FIBD 53, le Fauve poignardé

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême n’a pas eu lieu. C’est la deuxième fois que cela se produit après janvier 2021 en raison de la pandémie de COVID. Cependant, le virus qui a empêché la manifestation de se tenir cette année est d’une autre nature, plus humaine, celle de la bêtise. Comme l’a si bien défini Heidi Kastner pour des affaires d’une toute autre nature, « la stupidité, ce n’est pas d’être incapable de calculer cinq fois douze, mais d’entreprendre une action dommageable pour tout le monde ». C’est ce qu’il s’est passé suite à diverses décisions. Il y a eu les différents appels à boycott d’autrices et d’auteurs de bande dessinée. Il y a aussi eu l’opportunisme des éditeurs (pouvant faire ainsi des économies ou rêvant d’une manifestation désormais à leur main) et des pouvoir publics. Il y a encore eu la mauvaise gestion de la crise par 9e Art+. Mais il y a surtout eu la responsabilité de l’Association du FIBD, cette dernière ayant eu tout faux dans ses choix et décisions. Le résultat est un immense gâchis, une perte énorme (plus de trois millions d’euros à ce qu’il paraît) pour les acteurs économiques locaux, par exemple les hôtels et restaurants, ainsi que pour de nombreux prestataires (sécurité, événementiel, etc.) dont certains risquent fort, en cette période difficile, de ne pas pouvoir s’en relever si leur situation était déjà délicate.

Même s’il n’est pas représentatif, nous pouvons prendre le cas de la petite équipe de Mangaversien·ne·s, soit quatre personnes venant à Angoulême de Paris, spécialement pour le festival. Si je n’ai pas une idée précise des dépenses de Tanuki ou de Gemini, elles ne devaient pas être négligeables avec les repas pris dans différents restaurants de la ville (une dizaine, au moins, pour les deux), la location d’un logement pour le second (au moins deux nuitées) et tous les achats effectués pendant le festival. En ce qui me concerne, avec a-yin, notre budget était proche, voire au-dessus, de 1 000 euros à nous deux pour trois jours et demi (parfois un peu plus, parfois un peu moins, selon la programmation), entre la chambre d’hôtel du côté de Cognac (l’Ibis Style était deux fois plus cher sur Angoulême que son homologue — ex-Mercure — sur Châteaubernard pendant le festival), la dizaine de repas en restaurants, quelques bières, le plein d’essence pour rentrer sur Paris (n’oublions pas les plus de 100 euros d’autoroute, les frais kilométriques et le plein aller mais tout cela ne concerne pas la Région), tous les achats effectués dans les bulles, principalement Manga et Nouveau monde (a-yin a tendance à se lâcher dans ces circonstances, elle devient très dépensière). Il y avait aussi les catalogues des expositions de 9e Art+, souvent au nombre de deux (à multiplier par trois), achetés sur les stands de l’Association du festival. Et encore, nous n’avions pas à payer notre badge, étant privilégié·e·s sur ce point. Ce week-end, il n’y aura que Tanuki pour avoir fait le déplacement, deux jours et demi au lieu de cinq (oui, ça a toujours été le plus assidu d’entre nous) et même s’il est assez dépensier pour des fanzines, ça ne compensera en rien l’absence des trois autres membres de l’équipe. Et ce ne sont pas les quelques centaines de milliers d’euros reversés aux acteurs locaux par la mairie et le département, sans oublier les autrices et auteurs venus profiter de cette « manne », qui compenseront les pertes liées à l’absence du festival. En plus, pour ne pas aider, le temps a été assez maussade pendant toute la durée de la manifestation (on est en janvier, après-tout).

Ajoutons qu’il n’y a peu de chances qu’il y ait une édition du FIBD en 2027, le maire d’Angoulême, qui n’a jamais eu de bonnes relations avec 9e Art+, ayant décidé de prendre la main sur l’événement en écartant l’association historique pour mettre à la place une autre structure, créée suite à une précédente crise qui a eu lieu en 2017. Il en résultera (ou non) une autre manifestation, ayant un autre nom, décernant d’autres prix que les Fauves et à une date pour l’instant indéterminée, pouvant se dérouler entre janvier et mars (plutôt mars). C’est ainsi que l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), sous le contrôle des pouvoirs publics (mairie, département, région, ministère) doit choisir un nouvel organisateur d’ici mi-avril. Sachant qu’il est impossible trouver des financements conséquents en aussi peu de temps, surtout en ces temps économiquement incertains, on peut craindre que la manifestation de 2027, si elle a lieu, soit « cheap » et nous propose un recul de trente ans quant à sa programmation. On verra bien… du moins si la transparence promise est là car n’oublions pas que le monde culturel et le monde politique reposent beaucoup sur le copinage et que les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient…

Néanmoins, lors d’une conférence de presse tenue par 9e Art+ jeudi matin1, Franck Bondoux a manifesté un désir de compromis, même si les médias n’ont retenu que le point le plus frappant, le plus « buzzable » (comme d’habitude depuis le début de « l’affaire »). Ce qu’il faut réellement retenir de l’heure et demi de la conférence de presse, c’est qu’une action en référé pour bloquer l’ADBDA (qui agirait en dehors de sa mission) est en cours. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’abord de bloquer la mise en place d’une édition en 2027 qui écarterait (en refusant toute discussion) l’Association du FIBD et 9e Art+. En effet, l’ADBDA chercherait à monter une manifestation copie quasi-conforme au FIBD. Il s’agit aussi de remettre au « centre du jeu » l’Association du FIBD pour les éditions suivantes. La demande d’une réparation des préjudices commis ne serait remise éventuellement sur le tapis que dans un second temps, en cas d’absence d’accord. Une façon de résoudre la crise pour 2027 serait de respecter les conventions passées, et pour 2028, si le futur organisateur veut bien racheter les actifs de 9e Art+ et embaucher son personnel qui pourrait ainsi faire profiter de son expertise, il y aurait moyen de trouver un terrain d’entente. Sinon, les actions en justice ne pourraient que se multiplier tant les éditeurs que les pouvoirs locaux en place semblent fautifs dans l’annulation de l’édition 2026. Un dépôt de bilan de 9e Art+ n’est pas à écarter avec l’entrée en jeu d’un administrateur judiciaire qui aurait pour mission de récupérer un maximum d’argent (il est là pour ça) pour les créanciers lésés (et pour lui-même). Et là, les pouvoirs publics locaux, à commencer par la mairie, auraient de quoi s’inquiéter (en fait non, c’est de l’argent public, les décideurs publics s’en fichent, ce n’est pas le leur). N’oublions pas les élections municipales à venir, histoire de compliquer encore un peu plus l’ensemble. Après, on ne peut faire que des supputations. Pour avoir des idées plus claires, il faudrait avoir accès aux conventions, aux contrats, aux comptes, etc.

Je rejoins Heidi Kastner quand elle estime que les réseaux sociaux ont permis à la bêtise d’avoir un pouvoir de nuisance sans commune mesure avec les décennies précédentes : avant, la stupidité restait cantonnée à un entourage restreint, seuls des médias puissants (presse puis télévision) pouvaient la diffuser auprès du plus grand nombre. Depuis quelques années, « il est possible, quelle que soit sa position, de trouver des personnes partageant les mêmes idées et de se sentir fort au sein du groupe ». Cela a entrainé une radicalisation certaine, amplifiée par le système des bulles des réseaux sociaux avec leurs algorithmes privilégiant l’émotion sur la réflexion. De plus, militantisme et positions extrêmes ne sont pas compatibles avec une analyse poussée des événements et de leurs conséquences, la preuve en ayant été malheureusement donnée à cette occasion. Surtout, maintenant, il n’est plus possible d’être neutre : si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. L’exclusion du groupe, quel qu’il soit, est désormais une pratique généralisée, y compris par celles et ceux qui se déclament inclusifs. La bêtise et la haine sont partout dorénavant, et de mon point de vue, il n’y a plus de « gentils » mais que des « méchants »…

C’est exactement ce qui s’est passé avec la fronde de quelques autrices qui ont été suivies rapidement par le reste de la profession, situation amplifiée par une presse sentant la possibilité de faire du papier facilement, buzzant bien. Tout ce petit monde a préféré s’en prendre à un bouc émissaire plutôt que de réfléchir aux nombreux problèmes posés et de cibler les véritables responsables de la précarité financière de cette « profession »2, de la mentalité assez rétrograde qui y règne encore, surtout en salon et festival, etc. Les reproches des autrices et des auteurs, que l’on peut estimer légitimes pour un certain nombre (d’autres étant ridicules), n’étaient pas à adresser à l’organisateur du festival mais à leurs éditeurs et à leurs pairs. Sauf que s’en prendre à ceux qui vous « nourrissent » (même mal), c’est risquer un retour de bâton. Il ne faut pas oublier qu’il y a surtout un problème structurel de surproduction de bandes dessinées, avec un trop grand nombre de personnes voulant vivre de leur « art » pour un marché du loisir culturel en contraction et en pleine mutation, qui migre vers d’autres modes de consommation, dans une société toujours orientée vers un consumérisme débridé, instantané et une recherche du plaisir avant tout. Et en ces temps de dépenses publiques excessives, la réponse n’est certainement pas dans encore plus de subventions comme réclamé par de nombreuses personnes.

Bah ! L’avenir proche nous dira ce qu’il aura résulté de cette « révolution ». Je crains que rien de bon n’en sortira et que tout le monde aura perdu. Pour ma part, je n’y perds que mes « vacances d’hiver », tant la dernière semaine de janvier me permettait de couper avec le quotidien. De très nombreuses personnes y perdent bien plus, malheureusement.

En attendant, un Grand Off* a eu lieu, à la programmation en trompe-l’œil tant elle nous a été vendue avec grandiloquence pour un contenu réel assez vide et surtout d’une grande banalité de mon point de vue de Parisien qui profite sur la capitale de nombreuses activités similaires tout au long de l’année. Un membre de notre délégation habituelle de Mangaversien·ne·s était sur place deux jours et demi, jeudi après-midi, vendredi et samedi, ce qui me permet de proposer ici une sélection de dix-huit photos montrant divers lieux et animations. Tanuki a toujours été fan du Off et même du Off du off (les fanzines et les créations paraBD intellos, il adore), ce qui permet de donner ici une idée des animations de cette année. C’est quelqu’un qui a connu le festival bien avant moi, qui est plus ouvert d’esprit, qui est venu avec un a priori favorable. Les jeudi et vendredi, notamment en soirée, ont été « calmes », on était très loin de la foule drainée par le FIBD. Au moins, comme l’a dit Tanuki : « c’est plus facile de profiter des restos et des bars ». Je ne suis pas certain que les commerçants du plateau soient aussi positifs au moment de faire leurs comptes. Disons qu’il fallait prévoir une journée pour tout faire cette année, là où trois jours ne suffisaient pas pour le FIBD.

Sans surprise, le seul lieu à peu près digne d’intérêt du Grand Off* se trouvait du côté de la Cité. Pas pour le village des éditeurs situé dans les anciens Studios Paradis qui semble avoir été peu fréquenté, même le samedi, mais pour les expositions et animations jeunesse présentes. Outre celles de la Cité (« Signé Bretécher » et « En slip et contre tout »), les expositions plus ou moins montées à la hâte n’étaient pas inintéressantes, à commencer par « Le train fantôme de Stéphane Blanquet » (qui va durer jusqu’à mi-2026). Il y avait d’ailleurs pas mal de monde pour cette dernière. Notons aussi, sur le plateau, la belle file d’attente pour la bande dessinée Isabelle d’Angoulême (Glénat), le côté local a certainement joué à fond et a dû permettre à la librairie Cosmopolite d’avoir l’impression que le Festival avait bien lieu. Car le reste du temps, ça ne semble pas avoir été très folichon niveau fréquentation. Certes, le résultat n’est pas si mal pour « un truc monté en vitesse avec les bonnes volontés du coin », comme me l’a fait remarquer Tanuki.

Notre correspondant local, Manuka, a fait un petit tour du Grand Off* le vendredi. Sa conclusion sur la fréquentation est la suivante : Pas grand monde dans les rues, ou plutôt le monde d’un vendredi « normal ». Pour l’Église Saint-Martial, du monde comme en festival. Au Lieu Unique3, du monde, mais peut-être autant d’exposants en goguette que de visiteurs. Librairie Cosmopolite, longue file d’attente pour certains auteurs, rien pour d’autres, donc on pouvait circuler. Espace Franquin, ça faisait bizarre de voir les salles reléguées au rôle de stands d’éditeurs ou de « dédicaceurs ». Le Pavillon Unesco, un peu de monde. Manuka serait bien passé par la Cité mais il a eu la flemme d’aller se garer dans les environs, d’autant qu’il commençait à se faire tard. Il n’y est pas retourné le lendemain, ayant d’autres engagements. Étant un local passé en coup de vent, et ayant pris l’événement pour ce qu’il était, un off sans son festival, il se refuse d’avoir un avis négatif. Tout au plus constate-t-il qu’évidemment, en l’absence d’animations dans les rues, l’émulsion et l’émulation entre les diverses initiatives a eu du mal à se faire.

Surfant sur la manifestation alternative mise en place à Angoulême, diverses structures ont mis en place les « Fêtes interconnectées de la BD 2026 ». En ce qui concerne Paris, c’est à Ground Control qu’il fallait aller pour rencontrer des éditeurs indépendants et suivre quelques tables rondes militantes. Un duo de Mangaversien·ne·s (a-yin et moi) s’y est rendu le samedi après-midi, surtout pour les rencontres, ce qui ne nous a pas empêché d’acheter des livres, tant les tentations sont multiples. La fréquentation était assez faible, il a fallu attendre 16-17 heures pour qu’il commence à y avoir un peu de monde (rien à voir avec la foule des deux Paris Beer Festival que j’ai eu l’occasion de visiter). Cela m’a permis aussi de croiser quelques connaissances. À leur file d’attente, on voyait qui étaient les auteurs vedettes ce samedi : David B. à la table de l’Association, et Boulet à celle d’Exemplaire. Pour le reste, c’était là aussi, le bon plan pour les chasseurs et chasseuses de dédicaces. À mon corps défendant, j’en ai profité pour en demander une à Edmond Baudoin, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici malgré de nombreuses occasions depuis 2003 (je sais, je suis inexcusable tant la personne est charmante et est un dessinateur hors pair). J’ai maintenant un gros pavé à lire 🙂 .

Outre une partie des éditeurs indépendants habitués à la Bulle du Nouveau monde du FIBD, il y avait une poignée d’alternatifs et de fanzines. Parmi les principaux, il y avait L’Association, Cornélius, çà et là, 2042 (ex-2024), Exemplaire, La Cafetière, Les Rêveurs, FLBLB, Rue de l’échiquier, etc. Les trois tables-rondes suivies étaient vraiment intéressantes, très bien animées, même si une autrice (invitée de dernière minute en remplacement d’un désistement) était assez énervante par ses interventions enfonçant des portes ouvertes. Heureusement, Lisa Mandel (Exemplaire) et Simon Liberman (2042) étaient dans le concret et le pratique. Leur double casquette autrice/éditrice et auteur/éditeur leur a certainement permis de mieux comprendre la complexité de la chaîne du livre et de proposer des pistes pour aider à sortir d’une certaine précarité financière.

En conclusion, en osant une comparaison footballistique, la première division des éditeurs étaient absents, quelques représentant·e·s étant invité·e·s ici ou là par des librairies comme Cosmopolite. Une partie de la deuxième division était à Ground Control, avec quelques structures issues du troisième échelon. Le reste se trouvait à Angoulême avec les amateurs. La fréquentation du tout ressemblait plus à ce que l’on peut voir dans les innombrables manifestations BD à travers la France tout au long de l’année, bien loin du grand raout de fin janvier ou même des grands festivals comme ceux d’Amiens, Blois ou Saint-Malo. Bref, aucun intérêt en dehors de voir sur les réseaux sociaux (en tout cas, dans les bulles dont je fais partie) des centaines de messages d’auto-congratulation et de réécriture médiatique masquant plus ou moins bien une réalité pourtant évidente dès le début…

Je remercie Manuka pour ses corrections, ses ajouts et précieuses remarques. Les photos du Grand Off* ont été prises par Tanuki, celles à Gound Control par moi-même (sauf celle de la dédicace qui a été prise par a-yin). Les textes et photos sont © Mangaverse / Éditions H. Le photogramme de la conférence de presse de 9e Art+ est © La Charente Libre. Le Fauve est © Lewis Trondheim / 9e Art+. Le « fauve assassiné » et l’illustration « Les réseaux sociaux sont nuisibles » ont été générés à l’aide d’Adobe Firefly 5 (je sais, les IA génératives, c’est le Mal mais, de toute façon, l’informatique est une invention du démon).

  1. La Charente Libre propose de visionner l’enregistrement complet de la conférence de presse sur FaceBook. ↩︎
  2. Oui, « profession », entre guillemets, tant la réalité d’un auteur ou d’une autrice n’est pas celle d’un ou une autre. Cette profession n’en est pas une pour nombre d’auteurs et autrices, puisqu’elle ne leur permet pas d’en vivre. La bande dessinée est une profession pour une chaîne d’individus (allant de l’auteur à l’éditeur au distributeur et au libraire) mais ce n’est pas une profession pour chaque individu de cette chaîne (certains auteurs et autrices, voire certains éditeurs). ↩︎
  3. Lieu Unique qui démontre que le Grand Off* ne respecte pas totalement ses engagements, comme le montre le témoignage d’un auteur sur sa page FaceBook. ↩︎

L’instant nostalgie : JANVIER 2006

Pendant longtemps, je n’ai eu aucune nostalgie envers les années passées. Pourtant, depuis la fin de l’année dernière, je me suis aperçu que je passais pas mal de temps à revenir sur mes archives photos, revenant par le souvenir des années en arrière, quand tout allait mieux dans un monde qui ne se délitait pas aussi vite qu’actuellement. En postant après des années d’inactivité des photos sur mon Instagram, j’ai eu l’idée de matérialiser cette nostalgie sous la forme d’un projet personnel : poster tous les mois une de mes photos préférées prises à la même époque, vingt ans auparavant. Ces photos seront toutes liées à la communauté mangaversienne, et je pense qu’on s’apercevra rapidement que je suis assez monomaniaque. Peut-être pas autant que a-yin, ceci dit, ha ha !

La photo

FIBD 2006

Angoulême — Trente-troisième Festival International de la Bande Dessinée — Canon PowerShot A75

L’anecdote

Cette photo a été prise lors de notre montée du bâtiment Castro, où nous avions déjeuné, un peu avant 14 heures. La neige commençait à s’accumuler, comme nous pouvons le voir..

Il s’agissait de mon deuxième véritable festival d’Angoulême (c’est-à-dire sur plusieurs jours), mon premier en tant que badgé presse et mon invitée était Sakumoyo. Elle venait juste d’avoir son permis de conduire et je lui avais laissé le volant pendant les quatre jours pour qu’elle s’entraine (sauf le vendredi matin pour circuler dans Angoulême même, étant donné la circulation un peu infernale).

Le samedi après-midi, la neige s’est mise à tomber tellement drue que j’ai décidé vers 16 heures qu’il fallait rentrer à l’hôtel sans plus tarder. Étant logé à 45 kilomètres de là, il y avait de la route à faire. De plus, la deux fois deux-voies n’était pas aussi développée que maintenant, avec une sacrée côte à monter à Fléac. Heureusement, nous étions garés en bas, rue de Bordeaux. Les rues en pente d’Angoulême sont vraiment redoutables à certains endroits. Bien entendu, j’ai conduit pour rentrer sur Cognac.

La photo bonus

N141 un peu avant Jarnac — Autoportrait de Sakumoyo — Canon PowerShot A75

Manga. Tout un art ! Petit bilan 2025, les expos BD

La visite de l’exposition Manga. Tout un art ! et de son petit compte rendu me donne l’occasion de dresser ensuite un petit bilan des expos BD faites en 2025. L’année prochaine, celles-ci devrait être en forte diminution du fait de l’absence du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Cependant, chaque chose en son temps, intéressons nous à 2025 dans ce dernier billet de l’année.

Manga. Tout un art !

Dernière exposition de l’année pour notre petit groupe de mangaversien·ne·s. Sa visite s’est organisée un peu au dernier moment entre moi, Taliesin et Tanuki suite à une remarque de ce dernier. Il s’agissait d’une animation organisée avec l’INALCO un jeudi soir, mais celle-ci était très mal expliquée : médiation, oui, mais sous quelle forme exactement ? En fait, il s’agissait d’une nocturne à entrée libre (uniquement pour l’exposition temporaire, les permanentes étaient fermées). Bon plan : on pouvait visiter gratuitement l’exposition entre 18h00 et 22h00 (21h45 en réalité) avec une dizaine d’étudiant·e·s qui présentaient les œuvres des différentes salles. Cerise sur le gâteau, comme prévu et à la différence d’un premier dimanche du mois (gratuit), il n’y avait pratiquement personne.

Le but de l’exposition (tel que présenté dans le dossier de presse) est de montrer que le manga n’est pas qu’une industrie du divertissement mais aussi un art dont les racines plongent dans l’histoire complexe du pays en rapprochant bande dessinée et art japonais ancien, des statues bouddhiques aux estampes en passant par le théâtre, la littérature et les croyances ancestrales. But atteint ? Oui pour la partie Japon ancien, pas trop pour le manga. Étant donné que Didier Pasamonik est le co-commissaire pour la partie bande dessinée, cela est tout sauf une surprise tant il n’y connait pas grand-chose… La scénographie est déséquilibrée, il y a des manques importants, notamment dans les cartels, ainsi que quelques confusions, le propos est parcellaire et très grand publique (ce qui est normal pour ce dernier point). Néanmoins, c’est l’occasion de voir des planches originales de manga, ce qui n’est pas fréquent, surtout hors festival d’Angoulême.

L’exposition principale, située au sous-sol, est composée de huit espaces dédiés à un thème différent. Disons que c’est plutôt intéressant jusqu’à celui consacré à Shigeru Mizuki et qu’après c’est assez raté. On a ainsi l’occasion de voir pour commencer des revues de la fin du 19e et du début du 20e siècle, puis une rapide présentation du kamishibai, une série de planches originales de Norakuro, une salle dédiée à Osamu Tezuka (avec des originaux de Princesse Saphir et d’Astro, le petit robot, entre autres), une autre consacrée au gekiga avec de nombreuses planches d’Hiroshi Hirata, accompagnées de quelques belles pièces de Shitaro Sanpei, Kojima Goseki, Kazuo Kamimura, Yoshiharu Tsuge (merci à MEL qui a une bien belle collection et qui nous permet de la voir). Enfin, la dernière montre des yokai de Shigeru Mizuki grâce à un prêt d’originaux de sa fondation (tout comme Tezuka Prod. et Ryoko Ikeda qui en ont envoyé du Japon pour les espaces les concernant).

La partie shôjo manga est scandaleusement minuscule et centrée uniquement sur deux autrices dont il y avait quelques originaux (La Rose de Versailles de Ryoko Ikeda et des planches de Kaze Kaoru). En plus, le médiateur de cette salle était nul, à la différence de celui sur Tezuka. La partie shônen manga est trop étalée le long du couloir courbe avec peu de reproductions, quasiment aucunes planches originales en dehors de Fairy Tale, se concentrant uniquement sur quelques titres à succès (dont Dragon Ball, One Piece, Naruto, Demon Slayer) avec une mise en parallèle avec le folklore chinois et japonais. Cette mise en parallèle, intéressante, aurait pu se trouver dans un espace plus resserré. Le seinen manga est ramené à sa seule dimension apocalyptique avec Akira et L’Attaque des titans. Un petit focus sur Hiroshima avec des planches de Gen aux pieds nus est heureusement présent, mais avec le seinen manga. Passons sur la dernière salle, consacrée à la mode, sans intérêt si ce n’est de rigoler devant certaines tenues tant elles sont ridicules.

Avant les mangas

Située au deuxième étage dans la rotonde, cette partie de l’exposition est consacrée à des œuvres proposant des caractéristiques que l’on retrouve dans les mangas telle que le mélange texte et image, dessins dynamiques, des thèmes tels que l’humour, l’aventure, le fantastique, etc. L’essor commercial de l’édition est ici mis en avant avec l’exposition de nombreux ouvrages d’époque, généralement imprimés en noir et blanc sur un papier de qualité médiocre.

Sur la partie extérieure de la rotonde, des rouleaux illustrés sont proposés à la lecture en plus des nombreuses illustrations accrochées aux murs. Dans la partie intérieure, ce sont de nombreux livres qui sont mis en valeur. C’est toujours intéressant d’en voir, et surtout de constater la qualité graphiques des illustrations, surtout quand on connait les méthodes d’impression de l’époque. Clairement la partie la plus intéressante et la plus impressionnante à nos yeux. Des récits s’étirant sur plusieurs tomes sont proposés au public de l’époque, qui est friand de littérature dite populaire. Il est donné de voir un exemplaire de la Manga de Hokusai, ainsi que de Kawanabe Kyôsai. Ici, « manga » signifie « caricature » et non « bande dessinée ».

Sous la grande vague

À côté de la rotonde, le musée a pris l’habitude de proposer une petite exposition, souvent de photographies. Actuellement, l’endroit propose de voir l’estampe Sous la vague au large de Kanagawa de Katsushika Hokusai qui fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji.

La salle est toute petite, il ne faut pas être en nombre si on veut en profiter. Il y a quelques illustrations et planches de BD dont une de Moebius qui rendent hommage à fameuse l’estampe. Du fait de la fermeture du Musée, nous n’y sommes pas restés longtemps et n’avons pas pu profiter de la vidéo projetée sur un écran géant qui « invite à un voyage poétique et immersif au cœur de cette œuvre iconique » (dixit le dossier de presse). Pas grave, j’ai eu le temps de prendre en photo Taliesin devant l’estampe, continuant ainsi une tradition vieille de plus de 15 ans 🙂 .

Le catalogue

Si l’exposition principale est plus que perfectible au niveau de son contenu, ce n’est heureusement pas le cas du catalogue. Constitué d’un grand nombre de courts chapitres, chacun abordant un thème précis, ils sont écrits par des spécialistes, la plupart étant des universitaires. Il est rédigé dans un français facile à lire et les pages se tournent avec plaisir tant l’essai de vulgarisation est réussi. Il est richement illustré même s’il manque des reproductions de planches originales et que certains textes n’ont aucune iconographie. Au moins, Moto Hagio, Rumiko Takahashi et Mitsuru Adachi ne sont pas ignorés malgré l’absence de visuels de leurs créations.

Le papier est mat, agréable et le tout est bien imprimé dans une couverture souple tout à fait réussie. Le seul bémol que je pourrai faire est que le prix est un peu excessif, un montant de trente euros me semble être plus juste pour une telle fabrication. Cependant, cela a dû permettre une meilleure rémunération des autrices et auteurs des textes (enfin, je l’espère). Je conseille donc son achat même si on n’a pas l’occasion d’aller voir l’exposition, qui est assez dispensable, il faut l’avouer.

Bilan 2025 des expos BD

L’exposition Manga. Tout un art ! est donc venue clore une année d’expositions. Si on compare avec les années précédentes, leur nombre est en recul alors que je m’attendais à une augmentation. En ce qui concerne les bandes dessinées il y en a eu 13 en 2025 (19 en 2024), cela avait commencé fin janvier à la galerie Achetez de l’art puis au festival d’Angoulême pour se terminer en ce mois de décembre à Guimet. Voici un petit tableau récapitulatif :

TypeNombre d’expositions
Arts10
BD-Comics-Manga-Illustration13
Culture Asiatique1
Culture autres régions2
Divers1
Musique1
Histoire2
Total 30

Soit 16 en Musées, 4 en Espaces culturels / Fondations & instituts / Maisons de la culture, 8 en Galeries et 2 en Autres lieux.

Pour retracer cette année, voici une petite sélection de photos. Elle montre l’importance du festival d’Angoulême en matière de qualité et d’intérêt, expositions qui seront absentes à notre programme en 2026. J’y ai ajouté celles qui n’ont duré que le temps de la manifestation concernée et qui ne sont donc pas comptabilisées dans le tableau ci-dessus.

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Festival BD (Formula Bula, SoBD)

Galeries (Achetez de l’art, Galerie du 9ème art et Galerie Martel)

Soit Shin Zero à la Galerie Achetez de l’Art, Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et Plus loin, la nouvelle Science-Fiction au Musée de la bande dessinée, Superman. Le héros aux mille-et-une vies à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, Posy Simmonds. Herself au Musée d’Angoulême, L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama à L’Hôtel Saint-Simon, Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées à l’Espace Franquin, Aline Kominsky-Crumb. Le Plein d’amour à Césure, Le Musée éphémère d’Anne Simon, La BD chilienne contemporaine à la Halle des Blanc-Manteaux, American Classics XI à la Galerie du 9ème art, Adrian Tomine à la Galerie Martel, Kabuki – Guilherme Petreca, Soli Deo Gloria – Edouard Cour puis Silent Jenny – Mathieu Bablet à la Galerie Achetez de l’Art.

La suite l’année prochaine… On verra bien ce qu’il sera possible de faire.

FIBD 52, bravo les expos !

À la différence de l’année précédente, je n’avais prévu d’être sur le festival que deux jours et demi au lieu des quatre et demi de 2024, en raison d’un programme peu motivant sur le papier. Une demi-journée perdue pour cause de panne de voiture (heureusement, au départ de l’hôtel le vendredi matin), il ne me restait plus assez de temps pour profiter pleinement de la cinquante-deuxième édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Du coup, comme peu de rencontres m’intéressaient, j’ai « sacrifié » la bulle du Nouveau Monde par manque de temps au profit des expositions me motivant le plus. J’ai bien fait tant celles-ci étaient variées et réussies cette année, que ce soit celles montées par 9e Art+ ou celles proposées par la Cité.

Les expositions du festival

Sur les neuf expositions « officielles » du festival, je n’en ai fait que cinq. Sur les sept de la Cité, j’en ai fait quatre. Et sur ce total de neuf, quatre ont été faites plutôt rapidement, plus pour voir à quoi elles ressemblaient et prendre des photos (pour éventuellement lire des cartels plus tard). Elles ne m’intéressaient pas plus que cela. Il sera possible de voir de nombreuses photos de la plupart des expos dans le prochain compte rendu « Des Mangaversien·ne·s à Angoulême ».

Le vendredi a été le plus « productif » car en une demi-journée, j’ai visité Plus loin, la nouvelle Science-Fiction puis Super-Héros & cie, l’art des comics Marvel et enfin Lou ! Cher journal… (là, je l’ai plus parcourue qu’autre chose par manque de temps). Clou de la journée : la quasi-inaccessible L’Atelier des sorciers : la plume enchantée de Kamome Shirahama (visitée en nocturne en entrée payante avec horaire choisi). Le samedi, journée habituellement infernale tant il y a du monde partout, a commencé par Posy Simmonds. Herself, suivie par la traversée au pas de course de Constellation graphique, jeunes autrices de la bande dessinée d’avant-garde. Cela s’est ensuite terminé par la visite express (trop de monde, pas d’intérêt pour le sujet, mais j’ai quand même acheté le catalogue) de Gou Tanabe × H.P. Lovecraft, visions hallucinées. J’ai tout de même eu le temps de remarquer que les planches « originales » du mangaka sont bien plus intéressantes que le produit fini qui est alourdi par les effets informatiques et les trames posées à la truelle. Enfin, le dimanche a été consacré à l’exposition Superman. Le héros aux mille-et-une-vies, tout en profitant de sa proximité (car situé sur le chemin) pour voir l’hommage rendu à Fawzi, le routard du crayon.

La tradition de privilégier les planches originales a été respectée à chaque fois même si les reproductions étaient aussi présentes en nombre. La scénographie était travaillée avec un gros travail sur les décors et les ambiances pour les expositions dites « immersives ». C’était le cas des trois expos mangas (même si je n’ai pas fait celle sur Vinland Saga) ainsi que celles dédiées à Superman, la SF et à Lou.

J’ai beaucoup apprécié l’expo SF pour la diversité des planches et des thèmes même si ça manquait de Fabrice Neaud (l’excellent mais boudé Nu-men, ainsi que Labyrinthus). Par contre, joie ! Il y avait du Édouard Cour avec ReV. Bien entendu, il y avait les habituelles planches de Mézières, mais on ne s’en lasse pas, tout comme celles de Mœbius. L’expo dédiée à Superman était vraiment réussie alors que je n’apprécie pas le personnage et que j’avais quelques doutes étant donné que depuis quelques années, ce n’était pas vraiment ça, les expos au Vaisseau Mœbius. Celles du Musée de la BD étaient, elles aussi, meilleures que celles que la Cité nous proposaient depuis Calvo, un maître de la fable (réalisée à l’époque en partenariat avec 9e Art+, ce qui doit expliquer sa qualité). Les expos au Musée de la BD et au Vaisseau Mœbius sont toujours là (sauf la très bonne expo consacrée à Marvel qui vient de fermer), donc si vous passez dans le coin…

L’exposition consacrée à Posy Simmonds était très intéressante car très différente des deux que nous avions pu voir auparavant (à Pulp Festival et à la BPI), avec un développement intéressant sur les auteurs et autrices qui avaient notablement influencé l’autrice. Elle est visible au Musée d’Angoulême jusqu’à la mi-mars, il est encore possible d’en profiter. Par contre, oubliez Constellation graphique, ça ne présente aucun intérêt. Il faut dire que la BD d’Avant-garde n’a que très rarement eu l’heur de me plaire et là, ce n’était pas le cas.

Des expositions en libre d’accès

Un certain nombre d’expositions sont accessibles sans être festivalier. En effet, entre le Off, le Off du Off et d’autres activités profitant du festival, il y a de quoi faire. De plus, la bande dessinée espagnole était à l’honneur cette année, ce qui se concrétisait, entre autres, par Le 9e Art espagnol à l’honneur sur le parvis de l’Hôtel de Ville qui dressait un intéressant panorama. J’ai profité d’un court instant de répit pour voir ce que l’Association du FIBD proposait cette année : un recensement photographique des fresques BD disséminées dans la ville. Enfin, trois d’entre nous sommes allés à l’exposition-vente Quand la SF se fait prophétesse afin de rendre un dernier hommage à Florian Rubis, co-commissaire mort subitement quelques jours avant l’ouverture du festival et que j’avais prévu de saluer à cette occasion.

Conclusion

Ce fut donc une édition tournée vers les expositions, ce qui est d’ailleurs ce qui nous intéresse le plus à Angoulême (sauf pour l’un d’entre nous qui préfère les rencontres de toutes sortes). Je n’ai suivi que trois rencontres le samedi, la masterclass de Posy Simmonds (qui se déroulait partiellement en même temps que celle de John Romita Jr, il faut le faire…), la rencontre internationale « “So British!” La BD, un art de l’underground ? » avec Bryan Talbot, Joff Winterhart et Jon McNaught mais malheureusement mal animée (il aurait fallu laisser seul Paul « magnific » Gravett aux commandes), et ce qui était presque plus une conférence, « Une femme du Japon, rencontre autour de Shinkirari, de l’autre côté du rideau, la liberté » .

Cela fait peu. J’aurai bien aimé assister à « Super-héros japonais… made in France ! Rencontre avec Mathieu Bablet & Guillaume Singelin, auteurs de Shin-Zero » mais j’étais un peu empêtré dans mes petits problèmes de voiture à 30 kilomètres de là. J’étais plus proche pour « La nouvelle science-fiction » avec Lisa Blumen, Guillaume Singelin, Mathieu Bablet et Ugo Bienvenue, mais je ne pouvais pas arriver assez vite car il y avait un peu trop de chemin à faire entre le Champs de Mars et le Vaisseau Moebius pour le temps dont je disposais. J’ai donc préféré aller à Manga City pour papoter avec quelques copains éditeurs. Chez IMHO, j’ai tout raté : plus de Claude Leblanc en dédicace, et même plus de son nouveau bouquin (mais Benoit s’est arrangé pour corriger ça, et merci à Claude pour sa gentille dédicace après coup). À l’arrivée, c’est une édition qui s’est révélée plus plaisante que prévue grâce à des expositions de grande qualité, ce qui était moins le cas depuis quelques années.

Je remercie 9e Art+, l’Agence La Bande, notamment Arnaud Labory, Anaïs Hervé et Vincent-Pierre Brat, l’Association FIBD Angoulême, la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image pour tout leur travail et la possibilité de nous permettre de profiter du festival dans des conditions privilégiées. Je remercie aussi Manuka pour sa relecture.

SoBD 2024

L’année des festivals, salons et conventions se termine traditionnellement pour notre petit groupe de Mangaversien·ne·s début décembre avec le Salon des ouvrages de Bande Dessinée. Cette édition était particulière pour moi, pouvant faire mon fan-boy auprès d’un des deux invités d’honneur. En réalité, je me suis contenté d’écouter Fabrice Neaud lors de ses tables rondes (j’aurais pu aller à sa masterclass du vendredi soir si je m’étais mieux organisé) et d’admirer les planches exposées au Musée éphémère, quasiment un an après en avoir vu une belle série lors de son expo-vente à la Galerie Huberty & Breyne. Qu’est-ce que c’est bô ! 🙂

Traditionnellement, nous nous rendons le samedi après-midi à SoBD surtout pour trois activités : faire le tour des stands afin de réaliser quelques achats, suivre des rencontres / tables rondes et admirer les planches exposées au Musée éphémère. Cette année, je dois avouer que j’ai passé peu de temps sur les stands, me contentant de trois exposants : J’ai, LGBT BD et Stripologie. Il s’agissait pour moi, avant d’aller écouter Fabrice Neaud, d’acheter le dernier numéro du fanzine J’ai dans lequel j’ai une de mes (rares) contributions au groupe Facebook éponyme, de bavarder un peu avec quelques « J’AIistes ». J’en profite pour remercier Hugo pour la Po-j’ai-te spéciale cartes PLG. Ensuite, je n’allait pas manquer d’aller acheter le tome 1 (dédicacé) du recueil Le Mini de la Semaine de Jean-Paul Jennequin et de l’écouter parler (c’est toujours aussi fascinant, surtout quand a-yin est en face pour le relancer).

Une fois terminé le cycle des tables rondes avec Fabrice, je suis allé acheter les numéros (encore disponibles) de la deuxième version de Bananas dans lesquels il y a des contributions dudit Fabrice, information donnée par Évariste Blanchet lors de la présentation de la célèbre revue. C’est qu’il ne fallait pas tarder pour les numéros 2 et 3 dont il s’agissait des derniers exemplaires (le 4 est encore en vente en ligne). Ainsi, j’ai d’autres créations des débuts de Fabrice Neaud qui viennent s’ajouter à celles de la défunte revue ego comme x. J’ai aussi ramené Meurtre télécommandé (un achat en défraichi d’a-yin sur le stand de Tanibis), une lecture du lendemain qui s’est révélée être excellente, dont j’ai prévu un billet WordPress et un achat futur, en plus de m’intéresser de plus près à Paul Kirchner.

Comme toujours, le Musée éphémère proposait une belle et dense sélection de planches. Il y en avait environ 80 qui couvraient un peu moins de trente années de créations de Fabrice Neaud. Cette exposition rétrospective permettait d’apprécier l’évolution graphique de l’auteur, dont le dessin s’est affiné au fil des ans, notamment sur la représentation des volumes et de la lumière. Néanmoins, son style réaliste reste immédiatement reconnaissable (tout comme sa narration), les fondamentaux étant déjà en place trente années auparavant. J’ai tout particulièrement apprécié la présence de planches d’Alex et la Vie d’après (je n’ai qu’un PDF en basse définition) et de Nu Men. Je pleure toujours de ne pas pu avoir de tome 3 alors que appréciais tout particulièrement cette série de science-fiction (bien plus que Labyrinthus), ce qui a entrainé une fin précipitée et plutôt ratée de mon point de vue. Néanmoins, le plus intéressant était de voir quelques-uns des fameux carnets de Fabrice. Leur qualité graphique est incroyable !

Repas bulled’air oblige, je ne suis pas resté à la remise du Prix du récit dessiné de la Scam ni à celui du prix SoBD Neuvième art. Il faut dire aussi que ce n’est pas un exercice qui m’intéresse tout particulièrement. Toujours du fait d’un conflit d’emploi du temps, je ne suis pas retourné dimanche pour essayer d’avoir une dédicace de Fabrice Neaud (j’en ai obtenu une en début d’année au FIBD, la troisième en vingt ans) ou pour mieux regarder la petite exposition consacrée à la bande dessinée luxembourgeoise, le pays invité. Toutefois, l’édition 2024 restera dans mon esprit comme une très bonne cuvée (avec 2018 et quelques autres plus anciennes) malgré le peu de temps passé sur place.

Angoulême 52, c’est reparti !

Ce jeudi 21, sous une météo de plus en plus neigeuse sur la Région Parisienne (ce qui m’a rappelé l’édition 2006 du FIBD et son samedi interrompu par la neige), a eu lieu la conférence de presse de la cinquante-deuxième édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, cette fois sise au Musée de la Marine. La priorité étant donnée aux foutus réseaux sociaux, nous étions déjà au courant de la majeure partie du programme des expositions (ce qui intéresse le plus notre petit groupe de Mangaversien·ne·s). Néanmoins, j’ai toujours envie de m’y rendre, année après année, histoire de lancer (dans mon esprit) cet événement annuel francophone qu’est le FIBD, ainsi que pour revoir quelques connaissances.

Dans un auditorium bondé (les 200 places étaient toutes prises), les discours de Franck Bondoux, le délégué général, de Marguerite Demoëte, la directrice artistique et de Fausto Fasulo, le directeur artistique Asie, ont confirmé l’évolution amorcée l’année dernière : la volonté de s’adresser au jeune public afin de former les futurs lecteurs et futures lectrices à culture de la bande dessinée. S’appuyant sur les réseaux sociaux, les pôles Jeunesse et Manga sont devenus les fers de lance du festival. Les expositions doivent être « participatives et festives » tout en suscitant l’envie de lire. Moi qui aime le sobre et le travaillé, on ne peut pas dire que ça m’enchante plus que ça. Néanmoins, heureuse surprise pour cette prochaine édition : une nouvelle mise en avant du comics, celui dit « grand public » que je connais si mal, notamment avec une grande exposition consacrée à Superman. Le retour de la tradition du pays invité (l’Espagne pour 2025, après le Canada en 2024) montre aussi une volonté de continuer à développer une dimension cosmopolite, notamment par le biais de rencontres entre éditeurs du monde entier qui se fera, comme depuis quelques temps, dans une bulle dédiée. Ainsi, le festival mérite bien son qualificatif d’international.

Nous avons donc huit expositions d’importance qui nous seront proposées entre le 30 janvier et le 2 février (dès le 29 janvier pour la presse et les pros). Au Musée d’Angoulême, il n’y aura pas de manga, une première depuis 2016. À la place, nous aurons « Posy Simmonds. Herself » (jusqu’à la mi-mars) ainsi que « Hyper BD : une exposition dont vous êtes les héro-ïne-s » qui sera, pour cette dernière, interactive et s’adressant à un plus jeune public. Au Vaisseau Moebius, nous pourrons voir « Superman, le héros aux mille-et-unes vies » qui durera jusqu’au 10 mars. La médiathèque L’Alpha hébergera « l’immersive » exposition dédiée à « Vinland Saga : une quête d’identité ». Il faudra beaucoup de courage et de patience pour aller voir « L’Atelier des sorcières : la plume enchantée de Kamome Shirahama » car située dans l’Hôtel Saint-Simon et sa jauge minuscule. Il faudra aussi avoir du temps à perdre pour aller voir « Gou Tanabe x H.P. Lovecraft : visions hallucinées » dans la salle Iribe de l’Espace Franquin tant je pense qu’elle sera fréquentée. Ce sera d’ailleurs la seule exposition qui bénéficiera d’un catalogue. « Julie Birmant, les herbes folles » mettra en valeur la scénariste primée l’année dernière par l’institut René Goscinny à travers ses créations pour (notamment) Clément Oubrerie et Catherine Meurisse, ça se passera au Musée du papier (jusqu’à la mi-mars). Enfin, le Quartier Jeunesse abritera l’exposition « La BD règle ses contes » qui présentera cinq univers, ceux de L’Encyclopédie du merveilleux, d’Émile et Margot, des Contes fabuleux de la nuit, des Sept Ours nains et de La Quête. Une exposition présentant la diversité de la bande dessinée espagnole sera accessible sur le parvis de l’Hôtel de Ville en plus de celle qui se trouvera dans la bulle dédiée à l’Espagne.

Il est encore bien trop tôt pour avoir la liste de toutes les autrices et tous les auteurs invités mais nous avons cinq « masterclass » annoncées : Posy Simmonds, John Romita Jr, Gou Tanabe, Kamone Shirahana et Makoto Yukimura, les trois dernières se déroulant au Théâtre d’Angoulême. Je dois avouer que ce ne sont pas ces trois derniers noms qui m’intéressent le plus, loin de là. Le Quartier Jeunesse proposera de nombreuses animations à destination d’un public familial, notamment grâce à l’espace gagné sur feu les Studios Paradis et le développement de la Halle des découvertes. Mais cela ne concernera pas vraiment notre petit groupe de Mangaversien·ne·s, il faut le dire. En ce qui concerne les éditeurs présents, ils seront nombreux à Manga City (les plus importants seront tous là) et nous ne manquerons pas de passer dire un petit bonjour à certains d’entre eux comme Akata, IMHO, Kana, Kotoji, Naban, etc. sans oublier d’aller voir les manhua de Hong Kong et de Taïwan. Globalement, il n’y a pas de réel changement au niveau des bulles éditeurs et, comme tous les ans, nous passerons bien plus de temps au Nouveau Monde sur les stands de certains éditeurs ou dans la partie fanzine qu’au Monde des bulles. Il faut me l’avouer, nous serons peut-être plus intéressé·e·s par le programme du Musée de la Bande Dessinée, à commencer par l’exposition « Super-héros & Cie. L’art des comics Marvel » mais aussi « Plus loin. La nouvelle science-fiction », « Trésors des collections » et pour au moins l’un d’entre nous « Lou ! Cher journal… ». Car, en effet, le programme annoncé par le festival ne nous enthousiasme pas plus que cela.

Comme tous les ans, je n’ai pas vraiment de commentaire à faire sur les différentes sélections, me contentant de me réjouir de la présence de tel ou tel titre ou de constater que la bande dessinée asiatique hors manga est toujours aussi ignorée par le festival. D’ailleurs, il y a beaucoup moins de bande dessinées japonaise en lice cette fois et c’est tant mieux tant je trouvais que ça faisait forcé / copinage depuis quelques années. Les cinq titres mis ici en avant ont fait ou vont faire l’objet de billets sur ce présent blog et leur sélection m’a donc fait tout particulièrement plaisir. Cette sélection officielle permet aussi de se rappeler que tel ou tel ouvrage que l’on avait raté à l’époque de sa sortie mérite qu’on s’y attarde et qu’il est peut-être temps de songer à s’y mettre. Car, il faut le dire, je n’ai pas lu grand-chose cette année : six titres (plus deux autres de prévus) sur les 44 de la sélection officielle, ça fait peu. En patrimoine, j’en suis à deux plus un, et c’est tout… Voilà qui confirme que je me suis un peu éloigné de la bande dessinée en 2024.

Grâce à une équipe renforcée, la nouvelle direction artistique du festival prend de plus en plus ses marques, et c’est tant mieux même si elles n’ont pas l’heur de me plaire (et je dirais que c’est une bonne chose pour la réussite publique du festival). Je continue à regretter les années du Manga Building (nostalgie, quand tu nous tiens) ou les années Beaujean (mais là, ce n’est pas de la nostalgie, juste une préférence pour ce qui nous était proposé durant ces années-là). Il n’empêche que je ne doute pas un seul instant de passer deux bonnes journées et demi à Angoulême entre le 30 janvier et le 2 février. D’ailleurs, il ne faudra pas oublier d’aller manger une fois dans le Quick devant l’Hôtel de ville, histoire de fêter le nouveau sponsor titre du festival 🙂

Je remercie Manuka pour sa relecture, ainsi que 9e Art+ et l’Agence La Bande, notamment Vincent-Pierre Brat, pour leur invitation à la conférence de presse de l’édition 2025 du FIBD.

Le cinéma hongkongais existe toujours

Organisé par une association culturelle hongkongaise, le FFHKP en est à sa troisième édition. Il s’est déroulé sur cinq jours, du 14 au 19 novembre, et a proposé sept films dont six récents diffusés pour la première fois en France, un documentaire et deux cours métrages. Comme l’année précédente, le festival a eu la bonne idée de se dérouler à l’Épée de bois, situé rue Mouffetard, c’est à dire à dix-quinze minutes à pied de mon parking parisien habituel. Il s’agit d’un petit cinéma de quartier classé Art et d’Essai composé de deux petites salles de moins de 100 places. L’écran est un peu petit mais l’espace entre deux rangées de siège est assez important, ce qui évite de s’ankyloser trop vite. La séance d’ouverture avait fait le plein, celles du week-end permettaient par contre de trouver quelques places au commencement de la projection. Manifestement, le festival a réussit à trouver son public (un peu de tous les âges et moins asiatique que je ne l’aurai pensé), la petitesse de la salle 1 permettant d’avoir plus facilement cette impression.

Avec ses petit·e·s camarades mangaversien·ne·s (a-yin, mais aussi Pierre et Tanuki à deux occasions) votre serviteur a vu quatre des sept films proposés dont deux se sont révélés réellement excellents, dans deux registres différents, l’un étant comique, l’autre dramatique. Voici donc, à l’instar du programme Portrait de Hong Kong qui s’est déroulé entre les mois d’avril et juin, un petit compte rendu de mes séances « d’images qui bougent » hongkongaises, cette fois automnales.

Where the Wind Blows

de Philip Yung (2022 — 2h24′)

J’étais là pour voir Tony Leung et j’ai été bien déçu tant la place du personnage principal a surtout été prise par Aaron Kwok. Surtout, le film a proposé une narration confuse, sautant d’une époque (de 1940 à 1970) à l’autre par bons de 10 ans, avec régulièrement des analepses, sans que ça soit toujours très clair. J’avais tendance à mélanger les personnages dans leur jeunesse (malgré des jeunes acteurs ressemblants, il faut le reconnaître). La reconstitution de la ville lors des trente décennies couvertes par l’histoire était impressionnante, on voyait que le film avait bénéficié d’un gros budget (il s’agit d’une coproduction entre la chine continentale et l’île). De plus, il y avait pas mal de longueurs à certain moments, des passages esthétisants qui n’apportaient rien au récit, et je ne parle pas des parties dansées qui tombaient régulièrement comme des cheveux sur la soupe. Bref, c’était souvent long, très long à regarder. La seule chose à retenir est que la police de Hong Kong a été vraiment corrompue pendant de nombreuses années, tout comme une grande partie de la colonie britannique, qu’elle soit l’origine de sa population : chinoise, indienne ou anglaise.

Over My Dead Body

de Ho Cheuk-Tin (2023 — 1h59′)

Dans ma toute nouvelle culture cinématographique hongkongaise, il me manquait un film comique. C’est donc chose faite. La première partie est tout simplement hilarante tant les mimiques des actrices et acteurs sont réussies, la seconde est parfois un peu longuette. En plus, et je ne l’avais pas prévu, il y a Jennifer Yu parmi les rôles principaux, même si on ne la voit plus trop à un certain moment. Dans sa première moitié, le film nous propose donc en permanence des scènes délirantes qui s’insèrent impeccablement dans le récit. C’est du grand n’importe quoi, mais du n’importe quoi réussi. Il faut dire que les protagonistes ont toutes et tous des problèmes, parfois sérieux, ce qui les amène à avoir souvent un comportement excessif. Pourtant, au delà d’une sorte de grand-guignol qui part un peu dans tous les sens, tout s’explique à la fin. C’est vraiment brillant. De plus, le réalisateur n’oublie jamais de placer dans son film quelques remarques sur certains comportements ou sur les dérives actuelles de la société hongkongaise, à commencer par celles liées aux excès du marché de l’immobilier ou à la difficulté de vivre tranquillement dans une période de marasme économique.

Back Home

de Nate Ki (2023 — 1h42′)

Il s’agit là d’un film d’ambiance plus que d’épouvante (et encore moins d’horreur) avec un récit qui alterne le présent, le passé et le rêve (ou plutôt les cauchemars) dans un lieu où les fantômes semblent régner en maitre sur tout un étage d’un immeuble plutôt délabré. Il m’est difficile de dire si je l’ai apprécié tant je ne sais pas quoi en penser. Je pense que le manque de références culturelles joue pour beaucoup. Le temps n’est pas passé lentement, c’est plutôt bon signe. Quoi qu’il en soit, le quartier où se déroule l’histoire ne donne pas envie de vivre à Hong Kong tant il semble triste et en pleine déréliction. Je ne parle même pas des ambiances glauques à l’intérieur de l’immeuble… Difficile d’en parler, il vaut mieux le voir (et ne pas détester les fins très ouvertes).

In Broad Daylight

de Lawrence Kan (2023 — 1h46′)

Si je suis allé sur Paris un dimanche après-midi pour voir un film dramatique, c’était bien pour son actrice principale, Jennifer Yu. Cependant, le sujet, celui des maisons / foyers d’accueil pour personnes âgées en perte d’autonomie et pour handicapés mentaux, m’intéressait. Bien m’en a pris tant il s’agit du meilleur film du festival, et peut-être même de tous les films hongkongais que j’ai pu voir cette année. Il a même réussi à m’arracher une ou deux « larmichettes » à certains moments, alors que je suis plutôt du genre peu sensible. Il faut dire que de nombreuses situations sont très dures et d’autres assez poignantes. Heureusement, le réalisateur a su ne pas trop « tartiner » son récit de scènes mélodramatiques, celles-ci ne fonctionnant pas trop en général alors même que les actrices et acteurs jouent magnifiquement leur rôle, y compris dans leur handicap. Leur détresse, mais aussi leurs petites joies sont souvent touchantes. Il y a par ailleurs un autre discours dans le film qui montre la disparition du journalisme d’investigation, généralement lié au déclin de la presse écrite. Dernier point appréciable, le réalisateur montre sur la fin que les choses ne sont pas toutes bonnes ou mauvaises, que rien n’est simple et que les meilleures intentions du monde ne débouchent pas nécessairement sur un résultat positif, que l’on peut faire du mal en voulant faire ce qu’on pense être le bien.

Ce festival, peut-être un peu trop court et ramassé dans le temps, s’est révélé être une excellente surprise grâce à une programmation variée, intéressante et surtout actuelle. Si tous les films ne peuvent pas plaire, ils sont invariablement intéressants par ce qu’ils montrent du Hong Kong actuel. D’ailleurs, de notre point de vue d’Européen particulièrement favorisé et ethnocentré, les œuvres proposées par le FFHKP nous décrivent globalement une ville / région qui ne donne pas trop envie d’y vivre, même présentée à travers une comédie. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’une vue partielle, née d’une création artistique cherchant à porter un propos. Comme un peu partout dans le monde, la période actuelle est plutôt difficile à vivre, notamment à Hong Kong avec la mainmise politique et économique de la Chine continentale de plus en plus prégnante. C’est ce réalisme qui rend cette programmation si intéressante, qui donne envie de revenir l’année prochaine pour une quatrième édition.

Formula Bula, ça pétille plus

Il y a un an, j’étrillais dans un de mes billets la onzième édition de Formula Bula tant la version proposée à Césure n’avait pas eu l’heur de me plaire. Ce qui ne m’a pas empêché d’aller voir, avec mes petit·e·s camarades bulledairo-mangaviersien·ne·s, ce que pouvait proposer la douzième édition. Grand bien m’en a fait tant cette visite a été plutôt plaisante. Il me faut remonter aux sixième et neuvième éditions pour en avoir un souvenir équivalent. Voici donc le compte-rendu d’un après-midi passé à Censier à faire des dépenses pour des BD, assister à des rencontres et revoir un certain nombre de connaissances…

Des rencontres intéressantes

C’était bien la première fois que j’assistais à des rencontres intéressantes dans le cadre de Formula Bula. Le petit « seul en scène » de Bill Plympton qui revenait sur sa carrière d’illustrateur et d’animateur était plaisant à suivre, bien rythmé, bien traduit (mais l’Américain avait un accent très compréhensible) et entrecoupés d’œuvres iconiques. Les quarante-cinq et quelques minutes sont ainsi passées très rapidement. Heureusement, il était ensuite possible de discuter librement avec l’auteur sur son stand situé à l’entrée du Village des éditeurs tout en lui achetant une illustration si possible, histoire qu’il n’ait pas fait la retape pour rien à la fin de son show.

Il est difficile d’être aussi enthousiaste pour le dialogue entre Nicole Claveloux et l’historienne de l’art Éva Prouteau. Centrée uniquement sur la nouvelle publication de l’autrice, Ce soir c’est cauchemar (aux Éditions Cornélius), ce qui aurait pu faire une bonne conférence a fait une mauvaise rencontre et ce n’était pas la faute de Nicole Claveloux. Le principe est d’entendre l’autrice parler de son œuvre, pas de subir les longs monologues de l’animatrice, même s’ils étaient intéressants quoiqu’un un peu trop fournis en exemples redondants ou un peu surinterprétés. Bosser son sujet ne suffit pas, il faut savoir aussi animer…

Le Village des éditeurs

Toujours situé au même endroit, mais avec une aération améliorée tout simplement grâce à des fenêtre ouvertes sur les trois côtés, le Village des éditeurs ne m’a pas plus attiré que cela. Pour ma part, je n’ai passé du temps que sur quatre stands : Cornélius, Même pas mal (mais il n’y avait pas Olivier Texier en dédicace, je n’ai pas pu faire mon fan-boy), Mémoire d’images et The Hoochie Coochie avec peu d’achats à l’arrivée. Je verrai à faire mieux lors de SoBD qui s’annonce intéressant… Il faut dire que l’exiguïté du lieu, la petitesse des stands, une fréquentation nettement plus importante que l’année dernière ne me poussaient pas à faire des folies. Je continue à regretter le côté bucolique du Village lorsqu’il était situé autour de la Médiathèque Françoise Sagan… du moins lorsqu’il faisait beau, ce qui n’était pas trop le cas cette année et qu’il était donc préférable d’être en intérieur vu le temps maussade.

Des expositions à revoir

L’organisation de ce qui est pompeusement appelées « expositions » est à revoir en profondeur. Il faut en proposer moins et surtout les développer pour les mettre en valeur. Ce ne sont pas quelques originaux accompagnés de textes (pas inintéressants, il faut le reconnaître) qui vont donner envie de venir à Formula Bula. C’est vraiment dommage que ce point n’ait pas été amélioré par rapport à l’année dernière, il y avait de quoi faire quelque chose d’intéressant avec Bill Plympton et Nicole Claveloux, surtout qu’en ce qui concerne cette dernière, nous étions plusieurs à avoir pu visiter l’exposition qui lui était consacrée à Angoulême 2020. La comparaison a fait très mail…

De l’espace à récupérer

Pour moi, il y a deux espaces à déplacer afin d’avoir des allées latérales plus larges dans le Village des éditeurs et donc plus rendre celui-ci plus circulable en période d’affluence. L’espace jeux et animations n’était pas plus fréquenté que cela, c’est vraiment de l’espace perdu et les ateliers pourraient être déplacés dans des anciennes salles de cours. Le lieu appelé le Grand Plateau (l’ex-grande bibliothèque de Censier) est quand même assez exigu malgré les 1 000 m² annoncés. La cantine / bar située du côté de la porte 2 n’était pas trop fréquentée cette fois et nous avons pu, malgré le temps un peu frisquet et humide, boire notre petite bière à la terrasse.

Conclusion

Formula Bula 12 a permis, cette année, de passer un bon moment convivial avec des Mangaversiens et une Mangaversienne, des Bulledairiens et des J’AI. Néanmoins, l’étroitesse du lieu ne permet pas une programmation ambitieuse et ramassée en un lieu unique. Il ne reste plus qu’à voir ce que la prochaine édition nous proposera, après tout, l’entrée est gratuite…

Formula Bula fait pschitt

Pour le petit groupe parisien de Mangaversien·e·s, la fin du mois de septembre a ouvert le bal des festivals BD. Tout d’abord avec Formula Bula, suivi de Y/CON début novembre, de SoBD un mois plus tard et, en point d’orgue, le FIBD d’Angoulême fin janvier. Nous savions que nous commencions par le moins intéressant, mais nous n’imaginions pas que, dans sa nouvelle configuration, il serait à ce point raté. Voici notre petit retour d’expérience visiteur.

Pour ma part, je n’attendais rien de bon de cette édition, n’ayant pas une grande appétence pour la BD expérimentale, son seul intérêt pour moi étant d’être proche de mon parking parisien habituel. Ayant vu le programme de cette année et, surtout, vu le nouveau lieu du festival, principalement l’ancien campus de l’université de Censier (les nombreux autres sites participants n’ayant rien d’intéressant à proposer), seule la possibilité de voir quelques connaissances sur et autours des stands au Village des éditeurs m’a motivé pour faire le déplacement. De ce côté, c’est plutôt réussi, même si je n’ai pas pu discuter avec les responsables des maisons d’édition çà et là ou Lézard Noir. Grâce aux différentes rencontres avec des bulledairiens, des membres du groupe Facebook J’AI et quelques autres connaissances trouvées sur tel ou tel stand, sans oublier les dédicaces obtenues par mes camarades, l’après-midi n’a pas été gâché. Mais pour le reste…

Cela a mal commencé avec une absence de panneautage. Passant par l’entrée principal du bâtiment, nous n’avons trouvé aucune indication sur l’emplacement des rencontres et du Village des éditeurs. Il y avait heureusement un panneau indiquant, avec deux flèches allant dans des directions opposées (si si !), l’atelier Manga Miam animé par la traductrice Miyako Slocombe, atelier basé en partie sur la série La Cantine de minuit (Yarô Abe, au Lézard Noir). Nous y sommes arrivés avec presque une demi-heure de retard (sur 1h30), ce qui est regrettable étant donné qu’il était intéressant, interactif, avec une bonne participation du (notamment jeune) public. Ensuite, incapables de trouver le Village des éditeurs (la raison principale de notre venue, rappelons-le), nous avons dû demander à une personne qui passait par le hall d’entrée où ce foutu Village se trouvait (réponse : au premier étage). À l’entrée sur le campus, il fallait, en fait, prendre l’escalier à droite et ne pas chercher à passer par les grandes portes du bâtiment. L’indiquer clairement était manifestement en option, option non levée par l’organisation. Ceci dit, cette belle preuve d’inorganisation nous a permis d’assister à Manga Miam, donc nous ne pouvons pas nous plaindre.

Surprise ! Sis dans un endroit fermé de petite taille, sans aération, regroupant stands et expositions, le Village des éditeurs est moche, étouffant et peu pratique. Nous sommes vraiment très loin de l’espace (presque) bucolique de la médiathèque Françoise Sagan et du Carré Saint-Lazare. Les deux rangées de petits stands séparées par ce que les organisateurs ont appelé pompeusement « expositions » n’aident pas à circuler. Heureusement, il n’y a pas énormément de monde alors qu’on est samedi après-midi… Les « gros » éditeurs indépendants sont situés dans la partie intérieure du Village, les alternatifs sont tournés vers l’extérieur. La fréquentation des stands, comme souvent, dépend beaucoup de la présence ou non d’autrices, d’auteurs. Par exemple, L’Association a des poids lourds en dédicace, à la plus grande joie des bulledairiens : Emmanuel Guibert, Edmond Baudoin, Vincent Vanoli (entre autres) sont au travail. Et comme il n’y a pas beaucoup de monde, cela permet de discuter et de multiplier les demandes de « petits mickey ». Autre exemple, Agnès Hostache attire du monde sur le stand du Lézard Noir. Sur le stand de çà et là, nous pouvons voir Martin Panchaud et sa machine à dédicace. Il est aussi possible de discuter longuement avec Hugues Micol chez Cornélius, et même de le charrier gentiment sur ses sinogrammes dans Romanji. Il ne faut non plus oublier de passer voir les plus petits stands car il y a toujours moyen de trouver quelques titres difficiles à trouver en librairie et même rencontrer son auteur ou son autrice, à l’exemple de Maou et de son Fleur de prunier édité chez un petit éditeur de Lausanne ou acheter le dernier numéro de Rita, une revue montreuilloise (Montreuil Powa !).

Outre les dédicaces, c’est aussi le moyen de se retrouver « en vrai », de dépasser la virtualité des réseaux sociaux, des forums et autres blogs. Ainsi, le noyau parisien du groupe Facebook J’AI en profite pour se voir (maintenant, il faut que je trouve un membre dessinateur pour qu’il me réalise un portrait sur ma carte de membre papier). Nous pouvons aussi croiser telle ou telle connaissance, ou journaliste spécialisé, et échanger quelques mots à cette occasion. Voilà pour le côté positif du Village des éditeurs et ce qui justifie notre présence. Malheureusement, comme déjà dit, le lieu est inadapté : il est trop petit et absolument pas ventilé, ce qui en ces temps de reprise du COVID, n’est pas très malin… et de toute façon mauvais pour la qualité de l’air respiré, car bien vicié en l’occurrence (bonjour les maux de tête au bout d’un certain temps). Il y a aussi l’étrange idée de vouloir placer les « expositions » au centre de la pièce, donc dans le flux du passage des visiteuses et visiteurs, flux qu’on perturbait obligatoirement. Résultat, personne ne s’y arrêtait vraiment, et de toute façon, ça ne donnait pas envie. C’est d’autant plus dommage que même si ce n’était pas des « expositions » à proprement parler vu leur configuration, il y avait matière à lire et à mieux connaître les autrices et les auteurs concerné·e·s.

Je ne parlerai pas des rencontres organisées dans un énorme amphi qui devait résonner bien vide, nous n’avons assisté à aucune d’entre-elles. Concernant les concerts, vu la petitesse et l’emplacement de la scène, placée le long d’un mur, ça devait être bien nul et très loin de ce qui nous était proposé il y a quelques années au Point éphémère. Bref, lorsque je lis la communication et la satisfaction de l’organisation à l’occasion de cette édition, et que je pense à mon ressenti, je me dis qu’il y a comme un décalage. Pour moi, on a atteint cette année le fond (ce ne peut être un sommet) de l’inorganisation et de l’inintérêt. Je dois avouer qu’il s’agit une manifestation pour laquelle je n’ai jamais eu un grand intérêt par le passé (surtout comparé à Pulp Festival et à SoBD). Heureusement, l’entrée est gratuite et ça permet de rencontrer du monde. Mais, comme dirait un vieux con, c’était « moins pire » avant…

Le fonds patrimonial des imprimés de la Cité, un petit reportage

L’archivage des nombreuses bandes dessinées et revues consacrées au 9e art est l’une des missions de la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (CIBDI). L’idée de mettre en place à Angoulême un fonds dédié à la BD s’est concrétisée il y a une quarantaine d’années avec le doublement (entre 1984 et 2015) du dépôt légal de la BnF, bien avant la création de la Cité. Cette dernière est ainsi l’héritière de la bibliothèque d’Angoulême, première récipiendaire de ce fonds du fait de sa proximité géographique avec le Salon International de la Bande Dessinée d’Angoulême (devenu en 1996 un festival). À l’occasion de la cinquantième édition du festival, nous (a-yin et moi) avons eu l’occasion de visiter ce fonds en compagnie d’un petit groupe de privilégié·e·s et de découvrir certaines vieilles pépites qui y sont entreposées.

Un peu d’histoire

Ces réserves sont installées dans les chais dits « Magelis » depuis 2008, une fois ceux-ci profondément remodelés pour recevoir le musée de la bande dessinée ainsi qu’un musée du cinéma (qui n’ouvrira finalement jamais). En effet, le lieu a une histoire qui prend ses racines durant la glorieuse période industrielle d’Angoulême et même au-delà.

Remontons à 1857 pour trouver l’origine de ces chais. C’est à cette époque que les onze corps de bâtiments, dont on voit toujours la façade ordonnancée le long de la Charente dans le quartier de Saint-Cybard, ont été construits afin de stocker de l’eau-de-vie (Cognac n’est pas loin). Ces chais ont été transformés par la société Lazare Weiller et Cie en 1908-1910 pour recueillir son usine métallurgique (alors située quelques dizaines de mètres plus loin) et une usine à feutre de papeterie (alors située à Nersac, à l’Ouest d’Angoulême) qui profite ainsi de la proximité des papeteries d’Angoulême. Un entrepôt industriel et des bureaux ont été construits vers 1930 avant que de nouveaux ateliers de fabrications soient ajoutés en 1945 puis en 1960. L’ensemble s’est transformé en friche industrielle après le transfert de l’usine COFPA (ex-Weiller) à Gond-Pontouvre (au Nord d’Angoulême) en 1995. Cette friche a subsisté jusqu’à la réhabilitation du site décidée en 2002 avec la mise en place de la « Cité Magelis ». Tous ces bâtiments ont dû être détruits, en gardant néanmoins les façades et quelques murs, afin de faire place à une nouvelle structure dédiée à la bande dessinée (le musée, ouvert en 2009 dans sa partie droite) et à l’image (l’ex-musée du cinéma des Studios Paradis). Cette partie n’a jamais été ouverte au public entre 2004 et 2022, à une exception près en 2017 à l’occasion d’une exposition temporaire. Depuis peu, les Studios Paradis sont définitivement fermés. Les décors ayant été démontés, le FIBD a pu en profiter en 2023 en y créant un nouvel espace jeunesse.

La Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image

La Cité, née en 2008 de la réunion du CNBDI (le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image, dont la création à Angoulême a été décidée en 1984) et de la Maison des auteurs, est organisée en plusieurs pôles sur trois sites (Vaisseau Mœbius, Maison des auteurs, Chais Magelis). Les trois principaux pôles sont le musée de la bande dessinée, la bibliothèque de la bande dessinée et la maison des auteurs, auxquels s’ajoutent des fonctions supports (administration, communication, action culturelle et centre de soutien technique multimédia). Depuis quelques années, le cinéma et la librairie sont directement rattachés à la direction générale, l’action culturelle / médiation, la bibliothèque, le centre de ressources documentaires et les fonds (lecture publique, centre de documentation, patrimoniaux) sont rattachés à la direction « lecture publique et transmissions », en attendant une nouvelle organisation qui ne manquera pas de se mettre en place dans un futur plus ou moins proche.

C’est au premier étage, au-dessus du musée et de la librairie, que se trouvent, entre autres, le centre de documentation avec ses bureaux sur un côté, et en son cœur, la réserve des albums et celle des périodiques (les deux dépendant donc du fonds « imprimés » de la bibliothèque) ainsi que les réserves des collections du musée (des planches et illustrations originales mais aussi divers objets en rapport avec la BD). Elles représentent une surface d’environ 600 m² (dont 190 pour les albums, 230 pour les périodiques et 180 m² pour les collections du musée). Elles étaient situées jusqu’en 2008 au premier étage du CNBDI, du côté de la bibliothèque (donc au bâtiment Castro, devenu en 2013, le Vaisseau Mœbius). Elles représentaient une surface de 355 m² (soit 100, 129 et 126 m²). D’ailleurs, le manque de place dans les nouvelles réserves ont conduit à en ré-ouvrir une ancienne (avec la réimplantation de certains types de documents) dans le Vaisseau Mœbius (la surproduction de bandes dessinées ne touche pas que les lectrices et lecteurs ou les libraires). Cette nouvelle/ancienne réserve sert aussi de lieu de stockage à un récent don exceptionnel.

Qu’est-ce que le fonds patrimonial des imprimés ?

En principe, est patrimonial tout livre qui est soit ancien (antérieur à 1830), soit rare (moins de cinq exemplaires sur le territoire national), soit précieux (plus de 50 000 €), un seul de ces trois critères suffit. Cependant, il est possible de « patrimonialiser » en dehors de ces trois caractéristiques. Rappelons qu’un ouvrage « patrimonialisé » est inaliénable et imprescriptible. Du coup, il n’a pas vocation à être prêté, ni à être aliéné ou détruit. Et des règles de conservation (température, hygrométrie, ventilation, stockage, sécurisation, recollage, etc.) s’imposent à son entreposage et à son prêt pour des expositions temporaires (pas plus de trois mois consécutifs suivi d’une longue mise au « frigo » afin de le préserver de la lumière). Un fonds patrimonial est donc constitué d’un site de conservation, d’une collection qui y est entreposée et d’un catalogue des pièces constituant ladite collection.

Pour simplifier, une bande dessinée (au sens large), mais aussi une revue en lien avec la BD peuvent entrer dans le domaine public mobilier et ainsi devenir un bien d’intérêt national à partir du moment où ledit l’objet a rejoint le fonds de la Cité. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’être rare ou précieux, il suffit que l’ouvrage présente un « intérêt public du point de vue de l’histoire, de l’art, de l’archéologie, de la science ou de la technique ». Du coup, cela a permis d’inclure les livres et périodiques collectés au titre du dépôt légal et qui ont été envoyés à Angoulême par la BnF entre 1984 et 2015. Mais aussi ceux obtenus par différents dons (par exemple les fonds « Alain Saint-Ogan » ou « Pierre Couperie » mais il y a d’autres donations) ou à l’occasion de divers achats. Notons que la Cité n’est pas destinataire, pour les bandes dessinées, du dépôt légal imprimeur de la région Nouvelle Aquitaine (pour l’ex-région Poitou-Charentes, c’est la bibliothèque municipale de Poitiers qui est concernée), ce qui aurait été une source permettant d’alimenter le fonds de quelques nouveautés locales.

En fait, l’idée de mettre en place à Angoulême un fonds dédié à la BD s’est concrétisée il y a une quarantaine d’années avec la réception d’un des exemplaires du dépôt légal de la BnF, bien avant la création de la Cité. Cette dernière est ainsi l’héritière de la bibliothèque municipale d’Angoulême, première récipiendaire de ce fonds. Celui-ci a donc commencé à être constitué en 1984 et a été transféré à la bibliothèque du CNBDI en 1990. Un des exemplaires du dépôt légal a cessé d’être envoyé par la BnF en 2015, coupant alors la principale source d’alimentation du fonds. C’est en tout plus de 60 000 ouvrages qui ont été reçus par ce biais et qui sont archivés dans les rayonnages dédiés. Heureusement, la Cité avait et a toujours d’autres possibilités d’acquisition. Par exemple, en 2021, un don de plus 30 000 ouvrages est venu enrichir le fonds des imprimés : une collection privée qu’il faut désormais répertorier et dédoublonner avec l’existant, puis archiver et cataloguer, ce qui représente un travail considérable mais passionnant.

La visite du fonds des imprimés

Après avoir été reçus dans les bureaux du centre de documentation par Pauline Petesch, Lisa Portejoie et Maël Rannou, et après avoir eu une présentation des différentes missions de la division « lecture publique et transmissions » de la Cité, notamment celle de proposer un espace de consultation du fonds des imprimés aux chercheuses, chercheurs, et autres spécialistes de la BD, nous avons pu entrer dans le vif du sujet. Les réserves sont accessibles par de longs couloirs sans fenêtre agrémentés de figures bédéesques illustres en grand format, des formes imprimées récupérées, j’imagine, à l’issue de telle ou telle exposition organisée par le CNBDI puis par la Cité.

Il y a nombre époustouflant d’étagères montées sur rail (on appelle ça des rayonnages mobiles haute densité) sur lesquelles sont entreposées de grandes quantités de livres qui sont rangés par taille (petits, moyens ou grands formats) puis par ordre de catalogage, ce qui tranche avec les collections amateures qui vont privilégier un classement par série, auteur, éditeur, etc. En effet, il n’est pas possible d’avoir une telle approche pour un fonds car il est impossible de ré-agencer en permanence les BD ou d’essayer de garder différents espaces libres pour les futures parutions. Cela donne un effet très disparate mais l’efficacité prime ici sur l’esthétisme, d’autant plus que le lieu est fermé au public. Malgré leur solidité apparente, certaines étagères ploient légèrement sous la charge qui leur est imposée. Car oui, c’est lourd, la bande dessinée…

L’archivage des périodiques est différent de celui des livres, du fait de leur finesse et de leur fragilité. Les magazines, revues, journaux sont regroupés chronologiquement dans de larges chemises boites plastiques. Cela rend le fonds moins impressionnant car nous ne pouvons pas faire un parallèle avec nos propres collections de BD rangées dans nos bibliothèques personnelles. Pour avoir une meilleure vision du fonds des imprimés, dix-huit autres photos sont disponibles sur le mini-site Des Mangaversien·ne·s à Angoulême réalisé à l’occasion du reportage photographique sur l’édition 2023 du fameux festival de la bande dessinée angoumoisin.

Quelques trésors du fonds des imprimés

La visite se termine traditionnellement (il est possible de la faire lors des journées européennes du patrimoine) par la présentation de quelques pièces intéressantes que le fonds préserve et propose pour étude aux chercheuses et chercheurs dans le domaine de la bande dessinées.

Parmi les trésors du fonds des imprimés, outre une édition très ancienne des Aventures de M. Jabot de Töpffer (les premières impressions de l’imprimerie Caillet à Genève datent de 1833), nous avons pu voir le numéro 1 du Journal de Mickey (le vrai, pas le facsimilé que j’ai pu avoir avec différentes éditions commémoratives) mais aussi le mythique numéro 296 imprimé mais jamais distribué du fait de l’arrivée de l’armée allemande à Paris quelques jours avant le 16 juin 1940 (date de sortie prévue du fameux illustré).

Il y avait aussi une reliure éditeur de plusieurs numéros du magazine d’arts martiaux Budo Magazine Europe contenant un des premiers mangas en français connu (avant la revue Le Cri qui tue, donc) : « La dramatique histoire budo du samouraï Shinsaburo » de Hiroshi Hirata (non crédité), un récit publié en octobre 1969 (une autre histoire du mangaka a été publiée un peu avant dans le numéro de mai 1969 de la revue Judo KDK du même éditeur). Le fonds des imprimés possède aussi une curiosité : une sorte de recueil / catalogue promotionnel d’histoires traduites en français d’Osamu Tezuka réalisé en 1984. Il faudrait étudier les raisons de son existence, mais je suis persuadé qu’il a été réalisé par Atoss Takemoto car il était au festival d’Angoulême en 1984 pour essayer de « fourguer » du manga aux éditeurs francophones, après l’arrêt du Cri qui tue. En effet, s’il jouait avec son orchestre des génériques d’animés pendant le festival, il essayait aussi cette année-là de devenir l’agent d’auteurs comme Tatsumi ou Tezuka. Il est difficile de poser la question aux personnes concernées, malheureusement…

Nous avons aussi pu voir le prototype du premier numéro de Métal Hurlant, maquetté en 1974 par Étienne Robial (qui a aussi conçu l’identité visuelle de la Cité). Il s’agit d’un ozalid collé sur les pages d’un numéro de Charlie Mensuel (le n° 71 de décembre 1974). Ce montage permettait de se faire une idée précise de la maquette de ce numéro 1 (sorti en janvier 1975) avant de donner le bon à tirer à l’imprimeur.

Le fonds possède aussi de nombreuses bandes dessinées étrangères, ce qui permet de comparer des éditions selon les pays. C’est ainsi que des différences de format et même de contenu peuvent apparaitre, comme nous le montre une rapide comparaison entre les éditions canadienne (celle en langue anglaise), belge et allemande des Aventures : Planches à la première personne de Jimmy Beaulieu. Il est aussi montré la richesse du fonds en bandes dessinées asiatiques, que ce soient des titres en français reçus du dépôt légal ou des dons, notamment des délégations coréennes, hongkongaises ou taïwanaises, régulièrement présentes au festival d’Angoulême.

Il ne nous restera plus qu’à essayer de visiter les réserves du musée de la bande dessinée à l’occasion d’une prochaine édition du FIBD pour compléter le présent texte par un nouveau billet. Ce serait surtout l’occasion de pouvoir admirer de nombreuses planches originales, nous qui faisons régulièrement des expo-ventes dans les différentes galeries parisiennes spécialisées. N’oubliez pas, pour compléter cet article, d’aller lire le reportage réalisé par Damien Canteau pour le site Comixtrip.

Je remercie Pauline Petesch, Lisa Portejoie et Maël Rannou pour leur invitation, la qualité de leurs explications et leur amabilité. Elles et lui nous ont permis de passer un moment privilégié au « saint des saints » des chais Magelis. Je remercie à nouveau Maël Rannou pour ses corrections et précisions ainsi que Manuka pour sa relecture et ses corrrections. Les photos sont © 2010-2023 Hervé Brient / Éditions H sauf, bien entendu, les deux premières représentant les usines Weiller puis COFPA.