse de l’édition 2018 du festival d’Angoulême, que je serai au festival lui-même dans deux mois et que je passerai des heures à faire un compte-rendu photographique (c’est mon « boulot », je suis « presse » après tout !).

Chronique BD : Oualou en Algérie

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Nadir (et pas Madir !) Oualou est détective privé dans la banlieue nord-est de Paris (le 9-3, quoi…) et il n’est pas débordé par le travail. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir refuser une mission : aller en Algérie retrouver la fille de Nicole Benhamou qu’elle n’a pas pu ramener en France. En effet, son mari est resté pour aider le Front Islamiste du Salut et n’a pas permis à la petite Mina de quitter le pays. Il faut dire que notre détective a toujours détesté aller au bled. Cependant, ce refus devient impossible avec l’irruption de la propre mère de Nadir qui lui ordonne d’aller à Alger commencer son enquête : la famille l’aidera sur place. Et le voilà parti pour le pays de ses ancêtres, lui qui est français… comme Zidane !

Oualou en Algérie n’est pas une réelle nouveauté car l’œuvre a été autoéditée en 2011 par le dessinateur Lounis Dahmani. Elle a été colorisée par Drac (aidée de Reiko Takaku) pour la présente réédition. Lounis Dahmani n’est pas totalement inconnu en France, il a dessiné notamment deux tomes de Lost Conquistadores chez Tartamudo il y a quelques années et avait publié auparavant un recueil de gags chez Bethy. Ancien dessinateur de presse en Algérie, il est revenu en France (il y est né avant de suivre ses parents en Kabylie à 16 ans). La guerre civile algérienne des années 1990 rendait en effet la vie impossible aux humoristes et caricaturistes. Après quelques années de galères, il réussit à se reconvertir dans le multimédia.

Le scénariste, Gyps a, lui aussi, été dessinateur de presse en Algérie avant de devoir fuir en France. Pourtant, sa première carrière professionnelle dans une entreprise d’état d’hydrocarbures ne l’avait pas disposé à devenir une cible pour les islamistes du fait de ses dessins politiques. En France, il doit lui aussi vivre de petits boulots avant de se trouver une nouvelle voie : comédien, notamment au sein d’une compagnie proposant des spectacles pour enfants. Il crée aussi un one-man show « Algé-rien » qu’il joue régulièrement. Il a aussi publié entre 1996 et 2009 plusieurs recueils de gags épinglant les Algériens des deux côtés de la méditerranée avant de créer le personnage de Oualou avec Lounis Dahmani qu’il connaissait depuis de longues années.

L’éditeur La Boite à Bulles n’hésite pas à invoquer Pétillon et son Enquête corse pour présenter Oualou en Algérie. Il faut dire que le parallèle fait avec la fameuse bande dessinée de Jack Palmer est pertinente. Ici, le peuple algérien, et surtout ses petits travers, est souvent moqué avec beaucoup de tendresse, les auteurs sachant toutefois rester critique sur certains comportements masculins, notamment envers les femmes. Par contre les auteurs sont sans la moindre gentillesse envers les radicalisés, les terroristes. Il faut dire que c’est à cause de la guerre civile algérienne que les deux auteurs ont dû s’exiler en France, ce qui n’aide pas à trouver une certaine aménité, il faut le reconnaître.

Oualou en Algérie est une réussite tant son propos est intelligent. Les traits d’humour s’insèrent parfaitement au récit, y compris les quelques running-gags comme ceux autour de Zidane ou de Madir. Les dialogues, les personnages et les situations sont particulièrement savoureux et ne demandent pas au lecteur d’être d’origine algérienne pour les comprendre et les apprécier. L’écriture est soutenue par un dessin plaisant et efficace. En effet, le dessin de Lounis Dahmani propose un trait semi-réaliste qui fait bien ressortir les expressions et qui n’est pas sans rappeler celui de Pétillon auquel il rend hommage dès la première planche. Il résulte de l’ensemble de ces 66 pages un véritable plaisir de lecture. On se laisse aller à rêver d’une suite. Oui, on a espoir que cette réédition débouche sur de nouvelles aventures de Nadir Oualou.

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